Le discours que Donald Trump aurait pu prononcer | Causeur

Le discours que Donald Trump aurait pu prononcer

Le jour où l’Amérique devint une île

Auteur

Thomas Flichy de la Neuville
enseigne à Saint-Cyr. Dernier livre: Les grandes migrations ne détruisent que les cités mortes (L’Aube, 2016).

Publié le 10 novembre 2016 / Monde Politique

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Et si Donald Trump s'était lâché? Notre auteur imagine le discours qu'aurait pu prononcer, hier matin, le nouveau président des Etats-Unis...

Après son élection, Donald Trump fait la Une des journaux, novembre 2016. SIPA. AP21974129_000004

Maintenant que les amarres sont rompues, je vous rends votre navire, messieurs, sans provision de bouche mais libre enfin. Prêt à voguer contre tous les vents, à affronter les tempêtes les plus dévastatrices comme les joies les plus secrètes. Prends donc la mer, Amérique, et puisque la Fortune n’a jamais guidé tes pas, puisse Dieu Lui-même diriger les zéphyrs qui te guideront. Quant à moi, pilote passager en ces mers, laissez-moi prononcer l’oraison funèbre de l’Empire mort, fondé par ceux qui vous trahirent, et qui portait en lui-même son propre anéantissement. M’est-il permis de lire en vos âmes, ô aristoï ?  Vous que je choisis un à un pour former le Congrès des Amériques ? Que me disent vos regards ? La surprise vous a-t-elle figé en statues de glace ? Cent hommes de bien, rassemblés un soir d’automne sous l’auguste coupole feraient-ils soudain figure d’enfants perdus ? Et une fois la surprise effacée, verrait-on poindre la grimace de l’ambition sur le masque candide de la vertu ? Mais après tout, qu’importe : ne le savez-vous pas ? Vos visages me sont une langue plus familière que celle que nous parlons ensemble. Aussi, avant que le lourd rideau de velours ne tombe, le secret qui vous a été longtemps caché, vous sera révélé en pleine lumière. Je n’épuiserai pas votre patience: il vous suffira d’inspirer d’une longue traite l’air libre qui vous entoure, avant même que votre souffle ne retombe, vous saurez.

Auriez-vous pu imaginer qu’il m’aurait été donné de prendre votre tête ? Il y a un an encore, j’errais alors à travers les rues de Washington, en quête de nouvelles aventures. Un soir, que je sortais de l’opéra, de petites bougies étaient placées sur les balustrades extérieures, comme en signe d’adieu. Je levai la tête. Le ciel était parsemé d’étoiles. Il me sembla que l’une d’elles clignotait étrangement. Mon astre vacillait-il avant que de s’éteindre ? Les destinées des hommes étaient-elles inscrites dans les cieux ? Un corps céleste présidait-il aux destinées de notre Nation ? Si cet astre existait, pouvait-il dévier de sa course magnétique sous l’effet d’un dérèglement quelconque pour se perdre à jamais dans l’immensité glacée ? Si Dieu Lui-même guidait l’Amérique comme nos poètes nous l’avaient enseigné, l’avait-Il abandonnée ? S’était-elle secrètement révoltée contre lui ? En proie à ces réflexions, je levai les yeux sur l’horizon et vis l’obélisque de Washington, pâle sous les rayons de la lune, qui semblait pointer vers le ciel un doigt interrogateur. Cet obélisque n’avait la grâce légère de ses modèles d’Egypte, eux qui, taillés dans une seule pierre par mille esclaves numides se paraient de signes cabalistiques puis se dressaient mille ans vers le ciel avant d’être engloutis par les sables brûlants. Non, cet obélisque-là n’était qu’un artifice de maçonnerie, creux en son centre et amputé de dix mètres par rapport aux plans initiaux en raison des fragilités de ses fondations. L’obélisque de Washington tomberait-il pour se briser en mille miettes tel une nouvelle Babel ?

« Je commence par la liberté absolue et j’aboutis à la dictature parfaite »

L’Etat était-il condamné à ne rester qu’une façade en Amérique ? Interrogez vos mémoires, ô Aristoï ! Quels étaient ceux qui occupaient ces sièges avant que je ne vous choisisse ? Etaient-ils libres ? Depuis cinquante ans, les affaires publiques avaient été dévorées par les groupes d’intérêts privés. Des avocats discrets et habiles approchaient vos prédécesseurs entre deux rendez-vous puis leur laissaient leur carte de visite sur laquelle ils pouvaient lire l’appellation obscure : conseiller en stratégie. Ces avocats ne leurs étaient pas inconnus : la moitié de l’ancienne législature était passée à travers la porte-tambour séparant le Congrès, des officines de lobbying. Plus la république se délitait et plus ces avocats se multipliaient. Les hommes en noir sortaient chaque jour de la « K street », se dirigeaient en petits groupes vers les marches du Congrès, bâtiment qu’ils parasitaient. Ce qu’ils recherchaient avant tout ? Des contacts individuels. La relation commençait par de petits cadeaux. Mais l’essentiel venait plus tard : pour décharger chaque membre du Congrès de l’ingrate activité de la récolte des fonds pour assurer sa propre réélection – celle-ci lui prenant le tiers de son temps – le conseiller en stratégie se chargeait de cette tâche en lui fournissant les fonds requis. Il lui restait à surveiller scrupuleusement les votes du membre sous contrôle. S’il se comportait fidèlement, il pourrait alors l’assurer d’un emploi (très) bien payé une fois qu’il aurait quitté ses fonctions. Ce contrat moral accepté, tout membre du Congrès devenait, littéralement, la propriété du lobby qui l’avait « acheté ». Ne vit-on jamais ploutocratie plus corrompue ? Les vendeurs de matériel militaire, entièrement dépendants des commandes de l’Etat achetaient consciencieusement les votes de ses représentants tandis que les groupes d’emprunteurs ayant pris les plus gros risques sur les prêts se liguaient afin d’éviter tout assainissement financier. Les lobbyistes ne se contentaient pas du Congrès, ils s’attaquaient aux multiples agences de la bureaucratie fédérale, profitant de la paresse des petits fonctionnaires qui les peuplaient afin d’écrire à leur place la réglementation spécialisée qui conviendrait aux intérêts des puissants. Ils avaient leurs entrées à la Maison-Blanche et arrivaient à vendre, pour plusieurs millions de dollars, un rendez-vous avec le Président des Etats-Unis. Ces hommes étaient-ils honteux de faire passer l’intérêt des puissants avant le bien commun ? Bien au contraire ! Ils prétendaient que les bases du gouvernement fédéral avaient été fondées sur des groupes d’intérêts, que ces groupes entraient naturellement en compétition, ce qui aurait prétendument pour conséquence leur autorégulation. Mais qui pouvait penser avec sérieux que les intérêts privés s’annihileraient mutuellement ? C’est bien l’inverse qui se produisit, ils se liguèrent secrètement, chassèrent en meute, se proclamant avec cynisme « éducateurs des élus ». C’est ainsi que vos prédécesseurs retombèrent en enfance, soumis à la férule de parents monstrueux maniant le chantage d’une main et l’or de l’autre. Un auteur inconnu écrivit alors un ouvrage intitulé La République perdue. Jamais titre ne fut plus juste.

Plongé dans ces réflexions, je relevai la tête et vis le dôme du Capitole. Il semblait illuminé de l’intérieur. J’eus l’intuition que la grande fête finale s’y déroulait. Un homme accroupi dans le noir m’apparut, à la faveur d’un rayon de lune. Il tenait un livre, ouvert dans ses mains, dans lequel il lut à haute voix : « Je commence par la liberté absolue et j’aboutis à la dictature parfaite ». Regardant à nouveau le Capitole, j’eus l’impression de voir, en lieu et place du dôme démesuré, une grande cage dans laquelle voletaient des oiseaux pris au piège. Encore quelques mois et la cloche de l’élection tinterait. Les fenêtres du dôme s’ouvriraient et la cage se viderait. Je pensais alors au prochain simulacre d’élection et me dis que ce grand spectacle de marionnettes était plus artificiel que l’opéra dont je sortais. Puisque l’Amérique avait tant abusé de sa liberté, qui pourrait l’aider à retrouver son sens ? La monarchie française, qui avait fait don de la liberté à l’Amérique n’était-elle pas garante du bon usage qui en serait fait ? Je traversai la prairie et me dirigeais à tâtons vers le musée. Etrangement, ses portes étaient ouvertes. Je respirai l’odeur si particulière du lieu. Quelques tableaux étaient éclairés. Tout d’abord Coriolan, supplié par sa famille d’épargner Rome de son glaive, puis César entouré par la foules des conjurés, Bonaparte enfin, le teint livide, emporté hors du conseil des Cinq-Cents. Notre régime finirait-il ainsi ? O Aristoï, ce ne fut pas moi qui portai le coup fatal mais bien ceux qui vous élirent. J’ai pris mes dispositions messieurs : les hommes de Wall-Street embarqueront ce soir pour l’Australie à bord du Paquebot Nevermore. Demain, vous serez libres à nouveau. Ayant renoncé à détruire ou a accaparer, il vous restera à accomplir l’essentiel: être.

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    • 12 Novembre 2016 à 12h11

      Danshu dit

      Votre prose est celle d’un poète. Exercice difficile de soulever un haltère avec une plume. Bravo ! 

    • 12 Novembre 2016 à 7h33

      Broquere dit

      Personne n’aurait écouté ce discours intellectuel épuisant à suivre et Trump ne s’y serait pas risqué.
      On dirait du BHL!

    • 11 Novembre 2016 à 12h21

      Pol&Mic dit

      “Le discours que Donald Trump aurait pu prononcer”…
      ……
      et bla bla bla……. etc…
      avec des “si” on aurait pu mettre Paris en bouteille
      (mais on ne change pas les médias du jour au lendemain!)

    • 11 Novembre 2016 à 9h22

      Leftcruiser1 dit

      “La dictature parfaite”!!!! A galvauder les mots, ils perdent toute substance. Il n y aura aucune dictature aux USA, comme il n y a eu aucune catastrophe économique après le Brexit. Par contre à avoir utiliser sans cesse le mot fasciste, plus personne ne croit que M Lepen et son parti ont une génétique fasciste, ce qui est pourtant le cas.
        

      • 11 Novembre 2016 à 23h19

        ZOBOFISC dit

        Qu’entendez-vous par génétique fasciste ?
        Merci de développer. 

        • 12 Novembre 2016 à 8h49

          Leftcruiser1 dit

          Nous sommes tous le fruit de notre histoire c est un peu notre génétique. Si aujourd’hui le discours de MLepen n est pas fasciste mais souverainiste comme guaino ou Dupont Aignan, son histoire et celui de son part est tout autre et est bien celui d un parti de type fasciste. Elle n aurait pas les moyens d une dictature en France mais l envie ne manquerait pas. 

    • 11 Novembre 2016 à 8h07

      kelenborn dit

      ???????????????????????????????????????????????

    • 11 Novembre 2016 à 7h35

      Naif dit

      Et je suis sur que ce type croit vraiment qu’il est démocrate ! Visiblement ces gauchistes n’en n’ont pas marre de nous ressasser leur discours rance sur le fascisme, la dictature qui nous menace si nous ne les choisissont pas eux et personne d’autre. Moi en tous cas j’en ai marre de leur salade. J’espère bien qu’il vont virer aux prochaines elections parce que trop c’est trop !

    • 10 Novembre 2016 à 23h42

      ADB dit

      Encore un papier d’un type qui n’arrive pas à se désintoxiquer !

    • 10 Novembre 2016 à 21h07

      André Plougardel dit

      Une souris verte qui courait dans l’herbe
      Je l’attrape par la queue
      Je la montre à ces messieurs
      Ces messieurs me disent:”trumpez”la dans l’eau,
      “trumpez la dans l’huile ça fera un “fuck off” tout chaud

      André Plougardel militant FN ,chômeur

    • 10 Novembre 2016 à 17h02

      IMHO dit

      We have the best government that money can buy. Mark Twain .

      • 10 Novembre 2016 à 20h10

        Schlemihl dit

        Ca prouve qu’ il vaut quelque chose . Pour le gouvernement de la F…. et celui de la R….. et du V….. tous ensemble , pour tous le blot je ne donnerais pas un laranque ( deux euros ) .

    • 10 Novembre 2016 à 15h29

      Schlemihl dit

      D’abord je ne suis pas sur que TOUS les hommes politiques américains soient achetés .

      Ensuite , bien que M Trump me déplaise , on doit être juste avec tout le monde et dire le bien comme le mal . Lavons le de ces calomnies , M Trump ne sait pas de grec et n’ a jamais entendu parler de Coriolan ni du Conseil des Cinq Cent . Et si par hasard il en savait quelque chose il ne serait pas assez bête pour le dire à ses électeurs . Ta dzoa trekei , aurait dit Apollonios de Lampsaque .

      • 10 Novembre 2016 à 17h36

        Jacques des Ecrins dit

        Et pan !

        • 10 Novembre 2016 à 19h29

          Schlemihl dit

          Oui , le Grand Dieu Pan qui sème la panique , notamment en France chez les socialistes . C’ est ce coquin de dieu qui nous a fait ça .

      • 12 Novembre 2016 à 13h49

        C. Canse dit

        Schlemihl

        Après quel Panurge ? 

        • 12 Novembre 2016 à 18h20

          Schlemihl dit

          Je ne sais pas ou les moutons trèquent …enfin je veux dire cavalent .Je ne sais pas du tout ou on va . Les américains ont ils agi avec sagesse ? ont ils fait une grosse erreur ?

          Mais je vois que dans tout l’ occident les peuples se fâchent et ne sont pas d’accord avec les gens qui connaissent mieux que le peuple les intérêts du peuple ( mon Dieu quel foutu style ) . Je n’aurai pas voté Trump et je ne voterai probablement pas FN , mais on ferait bien de s’ inquiéter un peu des sentiments et des souffrances de millions de sans dents , beaufs , rednecks , col bleus , franchouillards , souchiens et les autres . Je suggère qu’ on s’ inquiète un peu moins de la biodiversité et un peu plus de l’ école , un peu moins de la chasse aux bagnoles et un peu plus de la sécurité , un peu moins des décorations surprenantes de Versailles et un peu plus du chômage , un peu moins de l’ ouverture des frontières aux sans papiers et un peu plus de la lutte contre le terrorisme .

          Gouverner pour le bénéfice d’ une coterie , ça s’appelle du clientélisme , de la corruption , et ça peut finir très mal .

    • 10 Novembre 2016 à 14h28

      Syagrius dit

      Votre souffle hugolien aurait mérité que cette plume d’airain
      Nous livre ses augustes méditations en alexandrins.