Vaclav Havel, tourmenteur du peuple
Le président-dramaturge ne ménageait pas ses concitoyens
Publié le 19 décembre 2011 à 9:29 dans Monde
Mots-clés : Alexandre Dubcek, République Tchèque, Révolution de velours, Vaclav Havel

Vaclav Havel. Photo : jamretsam324.
Vaclav Havel est mort, et les Tchèques sont à la fois tristes et soulagés. Ils sont tristes, parce qu’avec lui disparaît le seul Tchèque ayant connu une gloire mondiale après Emil Zatopek. Ils sont tristes, aussi parce qu’il symbolisait ces jours glorieux de novembre 1989 où le peuple d’une Tchécoslovaquie encore unie sortit de son apathie pour signifier son congé au régime communiste. Mais une fois les hommages posthumes solennellement rendus, la plupart des habitants des terroirs de Bohème-Moravie, retournés à leurs petites affaires quotidiennes – qui ne marchent pas si mal en dépit de la crise – penseront que Havel est plus sympathique dans l’au-delà que vivant au milieu d’eux.
Sa vie, « une œuvre d’art » selon Milan Kundera, avait réussi à donner à l’étranger une image des Tchèques qui était bien loin de la réalité : celle d’un peuple qui n’aurait jamais cherché à s’accommoder avec le pouvoir totalitaire. Vaclav Havel ne fut jamais séduit, ne fût-ce qu’une seule seconde, par l’idéologie communiste : il revendiquait son appartenance à la bourgeoisie pragoise et rejetait tout contact avec les idées marxistes, dogmatiques ou prétendument réformatrices. Le printemps de Prague de 1968 le laissa de marbre : pour lui le communisme était irréformable et tout simplement pervers. Il en subit les conséquences : interdit d’études supérieures, il trouva asile dans d’improbables théâtres jouant au chat et à la souris avec la censure, avant de connaître la prison quand il apparut comme la figure de proue de la dissidence en Tchécoslovaquie.
En janvier 1990, lorsqu’il fallut choisir un président de la République tchécoslovaque dans le cadre de la transition négociée entre les dirigeants de la « Révolution de velours » et le pouvoir communiste moribond, deux noms s’imposèrent : celui d’Alexandre Dubcek, symbole du « Printemps de Prague » et celui de Vaclav Havel, l’intransigeant porte-parole de la Charte 77.
Le « communisme à visage humain » incarné par Dubcek avait été englouti dans le maelström provoqué par Mikhaïl Gorbatchev. Havel était donc incontournable. Mais il ne ressemblait pas à ce peuple qu’il avait été appelé à incarner aux yeux du monde. La vie des Tchèques, que ce soit sous la férule des Habsbourg ou sous celle des Soviétiques et de leurs représentants locaux, se caractérisait par une multitude de petits arrangements avec l’autorité, une soumission apparente à l’arbitraire pour se ménager quelques petites niches de bien-être dans un monde de pénurie.
L’intransigeance, le choc frontal et suicidaire avec l’oppresseur, que l’on trouve, par exemple dans le roman national polonais, n’a jamais été la tasse de thé (ou plutôt le verre de bière) des Tchèques. On en trouvera la clé dans l’œuvre immortelle de Jaroslav Hasek le seul philosophe capable de vous expliquer cela par le menu : il s’appelle Chvéïk, et fréquente régulièrement la taverne « Au Calice » dans le quartier de Nove Mesto à Prague1.
De tous les dirigeants des pays ex-communistes revenus à la démocratie, Havel était le seul à être issu du monde culturel et intellectuel. Pour la République tchèque ce n’était pas une première : le premier président de la Tchécoslovaquie, en 1918, Tomas Masaryk était un philosophe de renom. Cette spécificité est liée au fait que la conscience nationale tchèque (et slovaque) s’est constituée autour de la défense d’une culture slave menacée par l’expansionnisme allemand et hongrois. Le combat pour la langue a précédé celui pour l’accès au statut d’Etat-nation.
Pendant les treize ans où il résida au Hrad, le château de Prague qui domine la ville aux cent clochers, Vaclav Havel ne se comporta pas comme le père débonnaire de la Nation. Au contraire, il prit un malin plaisir à appuyer là où cela risquait de faire mal à une bonne partie de ses concitoyens. Ainsi, en 1990, il prit l’initiative de faire, au nom du peuple tchèque, des excuses unilatérales aux Allemands des Sudètes expulsés en 1945 à la suite des décrets Bénès. La rupture de ce tabou qui unissait et unit encore les Tchèques de toutes obédiences lui aliéna une grande partie de l’opinion publique, et renforça ses adversaires, qui, en fait exerçaient la réalité du pouvoir. Le nationaliste thatchérien et europhobe Vaclav Klaus, ou le populiste social-démocrate Milos Zeman ont toujours été plus en phase avec le peuple qui leur avait confié la charge de le gouverner que ce président dramaturge qui en était la conscience, la bonne et peut-être surtout la mauvaise.
- Jaroslav Hasek, auteur des Aventures du brave soldat Chvéïk. Chvéïk représente le typique Praguois qui se moque de la domination des Habsbourg. ↩
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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isa dit
RRF:
Vous allez arrêter de traiter les gens de communistes, quand même!
Jérôme Leroy dit
Non, de nazi…Ca vous fait rire? C’est juste honteux et, je le répère, diffamatoire.
RRF-Peypinois dit
Continuez JL, vous agravez dangereusement votre cas : c’est vous qui êtes diffamatoire en l’affirmant.
C’est ce genre de procédé qui est honteux !
Et ça ne me fait pas rire, continuez, vous allez vite vous en rendre compte, Causeur aussi selon les proportions que ce la prendra.
Votre interprétation de mes propos vous appartient, mais ne leur confère nullement de valeur intrinsèque d’exactitude !
En revanche quand vous écriviez récemment que j’avais servi “d’esclave sexuel à toute ma chambrée” pendant mon service militaire, il n’y a pas à interprêter, juste à lire…
Le fait que j’écrive sous pseudo, ne vous affranchit pas de toute correction, toute vigilance, toute limite acceptable, toute déontologie !
Et Causeur s’en rend complice en ne modérant pas vos propos qui vont de l’insulte ad hominem pure et simple à la calomnie, en passant par le dénigrement…
Je ne paye pas un abonnement annuel pour me faire insulter et calmonier librement !
Jérôme Leroy dit
Hum, j’aime beaucoup celui-là aussi. Me désignant explicitement et ne cherchant pas du tout à me nuire professionnellement: “Voilà surtout de quoi perdre définitivement pour JL comme pour vous, toute crédibilité, toute décence, tout professionalisme journalistique (prétendû) et vous loger confortablement dans le troupeau nauséabond des journaleux qui déshonorent leur profession.”
Alors, on se calme et on va commenter sous d’autres de mes films.
Je vous invite encore une fois à cesser ces dénigrements diffamatoires. J’oubliais, pour l’escalve sexuel de la chambrée, vous m’avez renvoyé le compliment avec une brillante analyse psy. Sous mon vrai nom. Vous aurez beau faire, c’est très très ennuyeux, tout ça. Alors que moi, je ne vous ai rien demandé au départ et que vos attaques, puisque vous gardez tout, ont eu dès le début ce caractère outrancier.
eclair dit
@RRF
Et quand vous dites que JL a été reformé pour cause de P4?
Il faut l’interpreter comment?
Arretez d’appeler à la modération alors que vous provoquez de plus belle. C’est quoi votre but faire peter les plombes à JL?
eclair dit
@marie
http://www.mosaique.levillage.org/miroirs/tchecoslovaquie.htm
Alors ce que je dis sur les raisons de la séparation sont fausses. Me souviens parfaitement que dans les jouranux TV de l’époque c’est ce qu’il disait la séparation était voulut par les tcheques afin de rentrer plus vite dans l’UE ils consideraient les slovaques comme des boulets au niveau économique.
eclair dit
@marie
JE vous envie d’avoir une mémoire de poisson rouge.
rackam dit
Pour en savoir plus sur Havel, extrait d’un blog bien tenu:
http://lescalier.wordpress.com/2011/12/19/vaclav-havel-et-la-vie-dans-la-verite/
Sophie dit
Pas grave!
skardanelli dit
Nen ça alors, même Alphie devient grave !
Alpheratz51 dit
Eh! oui, et même graves de vayres !
Bibi dit
“Dimanche, Vaclav Havel et Kim Jon Il sont morts. La preuve vivante de ce que l’anticommunisme est un humanisme.”
Gilles-William Goldnadel dans sa chronique (que je recommande) sur Atlantico.
Marie dit
@isa
“M’enfin marie, il sait tout, même le prix d’une prison:)” sauf qu’il y a un moment ou monsieur jesaitout dit plus que ses aneries habituelles, je suis très triste pour mes amis tchèques et je ne supporte pas que ce gugus continue à dire des âneries et de plus avec tant de suffisance!
isa dit
Il est très souvent insultant et, pour faire passer, je le soupçonne fort de jouer à l’andouille.
Marie dit
Non je crois que c’est naturel !
Sophie dit
je préfère que ce soit un politique qui décède, plutôt qu’un rappeur.
Au moins, on ne doit pas se farcir ses éructations en boucle pendant une semaine!
Mangouste1 dit
Un portrait intéressant. J’attend avec impatience l’hommage de JL à King Jung Il.
isa dit
@Mangouste:))
RRF-Peypinois dit
Il n’accompagne pas l’ambassadeur de France aux obsèques du tyran ?
D’habitude on demande souvent à un écrivain de rédiger l’éloge funèbre…et comme dans le pays, là-bas, ils sont tous en taule ou presque et que ceux qui restent manqueraient de sincérité pour le vibrant hommage attendu, pas impossible que JL s’y colle !
Lui, au moins il est déjà acquis à la cause tant du père que du fils ! C’est plus facile..
eclair dit
Manque dans cet article,
le fait que la tchecoslovaquie s’est separé en deux pour une raison c’est que les tcheques ne voulaient plus payer pour les slovaques.
Qu’ils les trouvaient trop pauvre et qu’ils seraient un frein pour integrer l’UE.
Que du sympathique.
Marie dit
Faux et archi faux!
isa dit
M’enfin marie, il sait tout, même le prix d’une prison:)
Alpheratz51 dit
19 December 2011
à 12h46 Bibi dit
Děkuji vám, Alphe.
Illapadekoua !
Alpheratz51 dit
Vaclav Havel qui fit l’objet d’un rapport en pydétypède….à moins que ce ne fût en koruptor….
Chapeau bas l’artiste !
rackam dit
Alphie,
vous pouvez sous titrer vos accusations svp? Juste pour mettre ma fiche de RG à jour…
Alpheratz51 dit
C’est dans l’une de ces revues, “Tvar”, que le jeune Vaclav Havel fait ses premières armes culturelles autant que politiques. Car si tout le monde connaît la Charte 77 et les séjours en prison du dissident, on oublie parfois qu’il fut aussi dramaturge. Nous sommes en 1965. Comme la plupart des écrivains et artistes de sa génération – il a alors 30 ans – Vaclav Havel n’est pas inscrit au Parti communiste. D’ailleurs, la revue Tvar n’a, a priori, qu’un seul but : jouer et faire paraître ce qui lui semble bon. Pourtant, derrière l’influence des pères de l’absurde, les pièces de Havel constituent aussi une dénonciation subtile de la sclérose bureaucratique. Dans “Le Rapport dont vous êtes l’objet”, joué en 1964 au théâtre sur la Ballustrade, il tourne en ridicule la langue de bois officielle à travers l’invention d’une langue bureaucratique : le “pydétypède”. Inutile, celui-ci sera remplacé par le “choruktor”, tout aussi inutile… Dès les années 60, Havel n’aura de cesse de pointer le danger d’un langage idéologique et hors de la réalité. La vocation dissidente du futur président trouve sa genèse dans son activité de dramaturge.
http://www.avant-scene-theatre.com/images/produits/486492e9e80580b8.jpg
:O)
Bibi dit
Děkuji vám, Alphe.
Bibi dit
Masaryk a “droit” à un joli square à Tel Aviv. J’espère que Havel va être le nom d’un autre, où plein d’enfants, génération après génération, vont jouer joyeusement et librement.
Florence dit
Ainsi donc , je partage les idées de Vaclav Havel sur le communisme : “pour lui le communisme était irréformable et tout simplement pervers”.
Paix à l’âme de ce grand homme.
Bibi dit
De tous les dirigeants des pays ex-communistes revenus à la démocratie
Le choix n’est pas immense. Combien y a-t-il de revenus?
Marie dit
Pour avoir dans mes amis des proches de Vaclav exilés je sais comme fut difficile cette période . Si la Slovaquie a fait partition c’est qu’elle considérait que les tchèques étant des intellectuels vivaient à leur crochet. Que Havel eut fait des “excuses” aux allemands Sudètes est bien dans l’esprit de ces gens qui ne les aimaient guère en ayant subit l’oppression suivi de celle des russes . Les polonais ne sont pas leur tasse de thé , non trop magouilleurs m’ont ils dit. Pour mes amis la France par ses écrivains était la source d’une évasion intellectuelle. Notre ami Prokop avait découvert la France et ses paysages au travers des récits de Zola et était intarissable sur Proust.