Tristes centristes…

Ils sont de retour. Et toujours aussi nuls

Publié le 11 juin 2010 à 6:00 dans Politique

UDF

Le Centre, en France, c’est le triangle des Bermudes. Ceux qui y vont s’y perdent et disparaissent durablement. Ô combien de Lecanuet, de Pleven, de Jacques Duhamel, de Servan-Schreiber, de Raymond Barre, d’Hervé de Charrette, de Gilles de Robien partis joyeux pour des courses aux postes les plus élevés de la République se sont noyés dans l’oubli de la vie politique.

À moins d’être particulièrement brillant et cultivé comme Edgar Faure qui savait tout faire, même écrire des romans policiers, le centriste ne sert qu’à une chose : tuer les autres centristes qui pourraient devenir grands. C’est pour cela que les centristes, plus encore que les trotskystes, adorent multiplier les scissions, créer des formations, polir des sigles et passer insensiblement du groupusculaire au corpusculaire. On aurait envie d’être un Buffon pour recenser toutes les espèces et appréhender la fascinante biodiversité du centrisme français : que sont devenus les adhérents du Centre démocrate, du Centre Démocratie et Progrès, du Centre des démocrates sociaux ? Ont-ils adhéré ensuite au PPDF ? À Force Démocrate ? Ont-ils tenté de ressusciter les clubs Perspectives et Réalités ? Trouve-t-on encore clandestinement réunis dans des sous-préfectures pluvieuses des adhérents directs de l’UDF communiant dans la ferveur de leur leader charismatique injustement oublié Pierre-André Wiltzer ?

Lors de ma dernière manif, le 27 mai, contre la politique des retraites, quelques camarades et moi, vieux amateurs de raretés organisationnelles avons eu le regard attiré par trois jeunes gens portant chacun un drapeau assez petit représentant un cercle jaune sur fond bleu à moins que ce ne soit le contraire. C’étaient, oui, des JRG, c’est à dire des Jeunes radicaux de gauche. Et nous avons été sincèrement émus comme si nous avions retrouvé une espèce disparue, fragile, comme le Dodo de la Réunion.

Les inconsolés de l’âge d’or du giscardisme

Le radicalisme qui se nommait lui-même “opportuniste” sous la Troisième République est une forme particulière de centrisme qui consiste à trouver une personnalité atypique pour faire parler de soi et sauver ce qui reste d’élus locaux. Ainsi les radicaux valoisiens, qui on les comprend, n’avaient pas les choses facilitées par André Rossinot ou Didier Bariani, ont-ils décidé de revivre un peu avec Jean-Louis Borloo tandis que les radicaux de Gauches flirtent depuis vingt ans avec Bernard Tapie et semblent près à remettre le couvert à l’approche des prochaines présidentielles.

Ah, les présidentielles, c’est toujours un grand moment pour les centristes qui sont les veufs, les ténébreux, les inconsolés du seul âge d’or qu’ils aient connu sous la cinquième : le giscardisme.

Une des constantes du centrisme est en effet de menacer le Pouvoir d’une candidature pour faire monter les enchères en députés et en ministres.

Et là, ces jours-ci, les grandes manœuvres ont commencé sur le champ de Mars des hypocrites.

Le courageux Hervé Morin est un bel exemple : après avoir trahi Bayrou pour aller à la soupe en 2007, il a commencé à parler de partir en 2012 dès qu’il a senti les premiers signes de faiblesse chez Sarkozy que la crise fait sérieusement tanguer.

Las, il n’est pas très difficile de contrer un centriste. Il suffit de ressusciter un autre centriste. François Bayrou vient ainsi d’être reçu à l’Elysée alors que le Modem doit, après les régionales, peser à peu près autant que Lutte Ouvrière. Sans doute touché par cette attention, François Bayrou est ressorti en se déclarant, je cite, “ininstrumentalisable”. Quand on est agrégé de Lettres, avec d’habitude un langage plutôt soutenu et qu’on emploie un mot aussi laid, c’est qu’on n’a plus toute sa tête. L’émotion, sans doute, de se voir remis au centre du jeu par celui qu’on a traité encore plus durement que Marine Aubry. Pour Bayrou, Sarkozy ce n’était pas Madoff, c’était il y a encore quelques mois un agent de la Scientologie en France.

Une spécialité centriste : le coup de poignard dans le dos

N’oublions pas, voulez vous, Christine Boutin revenue un peu malgré elle sur le devant de la scène avec sa mission bien payée sur la mondialisation, assumant parfaitement la chose et indiquant au passage que si les valeurs de son micro-parti démocrate-chrétien n’étaient pas représentées par le candidat de l’UMP, elle irait aussi. Et pourquoi pas Jean Arthuis, dont on oublie trop souvent qu’il vient de créer l’Alliance centriste afin de réunifier la famille et, suivant en cela une logique non-euclidienne typique de cette mouvance, contribue de fait à accentuer ses divisions…

C’est devenu un cliché de dire que les centristes ne sont pas courageux mais le cliché n’est pas devenu cliché pour rien. Une des spécialités du centriste est de poignarder dans le dos le grand homme, celui qui a une certaine idée de la France. Lecanuet et Giscard contre de Gaulle, Barre contre Chirac en 88 et Balladur contre Chirac encore en 95. Le centriste n’aime pas du tout, mais alors pas du tout le gaullisme. Il est un héritier des Girondins. Il préfère les “corps intermédiaires” comme il dit. C’est pour ça qu’il adore le Sénat. Le Sénat est un vrai bouillon de culture du centrisme avec des notables rondouillards et ruraux qui derrière leur bonhommie et leur apparent bon sens sont en fait des tueurs. Les sénateurs sont évidemment élus au suffrage indirect. Faire voter les gens, pour un centriste, c’est limite du césarisme, un nom poli pour dire fascisme. Il a un problème avec le suffrage universel, souvent : Delors n’a pas eu envie de serrer des mains et Balladur l’a fait avec une telle componction qu’il a été éliminé dès le premier tour.

Ce serait tellement mieux, pour le centriste, une France modernisée, atlantiste, européenne. Si l’Union européenne, d’ailleurs, est l’échec que l’on connaît, c’est en grande partie dû aux centristes qui en sont les maîtres d’œuvre et qui l’ont (mal) construite depuis soixante ans en prenant bien soin de ne pas y mêler cette sale engeance irrationnelle, nationaliste, braillarde, et revendicative  que sont les électeurs.

Evidemment, on nous serine depuis trente ans au moins, que les élections se gagnent au centre. C’est évidemment faux. C’est ce que voudraient faire croire les politologues eux-mêmes, en grande partie, centristes.

Mais les Français ne votent jamais au centre : en 74, ils votent pour une gauche qui ne fait pas peur (Giscard) contre une gauche qui fait peur (Mitterrand). En 1981, c’est le contraire : ils votent pour une gauche qui ne fait plus peur (Mitterrand) contre une gauche devenue de droite (Giscard).

En 1995 ils votent à nouveau à gauche (Chirac) contre deux centristes (Balladur et Jospin).

En 2002, ils votent à droite (Chirac) contre l’extrême droite, Le Pen et, pour finir, en 2007 ils votent à droite (Sarkozy) contre le centre (Ségolène Royal) qui a éliminé la gauche (Bayrou) dès le premier tour.

Il reste à espérer qu’en cas de second tour DSK/Marine Le Pen en 2012, les Français votent à nouveau à gauche. Contre le centre, évidemment.

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  • 17 June 2010 à 0h21

    Jrg dit

    Les JRG se réjouissent d’ avoir stimulé l amateur de métaphore mais ils font tout sauf dodo. On vous invite à retrouver notre radicalisme en action sur notre site : http://www.jeunesradicauxdegauche.com .
    On ne sais jamais, comme nous peut être, vous vous rendrez compte que le radicalisme se situe au-delà de la gauche, du centre et de la gauche et constitue un axe a lui tout seul.

  • 13 June 2010 à 12h02

    Sophie dit

    Le centre du monde….

  • 13 June 2010 à 8h28

    corinne dit

    Les centristes seraient-ils tous abonnés au Monde ?

  • 13 June 2010 à 3h27

    Alpin dit

    @Nadia comaneci,

    Bien le bonjour,

    Bienvenue en toute majesté au royaume des allergiques .
    Pour mon compte ,les examens,cela se passait avec un rouleau de sopalin.(au fond c’est
    plus pratique).

  • 13 June 2010 à 2h44

    nadia comaneci dit

    Dandy, le bobo et le beauf ont pourtant des points communs. Création récente. Dans le monde d’avant, pas de beauf ni de bobo. Aujourd’hui, ils sont partout, vous avez raison.
    Ne vous moquez pas de Zelast. Il soigne une mauvaise crampe qui lui a aigri le caractère.

  • 12 June 2010 à 21h45

    Dandy de Grandchemin dit

    Nadia, je pense que le bobo et le beauf ont chacun leurs tares particulières. Ils ne les mettent pas en commun, sont pas partageurs. Si l’on considère que le parvenu est un beauf qui a réussi, c’est évidemment en Sarkozy qu’ils se retrouvent. Avec sans doute un petit détour au premier tour vers Le Pen passque font chier ces arabes. Je vous rejoins.
    Mais on pourra retrouver ça et là un vote beauf en direction de Melenchon pour sa grande gueule, voire vers Besancenot histoire de se la jouer rebelle. Le jeune beauf amateur de tuning ayant peu apprécié la réduction de son pouvoir d’achat. ça coûte cher de faire le cakou sur le parking d’Auchan.
    Pour ce qui est du problème allergie, non, je n’ai pas connu le phénomène en exam’, je suis trop vieux pour ça. J’ai vu débouler mes allergies il y a une demi-douzaine d’années, d’où le constat que je faisais sur la conjonction pollution urbaine/allergie.
    Bien à vous,
    D.
    @Zelast. Tention à la tendinite.

  • 12 June 2010 à 20h20

    zelast dit

    ON S’EN BRANLE ./

  • 12 June 2010 à 17h22

    nadia comaneci dit

    Cher Dandy, en juin mon meilleur ami s’appelle Zyrtec, je le fréquente intimement depuis quelques années déjà (vous avez remarqué que les examens sont toujours en juin/juillet… vous avez connu le grand O avec les yeux bouffis à force de les gratter et des mèches dans le nez ?).
    Sinon, les beaufs. Je connais mon Renaud sur le bout des doigts, je dirais plutôt le Pen ou Sarkozy pour la tendance fana mili qui fait des pools au camping sur le camp rom d’à côté… Mais ce serait un peu trop simplet. Le beauf est partout. Je me demande même si le bobo n’est pas un beauf sublimé.
    A vous.

  • 12 June 2010 à 14h12

    Pierre-Antoine dit

    Pourquoi mon commentaire est en attente de modération ? parce qu’il y a le mot “g u e u l e” dedans peut-être ?

  • 12 June 2010 à 10h11

    Dandy de Grandchemin dit

    Nadia, au printemps mon nez est capable de venir à bout en une journée d’une boîte de Kleenex, comme qui rigole, sauf que c’est pas si drôle, en tout cas pour l’éternueur. Mais la recrudescence des allergies n’est pas due au pollen, ou plus exactement pas que, elle est due à un mélange pollution urbaine pollen. La campagne, la vraie étant du coup moins allergisante. Essayez Zyrtec ceci dit.
    Sinon dans vote intéressante sociologie électorale (les bobos passant du modem à DCB, ou l’inverse, les prolos qui se choquent pour rien), auriez-vous l’amabilité de nous dire ce que vont faire les beaufs ? J’ai bien ma petite idée mais à vous l’honneur.

  • 12 June 2010 à 9h14

    thim76 dit

    Ca dépend ce qu’on appelle centre….
    Car pour moi, Le + grand centriste qui a des chances aux prochaines presidentielles… est inscrit au ps… Je parle biensur de DSK.

  • 12 June 2010 à 1h27

    Procope dit

    Le propos est amusant, le bon J.Leroy dit n’importe quoi et est suffisamment ringard pour se retrouver à la manif des croutons rancis du 27 mai mais, il n’y a pas à dire, il du style et plus encore, de l’humour.

  • 12 June 2010 à 0h10

    nadia comaneci dit

    Dandy, je n’ai pas dit que DCB était ma tasse de thé, c’est même exactement le contraire. Je suis affreusement allergique au pollen et donc à tout ce qui peut se réclamer de la nature. Le bitume me sauve en juin. Mais Dany anime plutôt bien. Et Bayrou qui surjouait la fausse indignation pour de basses raisons électorales alors qu’ils sont en privé cul et chemise s’est pris Dany dans les gencives, bien fait pour lui. Maintenant, que cela n’ait pas plu à quelques cathos coincés ou à la gauche prolétarienne au moins aussi coincée, peu importe pour lui. Ce n’est pas eux qu’il cajole. Et cela n’a pas sauvé Bayrou qui doit émarger à 3% quand l’autre lui a tranquillement piqué tous ses électeurs.
    Car ce sont les mêmes, ceux qui votaient Bayrou en 2007 et ceux qui voteront Vert en 2012. Les bobos.

  • 11 June 2010 à 21h43

    ramon mercader dit

    “les jeunes centristes de gauche que j’ai vu m’ont fait penser au dodo défunt de la réunion”
    non c’était à l’île maurice le dodo
    c’est aussi une bière
    à la réunion pour le coup
    y a partout des publicités ” la dodo lé là” avec le profil rieur de l’oiseau
    mais dans le verre……grosse déception !
    une lavasse alcoolisée qui ne mousse même pas
    et ne pas mousser………pour une bière ….c’est comme une toison pubienne qui ne frise pas…..insipide quoi
    pour en revenir aux centristes c’est vrai que leur spécialité c’est le couteau entre les zomoplates
    le ps est un avatar du centre gauche
    voilà pourquoi ça foire pour lui depuis….un petit moment

  • 11 June 2010 à 21h40

    Saul dit

    pas faux Dandy, l’ était pas vraiment si drole le Dany sur ce coup..
    et ça n’ a pas fait mouche qu’ auprès de la droite catholique mais aussi auprès de cette gauche prolétarienne ( humm, on parle en général bien sur, pas du mouvement du meme nom ).
    c’ est qu’ ils aiment pas les pédophiles, les prolos…

    quant aux verts, ça a l’ air mal barré…comme d’ hab, tout le monde s’ engueule…très trotsko eux aussi, quand y’ a 2 écolos, y’ a 5 motions…

  • 11 June 2010 à 21h30

    Dandy de Grandchemin dit

    @Nadia. Le côté “Robespierre en jupons”, joue plutôt en faveur de Joly. Les Français en ont soupé des petits arrangements entre amis. En fait de rigueur, c’est surtout de rigueur morale dont ils veulent.
    Peut-être que DCB vous a fait rire. Mais lorsque Bayrou lui a rappelé son passé de pédagogue, il a fait mouche auprès de la droite catholique.
    Et la gauche prolétarienne, si tant est qu’elle existe encore, ne se reconnaîtra jamais en lui.

  • 11 June 2010 à 20h07

    fatback dit

    A droite, des étatistes conservateurs.
    A gauche, des étatistes socialistes.
    .
    Qu’est-ce qui peut bien exister au centre ?