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Un vaccin, sinon rien !

Eloge de la contrainte en matière médicale

Publié le 04 décembre 2009 à 14:59 dans Société

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vaccin

Finalement, quelqu’un aura eu raison à la fois de Sarkozy et d’Obama sur le plan, sinon des médias, du moins de la conversation ordinaire entre potes, entre voisins ou entre usagers de la RATP coincés dans leur wagon – quelqu’un dont le patronyme pourtant laissait mal augurer d’un tel succès puisqu’il s’appelle H1N1. Rarement petite bête aura tant fait parler d’elle.

L’amusant, avec la grippe A (c’est son surnom) ; c’est qu’on a encore une fois un fait social total : il concerne la médecine et politique, mais aussi les transports aériens, les politiques éducatives (fermer ou pas les écoles), la géopolitique (envoyer ou pas des doses massives de Tamiflu dans les pays pauvres au risque d’en manquer) etc. Et par définition, comme toujours dans ce genre de cas, les thèses conspirationnistes s’en donnent à cœur joie : les méchants laboratoires pharmaceutiques auront fabriqué le virus en croisant des choses pas cachères pour vendre leurs vaccins à prix d’or, etc.

Pourtant, les donnés du problème et donc, sur un certain plan, sa solution sont claires.

L’OMS et, de manière générale, les experts en santé publique ne conspirent pas mais tous ces gens ont bien leur agenda comme on dit en anglais. En l’occurrence : il est plausible qu’une épidémie nouvelle très sévère frappera l’humanité avant 50 ou 100 ans. Nul ne niera donc l’intérêt de cogiter à l’avance la stratégie à suivre pour contrer une telle épidémie, et s’assurer de sa faisabilité. Jusqu’à maintenant, on a vu en deux décennies des épidémies de maladies graves mais localisées (SRAS, Ebola, etc.) ou promptes à s’éteindre (grippe aviaire). Au contraire, la grippe A est un cobaye idéal pour les dispositifs de gestion de l’épidémie : rapide à s’étendre, elle n’est pas d’une grande létalité. Surtout, elle est une grippe, ce qui signifie qu’elle implique un virus assez proche de virus connus – on peut donc envisager une fabrication prompte de vaccins –, mais elle est suffisamment différente dans ses symptômes et son degré de contagiosité (plus élevé) pour la traiter comme une maladie à part. En ce sens, cette campagne de vaccination est parfaitement légitime, puisqu’il s’agit de se prouver par une répétition générale que l’humanité saura répondre à la menace post-mondialisation qui l’attend.

Dans ces conditions, que doivent faire les citoyens ? En l’absence de conditions médicales spécifiques (femmes enceintes, asthme, etc.) et si on ne court pas un risque beaucoup plus élevé que la moyenne (personnel médical, etc .) de contracter la maladie, on peut estimer que le risque de forme grave ou létale de grippe A est faible (quelque chose comme 1 chance sur 10 000), et que le risque du vaccin est comme celui de tous les vaccins, extrêmement faible (autour de 1 chance sur 1 million pour complication très sérieuse ). Dans des cas analogues, la rationalité de nos décisions repose sur une sorte de calcul coûts/bénéfices, lequel consiste à rapporter la probabilité d’un dommage donné à la probabilité du dommage similaire qui serait potentiellement causé par la stratégie d’évitement du premier dommage. Certes en principe ce calcul conduit ici à la nécessité rationnelle de se faire vacciner. Toutefois, en pratique, dans la mesure où il porte en réalité sur des quantités extrêmement faibles, tandis que que dans la vie courante nous décidons en fonction de rapports entre des probabilités de valeurs beaucoup plus élevées (1 chance sur 10.000 ou sur 1.000.000 sont des quantités que notre appareil de calcul néglige ), un tel raisonnement n’est peut-être pas pertinent. Ainsi, il n’est pas absolument raisonnable de se faire vacciner, si on définit le raisonnable par une manière de pondérer ce qui est rationnel en théorie par le degré d’éloignement de ladite théorie du monde réel . D’autant que dans le monde réel, il y a aussi tout un tas de coûts annexes de la vaccination (temps, bureaucratie etc.

Là où les choses se compliquent c’est que d’un pur point de vue de santé publique, plus les gens sont vaccinés, plus la probabilité qu’une personne donnée (non vaccinée) attrape la maladie est faible (puisqu’elle rencontrera beaucoup moins de personne susceptibles d’être infectées). Donc la généralisation de la vaccination freine la progression de l’épidémie et réduit l’intensité du pic d’infections prévu pour l’hiver. Or qui dit pic d’épidémie dit débordement des services de santé, d’autant que si la grippe A se répand, beaucoup se rueront à l’hôpital pour un simple rhume, contribuant à l’engorgement hospitalier de manière encore plus certaine que les « vrais » cas de grippe A. Sans compter un ralentissement majeur de l’économie, des carences du système éducatif, etc. – ceci, bien évidemment, même si le risque létal de H1N1 était strictement nul. Autrement dit, la vaccination est recommandée du strict point de vue non seulement de la santé publique, mais même du bien public.

Avec cette campagne de vaccination pour la grippe A, nous avons donc un cas pur de dilemme : l’intérêt du collectif et le choix raisonnable de l’individu ne coïncident pas. Or si la vaccination était obligatoire, comme beaucoup d’actes dont la légitimation relève du seul bien public, aucune question ne se poserait. Prenons la coqueluche ou la tuberculose : les vaccinations sont obligatoires et pourtant les chances d’attraper ces maladies par ailleurs curables sont très faibles (justement à cause de la vaccination antérieure). Précisément pour cette raison qu’il serait plutôt raisonnable (encore une fois, du pur point de vue individuel) de ne pas vacciner soi-même ou ses enfants, le règlement de santé publique rend cela obligatoire afin de maintenir une couverture générale de la population face à ces maladies. En même temps, si l’Etat décrétait le vaccin obligatoire, on imagine trop bien la réaction indignée qui parcourrait toutes les sphères de la société !

Finalement, ce que révèle cette polémique sur la grippe A et son vaccin, c’est surtout notre suspicion envers toute demande étatique qui se réclamerait, même légitimement, du bien public. C’est peut-être plus inquiétant que la maladie.

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  • 6 December 2009 à 14h15

    Docteurdu16 dit

    J’arrive un peu tard dans la discussion.
    L’auteur est philosophe des sciences ?
    Ecrire autant pour ne rien dire !
    Nous assistons à la militarisation de la société, ce qui ne peut étonner personne.
    Personne ne sait si le vaccin anti grippe A est efficace car personne ne dit que le vaccin anti grippe saisonière est peu efficace.
    Il suffit de faire des recherches sur Collaboration Cochrane.
    Je suis médecin généraliste et j’en sais plus que nombre d’experts qui sont soit payés par Big Pharma soit nommés et payés par Roselyne Bachelot.
    Je suis pour la vaccination des personnes à risque et contre la vaccination généralisée. les obèses ont disparu de spersonnes à risque puisque le gouvernement, ayant éliminé les médecins traitants, ne peut le savoir
    Je suis pour les vaccins mais pour l’évaluation des vaccins.
    Les journalistes ne font pas leur travail : ils répètent bêtement les déclarations bachelotiennes. Allez voir le blog de Christian lehman ou celui de Dominique Dupagne.

  • 6 December 2009 à 3h35

    do dit

    en même temps, si on se vaccine, c’est pour protéger…les non vaccinés?

    personnellement, j’ai eu qq problèmes graves (très) autour de moi à la suite (immédiate) de vaccins, et je ne suis pas certaine que le remède ne soit pas parfois pire que le mal.
    Si les responsables politiques nous avaient habitués à une vraie honnêteté, dans divers domaines, j’accepterais de me sacrifier pour le bien commun.
    Mais en cumulant leurs malhonnêtetés (je ne dis pas conspiration, mais perte naturelle de confiance à la suite de faits avérés) et la malhonnêteté de certains labos quant à la reconnaissance des cas d’encéphalite, en ajoutant à ça que la vaccination généralisée en France pour le DTP n’a pas permis de garder un échantillon de personnes non vaccinées pour simplement évaluer son action réelle (les pays sans obligation vaccinale ont vu la polio diminuer plus vite, juste avec l’assainissement des réseaux d’eau potable), et les vaccins cultivés sur reins de singes verts, ben, franchement,je doute.

  • 6 December 2009 à 1h12

    pirate dit

    Perso ça sera non merci. D’ailleurs la grippe est passé à la maison, et elle n’a contaminé personne et personne n’est vacciné. Mais celui qui la eu a un peu dérouillé quand même.
    Pour la mutation, je vous rassure c’est en route, deux cas en norvège mais avec d’autre complication en sus, plus trois cas il me semble de résistance au vaccin (toujours avec d’autre complication)

  • 5 December 2009 à 23h44

    Saul dit

    @Impat,
    merci, mais ne croyez pas que je suis forcément pour la vaccination, perso je ne me suis pas encore décidé….la meme toubib nous expliquait que le problème était que ce vaccin n’ avait pas encore subi toutes les phases de test..

    mais pour etre honnete, des millions de personnes ont déja été vaccinés sans conséquences facheuses, mais faudrait savoir si ce laps de temps depuis leur vaccination est suffisant pour dire que ce vaccin ne craint pas, ça….

    alors j’ hésite encore….

  • 5 December 2009 à 22h36

    Antoine dit

    plus aux français..

    Pour la théorie de la répétition générale. Peut-être. Mais à crier au loup…

  • 5 December 2009 à 22h35

    Antoine dit

    Point vocabulaire : le problème n’est pas la mutation du virus, mais le recombinaison avec un autre virus.
    Cette peur de la recombinaison joue pour convaincre les français. Scientifiquement, très peu.

    A part ça, oui il est vrai que pour certains vaccins, le bénéfice est collectif et non individuel. N’empêche que pour la grippe mexicaine on est sait rien du tout de ces dits rapports « bénéfice/risque ». La stratégie française (politique, plus que scientifique) se base sur un taux de létalité de 1/1000 (soit la grippe saisonnière)… alors que ce taux, dans d’autres pays comparable au notre, était plus dans une fourchette de 1/10 000 – 1/20 000.

    En dehors de ça, il faut réaffirmer notre confiance envers nos instances sanitaires, qui restent les plus à mêmes de nous fournir de vrais conseil. Mais quand on voit que même les médecins, cible principal de cette campagne, qui devraient être vacciné pour protéger leurs patients (et non eux même), refusent la piqure… Difficile d’en demander

  • 5 December 2009 à 19h22

    Impat dit

    Saul, lumineuse votre explication.

  • 5 December 2009 à 12h41

    Saul dit

    sans etre spécialiste, la toubib nous a expliqué que les grippes sont pour chacune une combinaison de “H” et de “N” : il y a 16 “H” et 9 “N” et les differentes grippes sont toutes une combinaison differente de H et de N, avec leur caractéristiques propres :
    la H5N1, par ex, est mortelle dans 50% des cas mais quasiment pas contagieuse, la H1N1 est très contagieuse mais peu virulente ( une grippette, d’ après elle beaucoup l’ ont déja eu mais sans s’ en rendre compte, croyant qu’ ils avaient juste une migraine ou un gros coup de fatigue )

    le risque avec ces deux là et qu’ ils se croisent et donnent “naissance” à un nouveau virus ( H quelque chose et N quelque chose ) qui aurait les caractéritiques des 2 : ultra contagieux et mortel dans 50% des cas. la vaccination, comme dit Rocardo, empechera ainsi la circulation du virus et limitera du coup le risque que ce virus H1N1 rencontre le H5N1..

  • 5 December 2009 à 12h32

    fatback dit

    @ rocardo
    Encore une fois, je n’y connais pas grand chose. L’idée c’est une forme de processus Darwinien: plus on combat le virus sous sa forme originelle, plus on favorise des formes alternatives. En d’autres termes, une vaccination généralisée et focalisée sur la variante ‘basique’ du H1N1 favorise la mutation du virus par effet d’éviction.
    Si un spécialiste du sujet passe dans le coin, qu’il n’hésite pas à nous éclairer là dessus :)

  • 5 December 2009 à 12h32

    Saul dit

    @ Gil MiHaély ( & Rocardo )
    “la campagne de vaccination vise surtout à faire face à ce scénario-là.”

    ce que nous disait aussi le personnel de santé à mon boulot. avec moins de 50%de la pop vaccinée, il y a risque que l’ année prochaine, ce virus revienne mais avec une probabilté qu’ il mute avec un autre. alors qu’ avec plus de 50% de vaccinés comme le dit Rocardo “en réduisant fortement la circulations de virus,elle diminue par là même la mutiplication et le copiage de ce virus,phénomènes pendant lesquels se produisent ces mutations.”

  • 5 December 2009 à 9h43

    FélixRenédeSessandre dit

    @ l’auteur:
    Vos conclusions semblent raisonnables à partir des hypothèses que vous posez. Il manque néanmoins une information qui fiche en l’air votre édifice: quel est le degré de protection lié à chacun des vaccins sur le marché? Il est très troublant qu’après des mois de recul, on ne dispose d’aucune donnée sur le degré de protection entraîné par les différents vaccins (je ne parle pas des réponses anticorps, mais du fait de contracter ou non la grippe). Par conséquent, il se pourrait bien que même si le risque très faible lié à la grippe reste supérieur au risque encore plus faible lié au vaccin, les deux risques s’additionnent. Dans ce cas l’Etat fait bien de ne pas contraindre, car le retour de bâton serait violent.

  • 5 December 2009 à 9h02

    rocardo dit

    Il faut bien se mettre en tête que les mutations,pour tous les organismes vivants,sont des phénomènes spontanés,sans aucune cause.

  • 5 December 2009 à 8h53

    rocardo dit

    La vaccination n’augmente pas la probabilité de mutations,c’est même exactement l’inverse:en réduisant fortement la circulations de virus,elle diminue par là même la mutiplication et le copiage de ce virus,phénomènes pendant lesquels se produisent ces mutations.
    Excellent article,et remarque id. de G.Scheer sur les “citoyens”.

  • 5 December 2009 à 6h03

    Thelonious dit

    Gerard Scheer dit :”Ce qui m’inquiète c’est que, pour autant que je puisse juger dans mon environnement et dans les médias, ce sont les altruistes de posture, les prosélytes d’un comportement “citoyen” et grands donneurs de leçons par ailleurs qui constituent le gros des refuzniks du vaccin, au nom d’une conduite citoyenne qui refuserait les pressions d’un gouvernement, parce qu’il s’agit d’un gouvernement tout simplement ; et qu’en plus, il est de droite, donc a priori suspect, même en matière de santé publique”

    Moi ce qui m’inquiète, c’est CE gouvernement et la réforme hospitalière qu’il nous prépare et dont tout le monde semble se contrefoutre. De belles surprises en perspective pour les patients de demain.

    Cette campagne de vaccination est menée en dépit du bon sens et dans une totale opacité. Exactement comme le sera notre futur système de santé avec, en plus, une bonne dose d’iniquité.

  • 4 December 2009 à 22h21

    Saul dit

    je vous sens tous flippés là ….

    allez, un petit moment de détente, histoire de destresser…

    http://jeu.lagencetorich.com/vaccinator/ms/

  • 4 December 2009 à 21h23

    fatback dit

    Et bravo pour cet article qui a le grand mérite d’aborder l’idée d’une “répétition générale” en vue de contrer une épidémie plus sévère.
    L’idée est séduisante : sait-on jusqu’à quel point l’OMS et/ou les différents gouvernements l’on envisagé de ce point de vue ?
    Aussi : j’ai la désagréable sensation que notre répétition générale à nous est un fiasco… C’est moi ou bien ?

  • 4 December 2009 à 21h16

    fatback dit

    @ Gil Mihaely
    Je suis loin d’être un spécialiste du sujet mais il me semble que justement un des problèmes: plus on vaccine largement, plus on ‘pousse le virus à muter’. D’où ce débat qui faisait rage dans la communauté médicale à la rentrée des classes sur le pourcentage de la population à vacciner. Grosso modo, à 50% de la population vaccinée, il semble qu’on freine la progression de la bestiole tout en limitant les risques de mutation.

  • 4 December 2009 à 21h11

    fatback dit

    @ pirate
    Nope

  • 4 December 2009 à 21h00

    pirate dit

    JG2433 ce à quoi en bon publicitaire je vous répondrais que pour obtenir l’adhésion automatisé et même mieux, une demande immédiate de soulagement il faut jouer sur la peur et son corrolaire la frustration, c’est comme cela que vous introduisez librement et sans contrainte certain concept prit comme avéré chez le consommateur. Par exemple la nécessité de mise sur le marché d’alicament à titre préventif et in extenso l’acceptation de la modification génétique. Il n’y a là guère le moindre complot seulement un sens de l’opportunité.

  • 4 December 2009 à 20h18

    JG2433 dit

    Je me souviens d’un excellent professeur, et de son enseignement, au tout début de mes études médicales. Grâce à lui, j’ai appris ceci : pour obtenir l’adhésion de quelqu’un et la mise en application, par lui-même et à son avantage pour sa propre santé, d’une démarche préventive, il ne faut pas utiliser la peur.
    C’est cette façon de faire que j’ai appliquée – du mieux que j’ai pu.
    Il faut se rendre à l’évidence : les ressorts médiatiques actuels sont aux antipodes de ce précepte, quand on a conscience de ce qu’ils se permettent, à propos de la grippe A, du réchauffement climatique,etc…