Trente ans de solitude
L’édifiante histoire de Cornelius Dupree Jr.
Publié le 12 janvier 2011 à 6:01 dans Monde
Mots-clés : Cornelius Dupree Jr, États-Unis, Texas

Cornelius Dupree Jr a un nom qui aurait pu être celui d’un chanteur de doo wop dans les early sixties. Mais Cornelius Dupree Jr n’aura pas tellement eu l’occasion de chanter dans sa vie. Il vient en effet de passer trente ans derrière les barreaux d’une prison texane, ce qui signifie qu’il y est entré à 21 ans en 1980 pour en ressortir en 2010 à 51 ans. C’est long. Surtout quand on est innocent.
Expertise ADN
Parce que figurez-vous que Cornelius Jr est innocent. Bien qu’il soit noir comme plus de la moitié des détenus états-uniens, Cornelius Dupree Jr a été blanchi. Il a fallu pour cela une expertise ADN du viol et du vol en 1979 d’une jeune femme, laissée pour morte sur une autoroute, qui était persuadée de l’avoir reconnu.
Ce n’est pas de chance pour Cornelius. Les Noirs se ressemblent un peu tous. Regardez les groupes de doo wop, justement. Allez faire la distinction entre les Orioles, les Coasters, les Drifters ou les Temptations. À la voix, peut-être, et encore… Les vieux scopitones sont d’un flou…Et la nuit, si Ben. E King tente de vous violer, comment savoir si ce n’est pas Sam Cooke? Ou Cornelius Dupree Jr ? Tiens, Sam Cooke… Cooke était une des plus belles voix de la soul. Cela ne l’a pas empêché de mourir abattu dans des conditions assez mystérieuses par la tenancière d’un motel en 1964. Il paraît qu’il maltraitait la prostituée qu’il avait amenée avec lui. Il paraît aussi qu’il énervait beaucoup de monde par sa célébrité qu’il mettait au service des droits civiques. Les Noirs, surtout jeunes, meurent souvent par balles. Question d’ADN, si ça se trouve, de prédisposition génétique…
Non, Cornelius Dupree Jr n’a vraiment pas de chance : en plus d’être noir, il est texan. Le Texas, dans le genre, c’est pire que la Californie où même les gouverneurs républicains comme Schwarzie finissent presque par être de gauche. Le Texas, c’est plutôt la country que le doo wop. C’est vrai, la country n’est pas forcément de droite comme les groupes de doo wop ne sont pas forcément noirs. Mais enfin, il y a des tendances lourdes, comme pour la répartition ethnique des détenus dans les prisons américaines.
Le Texas, c’est l’ancien Etat du président Bush junior du temps qu’il était gouverneur. Une sorte de laboratoire. Dieu et mon droit. Dieu et mon flingue. Dieu et ma country. Dieu et ma peine de mort. Dieu et mes lobbies anti-avortement. On ne m’a toujours pas expliqué comment les chrétiens fondamentalistes du Texas s’arrangent avec leur charia blanche : si on respecte la vie au point d’attaquer et de tuer des médecins qui pratiquent des avortements, comment peut-on vouloir envoyer sur la chaise électrique un être humain, même si contrairement à Cornélius Dupree Jr, il est coupable ?
Au moins, en France, quand une femme politique se réclame ouvertement des valeurs chrétiennes, elle est cohérente : Christine Boutin est contre l’avortement, le pacs mais elle est aussi contre la mondialisation sauvage, la peine de mort et même la condition indécente faite aux détenus dans les prisons françaises. Comprenez-moi bien, je ne reproche pas au Texas d’être une quasi théocratie, je lui reproche d’être une quasi théocratie incohérente. Si on décide de mélanger la religion chrétienne et la politique, métaphysiquement, on est soit pour la peine de mort et pour l’avortement, soit contre la peine de mort et contre l’avortement. Bon, après, on peut dire qu’être pour l’avortement et contre la peine de mort est aussi une forme d’incohérence. Sauf si l’on admet que l’on est dans un pays où l’Eglise et l’Etat sont séparés depuis 1905 net que la science, contrairement à la religion, ne considère pas le fœtus comme un être humain.
Trente ans de prison, ça coûte cher au contribuable
Cornelius Dupree Jr n’a pas été condamné à mort. Sinon, son innocence, elle lui aurait fait une belle jambe. En 2000, déjà, un rapport publié par des gauchistes de l’université de Columbia montrait que 68 % des 5 760 condamnations à mort prononcées aux Etats-Unis entre 1973 et 1995 avaient dû être annulées en appel du fait d’erreurs judiciaires. Et c’était avant l’emploi l’ADN dans la révision des dossiers. Mais enfin, trente ans en prison, même si Cornelius Dupree Jr n’a pas accompli les soixante-quinze ans initialement prévu, ça doit coûter cher au contribuable. Je dis ça parce qu’aux Etats-Unis, c’est aussi un argument en faveur de la peine de mort. La peine de mort est moins onéreuse que la perpétuité. C’est devenu très sérieux, comme question économique, la prison aux USA. C’est la première industrie et le premier employeur dans de nombreux états. On commence à la coter en bourse. Il faut dire que 1%, grosso modo, de la population du pays est en prison, ce qui place les Etats-Unis sur un pied d’égalité avec ces deux autres grandes démocraties que sont la Chine et la Russie. De mauvais esprits1 osent une corrélation entre cette surpopulation pénale et l’absence de prestations sociales aux USA. En gros, plutôt le mitard que le RSA quand il s’agit de s’occuper de la misère.
Il faudrait demander à Cornelius Dupree Jr ce qu’il en pense. Et aussi ce qu’il pense de la politique du « condamné à tout prix », dénoncée par l’association, « Innocence Project » qui l’a fait libérer. Et éventuellement, inviter Cornelius en France pour qu’il apporte sa contribution au débat sur la nouvelle idéologie sécuritaire qui gagne notre République et qui va jusqu’à ethniciser la délinquance sans plus jamais poser la simple question sociale.
Cette question sociale qui n’a rien de commun avec une quelconque culture de l’excuse, ce reproche-ritournelle lancé à tous ceux qui commencent à se demander pourquoi, en matière de sécurité (que l’on ferait mieux d’appeler du beau mot de « sûreté » employé dans La déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789), le bilan de la droite est aussi catastrophique depuis près de dix ans qu’elle est aux affaires. Au point qu’un ministre de l’intérieur n’ose même plus, sans de multiples contorsions, donner un bilan pour la nuit de la Saint-Sylvestre.
- Par exemple le français Loïc Wacquant dans Les prisons de la misère (raisons d’agir) ou l’américain Mike Davis dans ↩
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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nadia comaneci dit
Pour le moment ça se finit surtout en proposition indécente. Claudine (et non Averell, il n’est pas inutile de le noter) qui me demande ni plus ni moins de faire le plan de l’endroit où je travaille pour vérifier que je ne fabule pas… On a franchi les limites de l’acceptable cette fois. Et la photo de mon passeport diplomatique aussi ? Une attestation de mon employeur ? Une fiche de paie ? Ma notation ? Pourquoi pas après tout. Au point où on en est. Causeur est véritablement devenu fou. On est très, très loin de quelques pseudos sur un site de discussion anonyme en ligne. Le commentaire plein de haine de souris a fait de bien vilains petits.
Guenièvre dit
Oh ! là là, toute cette haine étalée ça devient indécent. Et puis je ne comprends pas la chose suivante : si, comme certains le pensent, il est légitime d’être multiple sur Internet pourquoi ne serait-ce pas tout aussi légitime pour les autres de chercher à savoir qui est qui . Si c’est un jeu autant que tout le monde s’amuse non ?
quadpater dit
Le 5000ème visiteur :
“faudrait tout de même appuyer ces affirmations par des preuves.”
Mais non, surtout pas ! Un mandon démasqué ne serait que grotesque alors que, simplement touché, il parvient encore à exsuder un 18h40 qui vaut son pesant de caca (ouette).
averell je vous en conjure, laissez-le se tortiller encore avant le coup de talon final !
averell dit
@ Patrick Mandon
Ce n’est pas drôle d’être démasqué, je vous comprends. Mais ne vous inquiétez pas, a2lbd continuera à vous tenir compagnie, et c’est bien ainsi. Je tenais à vous saluer une dernière fois, vous et votre ombre. Prenez soin de vous. Il me semble que vous avez l’appareil digestif fragile. Un conseil : soignez votre jeu, n’est pas Anthony Blunt qui veut.
expat dit
hi Quad ! bien redit ! merci.
Patrick Mandon dit
L’autre psychopathe hispano-suffisant, qui fait les poubelles de Londres et de Paris, pour examiner les petites intimités des unes et des autres ! Vous posez à l’Hellène, mais vous sentez surtout la graisse antique !
Depuis longtemps, je vous ai identifié pour ce que vous êtes : un malfaisant, un lubrificateur d’orifice douteux. À force de coller vos oreilles aux postérieurs de vos contemporains pour surprendre leurs secrets, elles ont pris la forme d’un trou d’abomination, et vos lèvres, celle d’une bouche d’égout.
Vous n’êtes pas seulement fort mal informé, vous êtes également animé de la volonté de nuire : on vous laisse tranquillement étaler ici vos menaces et vos mensonges, répandre votre purin, vider vos fosses nasales. Cela, c’est l’affaire de Causeur ; quant à moi, je suis un citoyen français, et je vous assure que je vais lire toutes vos interventions, afin d’y examiner la moindre preuve de diffamation et de calomnie. Pour ma part, il suffit ! J’ai répondu à l’une de vos groupies, comme vous anonyme et sans visage. Mais, puisque je ne sais pas à quoi vous ressemblez, puisque je n’ai pas les moyens de vous identifier, puis de vous gifler, puisque Causeur vous autorise à vous ébrouer ici et à m’éclabousser de votre crasse malodorante, je mettrai en œuvre d’autres moyens pour faire entendre mon droit !
quadpater dit
expat, vous reformulez fort bien ce que se tue à répéter l’amie Souris. Allez, je le redis encore d’une autre façon, peut-être plus simple :
Dans un échange sur Internet (une discussion, une communication, donc 2 individus ou plus qui s’écrivent et se répondent), il est extrêmement malsain qu’une personne intervienne sous plusieurs pseudos. Cela crée toujours des ambiguïtés, des doutes, des hésitations, des hors-sujet, etc… qui nuisent à la convivialité du site. Bref c’est désagréable à constater, d’autant qu’on peut bien se demander l’intérêt : si c’est pour dire la même chose sous deux noms différents c’est complètement con, si c’est pour simuler plusieurs identités c’est soit pervers soit schizo.
expat dit
Juste deux mots, vite fait, comme tu dis Nadia j’ai d’autres chats à fouetter que de pelucher les archives de Causeur, ce que j’ai dit, et ce qui est de coutume, est que les journalistes utilisent plusieurs ‘bylines’ pour écrire (on peut penser à Anthony Daniels qui a écrit sous le pseudo Theodore Dalrymple pendant des années).
Rien de plus normal.
On the other hand, ce qui est contre toute netiquette sera que les journalistes (ou les internautes d’ailleurs) utilisent plusieurs pseudos pour intervenir sur les commentaires/forums sans qu’ils le fassent ouvertement.
Ca, c’est un no-no.