Un ministre…

Rama Yade ouvre sa gueule mais ne démissionne pas

Publié le 04 novembre 2009 à 13:28 dans Politique

rama

Depuis plusieurs jours, Rama Yade fait l’objet de tirs nourris de la part de la plupart des chevau-(pas très)légers de la Sarkozie. Nadine Morano et Frédéric Lefebvre, avec leur finesse habituelle, avaient ouvert le feu. Il semble bien que François Fillon, dont le boulot semble bien de se débarrasser des importuns1, leur ait emboîté le pas ce matin.

Rama Yade agace le président depuis plusieurs mois. Sa sortie lors de la venue du Guide libyen fin 2007, son refus de mener la liste francilienne aux élections européennes, ses déclarations en pleine affaire “Jean de l’EPAD” ont déplu, doux euphémisme, à Nicolas Sarkozy. Et, malgré le fait qu’elle soit dans le collimateur, alors qu’un vent de révolte souffle parmi sénateurs et députés, voilà la secrétaire d’Etat au sport qui se désolidarise de sa ministre de tutelle sur la suppression du droit collectif à l’image, niche fiscale permettant aux clubs professionnels de mieux rémunérer leur joueurs.

Sur ce dossier, Rama Yade a, à la fois, tort et raison. Tort parce qu’il est absolument indigne en cette période de crise que subsiste ce genre d’avantage. On aimerait d’ailleurs que le bouclier fiscal fasse l’objet de la même indignation. Raison parce qu’il ne faudra pas s’étonner que les championnats nationaux, et notamment celui de football, redeviennent encore moins attractifs qu’auparavant pour les meilleurs joueurs, nos clubs étant particulièrement désavantagés par rapport à l’Angleterre et l’Espagne. Que l’on sache, ce n’est pas Rama Yade qui s’est couchée à Biarritz l’an dernier lorsqu’il s’agissait de vendre à la Commission de Bruxelles un retour au quota de joueurs nationaux2 dans les équipes. C’est son prédécesseur Bernard Laporte et… Nicolas Sarkozy lui-même qui se faisait pourtant fort d’imposer une spécificité sportive et qui, disait-il, avait convaincu son collègue Gordon Brown. Devant l’idéologie de la concurrence libre et non faussée, tout ce joli monde a cédé et a renoncé à la seule solution qui permettrait un rééquilibre dans les championnats, quelle que soit la fiscalité des pays.

Depuis quelques jours, donc, les appels à la démission de Rama Yade n’ont pas porté leur fruit tant désiré. “Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne”, disait Jean-Pierre Chevènement, qui s’y connaît puisqu’il a quitté trois gouvernements3. Mais cette jurisprudence n’est plus de saison. D’abord, parce que les Chevènement ne courent plus les rues désormais. Ensuite, parce que la nature d’un gouvernement nommé par Nicolas Sarkozy relève davantage aujourd’hui du casting, comme dirait Eric Zemmour. Dans ce schéma, ce n’est pas aux acteurs de démissionner, mais au metteur en scène de virer ceux qui ne lui conviennent plus. Enfin, Rama Yade est la personnalité du gouvernement la plus haute dans les sondages de popularité. Son intérêt n’est pas de démissionner, surtout sur un sujet aussi mineur qu’une niche fiscale pour sportifs pros, mais plutôt de se faire virer pour indiscipline, laquelle s’avère la composante essentielle de sa bonne image dans le pays.

A l’heure où j’écris ses lignes, on ne peut évidemment pas savoir qui gagnera le bras de fer. Si Rama Yade, finalement, ne résiste pas à la pression – et démissionne -, ou si Nicolas Sarkozy et François Fillon doivent se résoudre à en faire une martyre ou, pis encore, passer l’éponge. Cette dernière solution ne semble pas idéale pour calmer les ardeurs des parlementaires qui pourrissent actuellement la vie du gouvernement.

  1. Spéciale dédicace à Dame Christine Boutin.
  2. Le fameux 6+5 cher à Joseph Blatter, président de la FIFA.
  3. En 1983, sur le tournant de la rigueur, en 1991 à propos de la guerre en Irak puis en 2000 sur un projet portant atteinte à l’indivisibilité de la République. Admettons qu’à chaque fois, le panache ne manquait pas.

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    David Desgouilles

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  • 9 November 2009 à 6h54

    Ludovic lefebvre dit

    David,
    Excusez-moi d’être si méchant, mais c’est que je vous aime bien et que vous m’avez beaucoup déçu. Et pas simplement pour une question de pull. Vous savez comme j’ai le gaullisme au coeur, la patrie au corps… mais enfin, passons.

    Je sais demander pardon lorsque j’ai été disgracieux et c’est le cas. Mettez, bien sûr, la photo de votre choix, cela ne me regarde finalement pas.

    Vous êtes quelqu’un de bien, vous essayez de faire un petit peu dans ce grand rien ce qui est déjà énorme.

    Vous devez savoir quelque part que j’ai raison dans nombre de mes interventions, mais ce n’est pas l’heure encore. La situation a besoin de se pourrir plus encore pour que je sois rejoins, j’en suis conscient.

    Bien à vous.

  • 7 November 2009 à 1h06

    Pirate dit

    Alors en l’état vous me dites qu’il y a des réformes ? Et moi je vous répond que pour le moment il y a le foutoir. Qu’à force d’aller trop vite, de vouloir tout faire, d’avoir un avis sur tout, et de parler avant de réflechir, il ne fait rien. Il laisse une administration fonctionner au radar, il désorganise les régions, et quand il y a le feu au lac, hop, il ouvre le coffre. Regardez avec les banques, inquiet de sa popularité, après avoir verser 10 milliards à ces magnifiques qui sont toujours entrain de pleurer qu’il y a trop d’état, sauf quand ils font des conneries, il vitupère. Partout ! Halte au paradis fiscaux ! Ca peut p’us durer ! J’vais tout changer ! Et quand Lagarde propose une loi qui risque de faire mal aux fesses des banques qui abusent de la générosité de l’état… dans les 48h elle est oublié. Pourquoi ? Parce que avant de parler faut savoir si c’est faisable et si on veut forcer les banques et bien on met en place une stratégie, pas des discours.

  • 7 November 2009 à 0h57

    Pirate dit

    Il essaye d’appliquer quel programme ? Celui qui consiste à dire un truc et son contraire le lendemain ? Parce que c’est ça qu’il a fait pendant les 5 ans où il a fait campagne pour sa pomme. Oui, c’est en effet ce qu’il essaye de faire, tout changer, tout défaire, et faire en même temps. Un hyperactif désordonné. Or une seule réforme coûte de l’argent, 15 j’en parle même pas. Il n’est pas à construire sur le long terme, il est à construire sur l’immédiat avec comme seul horizon sa quote de popularité. Sans compter toutes ses tocades. Sa femme de brancher l’Express sur Vichy pour des histoires de SMS… l’Express dont le rédac chef est juif revendiqué, et hop, trois jours plus tard le voilà à nous fourguer les enfants de la Shoa dans les zones scolaires ! Il veut PLAIRE, à tous et à tout le monde et personne ne lui a dit que ce n’était pas possible, que l’unanimité c’était dans les urnes pas quand on gouverne.

  • 7 November 2009 à 0h51

    Pirate dit

    A2lbd (vous avez un pseudo difficile, on vous l’a jamais dit ?) la question n’est pas ce que j’en pense ou non sur le bien ou le mal des réformes. Ce que je conteste ce n’est pas non plus qu’il y ai des réformes, il en faut. Seulement on ne rattrape pas 25 ans en 5 ans. On empile pas tout un tas de machin les uns sur les autres, vaguement bricolé, et en espérant que ça tienne, et en se disant que ça ne va rien coûter. En l’état ça et rien faire c’est à peu près la même. Sarkozy veut changer la société dans l’immédiateté, il parle (trop), hop, c’est fait. Mais non, mettre en place une carte judiciaire ça prend du temps à l’élaboration, réfléchir à une réforme des hopitaux et appliquer cette réforme ça se fait par palier. Lui il court après le temps. Ce n’est pas la France qui réclame Harry Potter, c’est lui qui se prend pour Harry Potter. Un fait divers ? Hop il nous sort de son chapeau des arguments à deux balles et propose encore une loi.