À Toulon, on évangélise des musulmans | Causeur

À Toulon, on évangélise des musulmans

Reportage en terre de mission

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 08 juin 2017 / Politique

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À Toulon, la communauté des Missionnaires de la miséricorde divine s’efforce de convertir les musulmans à la foi catholique. Une gageure à l’heure où l’islam ne cesse de gagner du terrain, y compris chez les Français de souche. Reportage.

Procession des Rameaux sur le port de Toulon, avril 2017. Crédit photo : Julien

Bienvenue au bar paroissial Le Graal ! « Ici, pendant trente ans, c’était un bar gay traditionnel », s’amuse le maître de céans Fabrice Loiseau, 50 ans, curé de l’église toulonnaise Saint-François-de-Paule située à quelques pas de là. C’est avec jubilation que l’abbé à la barbe poivre et sel m’explique comment sa société religieuse a racheté les locaux du Texas Bar au printemps 2015. Par une ruse de l’histoire, le prêtre a été mis sur la piste de cette bonne affaire par… le propriétaire de la plus grande discothèque gay de Toulon, homosexuel un tantinet réac, très opposé au mariage pour tous.

Grâce à son intercession, l’abbé s’est retrouvé en salle des ventes « le jour de la médaille miraculeuse. J’ai dit à Marie : “Écoutez, si vous le voulez pour vous, il faut arrêter maintenant parce que je ne peux plus surenchérir !” Du coup, l’autre enchérisseur s’est arrêté net en déclarant : “J’ai vu que l’abbé priait, il y tenait, je lui laisse.” » Furieuses, des ligues de vertu LGBT crient au sacrilège et tentent de faire annuler la vente au prétexte que l’abbé… aurait fait appel à des forces surnaturelles ! Dans le quartier du port, aux trois quarts maghrébin, les riverains de l’église et du pub catho-celtique accueillent en revanche cette divine surprise d’un bon œil. « Ouais, tu nous as dégagé les pédés ! » lancent même quelques zyvas au curé.

“Une démarche plus sensible qu’intellectuelle”

Moyennant quelques travaux et une bénédiction en bonne et due forme, Le Graal est inauguré par l’évêque en mai 2015 pour en faire un lieu consacré à la miséricorde et à l’évangélisation, notamment dirigée vers les musulmans. Bien que la licence III du bar associatif rebute de nombreux fidèles d’Allah, la société des Missionnaires de la miséricorde divine, fondée par l’abbé Loiseau voilà douze ans, y poursuit sa mission évangélisatrice. En burnous blanc ceint d’une ceinture noire et couronné d’une croix, les membres de la communauté, également active à Marseille et Draguignan, se situent dans la continuité des Pères blancs que le cardinal Lavigerie institua au xixe siècle pour évangéliser les populations indigènes.

Il était une foi les Pères blancs

On doit à Charles Lavigerie, archevêque d’Alger de 1867 à 1892, la fondation de la société des Missionnaires d’Afrique, dite aussi société des Pères blancs. Militant anti-esclavagiste artisan du ralliement de l’Église à la République, Lavigerie entend à terme « détacher l’Afrique du Nord du monde arabe et de l’islam ». Pour préparer l’évangélisation, à l’aide d’ethnographes coloniaux, les missionnaires forgent un « mythe kabyle » qui fait des Berbères d’Algérie les Auvergnats du Maghreb descendants de saint Augustin. Lavigerie sauve des milliers d’enfants algériens musulmans du typhus et de la famine, et installe deux groupes d’orphelins dans des villages chrétiens construits ad hoc en Kabylie. Suprême ironie de l’histoire, c’est du djebel kabyle où les Pères blancs avaient ouvert écoles et dispensaires que l’insurrection nationaliste partira.

Cent cinquante ans et quelques événements plus tard, « aborder » les musulmans afin de les amener à la conversion n’est guère plus aisé qu’au temps honni des colonies. Dans le quartier du port, longtemps appelé Chicago en raison de sa triste réputation, les 19 missionnaires de la communauté prêchent sur une terre de mission où le christianisme est minoritaire. Outre les quelques baptisés qui ont échappé au déterminisme ethno-religieux, une dizaine d’anciens musulmans toulonnais « cheminent » actuellement vers le Christ.

Vous connaissez la blague ? Comme Alger la blanche, Toulon possède un beau quartier européen en marge de la Casbah… Pour le natif de Tunis, la toponymie toulonnaise a quelque chose de familier : les salons de coiffure Sidi Bou Saïd voisinent avec les cafés Bizerte et Carthage. La ville de Raimu, ancien fief du lepénisme municipal, où le FN frôle encore les 30 % au premier tour, a quelque chose de la bigarrure marseillaise, délestée de la saleté des rues. C’est dans ce microcosme multiculturel que la petite église baroque Saint-François-de-Paule organise des messes tradis de rite tridentin, avec chants en latin, communion à genoux et prêtre officiant face à l’autel. Une forme extraordinaire réhabilitée par Benoît XVI.

En face du port, la quête du Graal réserve quelques surprises. Au comptoir, un Maghrébin entre deux âges débite une drôle de tirade : « Au nom de Dieu le clément, je vote pour Marine Le Pen même si elle me déteste. Elle est nationaliste comme son père que j’estime beaucoup ! » Appâté, je flaire le converti. Gagné. Augustin, de son nom de baptême, est « né il y a un an à la paroisse Saint-François-de-Paule » à Pâques 2016. Légèrement grisé par sa bière blonde, il décrit par le menu toutes les stations du long chemin de croix qui l’a conduit à Toulon. Un cas d’école du nouvel

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    publié dans le Magazine Causeur n° 105 - Mai 2017

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    • 11 Juin 2017 à 15h54

      rolberg dit

      Les croyants promènent leur foi n’importe où pour en vain cesser d’avoir peur.

    • 10 Juin 2017 à 9h43

      Vive la France libre! dit

      Est-ce censé donner de l’espoir? Ce reportage donne plutôt l’impression que la guerre civile est inévitable.

    • 9 Juin 2017 à 19h02

      Hannibal-lecteur dit

      Fantastique! Dur à croire ! Mais …ça ouvre des perspectives …
      Partant du constat que le coran est d’une pauvreté de concepts étonnante et que celà ne rebute apparemment pas les musulmans, on peut s’imaginer sans risquer de trop se tromper que le musulman ordinaire construit sa foi comme une foi de charbonnier plutôt que comme une foi passée au tamis de la réflexion. De ce constat découle la probabilité théorique d’une possible conversion à une autre religion pourvu qu’elle se présente sous des formes qui concernent les sentiments plutôt que l’intelligence.
      Et c’est là que la religion catholique montre toute sa valeur : le côté intellectuel de cette religion, si riche quand on se penche sur la pensée révolutionnaire du Christ, n’est pas nécessaire ni indispensable : la simple notion d’amour du prochain se passe de toute considération intellectuelle pour séduire quiconque est de bonne volonté.
      En conclusion, et j’avoue que je ne m’attendais pas à cette issue, il est possible que la meilleure des solutions au problème musulman en France passe par la recherche de leur conversion au catholicisme.
      C’est-il pas Dieu possible? 

      • 9 Juin 2017 à 19h06

        lisa dit

        Souvent les musulmans ne connaissent pas du tout le christianisme, même du point de vue culture générale.