Touche pas à ma photo retouchée !
Le paradoxe totalitaire de la transparence
Publié le 30 mars 2010 à 6:30 dans Société

Diego velazquez, Vénus à son Miroir, 1649-51
Quand on est député UMP, ces temps-ci, il faut bien trouver un moyen de s’occuper. C’est l’inconvénient: appartenir au parti présidentiel surtout avec un président de la République qui veut toujours en être le chef fait assez vite de vous un “godillot” selon l’expression imagée utilisée dès les majorités absolues de députés UNR puis UDR sous le grand Charles puis sous Georges Pompidou.
Il serait néanmoins inélégant de dire de Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-du-Rhône qu’elle est un godillot, voire dans un souci de féminisation, une godillote. Le néologisme est amusant mais ne correspond pas, essentiellement pour des raisons esthétiques, à Valérie Boyer, la belle quarantaine brune et chic, qui outre son mandat national est aussi conseillère municipale de Marseille et secrétaire national de l’UMP aux questions de santé. Non, Valérie Boyer n’a pas le genre godillot mais plutôt escarpin, voire talon aiguilles, ceux qui font les jambes longues, les fesses fermes et la cambrure intéressante.
Députée escarpin donc, Valérie Boyer s’était fait un peu connaître en 2008, ce qui est toujours difficile dans une UMP pléthorique et masculine (la parité, c’est pour les candidats, pas les élus, faut pas rêver) à l’Assemblée nationale par des propositions de loi sur l’anorexie et l’obésité, ces deux faces d’un même grand corps malade et malheureux que les adolescents de nos temps si tranquillement inhumains promènent sous nos yeux comme des remords vivants.
Il y a donc, chez Valérie Boyer, le louable souci de faire de son activité politique une activité sociétale. Par exemple, sur le sujet que nous venons d’évoquer, plutôt que de s’attaquer au pourquoi du comment d’une telle recrudescence de l’obésité et de l’anorexie, elle a préféré s’interroger sur leur dépistage précoce. Mais attaquer frontalement l’industrie agroalimentaire, la junk-food, la disparition des repas en famille remplacés par des grignotages puisque les familles se mettent de plus en plus rarement à table ensemble à cause des rythmes de travail de plus en plus discordants des uns et des autres pendant la semaine et maintenant, même le dimanche qui n’a plus rien de sacré, cela elle n’en a pas parlé. Trop social, sans doute.
Mais je ne doute pas un seul instant de la bonne foi de Valérie Boyer, mère de deux grandes filles. Valérie Boyer aurait aussi bien pu être députée PS puisque justement, elle est sociétale et non sociale. S’attaquer à l’anorexie uniquement sous l’angle de la prévention, ça ne mange pas de pas de pain, si je puis dire, et l’on retrouve effectivement une des marques de fabriques du sociétalisme : gérer la conséquence et non attaquer la cause, ou si vous préférez, soigner le symptôme et non la maladie.
Valérie Boyer propose maintenant une autre loi visant à interdire les photos retouchées, ou tout au moins à obliger à ce que les retouches soient signalées. Cette loi, si elle est votée, vise explicitement les magazines féminins et leur arme absolue, le logiciel Photoshop qui vous transforme Amy Winehouse au sortir d’une boite de nuit avec de la vodka à la place du sang et les cloisons nasales plâtrées de cocaïne, en une radieuse princesse juive à choucroute hyperbolique prête à chanter son sublime “Rehab”. Donc nous verrions désormais les bourrelets présidentiels quand il fait de l’aviron, les cernes sexy de la noctambule dans le vent et les fesses merveilleusement un peu trop callipyges de Jennifer Lopez qui pourtant, quand elle tourne le dos, me fait soudain croire à l’existence de Dieu.
Pour revenir à cette authenticité, Valérie Boyer avance d’excellents arguments : “Ces photos de femmes sublimées, dans les magazines, la publicité, cette éternelle jeunesse, ces cheveux qui brillent à vous faire mal aux yeux, ne correspondent à aucune réalité. Ces corps parfaits n’existent pas, ils sont trafiqués. C’est une énorme usine à frustration, une pression sociale qui aggrave les symptômes d’anorexie ou d’obésité des adolescentes fragiles”, déclare-t-elle dans un entretien donné à Ouest France.
D’excellents arguments mais que l’on nous permettra de trouver irrecevables. Faire le lien entre la photo retouchée d’un mannequin et l’anorexie mimétique qui en découlerait chez une adolescente me semble aussi fallacieux ou en tout cas aussi à côté de la plaque que l’idée que certains jeux vidéos ou certains films ultra-violents seraient la cause des passages à l’acte chez certains jeunes. Ce serait tellement rassurant si c’était vrai. Mais, encore une fois ce n’est pas seulement à cause d’un magazine féminin qu’une jeune fille se laisse mourir de faim et ce n’est pas seulement à cause d’une consommation excessive de film gore que cet élève de seconde va poignarder son condisciple.
Cela nous empêcherait de nous poser le problème des familles éclatées et recomposées, de la perspective d’avoir à vivre dans un monde de pure compétition où seule la performance professionnelle sera valorisée, de connaître la précarité, les difficultés toujours plus grandes à se loger, à travailler ou à mener des études.
Ensuite, cette loi, si elle passe, pose un autre problème. Valérie Boyer a-t-elle conscience, avec cette proposition de loi, d’apporter sa pierre de bonne intention au nouvel enfer idéologique qui se profile sous le double signe du néo-puritanisme et de la transparence. Néo-puritanisme ségolono-chiennes de garde parce qu’il s’agit bien entendu d’en finir, au bout du compte, avec la représentation avilissante du corps de la femme dans la publicité, ou même de l’homme dont les torses impeccables nous donnent envie d’acheter l’eau de toilette qu’ils promeuvent, des fois que. On objectera ici que l’avilissement de la femme, on ferait mieux, au hasard, de le combattre au travers du temps partiel imposé et du travail de nuit dans la grande distribution ou la vente par correspondance. Que faire une pub pour de la lingerie sur les abribus sera toujours moins aliénant que de se lever à cinq heures pour aller prendre sa permanence téléphonique au centre d’appels.
Mais le plus grave n’est pas là. Une loi comme celle-ci participe aussi de cette pulsion de la transparence qui gagne toute notre société. On va doucement mais sûrement dans le Nous autres de Zamiatine.
“Je suis comme je suis” serait donc la devise de la non-retouchée. Au culte de la beauté se substituerait le culte du naturel. Or le naturel est le contraire de la civilisation. On ne s’habille plus pour dîner, on “vient comme on est”, on met ses pieds sur la table et on braille dans son téléphone portable à la sonnerie régressive de jingle pour émissions enfantines.
On ne séduit plus, non plus. Pourquoi, si les mannequins ont de petits boutons, quelques bourrelets, un rien de cellulite à l’intérieur des cuisses, ferait-elle un effort, elle, la femme libérée, la femme non retouchée ? À la poubelle la trousse de maquillage et les produits de beautés qui sont des insultes à l’écologie.
Le paradoxe étant que nous arrivons, à la fin, à un corps aussi faux que le corps retouché d’un mannequin. La réalité d’une femme n’est pas plus quand on la surprend au réveil que lorsqu’elle sort harnachée et pomponnée pour la grande guerre charmante de la séduction.
Non, le corps est vrai dans un entre-deux et cet entre-deux est ce que nous avons de plus cher : il s’appelle l’intimité.
L’intimité, qui est une résistance puisque même chez Zamiatine, les habitants des appartements de verre où tout le monde voyait tout le monde, avaient quand même le droit de tirer les rideaux un quart d’heure par jour.
Et de toute façon, retouchée ou non, il ne s’agit que d’images. On rappellera donc pour finir la phrase de Guy Debord sur la question : “Les images existantes ne prouvent que les mensonges existants.” Retouchées ou non.
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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nadia comaneci dit
Midas !!
Le renvoi au Sénégal n’était bien sûr que virtuel.
Sinon, merci bien pour la proposition, mais j’ai tout ce qu’il me faut à la maison.
Antoninus Lucretius dit
Restons dans le ton..
C’est l’histoire d’un type très beau, mais très timide, un soir dans un bar. Et rentre dans le bar une jeune femme très belle et très timide aussi, qui s’assied à l’autre bout du bar et qui le dévore des yeux.
Le type très beau, mais très timide s’en aperçoit, trouve aussi la jeune femme très belle tout à fait à son goût et se dit que là, il se pourrait que ce soit le début d’une belle liaison romantique, et qui sait, peut être d’une grande histoire d’amour.,,
Prenant son courage à deux mains, il vient s’asseoir a ses côtés, et ces deux grands timides se dévorent des yeux, sans oser rien dire. C’est très beau, très romantique, le piano joue doucement “strangers in the night”.
Au bout d’un long moment la jeune femme balbutie: “Excusez moi…”, se lève et se dirige vers les toilettes pour, comme on dit, “se refaire une beauté”.
Le type cherche désespérément ce qu’il pourrait lui dire à son retour.
Lorsque la jeune femme revient, elle s’assied et ils recommencent se regarder les yeux dans les yeux..
Le piano jour “unforgettable”..
Et enfin le type se décide et demande à la jeune femme très belle:
“Alors… Vous avez fait caca?”
Souris donc dit
“S’attaquer au pourquoi du comment d’une telle recrudescence de l’obésité et de l’anorexie, elle a préféré s’interroger sur leur dépistage précoce. Mais attaquer frontalement l’industrie agroalimentaire, la junk-food, la disparition des repas en famille” écrit Jérôme
Dépistage précoce fait penser au dépistage précoce des enfants hyperactifs : ne pose-t-on pas des diagnostics abusifs ? Y a-t-il tant d’obèses ou d’ados anorexiques en France ? Dans les reportages télé se passant dans des services spécialisés, oui, mais quand on est en ville, les gens semblent plutôt normaux. A moins que les grands obèses modèle US ne sortent plus de chez eux ? Quelque chose me dit qu’on a encore trouvé à édicter des standards. L’image retouchée n’étant qu’un alibi ?
Minos dit
Odilon dit :
30 mars 2010 à 10:30
Attention, l’abus de beauté peut rendre amoureux.
Immanquablement…
averell dit
“@ Midas
Je vous ai sous la main, j’en profite donc pour vous confier en passant ce qui suit. Il est vrai que je parle assez volontiers de caca-pipi-popo, d’abord pour me détendre et, ce faisant, détendre l’atmosphère. Le contact avec les enfants est immédiat : pensez, un adulte – un grand – qui leur parle de ça, et spontanément ! Mais il y a plus. J’ai toujours eu profondément horreur de ces plaisanteries sur le sexe qui, généralement, tendent à rabaisser plus ou moins subtilement la femme. Tandis que la merde, mon cher, est si profondément démocratique. Elle est l’emblème par excellence de la démocratie : tout le monde chie, sans exception. Il n’est rien de vivant qui ne chie pas, et c’est un point essentiel que toute idéologie devrait prendre en compte, et sans circonlocution. Et vous avez remarqué que la couleur de la merde ne varie pas avec celle de la peau. En un mot, la merde est l’internationale.”
Midas dit
Oh la la
Nadia se met en tete de me renvoyer au Senegal…
La route est longue sais-tu,mais peut-etre toi aussi tu es la recherche de defi a ta mesure…
Midas dit
Je n’insinue rien averell:mon verbe est clair!
Par ailleurs, j’ai clairement dit que votre fascination etait legitime.
Cependant, si ce n’etait deja pas le cas, je vous encourage a vous entretenir de facon plus etoffee avec des personalites au profil plus fourni, genre des psychiatres.
Je connais personelement un professeur specialiste de ce type de question. N’hesitez pas a me solliciter si ces questions vous tarabustent plus avant1
Bérénice dit
nadia,
je plussoie : callipyge, oui! stéatopyge, non!
Impat1 dit
…”la culotte de cheval, non !”…
Ou alors avec des bottes, des étriers, une cravache, et en selle au trot assis; ça fera passer l’autre (culotte de cheval)
averell dit
@ Midas
“La merde ne me fascine en rien contrairement à ce que vous insinuez, mais l’histoire de la merde m’intéresse puisqu’elle fait partie intégrante de l’histoire. Bussy-Rabutin, cette impénitence et très aristocratique commère, rapporte dans ses mémoires (voir docteur Augustin Cabanès : “Mœurs intimes du passé”, t. 1, p. 380) que, lors d’un spectacle, au théâtre, Mesdames de Sault, de la Trémoille et de la Ferté, bien poudrées et parfumées, furent toutes trois prises d’un besoin pressant. Elles soulagèrent dans leur loge et se débarrassèrent de leurs excréments en les jetant dans la salle. Je tiens cette histoire pour fausse. Et d’abord, a-t-on déjà vu trois femmes prises simultanément d’un tel besoin !”
nadia comaneci dit
Souris, des courbes oui, la culotte de cheval, non ! C’est disgracieux au possible. Vite, photoshop !
Et pour Midas, une bonne douche froide, deux cachets de bromure et back to Senegal.
nadia comaneci dit
Mon petit Piotr
Je ne suis pas psy, mais voyez-vous, la dévalorisation de soi est un phénomène beaucoup trop complexe et intîme pour être imputable uniquement aux pubs et autres photos de mode retouchées. L’anorexie mentale est une maladie grave qui touche les jeunes filles et les femmes depuis bien longtemps, même quand photoshop n’existait pas. Je ne sais pas si elle vous dit quelque chose, mais l’impératrice d’Autriche Elizabeth (Sissi pour les intimes) était très anorexique, bien avant ces fameuses photos de mode. Bref, vous allez vous prendre une vilaine note mais ce n’est pas votre faute. Vos parents auraient du vous apprendre que non, la photo ce n’est pas la vraie vie.
Quand vous voyez un tableau de Picasso, il ne vous faut pas trois jours pour comprendre que la demoiselle d’Avignon n’ avait pas tout à fait cette tête là en vrai ? Et bien la photo, c’est pareil mon grand. ça s’appelle de l’art.
Midas dit
Petite souris,
Nous revons tous de courbe mais la n’est pas la question. La question est l’angle selon lequel on l’envisage…
Quant a votre regime, il est comme la refutation definitve du papier sur lequel il s’inscrit, mais cela n’a finalement que peu d’importance…
Je vais vous donner un tuyau: les plus belles courbes sont le fruit du travail lent – a la prolixite parfois laborieuse – du ravinement!
Je serais ravi moi-meme de vous decrire plus en detail comment la chose fonctionne, etant dote par la nature d’un outil qui, relativement, autorise des accelarations spacio-temporelles.
Quant a me calmer, j’estime en toute pudeur que vous ne parlez pas serieusement ))
Je suis du reste fort aise d’apprendre que vous vivez independament!
Souris donc dit
Midas, du calme.
Je n’habite plus chez mes parents, mais mon gabarit de petite maigrichonne risque de vous surprendre si vous rêvez de courbes.
Je donnerais n’importe quoi pour avoir une belle culotte de cheval bien rebondie et des fesses bien callipyges, et ce n’est pas faute d’avoir tout essayé :
- le foie gras sauternes au petit déj
- le Big Mac Coca à midi
- la tartiflette-noix-vin jaune au dîner.
Rien à faire, ça veut pas venir.
Patrick Mandon dit
averell dit : «Une précision, un hors-sujet que l’on me pardonnera.».
Pas moi !
Midas dit
averell,
il apparait que les matieres fecales exercent sur vous une fascination – disons – legitime. Certainement qu’un votre aieul vous aura conte l’histoire de la naissance du grand Charles…
Les sages d’alors y virent un signe positif contrairement au patriarche othodoxe de votre anecdote, lequel, fictif ou reel, ne meritait pas sa charge pour interpreter si trivialement le cycle naturel dont il fut le temoin!
Piotrso dit
J’ai été très déçu lorsque j’ai lu cet article: je viens de rendre mon épreuve de TPE où j’expliquais que les images retouchées SONT à l’origine de cette anorexie montante.
J’ai désormais compris votre erreur: en effet, les jeunes (dont je fais partie) ne savent pas faire la différence entre photo retouchée et photo “pure” car il n’y en a pas. On est incapable de dire quelle publicité est modifiée et laquelle ne l’est pas. De plus, la photographie faisant preuve de vérité dans notre société, une image a un aspect “réél’ très dangereux. Cependant, je vous affirme que la dévalorisation de soi est l’effet de ces publicités aux photos retouchées (voire même repensées), tout comme l’effet de cette dévalorisation sont des maladies comme l’anorexie, la boulimie et la dépression.
averell dit
Une précision, un hors-sujet que l’on me pardonnera. Constantin V, empereur de Byzance de 741 à 775, fut gratifié entre autres surnoms de “Kopronymos” soit : “Qui porte le nom de l’excrément”, un surnom qu’explique l’incident suivant : lors de son baptême l’enfant déféqua dans les fonds baptismaux. On sait que chez les Grecs orthodoxes et chez les chrétiens d’Orient le baptisé est totalement immergé. Cet incident fit dire au patriarche Germain de Constantinople qui présidait la cérémonie quelque chose comme : “Cet enfant foutra la merde dans l’Église”, parole prémonitoire. L’anecdote confine à la légende, elle ne prétend en rien à la vérité historique, mais elle suit toujours le nom de cet empereur. Mon grand-père me la rapporta lorsque j’étais gamin ; je ne l’ai jamais oubliée.
Antoninus Lucretius dit
Nous sommes protégés des accidents de voiture par la limitation de vitesse les airbags, la ceinture et la Gendarmerie Nationale.
Nous sommes protégés du racisme par la Halde, le Mrap et les autres zozos.
Nous sommes protégés des agressions par la surveillance video.
Protégés du mauvais temps par Meteo France et ses “alertes”
Protégés des maladies par la Sécu.
Protégés du chômage par la caisse de chômage.
Protégés de l’exploitation capitaliste par les syndicats.
Protégés de la grippe porcine par SuperBachelot, la femme qui vaccine plus vite que son ombre.
Protégés du cancer du poumon par la loi Evin.
Protégés de tas d’autres choses dont je ne me souviens plus.
Et maintenant nous allons être protégés des photos retouchées dans les magazines.
Et pourtant, avec toutes ces protections, je me sens de plus en plus inquiet..
Quelqu’un aurait-il oublié, parml toutes ces protections dé protéger la liberté?
Midas dit
Prend ton temps pour me repondre petite souris. Le senegalais blanc sait attendre…