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Touche pas à mon despote

La conjuration des dix-sept fait front républicain

Publié le 18 février 2008 à 0:24 dans Politique

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Où se sont retrouvés les conjurés pour organiser leur coup ? Comment s’y sont-ils pris pour rédiger ce texte qui entrera très vite dans les annales1 ? Ont-ils envoyé un fax, un pneumatique, un SMS ou un mail à la rédaction de Marianne ? Si oui, à l’attention de qui ? Nul ne pourra jamais, sans doute, répondre à ces questions et l’on ne peut que se perdre en conjectures.

On peut opter pour un scénario romanesque où l’on verrait l’ombre des Dix-Sept se fondre discrètement, des mois durant, dans les nuits de Paris, pour converger en un lieu tenu secret où, à la lumière d’une chandelle, l’un d’entre eux ferait péniblement crisser le papier sous la plume d’oie et la dictée des autres. Ils seraient partis deux ou trois cents dans cette folle aventure. Mais, les rafles s’ajoutant aux exécutions sommaires, les arrestations alternant avec le retour de camarades torturés par la police sarkozyste, ils n’auraient plus été à la fin que dix-sept survivants. Jean-Pierre Chevènement ne laissera pas de nous étonner.

Malheureusement, je ne puis laisser mon imagination aller à de telles divagations : je n’ai pas l’esprit aussi éblouissant que celui d’un Dominique de Villepin – c’est-à-dire empreint des allants romantiques d’une grand-mère qui tricote. J’ai plutôt tendance à croire que les Dix-Sept conjurés ont décidé leur coup un soir de grande fatigue à la MJC de Nogent-sur-Marne, où ils tenaient un meeting unitaire. Sous l’emprise d’une ébriété avérée (trop de Canada Dry tue le Canada Dry), c’est François Bayrou qui, le premier, a eu l’idée : “On va lui faire une lettre méchante à Sarkozy. A lui et à sa méchante femme, hein Marielle, j’ai raison ?”

Comme il n’y avait plus de chips à manger et que le concierge de la MJC ne voulait pas tarder à mettre tout ce beau monde dehors en lançant un tonitruant : “Eh, il y en a qui ont une vie sexuelle ici”, on a vu les dix-sept se rassembler comme un seul homme autour d’une table pour sonner l’hallali. Et, ah là là, quel hallali ! A provoquer des spasmes frénétiques chez un contrôleur principal des Impôts ou à vous faire bander un receveur des Postes en retraite.

Les Dix-Sept, donc, ont voté la mort du Roi. Et les Sanson, exécuteurs des hautes oeuvres de père en fils depuis 1688, s’apprêteraient à reprendre du service place de la Concorde. En attendant, on se donnera de petits rendez-vous anti-monarchistes-électifs, comme autrefois l’on se comptait fleurette entre gens de bonne compagnie dans des manifestations anti-fascistes. Rien n’arrêtera le front républicain !

C’est bien là le plus grand crime de Nicolas Sarkozy : avoir flingué Le Pen. Impardonnable, le président français a privé les Don Quichotte de la bienpensance française de leur bon gros moulin à vent. Le corps de l’hydre lepéniste à terre, c’est son assassin – l’homme qui a cassé leur joujou et leur principal passe-temps – qu’ils veulent achever. Ernst Kantorowicz (Kanto pour les intimes, c’est-à-dire pour ceux qui vont danser le jerk le samedi soir avec Claude Lévi-Strauss) n’avait même pas prévu le coup dans Les Deux Corps du Roi.

N’empêche que les Dix-Sept ont raison sur tous les plans. Ils ont d’abord raison de parler de monarchie élective : vu que papa Sarkozy n’était pas président de la République, il aurait été d’une parfaite incongruité que l’on parlât en l’espèce de monarchie héréditaire. Bien vu !

Et puis, il y a des choses qui ne trompent pas. Nicolas Sarkozy s’est enfui à Varennes (il fut heureusement arrêté – avec femme et enfant –, à hauteur de Marne-la-Vallée, par d’honnêtes journalistes qui avaient reconnu son visage gravé au revers d’une pièce d’un euro). Il a convoqué le Parlement à Versailles, puis a décidé de transporter sa cour du 8e arrondissement à Neuilly.

Pire encore, pour pousser plus loin la ressemblance avec ces rois qui ont fait la France, il a épousé une Italienne comme Henri II et Henri IV.

Ce n’est pas convenable : un président de la République doit être discret. Il lui est beaucoup plus loisible d’attraper le mal napolitain en sortant nuitamment par la grille du Coq plutôt que de s’afficher au grand jour avec une chanteuse. Une chanteuse, vous vous rendez compte ? Chez les Villepin, ça ne fait que quelques années qu’on accepte d’inhumer ces gens-là en terre chrétienne2.

Ajoutez à cela qu’un des fils Sarkozy s’appelle Louis, comme cela s’est pratiqué au moins dix-huit fois chez les Capet et les Bourbons : le doute n’est plus permis. La France est une monarchie élective, alors que certains l’auraient préférée royale.

Traduit de l’allemand par l’auteur.

  1. Je ne suis pas très sûre de la traduction du terme Arsch en français.
  2. Il a failli déshériter sa fille qui a eu l’outrecuidance de devenir top model.
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  • 21 February 2008 à 2h25

    David DESGOUILLES dit

    Françoise B, vous n’avez pas connu la “maxitête” ?

  • 21 February 2008 à 0h31

    jq dit

    Heu… c’est completement nul cet article…

  • 20 February 2008 à 22h50

    Tony B dit

    Qui t’a fait roi, Sarko 1° ? La vile populace, sourde aux avertissements prodigués unanimement par nos aristocraties – gens de plume, grands commis, salons et sacristies. Les Grands nous avaient promis une droite revancharde et décomplexée et nous avons eu un gouvernement dont un membre sur cinq avait sa carte du Parti Socialiste l’an dernier. Elle nous avait promis le démantèlement de l’Etat social et la montafne n’a accouché que de bien timides réformes, apparemment impossible à faire avaliser par la noblesse d’Etat (comme la fusion ANPE-UNEDIC). Bref, la rupture promise “fait pchitt”, comme dit l’autre. On comprend le désarroi de ceux aspiraient sourdement à un quelconque cataclysme.

  • 20 February 2008 à 20h11

    Françoise Barthélemy dit

    Chère Trudi
    Souriez!..
    Pardonnez cette familiarité, mais quand je fais la tournée de mes favoris (en tout bien tout honneur) j’aime commencer ma journée dans la bonne humeur. Votre texte y a contribué largement, je le dis sans flagornerie, que d’humour et de finesse.
    Mais…pourquoi afficher sur la photo de présentation cette mine affligée ? Cette moue de dégoût ?
    Peur-être que le spectacle de ces français jamais contents, arrogants, et de mauvaise foi, vous désole. Ils ont un Président élu démocratiquement, énergique ( Blair a même dit :énergétique )porté de bonne volonté pour réformer, certes coupable de quelques maladresses, et ils le conspuent sans respect ni nuances.
    Souriez !… il reste des Sarkosystes convaincus.

  • 20 February 2008 à 16h03

    David DESGOUILLES dit

    Oui mais enfin, Trudi n’est-elle pas la lointaine cousine de Thomas Vallières ou de Serge Maury qui sévissaient dans le journal fondé par l’organisateur de l’appel des 17 ?

    C’est pas joli, joli, de reprendre les mêmes trucs que son ancien chef pour se moquer de lui….

    Mais je pardonne, c’est fait avec un tel talent. Quand on lit avec le sourire, on ne peut qu’être reconnaissant.

  • 20 February 2008 à 15h07

    Jacques – André dit

    Merci pour ce petit billet d’humour folâtre qui met bien à mal le courroux de ce quarteron de bien- pensants.
    Mais soyons sérieux, à la lecture de ce “manifeste” j’ai cru surtout y voir, non une charge contre la “monarchie élective” que voudrait pratiquer Sarkozy, mais un déni de sa légimité, ce qui est inquiétant.
    La Rébublique à la française, une fois de plus, se trouve en délicatesse avec la Démocratie.

  • 19 February 2008 à 21h37

    Pénéloppe dit

    Mille fois merci d’offrir une tribune aux plumes affutées! Vous lire est un délice. Vive les causeurs!

  • 19 February 2008 à 19h44

    Ludovic Lefebvre dit

    Bruysl,

    Je ne parlais que du titre donné, pas du contenu, comme j’aime “Le chien qui fume” et “Le chat qui prise” face à face à Versailles, mais je n’aime pas leur cuisine.

    Quoi que maintenant que vous m’yfaites penser : Royal, Khan, Villepin, Bayrou etc, il y a de quoi douter de leur amour immodéré pour la République et les grandes valeurs n’y a t-il pas quelques politiciens ayant un programme similaire là-dedans, quelques coupe-jarrets dignes des romans de Dumas- père ?
    C’est ce que je trouve génial dans cette situation, puisqu’il ne peut plus y avoir d’opposition idéologique avec l’Europe, nous assistons donc à une opposition d’égos, de sms et de couverture de Voici.

  • 19 February 2008 à 17h37

    Estelle dit

    Trudi, je vous adore ! Merci, merci, merci.

    Vous connaissez la phrase (peut-être d’Alexandre Breffort ?) ….”ce journal que je parcoure chaque matin d’un derrière distrait” (c’était avant le PQ de luxe!) .

    Juste un détail : Chévènement ne “laissera” pas de nous étonner au lieu de “lassera” …. et on va encore parler des allatoyahs de la grammaire !!!!

  • 19 February 2008 à 17h07

    Bruysl dit

    Désolée de décevoir votre romantisme échevelé, il n’y a rien d’une conspiration au clair de lune dans cet appel à la vigilance.
    Jean-François Kahn est à l’initiative de cette démarche,il a fait circuler la pétition auprès des différents responsables politiques qui ont choisi de la signer ou non.
    Décevant hein !

  • 19 February 2008 à 14h41

    Ludovic Lefebvre dit

    J’aime bien ces noms de cohalition, cela fait comploteur, ignobles du pouvoir, société sous- terraine qui dirige le mode comme le club des treize dans “la fille aux yeux d’or” (Balzac).

  • 19 February 2008 à 13h18

    Besse Saige dit

    Oui, on peut trouver l’initiative des « Dix sept » quelque peu surannée, on peut également prendre le ton des guignols pour faire dire à Bayrou des enfantillages, oui, on peut tourner en dérision la défense de la République surtout si on est allemande et que l’on souhaite traditionnellement que ce pays fasse profile bas, oui, on peut faire tout ça…

  • 18 February 2008 à 18h08

    corsicu dit

    Bravo pour cet article . L’anti sarkosysme des donneurs de leçon devient fatiguant!

  • 18 February 2008 à 17h55

    Beaucé jean philippe dit

    précision à propos de chevènement: il loue un appartement en deça du prix du marché attribué par les hlm de la ville de Paris. Je rectifie une information mal rédigée et qui aurait pu laisser croire qu’il ne versait aucun loyer. Par ces temps de pénurie de logement on peut toutefois s’étonner que de telles pratiques “royales” pour des gens attachés à la république et à la défense des plus pauvres.

  • 18 February 2008 à 13h41

    gwynfrid dit

    Merci, et tous mes compliments, pour ce petit bijou de français et d’ironie.

  • 18 February 2008 à 12h45

    Beaucé Jean-Philippe dit

    Excellent article. Merci Madame de dénoncer avec autant de talent et d’humour la rhétorique oiseuse et ridicule des nombreux Tartuffes que sont Bayrou, de Villepin, kahn, ou encore du pauvre Chevénement si pauvre qu’il est logé aux frais de la république reconnaissante.

  • 18 February 2008 à 12h43

    Ludovic Lefebvre dit

    Ce n’est pas vraiment le type de roi que je souhaite quand nous en aurons enfin un !

    Royal qui raconte ses déboires conjugaux et Bayrou qui tente de nous pâmer devant son amour du fromage et des vertes prairies ne sont en rien différents. Il y a certes le coup de la fausse menace fasciste que vous avez si bien relevé, mais aussi l’absence d’opposition parce que leur programme, leurs projets sont identiques. Des coupables en écran de fumée, ils restent faciles à trouver, les communistes, par exemple.

    Rassurez-moi, chère Trudi, vos politiciens sont devenus aussi cons que les nôtres, nous ne sommes pas une triste exception européenne ?

  • 18 February 2008 à 12h37

    margit dit

    Arsch = cul :-))
    Super, magnifiquement bien dit. Je découvre une Allemande qui a de l’humour contrairement à certains que l’on voit actuellement sur nos plateaux télé qui semblent plutôt coincés du c.. (voir ci-dessus)

  • 18 February 2008 à 12h10

    koz dit

    Magnifique billet. Je goûte avec beaucoup de plaisir votre esprit et la dérision que vous appliquez à un appel un peu pathétique.

  • 18 February 2008 à 0h54

    Robert Marchenoir dit

    “Ce texte qui entrera très vite dans les annales.”

    Hahaha. Venant de la part de Trudi Kohl, en plus. Je vois que Madame apprécie l’almanach Vermot, l’album de la Comtesse, l’esprit gaulois, tout ça.

    Finalement on n’a pas fait l’Europe pour rien.