Evidemment, du côté de Montebourg et du redressement productif, on se tait. C’est vainement que l’on attend que le flamboyant ministre, qui lui a le droit de l’ouvrir sans se faire démissionner, se prononce sur la crise sans précédent que traverse un des fleurons de notre industrie politique, l’UMP. Mais rien du côté de Bercy, par la moindre annonce, pas de propositions de repreneurs ou de nationalisation temporaire.
A travers l’UMP et ses 11 millions d’euros de trou dans ses fonds propres, la vraie question qui se pose en fait à notre France en passe de devenir un désert industriel, est : y a t il encore des parts de marchés pour la droite française concurrencée par des firmes plus jeunes, à la stratégie commerciale plus agressive comme le FN ou l’UDI ? Peut-on encore compter sur un milieu de gamme entre le centre et l’extrême droite ?
La tentative de recapitalisation sous la houlette de l’ancien PDG Nicolas Sarkozy en lançant un appel aux petits actionnaires sera-t-elle suffisante ? On peut en douter.  Mais faut-il vraiment se réjouir de cet échec programmé ? L’UMP, comme PSA, c’est plus qu’une marque, c’est un esprit, un symbole d’une France capable de construire chez elle des voitures et de produire sa propre droite avec cette french touch venue du gaullisme qui en fait ou en faisait tout le charme. Certes, cette french touch avait pâli avec le temps, et c’est bien là le problème.
Souvenons-nous : comme toute les grandes marques qui savent s’adapter au marché, l’UMP a souvent changé de nom contrairement à ces ringards de gauche qui s’appellent PCF depuis 90 ans ou PS depuis plus de quarante. Avant, comme Orange s’appelait France Telecom, l’UMP s’appelait le RPR et avant encore l’UDR et avant encore l’UNR et avant encore le RPF. En fait, le problème est peut-être là. Chacun de ses changements de nom a éloigné l’UMP de son positionnement original qui était le gaullisme. Le gaullisme, produit typiquement français, était une forme de droite de gauche, colbertiste, étatiste et assez ombrageuse sur la souveraineté nationale. Ce n’était pas exportable mais au moins, sur le marché intérieur, ça a longtemps été un produit phare, au point de mettre le gaullisme en position de quasi monopole à droite et de rassembler suffisamment large pour n’avoir à gauche que les communistes en guise de concurrents.
Mais, dans un souci de modernisation, la métamorphose a commencé avec le PDG Georges Pompidou qui a dissous le gaullisme dans les scandales immobiliers, le périphérique et l’entrée du Royaume-Uni dans l’UE. En se ralliant un temps à l’entreprise UDF de VGE, Jacques Chirac, qui devait plus tard fonder le RPR puis l’UMP avec Alain Juppé, accentua cet éloignement du cœur de métier gaulliste tel que l’avait défini Malraux, un des communicants du fondateur de la marque : « Le gaullisme, c’est le métro à six heures du soir. »
L’intervention de Nicolas Sarkozy, en plus, n’est pas sans poser quelques problèmes au conseil d’administration de l’UMP. Derrière les sourires de façade, on n’est pas forcément enchanté de voir revenir celui dont la stratégie de délocalisation vers les idées de la droite extrême à l’époque où il présidait les destinées de l’entreprise a certes fait gagner de la clientèle sur la boîte dirigée par Marine Le Pen. Mais, en contrepartie, ce virage à droite a accéléré par ailleurs la création de l’UDI, cette moyenne entreprise constituée de filiales centristes qui ont pris leur autonomie en mutualisant leurs moyens.
Il est impossible de savoir si la faillite de l’UMP et de Sarkozy en mai 2012, qui échouèrent face à la concurrence de la holding PS-PRG-EELV, est due à la méfiance des actionnaires centristes (on se souvient de la réaction  très hostile de la TPE du Modem) qui ont fait défection au dernier moment ou si, au contraire, il aurait fallu aller encore plus loin en allant chercher la clientèle sur les segments habituels où opère le FN devenu spécialiste dans des produits qui plaisent beaucoup en ces temps de crise : insécurité, immigration, islamisme.
En fait, l’UMP est une entreprise qui n’a jamais vraiment bien trouvé sa place ni sa stratégie comme l’a illustré l’affrontement de l’automne dernier entre un dirigeant qui voulait faire dans la viennoiserie à usage des quartiers populaires tandis que l’autre visait une stratégie européenne. Si on excepte la prise de contrôle majoritaire de la France en 2007, le reste des tentatives de diversification électorale se sont d’ailleurs révélées des échecs cuisants. L’UMP, entièrement centrée sur l’objectif France, s’est révélée un outil inadapté pour conquérir des régions, des départements, des mairies ou même des sièges de députés européens, ce qui explique en partie ses difficultés d’aujourd’hui puisque, avant même le rejet de ses comptes par l’Autorité des marchés financiers, euh pardon, par le Conseil Constitutionnel, elle avait tout de même un découvert de 56 millions d’euros dû pour l’essentiel à ses revers locaux.
Il semble donc urgent, encore une fois, que les pouvoirs publics se penchent sur le destin de l’UMP. Le groupe risque en effet des OPA hostiles à l’approche des élections municipales et européennes, voire un démantèlement pur et simple. Il y aurait les filières jugées encore rentables pour le Front National qui se verrait bien racheter la Droite Forte et la Droite Populaire tandis que l’UDI prendrait une participation majoritaire chez les humanistes et les européens.
Quant aux filières obsolètes, comme le gaullisme social ou le souverainisme, il faudra de toute façon se résigner à les sacrifier, c’est encore moins rentable qu’un haut fourneau. Autant faire une croix dessus. Une croix de Lorraine évidemment.

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