UMP : rémission impossible
La droite panique, elle a raison
Publié le 18 mars 2010 à 7:00 dans Politique
Mots-clés : Régionales 2010, UMP

Candidat UMP campant sur ses positions.
Techniquement, la grosse colère piquée ce mardi par le Premier ministre contre les éléments les plus regimbeurs de sa majorité est tout à fait justifiée : ce n’est pas le meilleur moment pour déballer son linge familial tout cradingue face caméras. “Entre les deux tours, a-t-il dit, nous sommes engagés ensemble dans un combat et tous ceux qui veulent par des critiques, qui sont des critiques inutiles, affaiblir la majorité commettent une faute contre cette majorité.” A priori, l’argument est imparable, le B-A BA de la tactique implique qu’on attende dimanche 20 heures pour se livrer à ce genre de sport.
Sauf qu’il n’est pas dit que lesdites critiques, qui ne manqueront pas de se multiplier après l’heure fatidique des premières estimations, seront mieux reçues. Depuis deux ans et demi, dans la majorité présidentielle, la moindre appréciation nuancée relève de la Haute Cour. Nicolas Sarkozy ne veut voir qu’une tête, en l’occurrence, la sienne. C’est un des revers de la pratique managériale qui tient désormais lieu de Constitution secrète à la néo-Ve. Ou bien on est avec Coca à 100 %, ou alors on fait le jeu de Pepsi. Point barre. Au passage, le revers de ce revers étant que plus on exprime son accord total avec le Président, plus on progresse dans l’organigramme. À l’arrivée, ça donne un Estrosi, un Chatel ou une Penchard au conseil des ministres, mais c’est une autre histoire…
Revenons à nos moutons noirs de l’UMP. Qu’a dit de si grave, par exemple, Alain Juppé ? Eh bien, il a osé écrire sur son blog qu’“une réflexion s’impose désormais sur le rythme des réformes, la méthode selon laquelle elles sont lancées et préparées, la concertation qui les accompagne, la façon dont elles peuvent être mieux comprises et acceptées par une opinion que la crise déboussole”. On ne peut pas dire que ce soit extrêmement violent. Ni même que ça ne relève pas du bon sens minimal. Ça acte juste qu’il y a comme un problème quelque part, sinon on voit mal pourquoi, ce dimanche-là, les électeurs UMP ont préféré faire la queue chez Leroy-Merlin plutôt qu’au bureau de vote. Mais il faut croire que se poser ce genre de questions – ne serait-ce que dans un blog – c’est jouer contre son camp, pour reprendre une de ces délicieuses métaphores footballistiques dont nos politiques – ou leurs nègres sous-payés – émaillent leurs déclarations. Bref, Alain, soit tu la fermes, soit tu viens écrire sous pseudo chez Causeur (mais alors, essaye de rajouter quelques gags), soit tu tiens ton blog en copiant/collant les analyses de fond de Frédéric Lefebvre, genre “les p’tits gars, rien est foutu, tout est possible, y’ a qu’à convaincre les abstentionnistes !…”
Sauf que là aussi ça craint sur les bordures. C’est bien beau de décréter la mobilisation générale pour ramener les électeurs de droite aux urnes. Mais qu’est-ce qu’on leur raconte de funky pour les remettre dans le droit chemin ? D’où la question toute bête que pose un autre mouton noir, Ladislas Poniatowski : “Nos leaders nationaux de l’UMP ne peuvent pas dire qu’il y a une masse de gens à aller convaincre de venir voter. Je pense que la première tâche pour les convaincre, c’est de les écouter.”
Et là, pour le coup, on comprend que Fillon soit colère : c’est pile poil la question qu’il ne fallait pas poser. Parce que l’équation est rigoureusement insoluble. L’UMP en panique court après trois lièvres différents : le dedroite boudeur, l’écolo indécis et l’ex-lepeniste converti au sarkozysme et 2007 et redevenu lepéniste depuis. Or, les stratégies de reconquête des uns et des autres sont antagoniques. Plus on en fait des tonnes (et ces jours-ci, ça y va !) sur le Grenelle de l’Environnement, et donc sur la taxe carbone, plus on dissuade le plombier UMP d’Aubusson de se bouger les miches dimanche. Et quand on insiste lourdement sur la sécurité, on dissuade du même coup les électeurs hulotistes CSP++ d’avoir un autre vote au second tour que celui préconisé par Cécile Duflot. Et ainsi de suite…
Le grand écart, c’est spectaculaire, mais c’est un sport dangereux. Faut de la souplesse, et aussi de l’entraînement. Sans quoi, on risque de se faire mal. Très mal même. Et au mauvais endroit…










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Antoninus Lucretius dit
Ce n’est pas la droite qui panique, c’est L’UMP. La droite ne panique pas. Une partie est allée à la pêche dimanche dernier, et se prépare à faire la même chose dimanche prochain, une autre partie a voté FN et la troisième partie, qui a voté UMP, aurait bien voté Bayrou, mais il ne faut tout de même rien exagérer et rester réalistes..
Et l’UMP se retrouve au centre, le cul entre la chaise de gauche, qu’elle n’a pas réussi à squatter malgré ses OPA amicales sur Besson, Mitterrand et consorts, et la chaise de droite que le FN se prépare complaisamment à lui enlever de dessous le fondement dimanche prochain en se maintenant au second tour.
Bravo Sarko, çà c’est de la stratégie. C’est bien simple, Villepin, qui s’y connait pourtant en âneries politiques, est impressionné.
Et maintenant, voyons voir si les successeurs de Chirac, qui n’a jamais serré la main de le Pen, sauf sur la photo on le voit le faire et qui aurait préféré crever plutôt que s’acoquiner avec les “crapules” du FN feront la fine bouche à l’avenir, lorsque le choix sera comme avec le PS et les Verts, de négocier avec le FN ou de se prendre une veste..
Ah.. Que la vie est belle…
http://regionales2010.slate.fr/article/4563/marine-le-pen-la-nouvelle-ligne-du-front/
NSX dit
A condition de classer l’UMP à droite !
nadia comaneci dit
Grand écart quand on a la souplesse d’une enclume, certes, on aurait pu également illustrer le dilemme qui se pose actuellement à l’UMP par un cercle dans un carré…
Antoninus Lucretius dit
@Jerôme: Avec les journalistes et le FN, “hystérique”, le mot est beaucoup trop faible. Il faudrait en inventer un..
Quoique “enragés”, çà pourrait aller à la rigueur..
La bave au lèvres.. L’invective au bout de la langue.. L’insulte en embuscade..
Impat1 dit
…”Ils seraient pas un peu hysteriques les journalistes ?”…
Mais non. Juste un peu… vendeurs.
Têtuniçois dit
Quelle honte de voir Fillon s’emparer du caillassage d’un policier pour essayer de faire remonter les scores de la droite aux régionales !!!!
La droite n’a pas peur d’annoncer la mort d’un policier victime de caillassage alors que celui-ci n’est pas mort !!! Pour ensuite s’excuser de cette fausse nouvelle !!!
Les sarkozistes sont de vrais charognard prêts à se précipiter sur n’importe quel cadavre pour espérer gagner les régionales !
PUANT !
jerome dit
Un truc que j’ai pas compris – en 2007 Le Pen fait 10,5%, c’est la mort du FN. En 2010, le FN fait 11,5% il est ressuscite.
Ils seraient pas un peu hysteriques les journalistes ?
Lady dit
L’image est parfaite, et montre combien cette figure peut à jamais priver celui qui la tente, sans souplesse, sans patience et sans grâce, de toute fécondité et d’ardeur!
Mais il est vrai qu’il est venu pour la rupture! Et c’est réussi.
Espérons pour lui qu’il s’agit juste d’élongations (atrocement douloureuses!) du “matos”. Mais Il faudra trouver quelqu’un d’autre pour la reconstruction…Parce qu’il faut du temps pour s’en remettre!
Porc dit
Que fera dimanche matin l’électeur avisé ? Il achètera une canne à pêche. Dimanche après midi, qui appâtera d’une mouche appétissante le goujon imbécile ? L’électeur avisé.
Abstenez-vous !
catastrophy dit
NON ! Ce n’est pas l’UPM qui est à plaindre !, ce sont les français qui trinquent un max depuis deux ans. Ce qui ce passe c’est que les faits commencent à compter : les faits économiques et la prédation toujours plus cruelle de la grande bourgeoisie. Une grande misère et un vrai paupérisme se repend dans le peuple et le peuple essaie de trouver des solutions plus ou moins désespérées… Les faits de paupérisme sont têtus, ils commencent à prévaloir sur la démagogie (réformes ? réformes pour qui ?) et la lutte des classes menée avec acharnement par la droite pour défendre les privilèges des goinfrés du capital. La gauche avait oublié la lutte des classes ! Pas la droite !
Bérénice dit
Qu’Alain Juppé, l’homme droit dans ses bottes, n’apprécie pas le grand écart, c’est tout de même un minimum, non?
Zantrop dit
“Ou bien on est avec Coca à 100 %, ou alors on fait le jeu de Pepsi. Point barre.”
J’aime bien cette nouvelle (et fort juste) formulation du “bonnet blanc-blanc bonnet”
Une explication (parmi d’autres) de la progression de l’abstentionnisme : ce sentiment qu’il n’y a pas vraiment de différence entre le Coca-UMP et le Pepsi-PS ?
Une autre, en rapport avec l’allusion à Leroy Merlin : Quand on autorise l’ouverture des magasins le dimanche, l’électeur a désormais le choix entre faire ses emplettes et aller à la pêche ; ce qui laisserait d’autant moins de temps pour passer par l’isoloir ?
Souris donc dit
Sarko manager ?
Test « Quel est votre style de management ? »
(JL Muller, prof à Dauphine).
J’adore la 1ère question :
“L’un de vos collaborateurs, excellent mais sournois… ”
http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/test-quel-est-votre-style-de-management_475737.html
FélixRenédeSessandre dit
“Nos leaders nationaux de l’UMP ne peuvent pas dire qu’il y a une masse de gens à aller convaincre de venir voter. Je pense que la première tâche pour les convaincre, c’est de les écouter.”
Mais dans un sens, c’est pour ça que Sarkozy a échoué. C’est un peu comme si le médecin demandait au malade de lui dicter le traitement. Si le malade ne revient pas le voir, ce n’est pas parce que le médecin n’a pas suivi ses propres prescriptions, c’est parce qu’il va plus mal. Or, on en est déjà à l’heure du bilan. La démagogie, ça marche un temps.
Au début du septennat, il y avait deux réformes essentielles à mettre en oeuvre: celle des Universités et celle de la Justice. La réforme Pécresse a brisé tous les espoirs parce qu’on a trop écouté certains intéressés. La réforme de la Justice a de quoi inquiéter. Il n’y a pas que la crise financière qui est en cause dans le marasme actuel (en fait, du fait de la dette, le pays a été plutôt épargné). Les nuages s’amoncellent, et ils sont là pour longtemps.
L’Ours dit
Un président qui donne du grade aux lèches bottes est soi un vaniteux aveugle, soit une personne qui s’imagine que sa propre parole est toujours la bonne ce qui fait que ses thuriféraires sont forcément dans la voie de la vérité. Partant de là, un homme courageux qui aurait un discours honnête envers le boss, ne serait plus qu’un empêcheur de tourner en rond.
On en est là semble-t-il. Ca craint d’autant plus qu’en face, c’est toujours aussi nul, le succès n’étant pas un gage de qualité, ça se saurait, il suffit de voir le show bizz!