Tunis-Damas : dernier train pour la modernité
L’exception arabe n’est plus
Publié le 16 août 2011 à 15:58 dans Monde
Mots-clés : François Taillandier, Syrie, Tunisie

"Nous ne sommes pas la Tunisie", "Nous ne sommes ni la Tunisie ni l'Egypte", "Nous ne sommes ni la Tunisie ni l'Egypte ni la Lybie", "Nous ne sommes ni la Tunisie ni l'Egypte ni la Lybie ni le Yémen"
Dans sa fresque romanesque La Grande Intrigue, François Taillandier fait écrire à l’un de ses personnages : « Il est désormais impossible d’imaginer un pays développant une identité politique, historique ou culturelle séparée. Ceux qui y parviennent encore ne le font qu’au prix d’une dictature incompatible avec le modèle démocratique pacifié appuyé sur la puissance militaire. Ils auront complètement disparu d’ici deux générations ».
Sa prophétie n’aura pas attendu deux générations pour s’accomplir. Depuis janvier dernier, elle prend corps sous nos yeux de téléspectateurs drogués au pot-belge du « direct-live ».
Outre la Tunisie et l’Egypte vouées au tourisme de masse, la force centrifuge du printemps arabe s’est abattue sur la Syrie, que l’on croyait pourtant recluse à l’arrière-cour de l’Histoire. Ben Ali, Moubarak, Saleh, Kadhafi, Assad : ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés par le cataclysme de la rue arabe, ce mythe négatif devenu une légende progressiste par la force rédemptrice des sacrosaints droits de l’homme.
Il est acquis- car écrit, répété et sanctifié – que le citoyen arabe a lui aussi droit à la liberté, aux élections (formellement) libres, aux débats télévisés contradictoires et aux discussions virtuelles qui n’en finissent plus. Les ultimes cavalcades autoritaires des quelques contre-réformistes de passage ici n’inverseront pas la dynamique irrésistible à l’œuvre de Rabat à Sanaa : la dignité ne passe plus par ces grands ensembles collectifs qu’étaient les peuples, les cultures et les nations. En ce début de millénaire, le présent perpétuel appartient à l’individu qui ne transige pas avec ses droits subjectifs. Aucun tribun ou officier multimédaillé ne pourra plus subsumer l’homme, fût-il arabe, sous le mythe de la communauté.
Que cela plaise ou non, l’âge des Césars est révolu. Ses éventuels survivants apparaîtront comme les répliques anachroniques- et donc grotesques- des tyrans d’autrefois, si pathétiques de leur morgue surannée.
Comble des paradoxes, le regain de religiosité des sociétés arabo-musulmanes s’émancipe de plus en plus des grands cadres sociaux pour recréer un grand récit surplombant. Certes, l’anomie n’a toujours pas encore droit de cité en terre arabe, l’athéisme non plus, tant s’en faut. A mesure que ces sociétés se réislamisent, elles cèdent à la vogue du subjectivisme partout triomphant. Jusque dans le plus pur traditionalisme coranique, plus question de se laisser imposer ses pratiques d’en haut. L’islamité se vit sur le mode ultra-individualiste du bricolage identitaire : « être musulman comme je l’entends ». A l’Etat, il est désormais interdit d’interdire. Quel renversement de la verticalité des autocraties arabes, laïcisantes ou non, qui toutes paraissent être tombées il y a un siècle ! Après cette révolution copernicienne, l’individu réalise le rêve d’Iznogoud : le calife à la place du calife, c’est lui !
A mesure que les institutions traditionnelles s’érodent, la pression sociale se réduit à l’addition grégaire des volontés individuelles. Impensables jusqu’à ces derniers mois, l’abrogation de l’interdiction du voile dans les universités tunisiennes et la fin de l’allégeance obligatoire au leader-démiurge illustrent le règne de l’individu-croyant qui gère son univers rituel comme un portefeuille d’actions.
A l’écoute des dernières bourrasques arabes, le verdict de Taillandier prend une tonalité particulière. La mort du Père symbolique qu’étaient l’Etat, le Souverain et sa loy inaltérable, est maintenant actée. Dans ce monde arabe qui ne fait plus exception, la modernité finissante aura donc sécrété ses propres poisons. Juste revanche de l’histoire, la souveraineté exclusive de l’Etat sur ses sujets se sera retournée contre les détenteurs (provisoires) de l’appareil de commandement politique. D’agrégat d’atomes humains noyés dans un tout organique, la nation aura muté en communauté d’individus aux revendications individuelles incessantes, à l’image de ces foules de Tunisiens manifestant devant la Kasbah à la moindre contrariété.
Vraisemblablement, on ne tuera plus jamais des milliers d’innocents au nom de la raison d’Etat comme le fit l’armée syrienne en 1982 à Hama. A l’ère des F-16 et du state building made in Fukuyama, on préfère la croisade humaniste et ses gains démocratiques glanés en dépit des inévitables et feuilletonesques dommages collatéraux.
De tout cela, il n’y a pas lieu de juger. Contentons-nous d’accueillir le réel- ou ce qu’il en reste- en passagers impassibles de l’entropie contemporaine.
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L'auteur
Daoud Boughezala est rédacteur en chef adjoint de Causeur.
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hathorique dit
@ – Sophie
juste ciel son mari !!!!!
http://www.youtube.com/watch?v=7kOrDysdaho
bonne nuit enchantée sous les étoiles
saintex dit
Merci pour Offenbach.
Sophie dit
Ciel, mon mari?
saintex dit
Votre mari ?
Sophie dit
Ciel!
saintex dit
POTCHKY, Finalement, je préfère faire peur à Sophie.
Sophie… bouuuh !!!!
POTCHKY dit
Sur lemonde.fr, souvent mes commentaires disparaissent.
Sur le blog: http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/08/18/bonne-recette-une-emission-culinaire-devient-symbole-de-la-nouvelle-egypte/
Ci-après mon commentaire de 21H52 “évaporé” à 22H40:
DEBUT \\\Les affrontements musulmans contre Egyptiens chrétiens existent dans toute l’Egypte
Pour s’informer sur les persécutions et les pogroms contre les Egyptiens chrétiens, (habitants l’Egypte avant les envahisseurs musulmans) :
« Dhimmitude ou l’oppression des chrétiens d’Egypte » de Magdi Sami ZAKI – Editions L’Harmattan.
C’est vrai que dans les pays musulmans ou les dictateurs musulmans n’ont aucun problème quand ils massacrent leur peuple, quelques dizaines de morts de compatriotes chrétiens en plus passent inaperçus. Sans parler des innombrables persécutions et vexations quotidiennes : pour les Egyptiens chrétiens (interdictions professionnelles :enseignement supérieur, officiers des armées, justice, etc…), obligation de suivre l’enseignement religieux musulman dans les écoles pour les élèves non-musulmans, interdiction de réparer ou construire des églises, etc…
Il est insensé de stigmatiser la France comme islamophobe quand les Egyptiens chrétiens voudraient bien avoir les mêmes conditions que les Français musulmans. ///FIN du com monde.fr.
Les faits du livre et mes commentaires sont-ils inexacts ? La modération du monde.fr ne répond jamais aux demandes d’explication. Existe-il une instance auprès de laquelle je peux avoir recours?
D’autres internautes ont-ils fait la même constatation .
mail: zlb@orange.fr
saintex dit
Est-il vraiment raisonnable de demander sur Causeur, des conseils pour shunter la censure Du Monde ?
Un petit mot sur votre assertion : “Il est insensé de stigmatiser la France comme islamophobe quand les Egyptiens chrétiens voudraient bien avoir les mêmes conditions que les Français musulmans.”
Est-ce votre goût pour ce qui remplit votre assiette dépend vraiment de ce qui est dans celle de votre voisin ?
Et puis,
Est-ce que vous pensez que le sort des chrétiens est appelé à s’améliorer avec le départ de M. Moubarrak ?
Qui de M. Saddam Hussein et des beaux modèles politiques de démocratie mènent au score pour le nombre de mots en Irak ?
Savez-vous qu’avec le salaud de dictateur musulman Ben Ali, on trouvait de la pizza eu jambon et du vin dans les restaurants de la rue de Marseille à Tunis ?
Que pensez-vous de l’interdiction d’enseigner Darwin dans plusieurs état US, ainsi que de la censure sur Michel-Ange ?
Aucune de ces questions n’a pour but de démentir les problèmes que vous soulevez, juste de tenter d’en modifier l’approche, afin de sérier causes et conséquences.
POTCHKY dit
Je suis parfaitement conscient du pourquoi de cette censure. J’écris rarement sur des blogs du monde: censure 1 fois sur 2.
Je sais que d’autres sont censurés à sens unique sur ce site.
Je cherche à savoir quels sont les moyens (juridiques éventuellement) pour obliger les modérateurs à “justifier” leur coup de ciseaux. En tant que citoyen français je trouve anormal d’être soumis à cette annulation de liberté d’expression dans mon pays, par un prestataire de service que je rémunère (6 euros par mois),(censure excercée peut-être par des étrangers ?).
Ces cas de censure devraient être mis sur la place publique.
Sophie dit
Saintex, si vous laissiez Sausage à ses examens et que vous vous trouviez une saine activité. Chais pas, moi, tondez la pelouse!
Sophie dit
Y m’fait peur!
saintex dit
Isa, je vous jure que j’ai mangé rue des Rosiers sans rien connaître. Et c’est pas d’l'Orleans !
Momo
saintex dit
Ouah l’aut !
Un instant au pinacle et l’autre aux gémonies, il n’y a jamais loin du Capitole à la Roche Tarpéienne. M’en fous d’être flagellé à coup d’orthographe, Dame Guenièvre vient de me jeter un mouchoir à l’entrée de la lice et je vais combattre sous ses couleurs, sans flageoler ni pois chiche… chiche !!! :-)
Allez sausage, fais péter le beaujolpif ou j’tue l’chien, milledious, re-tournée générale (là, y’a matière) !!!
Sophie dit
Tout à fait d’accord Guenièvre, mais il faut reconnaître qu’après sa tournée générale, son orthographe flagelle…
Guenièvre dit
Je joins aussi mon approbation à saintex pour son commentaire de 14h 08 ainsi que mes félicitations : je trouve qu’il a excellemment fait le tour de la question en triant les aspects importants et ceux sur lesquels il convient de ne point s’égarer.
Sophie dit
Voilà!
Voilà les effets dégradants de l’alcool!
Allez donc faire une cure à la pizzeria de Livia, pochtron!
saintex dit
Exact, j’ai rarement ssez bu et jamais trop.
saintex dit
Ou contraire le
Sophie dit
Heu, Saintex, je pense que vous avez assez bu…