Un pas en avant, deux en arrière !
Publié le 31 octobre 2010 à 5:30 dans Brèves
Il y a quelques années, le grand Umberto Eco publiait un piquant recueil d’articles intitulé À reculons comme une écrevisse, dénonçant un monde moderne allant cul par-dessus-tête… C’est à cette image que j’ai immédiatement songé en apprenant qu’une manif “à reculons” s’est tenue, ce samedi, dans les rues de Paris et de quelques villes provinciales à l’appel d’un collectif d’artistes. Dans le cadre de la 4e édition de “Rue Libre !” – journée internationale (accrochez-vous bien…) des “arts de la rue et de la libre expression dans l’espace public” – les participants à ce défilé bouffon ont suivi un parcours revendicatif – à rebours – en brandissant des pancartes ironiques interdisant de chanter et de sourire.
Nullement rouges de honte, à l’image des crustacés décapodes d’Umberto Eco qui évoluent à reculons, nos petits révoltés en sucre d’orge (et sur monocycles) ont surtout regretté bruyamment la baisse des subventions publiques à leur endroit et la menace diffuse d’un nébuleux “recul des libertés”. Parlaient-ils de la liberté d’échapper, précisément, à l’omniprésence de ces “arts de rue”, lorsque l’on descend simplement acheter son journal, ou promener son chien ? Que nenni ! L’artiste de rue est partout chez lui, même quand il est chez vous! Il entend prendre la rue d’autorité, avec le projet utopique de vous rendre – par une médiation culturelle parfois douteuse – ce qui vous appartenait quasiment déjà. Avez-vous déjà pu échapper à l’impérieuse démonstration d’un jongleur citoyen au détour d’une ruelle sombre ? Connaissez-vous l’expérience traumatisante de devoir subir une éco-déambulation d’échassiers sur le thème des OGM place de la Contrescarpe ?
A l’heure où la ferveur populaire et syndicale contre la réforme gouvernementale des retraites retombe doucement, victime des frimas automnaux et de cette éternelle tendance des syndicalistes à partir en vacances quand on leur demande, ce courageux mouvement des indispensables artistes de Rue s’imposait incontestablement à la France sarkozyste meurtrie… Pas de blague. Soutenons ce mouvement, chers Causeurs ! Ne laissons pas les artistes de rue devenir des artistes d’impasses ! Ils pourraient en venir à manifester dans le bon sens.
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L'auteur
François-Xavier Ajavon est chroniqueur et professionnel de la presse.
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Air dit
@ Aventin :
Qui dit référence, ne dit pas bible…. ;-)
Et si l’art est un élitisme, pensez-vous que le laisser au pouvoir du privé soit gage de qualité ?
Air dit
@ Guillaume
je comprends bien ce paradoxe. il serait plus transparent que l’État ne participe pas à cela.
Et comme vous le dites, sans l’État ce serait la mort de tous se qui n’est pas rentable…
Finalement, je préfère des subventions de l’État, parce qu’en observant les artistes rentables, j’ai mal à mon art ;-) Musique, cinéma, littérature… on ne peut pas dire que cela soit trés bon.
Aventin dit
T’ain, zêtes vraiment des cruches les copines, allez, une référence de base et qu’est pas d’hier en plus :
http://www.amazon.fr/LEtat-culturel-une-religion-moderne/dp/2877061086/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1288698797&sr=8-1-spell
Guillaume_rc dit
@ Air
Je suis d’accord avec vous : je préfère un spectacle de rue vaguement bricolé à un formatage pseudo provoc type Lady Gaga (rien que le nom….).
Celà étant, j’aurais tendance aussi à être opposé à la subvention en matière artistique.
La subvention sert le plus souvent à produire un art “officiel” creux et pontifiant. Par ailleurs, elle produit régulièrement la situation absurde suivante : des rebelles auto-proclamés qui dénoncent haut et fort un pouvoir et un système dont ils sont les premiers à profiter.
Vous me direz “sans subvention, on laisse la porte ouverte à la vulgarité type lady gaga Tf1 and cie”.
Certes
Mais en même temps, c’est la plupart du temps de la sphère non officielle que viennent les initiatives les plus intéressantes.
Encore une fois, je n’ai pas d’opinion définitive sur ce sujet.
Air dit
c’est marrant, il a des gens qui sont nés contre… contre tout.
Notre “philosophe” est contre les jongleurs quand ses pairs au lieu de critiquer misérablement l’art, ou ses tentatives, cherchait à définir le beau.
Et ce que vous comprenez pas, c’est que le choix des subventions à tel ou tel art est une façon pour l’État d’orienter et de choisir qu’elle art doit vivre ou pas.
Ce qui est un non sens….. Apparemment ce gouvernement privilégie les Majors et la soupe commerciale.
Franchement vous ne préférez pas la spontanéité d’un spectacle de rue à une envolée de Lady gaga ?