Une révolution anglaise ?
Et si les voyous étaient juste des voyous ?
Publié le 11 août 2011 à 16:37 dans Monde
Mots-clés : Londres, sociologie, violence

Véhicule de police et commerce incendiés, quartier de Tottenham, Londres, 6 août 2011.
Les émeutes de Londres excitent ceux qui fantasment sur un printemps arabe à l’occidental. Ils y voient une condamnation en acte des politiques « néolibérales » appliquées depuis les années Thatcher et une révolte contre l’exclusion générée par la société. Cette dernière tarderait à donner une place aux jeunes générations, parmi lesquelles des populations immigrées exclues des avantages de la société occidentale.
Notons que cette interprétation est régulièrement avancée dès qu’on assiste à des émeutes urbaines dans les grandes sociétés occidentales. En France, on a ainsi expliqué les émeutes de 2005 en pointant du doigt la responsabilité d’un système prétendument exclusionnaire, discriminatoire et raciste. A en croire ce discours fort répandu, l’universalisme républicain entretiendrait de nombreuses couches de la population dans l’assistanat et pousserait à la révolte ceux à qui il ferait la promesse de l’égalité sociale sans jamais la tenir. Au Québec, pendant les émeutes de Montréal-Nord en 2008, la plupart des analystes ont reproduit le même verdict : la société est coupable.
Souvent, ces révoltes trouvent leur déclencheur dans un acte de violence policier assimilé à une « bavure ». C’est l’étincelle qui ferait exploser le baril de poudre de la contestation. Dans ce scénario, la police est ainsi présentée comme la gardienne d’un ordre néoimpérialiste sacralisant le droit de propriété à l’avantage exclusif des populations installées de longue date sur ces territoires. Les« jeunes » ressentiraient particulièrement mal l’ «occupation » arrogante de leurs quartiers par des forces de l’ordre à l’attitude néocoloniale.
Il y a un gauchisme sommaire dans cette sociologie victimaire qui domine dans l’interprétation médiatique actuelle des émeutes britanniques. On y sent un vieux fond de sauce marxisant au goût frelaté. D’un côté, les dominants, de l’autre, les dominés. La critique venant des marges du social serait fondamentalement émancipatrice tandis que les émeutiers représenteraient l’avant-garde éclairée exigeant la démocratisation brutale des rapports sociaux. Cette explication victimaire nous en dit davantage sur ses pratiquants que sur ses objets d’étude. En menant un double procès perpétuel contre la civilisation occidentale et la société libérale capitaliste, elle cherche à radicaliser les tensions sociales.
Or, si on ne doit évidemment pas évacuer les « causes sociales » de la révolte, il faudrait surtout éviter de prêter aux émeutiers une philosophie qu’ils n’ont pas, en les transformant en représentants d’un changement révolutionnaire positif dont ils seraient les vecteurs. Qu’on se le dise : les jeunes de Londres ne sont pas les nouveaux déshérités prolétarisés qui chercheraient leur salut dans un renversement du règne de la marchandise pour faire advenir une société plus « authentique ». Bien au contraire, leurs objectifs consuméristes sont évidents. Jeux vidéo, téléviseurs, vêtements de luxe, montres de prestige : lorsqu’ils défoncent les vitrines, les jeunes savent exactement ce qu’ils recherchent. Les pillards ne se jettent pas sur les symboles du pouvoir officiel pour les abattre mais sur ceux du capitalisme mondialisé et publicitaire pour se les approprier.
D’aucuns expliqueront que les jeunes prennent de force les objets que la société leur somme de désirer sans nécessairement leur donner les moyens de les posséder. Et quand bien même ? D’où vient cette idée étrange selon laquelle le désir crée le droit ? Il n’y a pas de droit à l’opulence, l’État social n’ayant de surcroît pas pour vocation de démocratiser l’accès aux produits de luxe. Ceux qui désirent à tout prix s’inscrire dans le système des valeurs marchandes – sacralisées par le capitalisme publicitaire – devraient consentir au jeu de la concurrence économique pour parvenir à se les offrir dans le respect de la légalité la plus élémentaire.
Mais la loi n’est plus à la mode. Car la société officielle n’est plus respectée. C’est même en transgressant ses règles que certains croient accéder à une liberté créatrice, une perspective qui montre ses effets délétères lorsqu’elle conduit les foules à l’émeute. L’existence d’une sous-culture gangstérisée popularisée par le rap entretient toute une frange de la jeunesse dans une posture antisystème. L’émeute n’en est que l’expression la plus radicale et la plus excitante.
Fondamentalement, cette pulsion nihiliste permet aux ressentiments les moins avouables de s’exprimer ouvertement, dans un consentement à la violence qui devient ainsi une fin pour elle-même, par sa capacité à transgresser l’ordre bourgeois et à rompre la monotonie d’une société normalisée. Mais à la différence de la violence en quelque sorte ludique des soixante-huitards, celle des émeutiers de Londres s’avère rageuse, et pleine de ressentiment, laissant deviner les ferments d’une guerre civile larvée dont on ne veut pas dire le nom.
La normalisation de l’émeute n’annonce rien de bon. Ceux qui paient le prix de l’affaissement de l’ordre social sont toujours les couches les plus modestes, alors que les milieux les plus favorisés ont les moyens de s’affranchir de la pulsion violente des masses insurgées. De ce point de vue, les petites gens ont tout à craindre d’une capitulation du gouvernement qui, pour se montrer conciliant, reconnaîtrait la légitimité d’une protestation s’en prenant aux fondements même de l’ordre social.
L’appel au dialogue lancé par certains commentateurs masque une contestation philosophique de la prétention de l’État à exercer le monopole de la violence légitime, monopole sur lequel repose pourtant le progrès de la civilisation libérale et démocratique. L’émeute n’est un facteur de démocratisation que pour ceux qui ne sont pas parvenus à s’affranchir de la mythologie révolutionnaire des pulsions destructrices. Ceux-là veulent que succède à la paix civile la violence spontanée des foules et, finalement, celle des bandes.
À certains moments, l’autorité doit moins faiblir devant la pression de la rue que s’afficher sans complexe, en se présentant comme la gardienne des fondements de l’ordre social et politique. Si on peut souhaiter que la réaffirmation de la souveraineté de l’Etat se fasse sans débordement de brutalité, on ne doit pas non plus s’émouvoir de son nécessaire exercice.
Ne pas consentir au délitement du pouvoir dans une situation de crise reste probablement la seule manière de calmer ceux qui réintroduisent les ferments destructeurs de la civilisation : le chaos et l’anarchie.
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L'auteur
Mathieu Bock-Côté est sociologue, auteur de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007).
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eclair dit
Ni révolutionnaires ni émeutiers juste de simple pillard pour la plupart.
La première nuit c’était une émeute pas les nuits suivantes.
Article qui est à coté de la plaque.
oui on peux remettre plus d’ordre Mais là cela ne changeras pas grand chose.
On a une société qui se communautarise. Des flics en dehors de la communauté tue ou arrete un membre d’une communauté il y a le risque d’émeute.
Sans parler du fait qu’en angleterre les études c’est payant et cela coute très cher. SI vous êtes d’une classe pauvre les chances que vos enfants puissent étudier sont nuls. aucune perspective d’avenir.
Une société inégalitaire.
Mais après on va dire qu’il y a aussi des pauvres qui ne pille pas.
Oui suffit de voir en ukraine dans les années 30 les dizaines de millions de mort de famine. Si tu n’as pas été elevé à te rebeller contre l’ordre établi tu meurs en silence.
Pour les pillards ou émeutiers au choix. ils n’ont connu aucune autorité depuis leur enfance. Il est beaucoup plus facile pour eux de se rebeller contre l’autorité.
L’auteur de l’article n’a pas compris que justement parce qu’il y a un délitement de l’état et de la societé ils existent.
Est ce que cela serait mieux s’il avait eut à respecter l’autorité depuis le plus jeune âge.
Ils auraient put mourir en silence comme les ukrainiens.
Remettre l’ordre n’y changeras rien on a une societé inégalitaire.
AA partir de là elle a dans son sein le risque de trouble et de guerre civile.
Ces émeutes sont juste la preve d’un délitement de l’état et de la societé civile qui se communautarise.
livia dit
Le plus triste, à mon avis, c’est qu’on connait d’avance les avis des uns et des autres selon leur appartenance à un camp politique.
Meme plus besoin de lire les com.
découragent de toutes les façons.
Entre les “taiseux” culturels “très nombreux dans notre Pays (contrairement aux ritals (, j’en suis témoin cet été, qui parlent parlent, discutent, coupent les cheveux en 40 s’engueulent, confrontent leurs points de vue, mais au fond s’expriment tous: question de culture) et les tonitruants habituels qui nous assourdissent, et qui en vivent payés par les médias, de plus en plus d’ailleurs( par manque de courage) de pauvres stagiaires en 1ère ligne partout à qui il manque pas mal de culture et d’expérience , c’est très fatigant, mais bon chacun doit se former.. mais pas en racontant des tas de conneries ! il n’ont meme pas de mentors qui les supervisent ? les pauvres !
Des abstens… aux élec ? je ne sais pas.
BLANCHE dit
Chaque fois que le SENS, la RAISON et le POLITIQUE sont pietinnes ou moques, vous devez reagir.
Je ne vois pas d’autre solution…
Bien a vous,
pirate dit
Donc, en résumé, et sans le verbiage imposé du sociologue qui se la mord, à Londres, en France en 2005 rien que des branleurs abreuvés de gangstar rap qui veulent pas faire la révolution, juste la PS3 dans la vitrine.
Reflet de leur société en somme.
Ah oui, et on doit être ferme avec eux, parce que…”blabla sociologue” si on laisse faire où va le monde ma bonne dame.
Putain ça c’est de la réflexion puissante. Retirons le vocabulaire c’est Madame Michu en direct de sa loge. Merci monsieur Bock-Coté. La prochaine fois, et c’est un avis tout à fait personnel, si vous avez d’autres lieux communs du même genre, merci de les garder pour vous.
BLANCHE dit
Pirate, vous avez bien note le caractere onaniste et futile du texte, mais peut-on s’attendre a une autre farine puisqu’elle est moulue par un sociologue, c’est a dire un parasite, qui, comme ses congeneres carrieristes, a abandonne l’Homme, les groupes humains, et la mission de les comprendre, pour faire son pathetique beurre sur leur dos.
Sophie dit
Tout à fait, didier, c’est d’ailleurs un des points communs entre une révolution et une dispute conjugale, si on veut bien revenir 5′ aux choses sérieuses.
didier H dit
Tout l’art d’une révolution, c’est de savoir la terminer en préservant ce qui était indispensable sous le régime ancien et en inscrivant dans le marbre les “avancées” de cette révolution. Ce que fit Bonaparte par exemple. Dans le cas contraire, il ne s’agit que d’une régression.
Tony Truand dit
Oui, encore que, si la révolution française n’avait pas eu lieu, la France aurait très probablement fini par devenir, comme les autres pays d’Europe, une démocratie. Elle aurait fait l’économie de la Terreur, et l’Europe celle des guerres napoléoniennes.
didier H dit
Guerres napoléoniennes ou plutôt guerres imposées par les anciens régimes européens?.. That’s thé question!
Tony Truand dit
Conséquences directes de 1789, de toutes façons.
Saul dit
Bravo Didier !
on peut le voir comme ça, et c’est effectivement le cas pour la plupart des guerres “napoléoniennes”, qui devraient plutôt s’appeler “guerres des coalitions”, la perfide Albion n’ayant de cesse de jeter de l’huile sur le feu.
mais à nuancer quand même, la guerre d’Espagne était plus qu’une simple erreur, prendre le risque de transformer un pays allié (même si de second ordre) en ennemi afin de mieux le controler était plus que malvenu.
sur l’hypothèse de Tony, certes l’uchronie permet tout les scénarios, mais force est de constater que que les évolutions et changements s’effectuent à travers de grands bouleversements.
ainsi beaucoup de pays européens devinrent démocratiques car il y eut justement ces guerres de la Révolution et de l’Empire : l’Espagne par exemple…fin de l’inquisition, mise en place des juntes qui auront pour effet une limitation du pouvoir royal à l’avenir etc
Savinien dit
D’accord avec Pierre Jolibert.
Je le soutiendrai avec cette citation de Nicolas Gomez Davila :
”Le révolutionnaire est, en fin de compte, un individu qui n’ose pas chaparder tout seul”.
Mangouste1 dit
…Une racaille moutonnière…
Pierre Jolibert dit
C’est trop d’honneur que vous me faites. Avec Gomez Davila on trouve souvent son bonheur.
BLANCHE dit
Et hop, Mathieu ! Un petit texte a glisser dans le CV…
Pierre Jolibert dit
Eh hop, Blanche Hudson ! une audition de plus, vous finirez bien par obtenir un rôle.
leroidec dit
Article excellent. Je note que c’était déjà la thèse d’Alain Finkielkraut en 2005.
Lady dit
La révolution qu’elle se dise idéologique ou non, c’est ni plus ni moins que : “ôte-toi de là que je m’y mette” et en règle générale pour faire bien pire!
Pierre Jolibert dit
Bravo. Et pour rendre complètement hommage à Maître Porc, la page sienne que je voulais d’abord citer est : http://piree.over-blog.com/article-les-conservateurs-81031371.html