Un coup téléphoné
Pourquoi Sarkozy a-t-il cédé à Orange, SFR et Bouygues ?
Publié le 16 septembre 2009 à 16:04 dans Politique
Mots-clés : Nicolas Sarkozy

Le président de la République ne veut pas d'une quatrième licence de téléphonie mobile.
Ainsi le président de la République a-t-il jugé indispensable d’intervenir personnellement, lors de son déjeuner de lundi dernier avec les députés UMP, dans le débat sur l’octroi d’une quatrième licence téléphonique. En soi ce n’est pas un scandale, au contraire. La part du budget “portable” ne cesse de s’accroître dans les comptes des familles. Il s’agit, par ailleurs, d’un enjeu industriel stratégique, les petites ondes en question étant appelées, à terme, à remplacer tant les antennes râteau ou satellite qui défigurent votre cheminée que les câbles divers qui traînent encore un peu partout dans votre salon. Une mutation certes déjà engagée, mais loin d’être achevée, comme le prouve le succès phénoménal de l’iPhone et de ses suiveurs.
A l’horizon 2015, ce n’est plus un banal téléphone, même amélioré, qui déformera la poche de votre jean, mais bel et bien un terminal informatique embarqué, qui aura obsolétisé depuis longtemps non seulement appareils photos, baladeurs, autoradios et autres babioles techno, mais aussi probablement votre carte bleue, votre ligne de téléphone fixe et votre abonnement ADSL. Et dans quelques années, avec les progrès exponentiels des écrans souples et du papier électronique, il n’est pas exclu qu’on feuillette son quotidien du matin après en avoir téléchargé le contenu via le même joujou portable. L’enjeu économique, mais aussi idéologique est donc monstrueux, et que le président s’en mêle est a priori heureux.
Le problème, car il y en a un, et lourd, c’est la teneur de l’intervention : Nicolas Sarkozy a expliqué aux députés UMP réunis à l’Elysée qu’il n’y aurait pas de quatrième larron dans le portable. En clair, que Free – seul impétrant déclaré – ne viendrait pas enquiquiner les trois opérateurs historiques qui se partagent le bon gâteau. En encore plus clair, que le portable low cost, puisque chacun sait que tel est l’objectif du candidat à la quatrième licence, est enterré sans fleur ni couronnes.
On observera tout d’abord que cette prise de position viole les fondamentaux déclarés du sarkozysme.
Primo, la relance du pouvoir d’achat par la baisse des prix (on a oublié depuis longtemps ses promesses de buveur d’eau sur le candidat de la feuille de paye). Depuis 15 ans, Orange, SFR et Bouygues, se sont, de fait, entendus, pour maintenir les prix à de l’abonnement à un niveau exceptionnellement élevé. On rappellera au passage que les trois entreprises concernées, celles que le président a choisi de soutenir mordicus, n’ont pas un casier judiciaire vierge, loin s’en faut : elles ont déjà condamnés en 2005 par le Conseil de la concurrence, pour entente illicite sur les tarifs du portable, à des sanctions pécuniaires, pour un montant cumulé de 534 millions d’euros ! Le président de l’UFC-Que choisir (qu’on ne peut absolument pas soupçonner de lobbying pro-Free, l’association et l’opérateur étant en perpétuel procès sur le dossier ADSL) a donc raison de ne pas mâcher ces mots sur son blog : “Pensez donc : un quatrième opérateur ! Et pourquoi pas une vraie concurrence (au lieu de l’oligopole actuel) ? Et tant qu’on y est, allons-y, une guerre des prix au profit du consommateur ?”
Ce qui nous amène logiquement à la deuxième loi fondamentale du sarkozysme violée par son propre père fondateur : la libre entreprise, la concurrence non faussée, la prime à l’innovation, etc. Toutes vertus exaltées sans cesse dans le programme du candidat comme dans les discours du président et qu’on a donc enterrées aussi en choisissant de verrouiller le dossier – et aussi au passage le débat dans l’UMP sur cette question.
En ce qui me concerne, je n’ai jamais trop cru à ce refrain-là. En vieux marxiste maintenu, je pense que l’innovation n’est pas, n’est plus, structurellement liée au grand capital, qui n’aime rien tant que les situations de quasi-monopole ou le siphonage de l’argent public. En revanche, cet hymne à la modernitude dopée par la libre concurrence, je n’ai aucune raison valable de croire que le président n’y ait pas cru lui-même. Et je me dis qu’il a fallu que se mettent en branle des leviers très puissants pour que Nicolas Sarkozy foule aux pieds ce qu’il a adoré. Comme il ne faut pas confondre causeur et branleur, on abandonnera d’emblée les hypothèses conspirationnistes. On négligera aussi les pistes canardenchaînistes (caisses noires des partis politiques, force de frappe publicitaire des trois grands, etc.). On éclatera de rire devant les arguments des opérateurs historiques (comme quoi la quatrième licence serait une catastrophe sociale, qui supprimerait 10 000, voire 30 000 emplois) qu’on a du mal à voir rhabillés en chevaliers blancs du syndicalisme ouvrier.
Reste une hypothèse, et ça tombe bien, c’est ici et nulle part ailleurs qu’elle a été maintes fois développée, et notamment par Elisabeth. Elle implique, pour être comprise, de dépolluer nos cerveaux de quelques schémas traditionnels mais caducs, pour pouvoir reposer le problème à l’endroit. On n’a pas affaire à un pouvoir avide de contrôler les médias, mais bel et bien à un pouvoir contrôlé par ces mêmes médias. Incapable de se mouvoir à l’extérieur du créneau que ceux-ci veulent bien lui affecter. Ça vaut pour l’actuel chef de l’Etat, ça vaut aussi pour ses opposants officiels, et ça vaudra aussi pour ses successeurs. Or quand on parle de SFR, de Bouygues, d’Orange, on parle de trois acteurs décisifs du Parti des médias, puisque suivant l’exemple de Bouygues-TF1 et de SFR-Canal+, Orange a fait de la télévision un de ses axes majeurs de croissance et y a investi pour ce faire des sommes considérables (on a tous en mémoire l’interminable surenchère pour les droits de retransmission du foot).
On s’est longtemps inquiété dans ce pays des dérives dues à l’existence d’un complexe militaro-médiatique. Certains continuent de regretter qu’on puisse à la fois marchand d’armes, comme Lagardère ou Dassault, et propriétaire du Figaro ou d’Europe 1. Là encore, il va falloir apprendre à remettre le problème sur ses pieds. Ce qui est désormais dangereux ce n’est plus que des industriels possèdent des moyens d’information, mais l’inverse. Au XXIe siècle, le parti des médias est au cœur du jeu économique, et bien malin qui voudra le contrer.
Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy a choisi Goliath contre David.
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L'auteur
Marc Cohen est rédacteur en chef brèves de Causeur.
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decotroy dit
Dernière remarque : de Sarko, ne croyez définitivement de toutes ses déclarations que : “L’élection présidentielle, j’y pense dès le matin en me rasant”; tout le reste est du vent .
decotroy dit
Une remarque simple sur le “Libéralisme”(économico-idéologique) : ne pas oublier que même les U.S.A., qui en sont les champions absolus depuis 200 ans, ont été contraints de pondre une loi antitrust il y a déjà plus de 120 ans, sinon le système entier se serait transformé en quelques décennies en dictatures des monopoles, qui ne nous aurait pas valu plus de bien qu’aucune autre dictature. Mais le vrai Libéralisme, c’est celui qui garantit la liberté des esprits, donc du choix (y compris de se tromper), et non celui de la dictature de la finance , même sous habillage de la “liberté d’entreprendre” .
decotroy dit
“Pourquoi Sarkozy …” ? Question simple, réponse “enfantine” : “JE TE TIENS, TU ME TIENS PAR LA BARBICHETTE !!!!!” . Toute autre considération expliquativo-éclairante n’est que verbiage.
Kid_A dit
Nadia, c’est bien, refusez ce blackberry. Bravo. Quel courage.
Et allez à pied à Lyon. Quel horreur ce TGV.
Faites chauffer le biberon de bébé avec un feu de camp, aussi.
Bref, tout était tellement mieux avant.
[J'exagère un peu, votre post parlait probablement davantage de la réaction des gens face à votre refus, davantage que du refus lui-même... mais je vous soupçonne d'avoir refusé ce téléphone pour vous en vanter après... allez, avouez ;)]
“Un moyen utilisé par le sarkozisme pour nous surveiller”, si ce n’est pas du huitième degré, c’est à mourir de rire. Les ingénieurs qui s’éclatent en développant ces écrans et applications, sont en fait à la solde du Mal qui espionne nos faits et gestes et nous dit quoi penser… ah là là des fois on se marre bien sur causeur…
Le miraculé du guiers dit
D’où l’intérêt bruxelles et la commission qui sera tôt ou tard saisi.
BArry dit
Encore plus fort:
vous n’avez pas vu que l’addition des chiffres composant le nombre de caractères (espaces compris) contenus dans chacune de mes trois dernières interventions donne pour résultat le chiffre neuf. J’aime aussi le chiffre un. Le cinq non plus n’est pas pour me déplaire. Je vous explique: le neuf quand il s’agit d’une vérité; le un quand il s’agit pour moi d’un argument décisif; enfin, le cinq quand je “remets la balle au centre”!
PS: Aujourd’hui, je crois que j’ai la grippe (je vais voir ça tout à l’heure, en consultation. Me pardonnerez-vous mon délire?
Têtuniçois dit
Nadia vous n’avez pas compris que ce blackberry , c’est un moyen utilisé par le sarkozisme pour surveiller ?
Vous avez la chance d’être en pays libre , profitez en !
Continuez à nous envoyer vos commentaires qui sentent bon le vent de la Liberté .
BArry dit
Merde, il y a une répétition! Alors je dois faire comme ça:
[Or, l’idée intéressante d’un protectionnisme bien pensé à l'échelle de l'Europe ne séduit pas grand monde.]
Je ferme en sortant?
BArry dit
Je balaye devant ma porte:
Sur la planète, le libre-échangisme est critiqué de manière différente selon l’endroit où l’on se trouve: soit on est contre l’occidentalisme et contre l’islamophobie (ici nous ne sommes pas nombreux), soit on est contre l’universalisme et contre l’antiracisme. Or, nous ne sommes pas nombreux à trouver intéressante l’idée d’un protectionnisme européen bien pensé. Apparemment, les médias ne vont pas aider.
BArry dit
“Pourquoi Sarkozy a-t-il cédé face à Orange, SFR et Bouygues ?”
BArry dit
Têtuniçois, voyons! Il ne faut pas mourir pour si peu! RIRES (comme dirait Bérénice) !
nadia comaneci dit
Depuis que j’ai refusé le blackberry dont voulait me doter mon administration, je passe pour l’Elijah Baley de service, comme dans les cavernes d’acier. Résistons à l’intrusion des écrans minuscules et illisibles, aux modes d’emploi incompréhensibles et aux faux besoins. Retour au stylo et aux télégrammes diplomatiques sur papier pelure bleu aussi fin que de la soie. C’était la minute super ringarde de Mamie Nadia, mais ça devient vraiment n’importe quoi.
Têtuniçois dit
Chr. Borhen , profitez encore de mes commentaires , peut être que bientôt je serai réduit au silence par un procès MEDEF UMP ou par une piqure scientologue .
Je vous préviens , je ne suis pas suicidaire . Ma disparition ne sera pas naturelle .
La mort ne me fait pas peur car je suis prêt à mourir pour mes idées .
Chr. Borhen dit
@ Têtuniçois.
Je vous aime bien parce que vous écrivez des conneries grosses comme ça qui pourtant sont vraies.
BArry dit
ont-ils?
BArry dit
Le président et les politiques en général ont-t-il la mainmise sur le nucléaire français? Non. Mais eux, en partie : http://www.ensmp.fr/corpstechniques/CTE.html Est-be bien, n’est-ce pas bien? On ne sait pas, il n’y a pas de débat.
PS: pour voir ce qu’ils ont dans le ventre, il est possible d’obtenir leurs mémoires sur simple demande.
Robert Marchenoir dit
“L’enjeu économique, mais aussi idéologique est donc monstrueux, et que le président s’en mêle est a priori heureux.” (Marc Cohen)
Euh… non. Il faudrait en finir avec cet a priori étatiste qui postule que plus un enjeu économique est important, plus l’Etat doit s’en mêler. Ou alors, il faudrait, à tout le moins, s’employer à démontrer ce postulat, qui ne va de soi que parce que la France, comme Marc Cohen, est une “vieille marxiste maintenue”.
Maintenant, si Marc Cohen est, comme il le dit, un “vieux marxiste maintenu”, on ne voit vraiment pas de quoi il se plaint. En régime marxiste, c’est l’Etat qui décide de la couleur des fils du téléphone, comme du reste. A plus forte raison décide-t-il du nombre de licences de téléphone mobile.
Ah, cette décision ne va pas tout à fait dans le sens du budget domestique de Monsieur Cohen ? C’est bien dommage, mais il fallait y penser avant. C’est le libéralisme qui fait baisser les prix. Pas le marxisme, ni maintenu, ni refondé.
Têtuniçois dit
ORANGE SFR BOUYGUES MEDEF EGLISE DE SCIENTOLOGIE DASSAULT
Sponsors officiels de l’UMP .
cdg dit
je ne pense pas que M Sarkozy soit une marionette de Bouygues et consort. S il le souhaite, il peut tres bien imposer sa loi. Poutine a part exemple mis au pas les oligarches russes tout puissant au temps de Eltsine.
L etat a un enorme avantage sur toute societe privee: l usage de la force. A ma connaissance, Vivendi (SFR/C+) Bouygues ou FT (appartenant encore en partie a l etat) n ont pas de milice
La 4eme licence posait a l etat 2 problemes
1) en tant qu actionnaire de FT, c est se tirer une balle dans le pied
2) l objectif de notre classe politique c est le controle des informations. C est au point en ce qui concerne la TV, quasiment parfait en ce qui concerne la presse papier (seule exception notable le canard enchaine). Il ne manque que l internet. Brice Hortefeux ne pourra pas me contredire ;-)
Il est illusoire de vouloir controler l internet dans sa forme actuelle. Par contre un internet sur telephone mobile, c est deja plus facile si on a 3 operateurs qui nous doivent tout.
Pour information, il est impossible de faire de la telephonie via internet (Voice over IP) via ces telephones. La raison n est pas technique mais commerciale. Si on autorise les gens a telephoner quasi gratuitement, ils vont plus payer des forfaits de x heures pour faire la meme chose !
BArry dit
Le libre-échangisme se critique différemment selon l’endroit où l’on se trouve sur la planète: soit on est contre l’occidentalisme et contre l’islamophobie (ok, nous ne sommes pas nombreux de ce côté-ci), soit on est contre l’universalisme et contre l’antiracisme. Ici, pourtant, nous ne sommes pas nombreux à trouver intéressant l’idée d’un protectionnisme européen bien pensé. Et apparemment les médias ne vont pas aider.