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Une fille pour l’été

La saison des amours

Publié le 15 août 2010 à 6:30 dans Culture

Mots-clés : ,

Les jeunes filles, toujours les jeunes filles.

Que font-elles, sous le soleil des vacances, allongées sur leurs serviettes pleines de sable ?
Elles portent des lunettes noires, bronzent seins nus, remplissent des grilles de mots fléchés, laissent leur esprit dériver vers quelques envies inavouables – bel inconnu à embrasser, ivresse douce, nuit d’amour à la belle étoile.

Proposons leur un peu de son, des mélodies du monde d’avant à écouter sur leur Ipod ou autre Itruc: Sea sex and sun de Gainsbourg, J’aime regarder les filles de Patrick Coutin ou L’amour à la plage de Niagara.

Proposons leur aussi de découvrir l’art de la fessée tel que le raconte Jacques Serguine dans son roman coquin L’été des jeunes filles.

Parlons leur, surtout, de Roland Jaccard et de ce bijou qu’est Une fille pour l’été.

Sexe, sarcasmes et mélancolie

Homme des flirts en hiver, des escapades viennoises à la poursuite de Karl Kraus et du « rire du diable » quand le diable a la frange de Louise Brooks ou d’une lolycéenne du Soleil Levant, Jaccard fait sonner la langue avec la précision d’un sniper classieux : « Paris me pesait. Nous étions début juillet. Comme chaque année, je me demandais comment affronter le grand vide de l’été. » Pour éloigner, le temps d’une saison, son suicide programmé, Jaccard avance sa pièce maîtresse : « Une étudiante aux Beaux-Arts que je connaissais à peine, Shade, m’avait accompagné au cinéma Action Christine pour voir le film de Rokuro Mochikuzi : Onibi le démon. Nous avions distraitement échangé quelques baisers. Au moment de nous quitter, je lui avais dit : “Et si nous partions pour Tokyo ?” Pour seule réponse, j’avais senti sa langue frétiller dans ma bouche et ses doigts caresser mon sexe. ».

Direction Tokyo donc, où l’ombre érotique d’une certaine Asako est partout, où l’histoire d’amour ne commence pas. Chez Jaccard, l’amour est un échec et mat désabusé – « Je jouerai à être ton premier amour et toi à être mon dernier » – où les amants ne se retrouvent, bien plus tard à Paris, que pour voir Eyes wide shut de Stanley Kubrick. Le film ne plaît pas. La faute à Tom Cruise – Nicole Kidman fumant de l’herbe en caraco blanc est, quant à elle, d’une sensualité qu’elle n’offrira plus. La faute à Shade, qui oublie trop vite les mots de Pessoa tirés du Livre de l’intranquillité : « La vie m’écoeure comme un remède inutile. »

Incandescence triste

L’été s’en va, Shade aussi, laissant place à des « poupées frigides » et à des fantômes fragiles nommés Marie, Amélie, Mélanine ou Sylvia Plath qui écrivait : « J’ai besoin de ce qu’il y a de plus impossible, quelqu’un qui m’aime quand je me réveille la nuit. »

L’été s’en va, Jaccard croise ses vieux amis Louis Scutenaire, Charles Bukowski, Woody Allen et Ennio Flaiano, le scénariste de la Dolce vita et de Huit et demi.

L’été s’en va, il est l’heure, peut-être, du départ pour Vegas, ce voyage ultime qu’effectuait un Nicolas Cage ravagé, au plus près de l’incandescence lumineuse et triste d’Elisabeth Shue, dans le crépusculaire Leaving Las Vegas.

Pourquoi Las Vegas ? « Il y a des piscines, du soleil, de l’arnaque, de l’inanité, des jeux et ce grand jeu que nous jouons tous avec la mort. Vous le savez aussi bien que moi : la société a plus à voir avec une party de suicidaires à grande échelle qu’avec une organisation d’êtres rationnels. Ce désespoir tranquille qui nous bouffe ici, au moins dans le désert hystérico-orgiaque du Nevada nous y échapperons. »

Les jeunes filles, l’été, l’amour, la mort et, à la fin de l’envoi, Jaccard qui touche.


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  • 16 Août 2010 à 22h01

    schaffausen dit

    Je pense qu’un bon usage de la courtoisie consisterait à traduire les citations faites dans une langue étrangère.

  • 16 Août 2010 à 18h09

    Gilbert Duroux dit

    “Arnaud Le Guern est écrivain” nous dit la note de présentation.

    C’est vrai ?

  • 16 Août 2010 à 11h37

    Minos dit

    « Une étudiante aux Beaux-Arts que je connaissais à peine, Shade, m’avait accompagné au cinéma Action Christine pour voir le film de Rokuro Mochikuzi : Onibi le démon. Nous avions distraitement échangé quelques baisers. Au moment de nous quitter, je lui avais dit : “Et si nous partions pour Tokyo ?” Pour seule réponse, j’avais senti sa langue frétiller dans ma bouche et ses doigts caresser mon sexe. ».

    Digne de la bibliothèque rose…. Affligeant.

  • 15 Août 2010 à 20h34

    Combressol dit

    “Une fille pour l’été”… Mais c’est le titre d’un roman de Maurice Clavel (si, si) paru dans les années 50. Edouard Molinaro en a d’ailleurs tiré un film en 1959.

  • 15 Août 2010 à 18h18

    Soledad dit

    Après la lecture du Soufre au coeur, agréable de vous retrouver ici, M. Le Guern.

  • 15 Août 2010 à 16h05

    Midas dit

    Tandis que l’anatomie feminine penetrait noematiquement mon etre, je me l’imposais comme une seconde evidence. Silencieusement, je me faisais le serment que j’aimais je ne lui accorderait un rang superieur, comme la condition de mon accession au pantheon des damnes, donnant en retour la candeur de ma jeunesse.

    Ceux qui verbalisent l’inutilite de la vie ou son insoutenabilite, je les recommande au Tres-Haut. 

    “Herr, lehre doch mich, daß ein Ende mit mir haben muß, und mein Leben ein Ziel hat, und ich davon muß.”

  • 15 Août 2010 à 14h42

    Procope dit

    Benedicte2 dit :
    15 août 2010 à 9:35
    “.Je me souviens de Jaccard à l’époque où il écrivait sur la psychanalyse dans le Monde. c’était lumineux. Et merci à monsieur Le Guern pour cette série plage!”

    Je me souviens de lui à Verbier ( Suisse), après 68 dont il n’avait rien compris, ni les manques, ni les trop pleins, ni les vices, ni les vertus, rien du positif, rien du négatif, il avait eu peur tout simplement.
    On peut comprendre mais la psychanalyse vu par lui dans Le Monde, j’en ai le souvenir d’un cataplasme assez prétentieux sur une jambe de bois, d’un remède de bonne femme pour survicre dans une société qui vous ferait perdre votre petite tête.
    Que c’est beau un ” suicide programmé ” et un sexe en turgescence dans une salle obscure; quelle puissance, quelle jeunesse éternelle du haut de ses presque 70 ans !
    Cet homme ne serait-il pas un héros inconnu d’une époque ingrate ?

  • 15 Août 2010 à 9h35

    Benedicte2 dit

    Que vous n’avez pas lu, comme tous les gens qui balancent le nom d’un grand du passé pour discréditer les bons écrivains du présent. Vous instrumentalisez la littérature.Je me souviens de Jaccard à l’époque où il écrivait sur la psychanalyse dans le Monde. c’était lumineux. Et merci à monsieur Le Guern pour cette série plage!

  • 15 Août 2010 à 8h29

    Roba dit

    Des daubes de ce type, bien dans l’air du temps, font regretter Balzac.