Toute révolution est anticulturelle
Il faut relire Soljenitsyne et lire Simon Leys
Publié le 17 septembre 2008 à 15:08 dans Culture
Mots-clés : Alexandre Soljenitsyne
Au lendemain des triomphales cérémonies des J.O. de Pékin, France 5 diffusait assez opportunément un documentaire sur la Révolution culturelle chinoise, signé de l’écrivain et réalisateur Xu Xing. Opportunément, dis-je, tant les rencontres avec des rescapés de ce monstrueux psychodrame – filmées voici quelques mois à peine – contrastent violemment avec l’image, impeccablement réaliste socialiste , que nos médias ont bien voulu nous donner l’été passé de la Chine.
L’infortuné Xun Xing n’était qu’un enfant quand ce truc lui est tombé sur la tête. Dès lors, il lui a semblé, selon ses propres termes, “passer dix ans dans le tambour d’une essoreuse devenue folle”. Et trente ans plus tard, on le sent bien, il ne s’en est toujours pas remis. Son père (classé “droitier” depuis 1958, le pauvre !) est soudain “nommé” jardinier d’un bataillon de l’Armée Populaire de Libération en Mongolie Intérieure. Sa mère, médecin à Pékin, est mutée dans la province profonde “pour soigner les paysans et non plus les capitalistes urbains”… Quant à lui, tombé amoureux de la charmante Lin Tao, il ose lui écrire une lettre… Erreur fatale en ces temps de “vertu rouge” ! Paniquée, la jeune fille le dénonce aussitôt aux autorités. Ils ne se reverront que trente-cinq ans plus tard…
Des parents séparés ; un amour interdit ; une jeunesse brisée… De quoi se plaint Xu Xing ? Grâce à son jeune âge, précisément, l’orphelin de la “Révo Cul” a échappé aux foudres des Gardes rouges : il n’a été ni fusillé, ni battu à mort, ni même torturé. Il s’est réveillé vivant de cet interminable cauchemar ; un cauchemar de “ouf malade” qui, dit-il, “hante encore tous les Chinois” et sur lequel, justement pour cette raison, le régime continue d’entretenir le silence le plus absolu. Mais la plus grande folie reste sans doute, dans ce drame, celle de notre intelligentsia occidentale et surtout, il faut bien le dire, hexagonale (cocorico !)
Avant même Mai 68, tout ce que notre pays compte d’”intellectuels” autoproclamés (ainsi que leurs parents, amis et connaissances) a commencé de se ruer en rangs serrés vers les délires de la maolâtrie. Délires à coup sûr, mais délices aussi : quoi de plus rassurant pour un intello professionnel que de cesser enfin de cogiter pour s’abandonner lascivement au “Phare de la Pensée” ? “Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés” – dans les deux sens du terme. Le plus drôle, si l’on ose dire, c’est que ces bancs de gros-cerveaux échoués sur la Plage aux maoïstes ignoraient tout de la réalité du Grand Guignol auquel ils applaudissaient.
Pour donner une idée aux plus jeunes d’entre vous, la maolâtrie de l’époque, c’était un peu la dalaïlamalâtrie d’aujourd’hui. Aussi absurde, mais en beaucoup plus grave : au-delà du million d’”ennemis du Peuple” assassinés ès qualités, cent fois plus de victimes à la vie cassée net. Tout ça n’a évidemment pas empêché nos élites de l’époque – du Monde à Sollers et de l’Obs à Serge July, vous vous souvenez ! – d’accueillir avec des standings ovations, pendant dix ans et plus, les numéros foireux et sanguinaires du Grand Mao Circus.
A preuve, le sort que ces gens-là réservèrent, dès 1971, au seul livre utile, aujourd’hui encore et une fois pour toutes, à la reconstitution de cet engrenage diabolique. Les Habits Neufs du président Mao fut le premier chef-d’œuvre de l’admirable Simon Leys. Pour ce seul livre d’ailleurs – et bien qu’aucun autre ne me paraisse dispensable – Leys mériterait largement l’Immortalité, et l’habit vert du même métal. Certes il est belge, mais il faut bien que ça serve à quelque chose, l’immigration choisie !
Parce qu’enfin, ce mec est un génie. Ou du moins, si vous n’aimez pas les grands mots, le plus grand écrivain francophone vivant. “Sinologue de formation”, comme on dira en temps utile dans sa brève nécro du Monde (s’il existe encore), Simon Leys s’est donc fait connaître avec cette charge violente et subtile contre la Révolution “culturelle” chinoise. Une mauvaise blague aux yeux emboués de notre inintelligentsia parisienne, tout entière prosternée devant le Grand Timonier, et qui l’a donc ostracisé aussi sec.
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L'auteur
Basile de Koch est chroniqueur des nuits parisiennes à "Voici" et du PAF à "Valeurs actuelles". Il est aussi essayiste à 16h.
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Naibed dit
LN : « cela vous paraît peut-être délirant, rocardo, mais c’est ainsi : l’auteur de ce livre qui vous a plongé dans un état jubilatoire aurait fort bien, il y a trente-cinq ans, pu être considéré comme un gauchiste »
Sûr ! un type qui décapait le maoïsme il y a 35 ans, en publiant “les Habits neufs du président Mao”, ne pouvait être qu’un gauchiste… tout le monde sait ça !
(je fais l’impasse sur la chiée d’autres imbécillités et bichtouflages du même acabit)
L. Nemeth dit
cela vous paraît peut-être délirant, rocardo, mais c’est ainsi : l’auteur de ce livre qui vous a plongé dans un état jubilatoire aurait fort bien, il y a trente-cinq ans, pu être considéré comme un gauchiste (encore qu’il aît eu d’autres priorités qu’idéologiques). Seuls s’en étonneront ceux qui oublieraient que l’on ne peut pas toujours être, et avoir été. La déchéance de Malraux, devenu ministre du régime dit gaulliste, dispense d’en faire la démonstration…
PS. je ne sais pas trop où vous avez vu jouer, que j’aurais ironisé sur des patronymes bizarres. Quant aux disgrâces physiques, vous jouez sur les mots. Si par exemple je parle du “pas-beau-très-vilain” X ou Y, je ne fais évidemment pas allusion à ses… gênes (je préfère laisser ce genre d’argument à un ignoble personnage dont le nom ici n’ajouterait rien) mais : à ce que la personne concernée a fait d’elle-même, de son vivant. Et dont il arrive parfois qu’elle le “porte jusque sur sa tête”, comme on dit familièrement.
J’attire enfin votre attention sur le fait qu’il y a quelque maladresse de votre part, si vous vous réclamez de la droite (… à moins bien sûr que vous ne vous prétendiez “objectif”!) à mettre en avant le thème du physique : car le délit de faciès et le délit de sale gueule se portent bien, à ce que l’on dit, avec ceux-qui-nous-gouvernent…
rocardo dit
LN:argumenter sur des disgrâces physiques(ou sur des patronymes bizarres ou ridicules) a longtemps été le douteux privilège de l’extrême droite.Il semble que l’extrême gauche,dont vous semblez vous réclamer se laisse aller à ce travers.
Je viens de terminer “le bonheur des petits poissons”.Penser que l’auteur de ce livre délicieux,qui m’a plongé dans un état jubilatoire,puisse être un gauchiste me paraît délirant.
Pascal dit
Critiquer une dictature ubuesque et railler un tyran narcissique ne demande pas de se livrer à des exégèses ou des interprétations compliquées.
Le jugement sur les crimes de la dictature Maoïste n’est ni de droite,ni de gauche.
Mais pour partager un même jugement qui s’appuierait sur la capacité à raisonner,il faudrait faire preuve de moins d’aveuglement volontaire et d’un minimum d’honnêteté intellectuelle.
Luc Nemeth dit
grâce à rocardo voilà maintenant la cour-des-miracle placée au niveau de Socrate, il fallait y penser…
Mais restons-en plutôt au baveux “hommage” ici rendu à simon Leys. Contrairement à ce qu’a indiqué Marcel Meyer le 19.09.08 à 13:09 son livre ne dénonçait pas des “crimes, folies, ubuesqueries, imbécillités économiques, etc.”, comme autant de bavures d’une prétendue révolution : il en montrait au contraire l’implacable logique, dans la perspective de la nature contre-révolutionnaire qui était celle de ce régime, ou si on préfère : dans la perspective de la constitution d’une nouvelle CLASSE DIRIGEANTE. En ce sens il ne visait pas à une “critique de gôche”, comme l’a indiqué erronément Marcel Meyer, mais à alimenter la réflexion de l’extrême-gauche. Et c’était très bien ainsi.
rocardo dit
Félicitations pour cet hommage rendu à Simon Leys.
LN:Peyrefitte est très laid,Sarko est un nabot…Vous avez eu une belle éducation.Socrate était d’une laideur légendaire,savez-vous?
Toz Grecus dit
La plupart de ces pseudo-penseurs, qui ont défendu le maoïsme et portent donc une part de responsabilité morale dans les crimes commis, n’ont jamais manifesté le moindre signe de repentance ni de honte: on voit les Sollers, les Jully et les Kristeva continuer de donner leur avis sur tout avec un ton péremptoire, en présentant leurs engagements de jeunesse sous le meilleur jour; quant à Alain Badiou, grand admirateur des khmers rouges, il peut continuer à se recommander du maoïsme et à animer une secte maoïste, sans que personne (ni journaliste, ni universitaire) ne lui demande des comptes.
LN dit
à Marcel Meyer
La chronologie n’a rien à voir en cette affaire. A preuve : en… mai 2007 encore un fascistoïde-nabot se vantait de vouloir “liquider l’héritage de Mai 1968″, sic. Et telle est bien la raison pour laquelle j’ai parlé de “Mai 1968″ en mettant des guillemets.