Touchez pas à mon pote !
Mouloud Akkouche cible des Indigents de la république.
Publié le 19 octobre 2011 à 17:30 dans Société
Mots-clés : AGRIF, Indigènes de la République, Mouloud Akkouche

Image : Christian Creseveur.
Mouloud Akkouche est un auteur de romans noirs et, accessoirement, tient un blog sur Rue 89. Mouloud et moi, on se connaît un peu et on s’apprécie beaucoup. On s’est croisé assez souvent dans divers salons polardeux. On a bu pas mal de coups et beaucoup discuté dans les buvettes ou en attendant le chaland derrière nos piles de livres, assis dans d’hypothétiques salles polyvalentes de sous-préfectures. Avec Mouloud, à force, on s’est aperçu qu’on était d’accord sur tout, ou presque. Dans le milieu du polar souvent enclin à la moraline, Mouloud et moi on ne se faisait pas de grandes illusions sur les postures antifascistes. Et on était capables d’apprécier des écrivains de droite et de trouver Drieu aussi intéressant que Vailland et Aragon.
Cela, sans doute, était dû à un roman familial commun qui se jouait du côté du communisme, le vrai, celui des municipalités rouges et de la contre-société qu’elles avaient assez heureusement créée et qui auront duré, disons, des années de l’après-guerre au milieu des années 80. Jusqu’au moment où bon nombres de ces Atlantide du PCF achevèrent d’être balayées par la conversion de tous à l’économie de marché comme horizon indépassable. Après, évidemment, on peut toujours pleurer des larmes de crocodiles en constatant, avec Gilles Kepel, que les mêmes contre-sociétés ne se forment plus autour d’un idéal égalitaire et laïque mais autour d’un islam plus ou moins rigoriste.
Mouloud vient de Montreuil. Il y a connu l’écrivain Patrick Besson mais contrairement à lui, il a fait ses premières armes politiques chez les autonomes. Il n’empêche, une fois la belle aventure terminée, il est revenu non pas au communisme, mais à ce qu’il y avait de meilleur dans le communisme : un refus total d’envisager une personne autrement que par sa place dans les rapports de production, comme on disait autrefois. Pour faire vite, et c’est ce qui explique notre sympathie réciproque, Mouloud et moi, on ne connaît pas d’Arabes, de Juifs, de Noirs, d’homosexuels, de musulmans ou de catholiques. On ne connaît que des Français1. C’est terriblement démodé, ça, je sais bien. Mais on a toujours pensé que la question de l’origine par exemple était plaisante quand il s’agissait de savoir ce qu’on mange ou qui on aime (quel aveu ! EL) mais prenait un caractère monstrueux, propice à tous les carnages, dès qu’on la faisait entrer comme paramètre dans une analyse politique.
Mouloud a fait un billet, le 5 octobre, dans lequel il renvoie dos à dos Houria Bouteldja, des Indigènes de la République et l’Agrif, association crypto-lepéniste, qui lui intente un procès pour injure raciale. Il prend pourtant ses précautions, Mouloud : il explique bien qu’il faut combattre l’Agrif. Mais pas à n’importe quel prix, ou en tout cas pas au prix d’une défense pavlovienne d’Houria Bouteldja, créatrice de l’appellation pour le moins sémantiquement ambiguë de « souchien » qui sonne bien désagréablement à l’oreille.
Ce qui lui vaut des représailles tout en nuances de la part de la patronne des Indigènes. Lisez sa réponse : c’est hallucinant, édifiant, débectant. Voilà mon Mouloud transformé en lepéniste bon teint parce qu’il se permet d’étayer sa démonstration par quelques exemples vécus de racisme anti-français. Je connais aussi ce genre de porte étroite, Mouloud. Il est évidemment hors de question de le fantasmer à la façon des identitaires et de faire de cette « question raciale » l’alpha et l’oméga d’un combat politique. Parce qu’évidemment, pour moi comme pour toi, tout cela n’est qu’un symptôme, celui d’une déliquescence généralisée des vieilles solidarités ou de cette common decency orwellienne qui soudait les classes populaires si longtemps indifférentes aux couleurs de peau ou aux religions. Et au bout du compte, tout cela est avant tout la conséquence d’une absence de réponse à la seule question qui vaille, la question sociale.
Logiquement, Mouloud n’est pas trop content de voir des pétitionnaires comme Badiou ou Balibar, que l’on a connu mieux inspirés2, défendre par principe Houria Bouteldja par ce qu’elle aurait raison par essence puisqu’elle est femme, musulmane et donc dominée, forcément dominée. Il ose même écrire : « N‘en déplaise aux pétitionnaires, le « Souchien » de Houria Boutjelda est l’équivalent du « bruit et l’odeur » (Chirac), de « Durafour crématoire » (Le Pen), du « point de détail de l’Histoire » (Le Pen)… et de tous les « sales bougnoules ou nègres ».
Tu ne choisis pas la facilité, Mouloud, décidément. En même temps, depuis Bernanos et Pasolini, on sait bien que le sentier de l’honneur consiste à ouvrir le feu en position défavorable, y compris contre son camp quand son camp dit n’importe quoi. Bien entendu, Mouloud, que tous ceux de tous les bords qui posent le problème en termes ethniques participent de la même totalité structurante et que comme moi, tu vois là, les larmes aux yeux, un vrai recul de la civilisation.
À la lecture des réactions à ton papier, je me suis souvenu qu’à la fin des années 80, peu de temps avant la guerre, il y avait eu un recensement, le dernier, dans ce qu’on appelait encore la Yougoslavie. Interrogés sur leur origine, l’immense majorité des gens avaient, pour la première fois, répondu « serbe », « croate », « bosniaque », « macédonien », « slovène ». Il y avait eu moins de 1% pour dire, tout simplement, « yougoslave ».
Tu sais quoi, Mouloud ? Parfois, j’ai l’impression que nous sommes les derniers Yougoslaves.
- Mais non, cher Jérôme, puisque l’individu est défini par sa place dans le processus de production, vous ne connaissez que des riches et des pauvres, ou des travailleurs et des exploiteurs. Il faudra m’expliquer en quoi ce communautarisme économique est moralement supérieur à ses équivalents religieux ou ethnique. Je constate qu’une partie de la gauche qui passe son temps à répéter, sans plus savoir pourquoi elle le répète sinon parce que les autres le disent, que Sarkozy « dresse les Français les uns contre les autres », ne trouve jamais problématique de désigner une corporation comme responsable de la faillite d’un système dont la plupart d’entre nous ont accepté, quand c’était possible, de profiter. Il faudra quand même que tu nous démontres un jour (autrement que par l’assertion) pourquoi la question sociale est la seule qui vaille et que tu nous dises ce qui te permet de disqualifier d’emblée toute appartenance, toute distinction culturelle ou identitaire : que ces distinctions aient, dans le passé, produit des résultats désastreux ne suffit pas à les faire disparaître. Les identités ne vont pas s’évaporer parce qu’elles te font peur. Il est au contraire urgent de les penser dans une grammaire conforme à nos convictions. En clair d’affronter le réel tel qu’il est au lieu de le planquer sous une couche de peinture fût-elle rouge (EL). ↩
- Quand ? Pour condamner la politique raciste d’Israël ? Faire de Sarkozy « l’homme aux rats » ? (EL) ↩
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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Olaf dit
C’est pas si mal pourtant les différences entre les gens, entre roi et sujet, étrangers et nationaux, religieux X et religieux Y, jaunes et verts, comme-ci et comme-ça …
Assez paradoxalement (merci René Girard), ces différences sont autant de digues au déchaînement de la violence.
Et nous les faisons pourtant gaillardement sauter les unes après les autres …
pirate dit
WEEEEEE Houria m’a répondu….
Elle m’a interdit sur sa page, je ne peux plus lui écrire !!!! Ni voir sa page !!!!! Serais je plus efficace que Mouloud et Leroy réuni ? Vous coyez que si j’envois ce texte à Rue 89… non c’est vrai elle a déjà lu….
lisa dit
Ca Pirate, c’est un compliment !
pirate dit
oui mon ex fiancée m’a fait la même quand je l’ai envoyé bouler, un membre de ma famille aussi… c’est beau l’amour.
En résumé : touché, coulé.
Et maintenant mma réponse sur rue 89, si elle entre dans le nb de caractère…. je suis gourmand.
agatha dit
C’est bien, Pirate, vous avez fait œuvre utile, même si le résultat doit être modeste (il y a des cas qui sont désespérés).
Saul dit
chapeau pour ton texte Pirate, elle a du en faire une syncope cette naze :-D
kacyj dit
Si vous voulez augmenter vos chances de succès avec Rue89, prenez des otages !
Oï Causeurs, qui se dévoue ?
pirate dit
le texte est lisible en réponse au sien…, tel quel évidemment, je vais pas faire de correction en plus. En plus je repart dans une heure, six heures-minuit…. wé !
livia dit
Bon Pirate
Je prends partie, meme si nous ne sommes pas tjr. sur la meme longueur d’onde:
Pirate à la Télé !!!! et pas cette pauvre fille qui ne représente qu’elle meme.
M. Taddei si vous lisez ce fil….
pirate dit
merci mais je déteste la télé. A la radio si vous voulez, j’ai une voix de radio d’ailleurs.
Hé z’avez entendu les gars, donnez moi plein d’argent pour que j’humilie en public plein de gens (trop bien comme métier)….. yeurk.
livia dit
Fiorino
A part :”Meravigliosa creatura” je n’arrive pas à l’écouter.
Fiorino dit
Il y en une sur les femmes militaires qui dit en gros qu’elles sont plus méchantes que les hommes, ça je trouve que c’est un peu sexiste d’ailleurs.
livia dit
Fiorino
Dans mon super (petit) marché ils y a des femmes et des hommes aux caisses.
Toutes sortes d’hommes Asiatiques et Africains d’origine(, je dis çà parce que c’est visible ;pas de lézard, hein),+ qq jeunes du quartier pendant les vacances.
Le chef , mais pas gérant, dont je n’arrivais pas situer l’accent, est Libanais d’origine et chrétien.
Ce qu’il dit de son Pays qu’il a du quitter et ce qu’il a vécu je ne l’ai jamais lu nulle part, ou alors ça m’aura échappé.
Fiorino dit
Paris c’est différent ici plutôt des femmes.
livia dit
Fiorino
Dans mon super (petit) marché ils y a des femmes et des hommes aux caisses.
Toutes sortes d’hommes Asiatiques et Africains d’origine, je dis çà parce que c’est visible pas de lézard, hein),+ qq jeunes du quartier pendant les vacances.
Le chef , mais pas gérant, que je n’arriva
livia dit
NC
Ben on dirait que l’une est dans la défense de son territoire tel qu’elle le conçoit et l’autre ..euh. si on écoute ce qu’elle dit, et je ne puis m’y résoudre, mais les Causeurs le font pour moi et c’est tant mieux .
nadia comaneci dit
Les indigènes de la République et le FN. Les deux machoires du même piège qui s’abreuvent aux mêmes sources. HB et MLP s’appuient sur les mêmes ressorts de l’âme humaine, la haine et l’exclusion, la définition par l’ethnie. Tu es blanc, tu es méchant. Tu es d’ailleurs, tu es voleur. En gros. Ce sont des soeurs siamoises.
Fiorino dit
Pas tout à fait, marine le pen est une nationaliste, houria bouteldja aussi (mais algéro-arabe), sauf que la deuxième vit en France donc c’est un peu facile pour elle, par exemple quand HB parle de hold-up colonial pour l’Etat d’Israël elle sais qu’elle aussi le fruit d’un hold-hup colonial de la parte des arabes contre les berbères et les juifs qui vivaient dans cette région du maghréb bien avant ses ancêtres? Zemmour est sans doute plus légitime, suivant sa logique, au maghréb qu’elle, ce qui manque c’est une personne qui lui fasse remarquer, pour l’instant le seul a été justement Frinkielkraut.
Fiorino dit
Pirate juste un truc. La caissière c’est la meilleur tâche que vous avez à faire dans un supermarché. Et ce sont les hommes pour le coup discriminés. J’ai été le premier homme caissier du supermarché dans lequel j’ai commencé mes débuts sur le marche du travail, et je ne deteste pas du tout ça. Seulement un peu les horaires avec des trous mais pour le reste on vous laisse tranquille, si vous êtes responsable de rayon on vous appelle pour nettoyer la merde laissé par les clients et on peut vous appeller la nuit si il y a un truc qui ne marche pas. Et pourtant vous êtes ouvrier alors que la caissière est employée. Faire ça toute ma vie non, mais si demain je suis au chômage (et à nice on trouve facilement en caisse) j’y vais tout de suite. En plus les clients sont sympas et quand il ne le sont pas vous les punissez avec les pièces d’1 centimes.
pirate dit
Pourquoi vous me parlez de caissière Fiorino ? Elle est caissière Houria ?
Fiorino dit
J’ai cru lire un truc sur les caissières dans votre lettre mais je me trompe peut-être. Houria est je crois salariée de l’institut du monde arabe (financé en partie par l’”Etat colonial français”.
pirate dit
Fiorino…. arrêtez la drogue, ou présentez moi à votre dealer….
rackam dit
pirate,
belle envolée! Cinq ou six formules à recopier! Une ou deux à revoir ou supprimer. Mais c’est du tgv, du fugu, de la météorite, du nanan.
Merci pour la dédicace, mais surtout pour ce boomerang que tu renvoies à celle qui fait du MLP à rebours. Si tu cuisines comme tu écris, ça doit en tuer un ou deux, mais en ravir des centaines.
pirate dit
merci Rackam, hélas, je lui ai écrit, je lui ai envoyé le message… et pfff elle me répond même pas. Mais pourquoi ? T’imagines un “humoriste” lui balance ça en plein talk show ? Déboitée devant la France entière elle me fait un procès et avec elle les Chiennes de Garde pour injure à caractère sexiste. Mais dans la morne confidence du tête à tête, elle me méprise. C’est beau la pub.