Turquie: le glaive et le bouclier anti-Kurdes d’Erdogan | Causeur

Turquie: le glaive et le bouclier anti-Kurdes d’Erdogan

Comment Ankara révise sa stratégie syrienne

Auteur

Gil Mihaely

Gil Mihaely
Historien et directeur de la publication de Causeur.

Publié le 26 août 2016 / Monde

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Un char turc franchit la frontière syrienne, Karkamis, août 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21942470_000007.

Très tôt mercredi matin, la Turquie a lancé  l’opération « Bouclier de l’Euphrate », une offensive militaire officiellement destinée à « nettoyer » la frontière turco-syrienne en éliminant les forces de l’Etat Islamique autour de Jarablus. Cette localité se trouve au bord de l’Euphrate, à l’ouest d’Alep, non loin de la ville turque de Gaziantep endeuillée cette semaine par un attentat particulièrement sanglant que le gouvernement turc, après avoir accusé l’EI, ne sait plus du tout à qui attribuer.

Feu sur le PKK

Or, même si l’ennemi officiellement ciblé est l’Etat islamique, il est évident que l’opération vise en premier lieu les forces kurdes syriennes réputées proches du PKK, l’organisation politico-militaire kurde qui mène depuis 1984 ans une guérilla ainsi qu’une campagne de terrorisme contre l’Etat turc.

Vu d’Ankara, si l’Euphrate a urgemment besoin d’un bouclier turc, c’est surtout pour protéger la zone des Kurdes. Or, ces derniers se trouvent être les meilleures « bottes sur le terrain » des Américains dans leur guerre contre l’EI en Syrie. Les Etats-Unis se retrouvent donc avec deux alliés – la Turquie et les Kurdes de Syrie – aux intérêts diamétralement opposés.

Ankara redoute la constitution d’un grand Kurdistan à ses dépens tandis que les Kurdes voient dans l’écroulement de la Syrie l’occasion historique d’obtenir enfin leur Etat, prenant ainsi une sacrée revanche sur l’histoire. Il y a moins de six mois, les Kurdes de Syrie sont allés jusqu’à proclamer l’autonomie du Rojava, c’est-à-dire des régions du  Nord-Est de la Syrie sous leur contrôle. Cette initiative a été (officiellement) accueillie avec froideur par les Etats-Unis : même si tout le monde connaît les motivations politiques des combattants Kurdes, le crier haut et fort ne peut qu’irriter la Turquie ainsi que les Syriens anti-Assad opposés au démantèlement de leur pays. Bref, uriner dans la piscine est une chose, le faire à partir du plongeoir en est une autre. Aujourd’hui, avec le lancement de l’offensive turque, la coalition internationale contre l’EI, fait donc face à un défi compliqué.

Il faut espérer que les forces turques ont bénéficié de l’effet de surprise mais à la lecture de la presse turque, on a l’impression que tout le monde était au courant depuis un certain temps. La veille, Erdogan avait reçu à Ankara le président de la province autonome du Kurdistan Irakien, Mahmoud Barzani, afin de lui signifier le prochain lancement d’une opération anti-Daech et anti-PKK. Traditionnellement, la Turquie entretient d’excellents rapports avec Erbil, selon le principe du « diviser pour mieux régner » : tant que les Kurdes de Syrie et d’Irak s’opposeront, la Turquie dormira un peu plus tranquille.

Briefing de la presse turque

Dans les colonnes du Huriyyet Daily News, les chroniqueurs ont rédigé leurs tribunes avant même que l’artillerie turque ne tire la première salve. La question posée est aussi claire que rhétorique : la Turquie peut-elle permettre au PYD (qu’elle voit comme l’extension syrienne du PKK) contrôler l’intégralité de la frontière turco-syrienne et créer une continuité territoriale entre les régions kurdes de Syrie et d’Irak? Peut-elle rester les bras croisés quand l’établissement de proto-Etats kurdes sur ses frontières s’accompagne d’une campagne d’attentats sur son propre territoire?

Pour résumer la situation, à laquelle il compte bien remédier, Erdogan a déclaré que « la Syrie est la raison pour laquelle la Turquie est exposée au terrorisme de l’EI et du PYD », sans prendre la peine de distinguer le principal parti kurde syrien du PKK.

Ainsi, sacrifiant le secret défense les journalistes turcs à Ankara ont été briefés par les hommes du président Erdogan qui ont distillé un nouveau récit post-putsch. On suggère aux journalistes que les pilotes qui ont abattu l’avion russe le 24 novembre dernier appartenaient à la confrérie Gülen, aujourd’hui classée terroriste, tout comme leurs camarades pilotes de chasse et d’hélicoptère qui ont bombardé l’Assemblée nationale dans la nuit du 15 au 16 juillet. Les cercles proches du pouvoir affirment que les gulénistes voulaient faire avorter une opération militaire semblable à celle qu’Ankara vient de lancer.

Et le pire est qu’il ne faut pas totalement exclure cette possibilité tant les gulénistes ont réussi à infiltrer tous les rouages de l’Etat turc. Ainsi, même s’il est un peu hâtif d’attribuer la paternité exclusive du putsch aux disciples de l’imam exilé, leur capacité à mener à bien des projets politiques officieux ne fait plus aucune doute parmi ceux qui suivent le mouvement depuis longtemps.

L’échec de la stratégie syrienne pan-sunnite d’Erdogan se voit ainsi compensé par une excellente nouvelle : il peut en faire porter le chapeau aux gulénistes…

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    • 29 Août 2016 à 11h07

      beornottobe dit

      aaahhhhh ! ces “pays occidentaux”!…… quand même!!!! quels exemples ne donnent-ils pas !…… (et ils ne font rien payer en plus!)
      MDR!!!!!!

    • 29 Août 2016 à 7h41

      beornottobe dit

      Erdogan ?????? = le nouveau Talaat Pacha !…… (il suffit de le laisser faire (comme d’habitude) )

    • 29 Août 2016 à 7h39

      beornottobe dit

      l’Empire Ottoman remue toujours!……donc il n’est pas mort !

    • 28 Août 2016 à 12h00

      MGB dit

      On rêve d’une intervention de l’ONU qui redessinerait le Proche-Orient en fonction des religions (Chrétiens, Chiites, Sunnites, Juifs…) et des peuples (Kurdes…). Chacun séparé. Mais personne sur place ne serait d’accord, chacun se sentirait lésé. C’est un lieu commun de dire que sous Afez el Assad et Saddam Hussein, les choses allaient bien mieux.

      Sans l’Islam, le Proche-Orient serait en paix. Leçon à méditer pour l’Europe : partout où les Musulmans s’installent , c’est le désordre et la misère qui les accompagnent.

      • 29 Août 2016 à 7h59

        beornottobe dit

        en France nous avons commencé aussi !……….!!!!!

    • 27 Août 2016 à 7h26

      RED (From Tex) dit

      Article tellement confus qu’on ne comprend strictement rien ! (à part évidemment que l’auteur est “très bien informé”…)

    • 26 Août 2016 à 22h38

      Pepe de la Luna dit

      C’est surtout qu’Erdogan s’aligne sur la position russo-irano-syrienne : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/08/le-grand-marchandage.html
      Tout cela se fait sur le dos des Kurdes mais aussi des “rebelles modérés”.

    • 26 Août 2016 à 18h16

      beornottobe dit

      bah…..!!!!tant qu’on tape sur les kurdes…… ça peut aller (disent les socialistes)

    • 26 Août 2016 à 18h14

      beornottobe dit

      voila ce que c’est que d’être trop honnête, et de ne pas aller jusqu’au bout par souci de Démocratie!( euh….. militaire aussi)

    • 26 Août 2016 à 17h34

      Pig dit

      L’armée turque vient d’être purgée : la moitié de ses généraux sont sous les verrous. Une telle armée ne peut rien d’efficace. 

      • 26 Août 2016 à 18h12

        beornottobe dit

        c’est l’armée d’Erdogan !…….

    • 26 Août 2016 à 12h43

      Pepe de la Luna dit

      Il ne faut peut-être pas trop exagérer l’importance de l’intervention turque qui semble d’ailleurs avoir reçu l’assentiment indirect de Damas, voire de Téhéran : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/08/le-vaudeville-de-jarablous.html

      Une chose est sûre : les grands perdants sont les Kurdes syriens. Si la trahison américaine est mortifiante (après les avoir utilisés comme chair à canon à Manbij, on veut les renvoyer), les YPG ont également une part de responsabilité. Quelle mouche les a donc piqué de soudainement et sans raison déclencher les hostilités à Hassaké contre leur seul allié possible dans la recomposition qui s’annonce, à savoir l’armée syrienne ? Grossière erreur qui a fait sonner les alarmes un peu partout au Moyen-Orient et au-delà…

      • 26 Août 2016 à 13h30

        beubeuh dit

        Ou alors, l’intervention Turque avec l’assentiment tacite de Damas et Téhéran étant manifestement un secret de Polichinelle, les Kurdes étaient eux aussi au courant et ils ont pris les devant pour consolider leurs positions.
        De toute façon il n’y a plus vraiment d’armée Syrienne, juste une coalition entre quelques unités d’élites encore opérationnelles et fidèles au régime, une armée de l’air qui dépend étroitement des Russes, les Hezbollahs libanais et irakiens, et surtout un ensemble de milices (les NDF) largement sous contrôle d’officiers iraniens et par ailleurs formées en partie de supplétifs étrangers. A Hassakeh ce n’est pas l’armée qui a été prise à partie, mais justement ces fameux NDF, qui faisaient la police en centre ville et s’en sont fait expulser, tandis que l’armée reste repliée sur ses bases en périphérie.

    • 26 Août 2016 à 11h40

      beornottobe dit

      Erdogan……. le nouveau PACHA….. (celui de l’extermination des Arméniens….!) maintenant ce sont les Kurdes et autres

    • 26 Août 2016 à 9h15

      L'Ours dit

      En réalité, nous devrions tous aller lécher les bottes des Kurdes qui non seulement se tapent tout le boulot, mais se tapent le VRAI boulot!
      Et en plus, ils vainquent!
      Nous on saupoudre depuis des années, on s’entortillent avec l’opinion qui ne veut ni des morts chez nous ni des morts chez eux, on s’entortille avec les alliés qui en sont , puis qui n’en sont pas ou avec qui on s’est fâché alors qu’on n’aurait pas dû, mais il fallait quand même pour que l’opinion ne râle pas. Du grand n’importe quoi!; Et cette guerre dure depuis des années alors que daesh aurait dû être cuit en 5mn. Et en plus, on se pavane.
      Vivent les Kurdes! (oui les ânes qui ne comprennent rien à ce que je dis, je sais qu’ils sont musulmans).

      • 26 Août 2016 à 11h43

        beornottobe dit

        les dits “alliés” font “semblant”…….
        LES SEULS (et bien seuls)à faire le boulot sont les russes (et les Kurdes)pour le moment!……