Tournante à France Culture | Causeur

Tournante à France Culture

Du nouveau dans les caves de la Maison de la Radio.

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 29 octobre 2007 / Médias

Mots-clés :

De nouveaux chroniqueurs dans la matinale de France Culture, voilà qui excite ma curiosité. Je l’avoue, je me demande immédiatement quels réseaux ou puissances a voulu câliner David Kessler, le directeur de la station. Et là, je sèche – et m’en veux immédiatement pour ma propension à voir le mal partout.

Sur le site des « Matins », j’apprends en effet que cinq nouvelles recrues se partageront le créneau de 7h25 auparavant occupé par l’économiste Olivier Pastré. Ali Baddou, producteur et animateur de la tranche, accueillera le lundi Corinne Lepage sur l’écologie, le droit et la justice, le mardi Caroline Eliacheff sur la vie des nôtres (?), le mercredi Catherine Clément sur les cultures du monde, le jeudi Géraldine Mulhmann sur la presse et le journalisme, et le vendredi Rachida Brakni sur la culture. Je me garderai de critiquer les choix souverains de la direction – encore qu’il y aurait bien quelques petites méchanteries à dire.

Ma perplexité vient de ce que je ne vois pas vraiment la cohérence entre tous ces thèmes. Soudain, la lumière se fait : tous ces chroniqueurs sont des chroniqueuses. En d’autres termes, 7 h 25, c’est l’heure des nanas. Ce nouveau rendez-vous est une tournante – mais à la différence de celles que l’on pratique dans certaines caves, ce sont les femmes qui tourneront. J’imagine la réunion au cours de laquelle a émergé cette brillante idée et le ravissement des dames présentes.

L’ennui, c’est que le présupposé implicite de ce choix est qu’il y aurait une façon spécifiquement féminine de réfléchir, un regard féminin sur le monde et l’actualité. Après la campagne présidentielle, se trouverait-il encore des gens raisonnables pour servir le poncif éculé des femmes qui font de la politique autrement ? Eh bien, à France Culture, on semble penser que les femmes font de la radio autrement. Point de vue banalement machiste. Peu importe ce qu’elles pensent pourvu qu’on ait leur voix.

Me reviennent alors en mémoire quelques mots échangés avec David Kessler le jour où il m’a remerciée (façon de parler). Refusant le lot de consolations qu’il me laissait espérer, jouer les utilités occasionnelles dans une émission, je lui ai répondu que, pour moi, le minimum acceptable serait une chronique quotidienne. « Il est vrai que nous manquons de voix féminines », a-t-il observé, feignant de prendre ma proposition au sérieux. Je me souviens d’avoir alors trouvé hilarante l’idée que ma voix (peu connue pour sa douceur) pourrait contribuer à féminiser l’antenne. Eh bien, j’avais raison. Parce que moi, je n’y suis pas dans la tournante !

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 29 Décembre 2007 à 16h15

      jisee dit

      Ah la rivalité féminine…;)

      Je ne sais si ce choix de France culture traduit cette dérive identitaire du “pense en femme comme en femme et pas autrement” derive que l’on voit dans les magazines féminins, ou dans des séries de livres comme “la photo numérique pour les filles” serie qui peut que nous faire immédiatement penser à la série des “pour les nul”, association se trouvant confirmée par le contenu du livre, mais il est vrai qu’on bascule dans les modèles proposées aux femmes et notamment aux jeunes filles entre deux extrème: la negation du féminin et le ultra féminin caricatural qui ne s’interresse que jolies choses.
      Une pensé de l’entre-deux est-elle si difficile que ça à concevoir à l’heure actuelle?

    • 10 Décembre 2007 à 20h08

      George-s dit

      C’est vrai, Élisabeth, vous avez une voix de camionneur, c’est même la première chose qui m’a frappé, quand je vous ai entendue pour la première fois à France-Culture, à midi, dans la Suite dans les idées. Mais, cette voix de camionneur, je l’ai très vite trouvée douce, très douce, et même tout à fait agréable, à côté de toutes ces voix de petits salauds appointés. Désormais, elle me manque.

    • 9 Décembre 2007 à 20h09

      Corinne dit

      Quel luxe de pouvoir critiquer une radio comme France -Culture que le monde entier nous envie. On peut se désoler d’entendre l’autocrate Ali Badou et le sectaire Duhamel mais quel plaisir en revanche de retrouver Alexandre Adler et Alain-Gérard Slama. Et puis, il y a Esprit public ou Répliques qui illuminent ma semaine !!
      Bravo pour ce site ….

    • 3 Décembre 2007 à 23h17

      Emma Zunz dit

      Ça ne manque tout de même pas de sel que Mme Elizabeth Lévy raille le quota de nanas chroniqueuses imaginé par l’émission de ses anciens petits camarades de Culture. Sait-elle seulement comment sa grande amie, Laure Adler, la fossoyeuse de France Culture, qualifieson salon de coiffure-manucure du mercredi soir où l’on papote accessoirement de cinéma, et qui a nom l’Avventura ? Une émission de “nanas”, mais si, mais si, et elle se délecte de le rappeler.
      On sent que depuis qu’elle y a essuyé quelques déconvenues, Mme Lévy jette tout d’un coup un regard plus lucide et plus acerbe sur France Culture. Il fut un temps où il était impossible de lui faire entendre les critiques des auditeurs consternés par l’évolution de France Culture et où elle s’amusait méchamment des auditeurs mécontents (de ceux qui militent dans des sites de critique des médias, on peut le comprendre, mais aussi des autres qui s’avisaient de lui donner leur avis). Il fut un temps aussi où, comme ses petits camarades, elle ne ratait pas une occasion d’encenser la maison qui l’employait, comme le font les animateurs les plus flagorneurs de la station.
      Eh oui, seuls les sots ne changent pas d’avis.
      Sans rancune. Contente de vous lire malgré tout.

    • 3 Décembre 2007 à 19h37

      Patrick dit

      France Culture bouge encore ! L’inénarrable Catherine Clément, Carabosse retraitée de l’enculturation post-moderne, reprend du service : les trente derniers auditeurs de France C. l’entendront donc encore une fois plaider la cause du juste et du bien, avec cette aisance un peu canaille qui l’autorisait, jadis, à présenter l’œuvre de Wagner en prenant le point de vue de Minnie, la craquante fiancée à talons hauts de Mickey… Mais qu’importe la Franceculture ! Elle n’a plus de mémoire, elle n’a pas d’avenir. Armons plutôt un rafiot, sous les ordres de cap’tain Elisabeth, que nous irons ancré dans les eaux internationales, d’où nous pourrons émettre des ondes favorables au cerveau des vrais rebelles, mais insupportables aux gardiens du temple vide.
      Patrick

    • 3 Décembre 2007 à 18h42

      rémi dit

      Dans le nouveau livre sur la liquidation intellectuelle de France Culture, il y a une citation amusante d’Elisabeth Levy : « De tous les médias où il m’a été donné de sévir, France Culture est celui où l’autoritarisme fonctionne le plus efficacement ».

      (“France Culture. La destruction programmée d’une université populaire“)

    • 1 Décembre 2007 à 18h05

      DEEP dit

      Elisabeth, vous nous manquez! quel bonheur votre présence à “Culture et dépendance” avec FOG; une émission, que j’attendais avec impatience.

    • 23 Novembre 2007 à 11h06

      Besse Saige dit

      C’est tout à votre honneur d’être parfois sortie ( de vous même ou avec de l’aide) d’impasses où régne “La Fausse Parole”, Elisabeth.

    • 20 Novembre 2007 à 19h47

      Nell Tomlinson dit

      Merci Elisabeth. A 7h25, je me sens souvent gênée d’être une femme mais je pense à vous et je me dis que c’est le goût de certains hommes pour les femmes insipides et sottes qui me met si mal à l’aise.
      Merci aussi à Irene Elster pour la justesse de son analyse. La médiocrité et le ton biaisé des medias républicains bananiers, sujets de tant d’ironie à l’étranger, sont de plus en plus déconcertants. Plus de Monde, plus de France Cuture pour nous rassurer.

      Merci enfin pour ce site qui me permet de me sentir moins seule.

    • 20 Novembre 2007 à 2h33

      enzo bateau dit

      Les caves qui tournent le samedi à ta place, le matin à france culture, sont exaspérant de médiocrités. Élisabeth, fuit ce pays, part en Suisse et revient nous dans un train blindé qu’on change tout ça.

    • 19 Novembre 2007 à 23h10

      Irène Elster dit

      Si ce n’est pas de “l’exclusion” à votre égard – mot qui sied à merveille avec le sélectionnariat (positif ou négatif) par genre, sexe ou tout autre critère sauf celui de l’intelligence, de l’esprit critique – alors qu’est-ce que c’est ?

      France-Culture est depuis un certain temps à tendance unique, misérabiliste, et votre ouverture d’esprit (au sujet des médias) a dû leur déplaire, preuve de plus s’il en fallait une, de la République bananière au service du politiquement correct.
      La France le paiera cher, ses médias le paient déjà (décrédibilisés en France comme à l’étranger), baisse des ventes, des journaux à message unique (comme si un journal d’information devait commenter au lieu de donner des infos objectives), ce que n’ont pas l’air de comprendre Le Monde, Libération, etc. Baisse de l’audimat, ils n’ont que ce qu’ils méritent.

      Sur France-Culture, le journal d’infos du soir, d’Hubert Vieille est souvent totalement biaisé par l’introduction fréquente de commentaires personnels, entre deux infos sérieuses.
      Maladie de la France, les médias coupables.

    • 19 Novembre 2007 à 16h04

      sylvain dit

      coucou Elisabeth et bon vent à Madame est servie…
      Mazel Tov

    • 19 Novembre 2007 à 15h31

      vernier dit

      Merci à E.Levy pour sa liberté de parole et de ton, qui m’ont fait être un de ses fidèles de France-Culture, quand elle nous faisait réfléchir sur le quatrième pouvoir ! Et bravo pour son site qui est directement la mise en acte de ses paroles d’alors !