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L’Europe maltraitée de l’Elysée ?

Vis-à-vis du reste de l’Union, le duo franco-allemand préfère la force au droit

Publié le 23 janvier 2013 à 9:30 dans Monde

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1963 : De Gaulle et Adenauer signent le traité de l’Elysée.

2013 : La Bundesbank retire tout son or stocké à la Banque de France.

Est-ce ainsi que l’ami allemand montre sa confiance à la France ? Entre Hollande et Merkel, l’anniversaire risque d’être glacial. Que l’Allemagne ait choisi de gifler son amie de 50 ans précisément dans le domaine monétaire devrait alerter les Français : les incompréhensions atteignent un niveau alarmant.

De Gaulle nous avait pourtant avertis : « les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Et lorsqu’il signe le traité d’amitié franco-allemand avec le chancelier Adenauer, il n’a rien d’autre en tête que l’intérêt de la France. À tort ou à raison, il craint l’Allemagne autant que l’Union Soviétique. Aujourd’hui comme dans les années 50, la puissance économique allemande justifie que la France trouve un arrangement avec elle. Par ailleurs, notre pays n’est plus en mesure de mener une politique hégémonique sur le continent : comme dans une cour de récréation il vaut mieux s’allier avec un rival quand on n’est pas sûr de le maîtriser.

Les Allemands ne sont pas dupes des efforts de la France pour limiter leur marge de manoeuvre. Lors de la ratification du traité de l’Elysée, le Bundestag prend soin d’y adjoindre un préambule affirmant la prééminence de leur alliance avec les Etats-Unis sur le cartel franco-allemand. Le chantage de Mitterrand lors de la réunification leur donne raison : il y a peu de l’embrassade à l’étouffement.

Vue de France, l’amitié franco-allemande est le pivot de la construction européenne. Chez nos autres partenaires, l’irritation est palpable depuis longtemps, et pas seulement côté britannique. La France et l’Allemagne forment institutionnellement un cartel en Europe. De la PAC à la guerre en Irak, ce cartel s’emploie à influencer les mécanismes institutionnels de l’Europe des Vingt-Sept à son seul profit.

Le “sauvetage” des PIIGS en représente l’exemple le plus récent. Les banques françaises et allemandes étaient gavées d’obligations grecques ou espagnoles. Refuser à ces pays en difficulté la planche à billets de la BCE les aurait poussés à quitter l’euro, forçant du même coup leurs créditeurs à prendre d’immenses pertes. Je soutiens que le droit et l’opportunité concordaient pour offrir un avenir meilleur aux peuples de ces pays que dans la prison de l’euro. Mais lors de cette sinistre nuit du 8 mai 2010, Sarkozy et Merkel ont préféré s’asseoir sur les traités de Maastricht et de Lisbonne, troquant le droit pour la force. Le projet européen consistait à résoudre les conflits par un appareil juridique plutôt que par les rapports de puissance. Tout le monde s’est tu devant cette forfaiture, y compris la Commission Européenne, pourtant gardienne des traités. Dès lors, s’est installé un état d’exception dans lequel se prélasse le Conseil Européen, trop heureux d’avoir les mains déliées par l’érosion du droit pour satisfaire les caprices de la classe politique.

Il y a bien des manières de soutenir avec Edouard Husson que le cartel franco-allemand est l’ennemi de la construction européenne. 25 Etats sont priés d’avaler ce qui a été arrangé lors d’une promenade sur la plage à Deauville. Dès lors, ne nous étonnons pas si la constitution d’une politique de défense commune piétine. À la place de la Pologne ou de l’Italie, ne préféreriez-vous pas confier votre sécurité à un allié lointain comme les Etats-Unis plutôt que d’être serré de trop près par un condominium franco-allemand ? L’erreur vient certainement de De Gaulle, qui résumait la construction européenne au partenariat franco-allemand. Il est temps d’en dresser le bilan très nuancé.

Tout aussi préoccupant est le bilan interne de ce cartel. Le désaccord monétaire ne surgit pas encore clairement. Les Français ignorent encore largement le mécontentement populaire en Allemagne à l’encontre de la politique d’argent facile de la BCE. Le retrait de l’or allemand des coffres de la Banque de France résulte de campagnes de presse et d’enquêtes parlementaires. Pour le moment, ce mécontentement ne trouve pas d’expression politique radicale. Mais il ne manque qu’un tribun de la plèbe pour donner un tour inquiétant à la scène politique allemande. Les élections européennes de 2014 devraient fournir le moyen à des politiques responsables de prévenir pareil cours de l’histoire, et de donner un nouveau tour à la relation privilégiée entre les deux nations qui bordent le Rhin.

*Photo : European Council.

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  • 23 Janvier 2013 à 12h49

    Angel dit

    L’UE n’est pas l’Europe. Du simple fait que la Russie n’en fait pas partie.
    L’UE doit changer beaucoup de choses si elle ne veut pas deperir (telle qu’elle est cela ne me deplairait pas) ou pire encore si elle ne souhaite pas voir revenir des sombres nuages du passe.

    Ceci dit article tres bien ecrit et tres interessant.

    Salut a tous les causeurs.

  • 23 Janvier 2013 à 12h06

    néonéo dit

    Un peu parano, cet article… Le rapatriement de l’or allemand par madame Merkel peu de temps avant sa probable réélection est avant tout une mesure symbolique, destinée à rassurer une opinion publique allemande historiquement très attachée aux principes de rigueur budgétaire et de stabilité monétaire. Un peu de relativisme culturel que diable! Comment ne pas comprendre l’inquiétude viscérale de nos voisins quand on sait à quelle sombre période de l’histoire les renvoient les termes d’inflation et dette. La relation franco-germanique, bien qu’imparfaite, a toutefois le mérite d’exister. Et aussi pertinente que soit l’analyse de monsieur Laarman, quelles alternatives réalistes propose-t-il à l’amitié franco-allemande comme locomotive de la construction européenne à moyen terme? Si l’on veut qu’il y ait un jour une “Europe du Sud” digne de ce nom, cela se fera d’abord en rassurant Berlin, et non en diabolisant les Allemands ou en les caricaturant…
      

  • 23 Janvier 2013 à 10h48

    Adalbert dit

    @eetu : voilà pourquoi : http://www.atlantico.fr/decryptage/allemagne-rapatrie-or-et-cela-tout-voir-avec-chine-simone-wapler-613796.html?page=0,0

    • 23 Janvier 2013 à 11h37

      eetu dit

      Merci pour le lien, Aldalbert.
      Mais je n’ai toujours pas tout compris, je me pose même plus de questions:
      - même en zone euro, les pays font bien ce qu’ils veulent de leur or?
      - ce n’est pas plus insultant de retirer son or de France que de reprendre ses meubles chez un garde-meubles?
      - et c’est quoi ce problème de change avec les USA: si l’Allemagne a déposé 1 kg d’or il y a 60 ans, on doit lui rendre 1 kg d’or lorsqu’elle le reprend, sans être obligé de prendre sa calculette (sauf pour frais de gestion)?

      • 23 Janvier 2013 à 13h16

        steed59 dit

        “c’est quoi ce problème de change avec les USA”

        c’est simple, les allemands doutent de la capacité des USA à leur rembourser leur or, du fait de leur politique monétaire depuis 1971. Ils anticipent ainsi un éventuel crash du dollar qui ferait évaporer toute trace d’or-monnaie. Un peu comme si vous pretiez 100 € à un pote qui jure de le garder précieusement, le dépense, et est incapable de vous remboursez le jour où vous le demandez

  • 23 Janvier 2013 à 10h44

    eetu dit

    Euh … on peut m’expliquer en quoi le fait que l’Allemagne récupère son or est une insulte à la France?
    Ils l’avaient laissé en dépôt de peur d’être envahis lors de la guerre froide, mais on est revenu à une situation normale, non?
    S’ils veulent aller de temps en temps se vautrer dans leur tas d’or tel un vulgaire Picsou, c’est bien leur droit?

    • 23 Janvier 2013 à 13h13

      steed59 dit

      c’est surtout une insulte vis-à-vis de l’euro car ça prouve qu’elle n’a pas beaucoup confiance en la monnaie unique. Ainsi dans le cas d’un euro-crash elle disposerait de suffisamment d’or pour mettre en place une monnaie fiduciaire crédible tout en évitant un épisode type 1923

  • 23 Janvier 2013 à 10h24

    Adalbert dit

    Et un point Godwin renvoyé à Circé, un ! Il y bien d’autres manières de donner de mauvaises réponses à un vrai problème que d’enrégimenter une nation.

  • 23 Janvier 2013 à 9h46

    Circé dit

    “Mais il ne manque qu’un tribun de la plèbe pour donner un tour inquiétant à la scène politique allemande.” Voilà une remarque qui dénote une sérieuse méconnaissance de la scène politique allemande et de l´Allemagne tout court. Hitler une fois, Hitler toujours: une rengaine éculée qui tient lieu d´analyse politique.