Toujours jeune, toujours catholique et toujours heureux de l’être | Causeur

Toujours jeune, toujours catholique et toujours heureux de l’être

Le cas Williamson

Auteur

Koz Toujours

Koz Toujours
est blogueur.

Publié le 28 janvier 2009 / Société

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Il y avait l’opposition à l’avortement. Il y avait la réprobation de l’homosexualité. Il y avait l’accusation de propagation du SIDA en Afrique. Il y avait l’interdiction du divorce. Et puis, il y avait le soupçon de refus du plaisir lors du zizipanpan. Autant de choses que la société ne saurait pardonner.

Depuis samedi, c’est du lourd : il y a la prétendue “réhabilitation” d’un évêque négationniste. Avouez que le catholique, pour être catholique, doit décidément avoir une paire de balloches bien accrochées. Ou être une fille.

Après son arrestation par Vichy, Mounier appelait du fond de la Drôme à revitaliser, voire reviriliser, le catholicisme : «”qu’on ne fasse plus à nos jeunes chrétiens de ces regards sans acier dont on ne sait s’ils offrent ou s’ils mendient l’amour ou je ne sais quel sentiment qui reste entre l’offre et la demande, entre l’amour ou le néant, écrivait-il. Qu’ils apprennent à marcher dans le vent et seuls”. (L’affrontement chrétien)

En l’occurrence, duc in altum, duc in altum : j’avance en eaux profondes, malgré le vent et la tempête, j’avance, j’ai confiance, j’ai confiance, j’ai confiance (il faut le répéter trois fois, sinon ça ne marche pas). Je suis dans le vent, et seul : quel bel exercice pratique que cette levée d’excommunication !

Lorsque je lis, dans La Croix et dans Le Monde, que Matthieu Grimpret, auteur de Jeune, catholique et heureux de l’être, proclame sa “honte d’être catholique”, je dis non ! Aujourd’hui encore, je suis jeune et catholique. Je suis surtout toujours heureux de l’être. Et, n’en déplaise, j’en suis même fier. D’ailleurs, on ne peut être fier que des choix difficiles : l’occasion est donc rêvée. Et puisque je ne voudrais pas donner raison aux intégristes, moi, je fais la preuve de mon obéissance filiale sans réserves… voyez l’acier dans mon regard.

Pour autant, et toujours pour ne pas donner raison aux intégristes de tout poil, je sais que la disposition au martyr n’est pas une preuve suffisante de la pertinence d’une position. Alors tâchons de nous expliquer. Car, dans la précipitation habituelle, il est un mot que se renvoient les uns et les autres, de site à site, sans se soucier de sa parfaite inexactitude : le Vatican aurait “réhabilité” Richard Williamson. Selon Matthieu Grimpret, il s’agit même de “rendre toute sa place à un évêque qui nie la Shoah”. Au risque de lasser mon lectorat, je dis et je redis non !

Le 7 décembre 1965, le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras lisaient une déclaration commune par laquelle ils levaient les excommunications réciproques prononcées par les deux églises chrétiennes. Quarante-quatre ans après, le dialogue se poursuit continue, franchit des étapes remarquables, mais les églises orthodoxes et catholiques sont toujours séparées. La Fraternité Saint-Pie X (ie les intégristes) en général et Richard Williamson en particulier n’ont donc pas, du seul fait de la levée de l’excommunication qui les frappait, rejoint le giron de l’Eglise catholique romaine.

Le fait d’avoir levé les excommunications permet uniquement d’envisager un dialogue sur les divergences de fond.

Richard Williamson n’est pas aujourd’hui un membre de l’Eglise catholique. Il n’en est pas un fidèle, il n’en est pas un évêque. Et, si le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X promet d’être ardu, avec Richard Williamson, cela promet d’être encore une autre paire d’étoles. Car ce bonhomme apparemment calme qui réussit le tour de force de considérer que le 11 septembre est le fait du gouvernement américain et de citer les Protocoles des sages de Sion, estime aussi que Vatican II est l’œuvre d’un complot judéo-maçonnique contre l’Eglise… Autant dire que, si l’Eglise peut l’endurer, il se montre également insultant à son encontre. L’heure de la “réhabilitation” de Richard Williamson n’a pas sonné. Et l’on peut penser qu’elle ne sonnera jamais.

Williamson est d’ailleurs à ce jour toujours suspens a divinis : il n’est pas en pleine communion avec le Pape, ne peut prêcher dans l’Eglise catholique, ni donner la communion, ou aucun autre sacrement. Les prêtres qu’il ordonne sont toujours eux-mêmes suspens a divinis et les sacrements que donnent ces derniers donnent sont illicites.
Williamson est toujours frappé de cette sanction, contre ce que l’Eglise considère comme un délit, et celle-ci l’empêche de se réclamer de l’Eglise catholique, la seule, la vraie, l’unique, la sainte, l’apostolique et romaine. Bref : la mienne.

Voilà bien toute la quadrature du cercle car nous attendons tous confusément du Pape qu’il pose aujourd’hui un acte clair pour réaffirmer ce que seuls des esprits aussi affûtés que celui de Williamsom peuvent lui contester : son ferme rejet de tout ce que sous-tendent les propos de Willy, et ses propos mêmes. Bref, qu’il le sanctionne, qu’il le colle à Parthenia à la place de Mgr Gaillot, qu’il l’envoie comme le défunt fondateur des Légionnaires du Christ mener une vie de retraite et de prière dans un monastère isolé, où il devra assister chaque jour à la messe en langue vernaculaire, ceci à supposer bien sûr que la justice britannique ne s’en saisisse pas avant.

Seulement voilà : Richard Williamson ne fait pas partie de l’Eglise catholique, et le Pape serait bien en peine de sanctionner. Tragique, non ?

D’ailleurs, on notera que, le Vatican ne pouvant le faire, la Fraternité Saint-Pie X l’a fait et a demandé pardon au Pape et à tous les hommes de bonne volonté pour les propos tenus.
Bref, je comprends parfaitement le trouble causé et l’incompréhension, d’autant que je ne me rencarde moi-même sur les sanctions canoniques que depuis vendredi dernier. Mais, si la tâche est rude, si la communication entre le Vatican et le monde – moins pressé de connaître les formules de l’Eglise que celles d’Harry Potter – est difficile, on ne peut renoncer à expliquer encore. Et l’on ne peut laisser croire, Matthieu, que les divorcés-remariés soient, eux, excommuniés, et que l’Eglise soit en train de négocier le retour d’un évêque qui nie la Shoah.

Je n’ai pas honte d’être catholique car, bien comprise, la décision du Pape, solidaire des juifs, n’emporte évidemment aucune acceptation des “opinions négationnistes et des comportements à l’égard des juifs, inacceptables de la part de certains membres des communautés auxquelles l’évêque de Rome tend la main”.
Je n’ai pas honte d’être catholique quand l’Eglise tente, au-delà de tel ou tel hiérarque, de rassembler les brebis plutôt que de prendre son parti, plus facile, de la division.
Je n’ai pas honte d’être catholique car “les propos négationnistes ne sont pas ceux d’un chrétien”. Ils n’ont rien à voir avec ma foi. Ils ne sont que l’expression de la bêtise ordinaire dont le baptême pas plus que l’ordination ne protègent qui que ce soit.
Je suis pour ma part toujours jeune, toujours catholique, toujours heureux de l’être.
C’est quand le vent se lève qu’il faut tenir la barque.
Les marins le savent.

Alors, comme disent les Marines et Saint-Malo : Semper fidelis.

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    • 3 Février 2009 à 18h11

      Hirondelle dit

      “citoyen Williamson” ça me va ! … et oui aussi à la lucidité de Parsifal ! … merci les gars :)

    • 3 Février 2009 à 18h04

      parsifal dit

      Ne frappons pas à côté de la plaque ! Si le Pape lève des excommunications, il applique le règlement de l’Eglise . Il n’y a rien à dire . Sa Sainteté tend la main à des égarés , dans un but de réconciliation , c’est son droit . Dont acte .
      Que l’on s’indigne , cela se comprend . Mais de quoi doit-on s’indigner ? Pas de la décision du Pape ! Il n’approuve pas pour autant le point de vue de Williamson . Le vrai motif d’indignation se situe en amont . Quel est l’intérêt ou la motivation du négationnisme ? Pourquoi nier la Shoah ? Comment convaincre que cette démarche est d’une criminelle et incompréhensible absurdité ? Rude tâche ! J’ose espérer que le Pape s’y emploiera . On peut comprendre sa décision comme un premier pas dans ce sens , même si elle suscite quelque malaise .
      Alors s’indigner oui mais avec lucidité !

    • 3 Février 2009 à 16h43

      Pirée dit

      Sous Louis XIV, on disait Monsieur de Meaux pour désigner Bossuet, et Monsieur de Cambrai pour désigner Fénelon. On dit Sa Sainteté aussi bien à propos du Saint-Père qu’à propos du Dalaï Lama. C’est protocolaire.
      Mais “Monsieur” est d’un usage difficile. Sous la Grande Révolution on pouvait lire dans les tavernes : “ici on s’honore du titre de citoyen”.
      “Monsieur” laisse supposer qu’on a bonne opinion de la personne en question. Puisque les bonnes manières vous puent, dites : le citoyen Williamson.

    • 3 Février 2009 à 13h58

      Hirondelle dit

      Je ne fais pas l’amalgame entre les propos de Williamson et l’anglicanisme. Il y a au sein même de la Fraternité des tergiversations concernant la validité de certaines ordinations épiscopales et presbytérales liées au fait du non respect du rite initial – c tout le problème de la Fraternité, le respect de la forme importe le plus – Ainsi parlent-ils de pseudo-évêques ou pseudo- prêtres pour des variantes de rites qu’ils jugent pro-conciliaires … La levée de l’excommunication fait réfléchir sur la question du titre, et c’est intéressant ! Pour l’Eglise Catholique, Williamson concerverait donc le titre de “mgr” qui désigne un Sacrement de mandat pontifical ? Williamson aurait donc le même statut de forme que par exemple Mgr Vingt-Trois, bien qu’il soit sans statut dans l’Eglise Catholique et bien que ce terme ne soit justement pas significatif d’un statut mais d’une mission … Et pour la Fraternité, le Pape est-il le Pape ou le traître qui trahi le rite ? … moi, je me pose beaucoup de questions … et je ne me vois pas dire “Mgr ” à Mr Williamson si je le croise dans la rue …

    • 3 Février 2009 à 11h27

      Jean-Baptiste Maillard dit

      Bravo à Koz ! Moi non plus je n’ai pas honte d’être catholique. Cette affaire est cousue de fil blanc. Je vous invite à lire ma réponse à la tribune de Matthieu Grimpret, que j’ai bien connu à l’époque de Christicity, parue sur le site de la Croix et sur mon blog : http://www.anuncioblog.com/index.php?post/2009/02/02/Fier-d-etre-catholique-et-heureux-de-l-etre
      A vous lire !

    • 3 Février 2009 à 8h46

      Pirée dit

      L’anglicanisme a évolué. Nous ne sommes plus au temps où Henri VIII créa une “Commission pour l’enrichissement de la Couronne”, ni à celui où la reine Anne obtint du Parlement un Act excluant les princes et princesses catholiques de la succession au trône, ce qui eut pour effet de substituer les Hanovre aux Stuart. Le négationnisme, que je sache, ne caractérise pas l’Eglise Etablie anglaise: plutôt le chant choral.

    • 2 Février 2009 à 20h58

      Hirondelle dit

      Oui, c’est un ex-anglican Williamson … et je suis sûre que cela ne dérange pas Monsieur Nicolas que l’on s’interroge un peu plus …

    • 2 Février 2009 à 19h28

      Pirée dit

      Celui que je trouve délicieux n’est pas Mgr Williamson mais le gentleman un peu loufoque qui dirige l’église de Sa Très Gracieuse Majesté.
      Feu Mgr Lefebvre avait la capacité d’ordonner des évêques, mais en a fait usage en bravant un refus pontifical. “Ces évêques”, comme dit Benoît XVI, se sont trouvé ipso facto excommuniés. L’excommunication est levée. Comme celle des évêques orthodoxes. “Ces évêques” n’ont été investis d’aucune fonction. Tout cela a fait l’objet de longues explications dans les media, notamment ici même, sous la plume de Monsieur Nicolas.

    • 2 Février 2009 à 18h44

      Hirondelle dit

      C’est un ancien anglican Williamson, c’est exact non ?

    • 2 Février 2009 à 18h41

      Hirondelle dit

      Certes, mais la levée de l’excommunication le fait d’emblée titrer “Évêque Catholique Romain” par certaines presses. Les anglicans peuvent le nommer “évêque” s’ils le veulent, mais en aucun cas ce titre ne peut être retenu par notre Eglise du fait de la confusion que cela génère. La question n’est pas accessoire. Il est pour nous un monsieur Williamson quelconque et Mgr Vingt-Trois a raison de souligner la question du statut clos … sans rire, vous le trouvez ” délicieux ” ?