Pendant plusieurs jours, en ce début juillet, les auditeurs de France Info, les lecteurs de diverses publications, dont Le Canard Enchaîné, ont été invités à s’indigner à propos du traitement infâme infligé à une équipe chirurgicale française par les soldats israéliens postés au point de passage d’Erez vers la bande de Gaza.

Conduite par le professeur Christophe Oberlin, cette équipe est restée bloquée quatre jours avant de pouvoir pénétrer sur le territoire et se livrer à ses activités humanitaires dans les hôpitaux de Gaza : interventions chirurgicales, notamment sur des enfants victime de l’opération « Plomb durci » de décembre 2008, et formation des praticiens locaux.

On a laissé poireauter les valeureux french doctors pendant presque cent heures sous un soleil de plomb sans leur donner la moindre explication ni le moindre verre d’eau, alors que cette mission était labélisée Quai d’Orsay par l’intermédiaire du Consulat général de France à Jérusalem.

Racontée comme cela, l’histoire peut en effet paraître scandaleuse et provoquer des réactions pour le moins défavorables au comportement des responsables israéliens et à leurs exécutants en uniforme. J’ai moi-même, en plein de mois de juillet été naguère bloqué quelques heures à Erez – par les garde-frontières palestiniens – et je pourrais aisément compatir devant ces blouses blanches forcées de mijoter sous un cagnard implacable et de subir une loi appliquée brutalement par de tout jeunes soldats et soldates.

Personne, parmi les journalistes qui ont rapporté cette histoire, enregistré et diffusé les propos de Christophe Oberlin n’a pris la peine de rappeler les exploits passés de ce professeur de chirurgie dans les territoires palestiniens, et ses activités politiques dans l’Hexagone. Ces rappels auraient pu expliquer, sinon justifier, que les autorités israéliennes montrent une certaine mauvaise humeur à le voir revenir à Gaza, avec une couverture diplomatique cette foi-ci, pratiquer ce qu’il faut bien qualifier d’action propagandiste à visage humanitaire.

Christophe Oberlin a, en 2004, a conduit la liste Europalestine lors des élections européennes, une liste si extrémiste qu’elle fut condamnée par Leïla Shahid, déléguée générale de Palestine en France, qui lui demanda, sans succès, de se retirer au profit d’autres « amis » de la Palestine moins sulfureux.

Comme on peut le constater sur cette vidéo diffusée sur le site oumma.tv, cet homme à la voix douce, à qui l’on donnerait le bon dieu humanitaire sans confession, pratique, certes, la chirurgie réparatrice lors de ses nombreuses missions à Gaza.

En France, les toubibs qui se consacrent aux malheurs des populations civiles victimes d’exactions militaires jouissent d’un prestige et d’une crédibilité sans égale. Mieux que l’ENA, cela peut conduire à des positions enviables au sommet de la République. Oberlin, lui, se sert de son aura médicale pour faire passer auprès d’un public attendri les messages des islamistes radicaux, dont il manie admirablement la langue de bois.

En effet, une fois qu’il en a terminé de son numéro de chirurgien réparateur des dégâts provoqué par Tsahal, Oberlin se livre à un exercice, ma foi plutôt réussi, de propagande en faveur des thèses du Hamas, dont il est l’un des plus actifs défenseurs en France. On notera avec intérêt que notre chirurgien qualifie de « menace psychologique » les roquettes lancées pendant des années par ses amis sur le sud d’Israël, sous-entendant que le cas des habitants de Sderot relève de la psychiatrie plutôt que de la chirurgie. Il est un grand ami du Dr Mohamed Al-Rantissi, le frère du fondateur du Hamas exécuté par l’aviation israélienne.

Ce cv chargé n’aurait pas, cependant, empêché la vaillante équipe d’Oberlin d’entrer sans encombres à Gaza, pour autant qu’elle eût daigné, avant son départ de Paris, se faire connaître auprès de l’ambassade d’Israël en France, qui aurait alors fait le nécessaire auprès du comité de coordination assurant la liaison entre les organisations humanitaires œuvrant à Gaza et les autorités israéliennes.

En se présentant de manière impromptue au poste de contrôle, sans respecter les procédures habituelles dans ces circonstances, le groupe était assuré de se voir refuser l’entrée du territoire pendant tout le temps nécessaire aux vérifications de leurs accréditations. Il suffit alors d’ameuter les médias pour que la fable des méchants Israéliens empêchant de généreux toubibs de soulager les misères des Gazaouis se répande dans l’Hexagone.

Mission accomplie donc : il ne suffit pas que les Palestiniens soient mieux soignés, encore faut-il que les Israéliens passent pour des barbares.

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