Un charter, pour quoi faire ?
La raison d’Etat n’exclut pas les états d’âme
Publié le 26 octobre 2009 à 14:42 dans Politique

“Charter pour la guerre.” Ils ont dû être contents, à Libé, d’avoir trouvé ce titre. En quatre mots tout est dit. Leur fragilité et notre inhumanité. On les imagine, des centaines de malheureux jetés sans ménagement dans le pays embrasé auquel ils avaient réussi à échapper au péril de leur vie. On aimerait connaître les bureaucrates insensibles ou les juges au cœur dur qui ont pris cette décision. On veut être du côté de la générosité, avec Philippe Lioret, réalisateur de Welcome, promu expert es sans-papiers, ce qui serait rigolo si le sujet était un peu moins lourd. À ce compte-là, on fera bientôt témoigner Al Pacino aux procès de la mafia et Christian Clavier écrira une thèse sur le Moyen Âge.
On n’a guère envie d’ironiser, même si toute la presse évoque un “charter” pour trois hommes (il semble qu’il y avait pas mal de journalistes dans ce charter-là). Parce que trois hommes, c’est trois hommes et que leur “rapatriement forcé” – terme propre destiné à noyer le poisson de l’expulsion – décrit précisément le fossé tragique qui sépare la politique de l’humanitaire, la raison d’Etat des droits de l’individu et la gestion technocratique de la compassion humaine. Il n’y a pas, en politique, une main invisible qui réconcilie le bien commun et la vie des gens. Que l’immigration clandestine soit difficilement supportable pour les heureux habitants du monde développé ne change rien au fait qu’elle est pour un très grand nombre d’êtres humains une nécessité vitale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle “l’infraction à la législation sur les étrangers” n’est pas un délit comme un autre : sur le plan moral, on admet parfaitement que le délinquant transgresse la loi. En conséquence, notre cerveau droit peut approuver une décision raisonnable et notre cerveau gauche saigner pour le sort de ceux qui jouent le rôle des œufs dans l’omelette indigeste qu’est la politique migratoire (c’est peut-être le contraire, j’oublie toujours). Encore faut-il accepter de mobiliser l’un et l’autre.
Si on adopte le seul point de vue des trois Afghans renvoyés chez eux, on ne peut que se désoler. Or, c’est celui que les médias, producteurs d’émotion à jets continus, font naturellement prévaloir. Une décision politique, ça ne fait pas une bonne histoire. Dans le village planétaire, la raison collective est priée de s’incliner devant le malheur individuel. Ces hommes, nous connaissons leurs visages, nous les avons vus pleurer. Nous avons lu dans leurs yeux le désespoir de ceux qui ne peuvent plus rêver d’un avenir meilleur. Leur souffrance est la nôtre. Nous avons entendu la gauche s’indigner en boucle et un responsable associatif nous expliquer qu’ils n’auraient d’autre choix que “de se faire mutiler ou enrôler par les Talibans”. Nous avons été un peu soulagés de savoir que l’ambassade de France les avait pris en charge. Reste que nous nous sentons coupables et comptables de l’injustice qui les a fait naître dans un pays qui a raté l’entrée dans la modernité sans parvenir à se faire oublier de l’Histoire.
Face à ces existences détruites, les arguments d’Eric Besson (qui sont, peu ou prou, ceux de tout ministre en charge, de droite ou de gauche, sur l’immigration clandestine) sont glacés, à côté de la plaque. Le ministre de l’Immigration et du Reste est inaudible quand il affirme que les trois expulsés avaient épuisé toutes les voies de recours (ce qui signifie notamment qu’ils n’avaient pas demandé l’asile en France ou que ce statut leur a été régulièrement refusé). On ne l’écoute pas plus quand il explique que le fait de venir d’un pays en guerre ne vaut pas titre de séjour. D’accord, c’est triste. On a le droit de récuser cette proposition et de refuser les expulsions mais alors, il faut être cohérent et décréter que la France est un droit pour tous les ressortissants de tous les pays en guerre. Oui, nous serions fiers si notre pays accueillait toute la misère du monde tout en intégrant au roman républicain tous ceux qui se trouvent régulièrement sur son sol. Pour autant, sommes-nous prêts à manifester pour une augmentation massive des impôts ? Il convient aussi de demander à tous les Français de se porter volontaires pour que leur ville ou leur quartier abrite les prochaines “jungles” – il est à craindre que les habitants de Calais et ceux du Xe arrondissement de Paris ne soient guère enthousiastes mais sans doute sont-ils lepénistes. (Du reste, à en croire l’inévitable sondage CSA-Le Parisien, l’opinion est plutôt partagée sur le sujet, 44 % des sondés se déclarant opposés au renvoi tandis que 36 % s’y disent favorables.)
On dit, pour le dénoncer avec force, que cette expulsion est un “coup” politique. Certes, mais est-il condamnable en soi de faire de la politique ? Oui, il s’agit bien d’adresser un message à tous les candidats potentiels à l’immigration, de leur faire savoir que s’ils décident quand même de tenter l’aventure ils courent le risque de perdre beaucoup de temps, d’argent, d’énergie et d’espoir pour se retrouver à la case départ. En vrai, c’est un tout petit signal et il est possible que beaucoup d’Afghans tirent de la mésaventure de leurs compatriotes l’idée qu’ils pourront passer à travers les mailles du filet – trois expulsés pour combien qui ont réussi ? Seulement, ce n’est pas l’efficacité de la politique migratoire du gouvernement qui est contestée mais, comme toujours, son existence même. Il est tout de même curieux que toute la presse pousse des cris d’orfraie parce qu’un ministre propose un débat sur le thème “Qu’est-ce qu’être français ?”. Comme si la question était dénuée d’intérêt voire moralement indigne. Peut-être que pour nos belles âmes, poser la question, c’est déjà y répondre. En clair, Eric Besson a forcément derrière la tête l’idée qu’être français, c’est être blanc (si c’était aussi simple, on n’aurait sans doute pas besoin de se poser la question).
Un débat, et puis quoi encore ? Les mecs de droite, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Pour ma part, je trouve que dans la confusion ambiante, la question vaut d’être posée mais c’est sans doute la preuve que, moi aussi, je suis de droite.
La politique consiste à concilier le bien commun et celui de chacun, parfois à sacrifier celui-ci à celui-là. En matière d’immigration, c’est le prix à payer pour ne pas mettre un peu plus en danger la cohésion nationale. Pour autant, on a le droit de s’attrister. Et l’indifférence britannique aux expulsions (qui ne concernent pas, là-bas, trois personnes mais plusieurs dizaines et plusieurs fois par an) n’est pas plus sympathique que le sentimentalisme qui, chez nous, tient lieu de toute réflexion. On apprend en effet dans un excellent sujet diffusé au “20 heures” de France 2 le 21 octobre que la presse anglaise n’a pas consacré une ligne à la question.
François Fillon estime que la France n’a pas à se sentir coupable. Il me semble qu’il a un peu tort. La culpabilité qu’on éprouve quand on fait du mal, même si on n’a pas d’autre choix, fait partie de notre humanité. Avoir des états d’âme peut être inutile, parfois dangereux, mais c’est la preuve qu’on a une âme.
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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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Pirate dit
Au fait, agresser au lieu d’adresser elle n’est pas de moi, elle est de coluche je crois, le CRS arabe si je me souviens bien.
Pirate dit
Bah oui, que ça vous plaise ou non ça l’était, j’avais écrit adressé mais vu que ce n’est pas exactement ça, j’ai corrigé, ça collait mieux. Une dizaine de fautes ? Vous êtes aimable, ou vous ne savez pas compter au delà de dix. Aucun sens caché là dedans par contre, du je m’en foutisme, je vous l’ai déjà expliqué. Oui le point d’interrogation aussi est voulu Zanthrope, c’est pas une affirmation c’est une question vous m’expédiez au RG je vous renvois à leurs fournisseurs
Sophie dit
Zanthrope,
Ha, bon, c’est un effet voulu! Faut tout me dire à moi…. Donc la 10aine de fautes qu’il a faites dans son précédent poste ont, elles aussi, un sens caché que je me dois de décoder? Moi qui comptais me détendre ce WE. C’est rapé!
Zanthrope dit
Sophie,
J’étais certain que Pirate vous répondrait que c’était volontaire, je l’aurais parié! Puisque son boulot, c’est d’écrire justement, voyons!
Pirate,
???????????????????????????????
Ces points d’interrogation concernent votre réponse à moi adressée.
.
Pirate dit
Ce n’était pas un lapsus Sophie, question de maitrise donc. Zanthrope je vous renvois la pareille vous tenez pour vériter avéré une réponse que j’ai faites au sujet de la légalité, ce que je fait moi de cette légalité… vous comptez vous lancer dans une carrière de délateur ?
Zanthrope dit
Je ne ricanais pas, Pirate, je riais de bon coeur!
Je ris encore, d’ailleurs, de vos rodomontades. Vous semblez tout savoir des Causeurs, dites donc! Vos engagements, c’était aux Renseignements Généraux?
Sophie dit
“(…)quand il s’agit de vous agresser la parole(…)”
Quel beau lapsus!
Pirate dit
Ma chère Sophie, l’orthographe je m’en cogne, particulièrement quand il s’agit de vous agresser la parole, et non pas de faire mon boulot, qui est d’écrire justement. Pour la maîtrise vous repasserez donc, par contre pour la pompe, je vous la laisse, vous semblez assez bien disposée sur le sujet quand je m’évoque vos petites sorties sur le chèvre au miel et autres polissoneries pour employer vos propres termes, à base de fromages, toute réjouie à l’idée de vous faire coincer par votre indépendant. Je conçois, ça doit être rare. Il est des leçons que l’on apprend que seul, et à condition de faire preuve d’un brin d’humilité, à ce sujet j’ai également peur que vous ayez carence. Je vous la fait poli, j’ai de la belle marquise à enquiller (non ce n’est pas une duchesse c’est un style) ça me détend. Zanthrope je vous laisse à vos ricanements parce que si vous saviez mon pauvre les engagements que j’ai prit et que vous ne prendrez jamais ça vous découragerait le zygomatique.
Nebo dit
Tout ça pour trois mecs, bien vivants, que personne n’a tué ni torturé, qu’on a payé et renvoyés chez eux !
Vidons notre continent avec la même courtoisie des indésirables… sinon un jour nous aurons un “Srebrenica” à échelle européenne… et là, il y aura beaucoup de grincements de dents.
Jesse Darvas dit
Sempiternel débat : l’éthique de l’Autre contre la Justice ; il est insupportable de renvoyer des êtres humains singuliers vers l’enfer, mais il est impossible d’accueillir toute la misère du monde.
Et si l’on déplaçait le débat ? Ce n’est pas la peur d’être renvoyé chez soi qui freine les candidats au départ, mais bien plutôt le coût (financier et moral) ainsi que les dangers du voyage pour parvenir jusqu’à nous. Ceux qui surmontent ces obstacles sont une élite : courageux, prêts à tout pour s’en sortir. Nous pouvons leur laisser le droit de rester parmi nous : ils l’ont bien mérité ! Ce qui ne signifie pas ouvrir grand nos frontières : seulement cesser cette absurde « chasse aux clandestins » et consacrer les moyens économisés à l’intégration réussie de ceux qui sont ici. Quand on examine le coût humain et financier que représente le renvoi chaque année de 30 000 personnes (une goutte d’eau), on constate que cette proposition serait tout sauf “idéaliste”: seulement rationnelle.
Sophie dit
J’aurais dû être plus précise, un des plus haut taux d’imposition sur les REVENUS. En effet, il n’y a pas d’équivalent de l’ISF, ici. Mais pas de bouclier fiscal non plus. Nous avons une des meilleures couvertures sociales. Mais des indépendants paient parfois jusqu’à 80% d’impôt. 80%! Ca vous fait passer le goût des gaufres!
nadia comaneci dit
Sophie, la légendaire hospitalité belge me pousse à me mettre toujours prem’s aux soirées de votre ambassade. Etrangement, je cède volontiers mon tour chez les koweitiens qui sont pourtant juste en face de chez nous…
Gare du midi, Louiza, Naamseport, Troon, Kunst-wet, le parcours obligé du fonctionnaire français qui va défendre son bout de gras à la Commission. La puissance évocatrice des mots quand même, je sens encore l’odeur des gaufres, je prends l’escalier roulant et me voilà sur le parvis avec les drapeaux et une manif d’agriculteurs à contourner pour entrer dans le Berlaymont.
Ts, ts, un des plus hauts taux d’imposition d’Europe ? je me suis pourtant laissée dire qu’il y avait pas mal d’exilés fiscaux chez vous qui ont traversé sans remord le Quiévrain…
Sophie dit
Nadia, en réalité, l’orthographe, je m’en casse un peu. Par contre la station qui sent la gaufre chaude, c’est Arts-Loi. Ou alors, si vous tenez à Kunst-Wet, il faut faire tout votre commentaire en flamand. Et là, vous pourrez faire toutes les fautes d’orthographe que vous voulez, ils ne sont déjà pas d’accord entre eux sur la graphie de leur sabir!
Pour “Non, peut-être?”, essayez et tenez-nous au courant. Je vous garantis que vous serez dorénavant conviée à toutes les beuveries. De fait, on n’a pas sabré. La seule chose que l’on sabre, c’est le champagne. Raison pour laquelle la Belgique détient un des plus haut taux d’imposition en Europe. Et un déficit abyssal!
Il faut dire que pour 10 millions d’habitants, nous avons 7 gouvernements, avec assemblée parlementaire, ministres, cabinet, etc…
Si les Chinois faisaient pareil, ça leur ferait 75 000 ministres. Vous imaginez les réunions ministérielles?
nadia comaneci dit
Remarquez, transformer la chaussée d’Ixelles en hausée d’Ixelles, c’est pas mal non plus. Alors pour l’orthographe, je repasserai. A deux heures du matin, je ne réponds plus de rien.
Vous me garantissez que si je réponds “non peut être” à un verre de vin, on va me le servir quand même ? Je serais vraiment très dépitée de le voir me passer sous le nez. D’autant que les réceptions à l’ambassade de Belgique sont toujours très conviviales, pour parler politiquement correct. Une vraie beuverie en fait. On voit que vous n’avez pas encore été obligés de sabrer dans les frais de représentation, vous, les Belges.
Sophie dit
Nadia, la prochaine fois que vous vous rendez à l’ambassade de Belgique et qu’on vous y propose un verre de vin du Rhin dont vous mourez d’envie, au lieu de dire “Oui, très volontiers”, répondez “Non, peut-être?”.
Succès garanti.
C’est très surréaliste. Et ça fonctionne comme ça.
Si vous adoptez l’orthographe de Pirate, ce sera parfait, on vous prendra pour un “Zinneke”, spécialité locale composée de Flamands qui s’évertuent à parler pompeusement un français qu’ils maîtrisent mal.
On commence quand vous voulez!
Zanthrope dit
Ah ! Ah ! Ah!
Ce brave Pirate qui vitupère le bourgeois, lui reprochant de ne pas résister, et qui ne trouve rien de mieux que ça « je vous rappel qu’il est illégal en France d’aider un sans papier, et que c’est punissable de prison ». Le rappel à la légalité !
Bravo au courageux donneur de leçons : quand la loi rappelle à l’ordre, le Pirate d’eau douce rentre au port !
Ludovic lefebvre dit
Voyager en charter, c’est d’un mauvais goût. Ces sauvages qui ne transitent pas en première méritent la peine capitale.
Pirate dit
Je prend aussi, vous fairez une parfaite française Sophie, ce pays est fait pour vous, moulé à votre esprit. Un pays comme la belgique qui a vécu sans gouvernement, développe un cinéma originale, a des hommes politique saouls, et cet humour absurde, non sensique presque, ces gens qui se prennent moins au sérieux et vivent la légereté avec tant de rigueur, ça ne peut que vous ettoufer. J’ai un ami qui qui y découvre qu’il fait de meilleurs étude qu’ici en France qui se targue pourtant d’être à la pointe et découvre le sens du mot fête au contact de vos compatriotes. Pour les adolescentes je leur apprendrais la rue aussi, histoire qu’elles sachent qu’un petit monde étriqué, aussi protégé soit-il, peut s’effondrer du jour au lendemain et ça peut toujours servir. Et à connaitre la culture maghrébine, pas comme Alpin certes, je ne suis pas un docteur révéré en toute chose, mais à égal comme un humain bref à juger par soi-même et pas en passant par les avis bien moulé de maman.