“La prostitution est un travail digne et noble” | Causeur

“La prostitution est un travail digne et noble”

Entretien avec Thierry Schaffauser, candidat EELV

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 11 mai 2017 / Politique

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Travailleur du sexe et militant écologiste, Thierry Schaffauser se présente aux législatives à Paris en tant que suppléant. Depuis quelques heures, sa photo flanquée d'une perruque et d'un bouledogue fait le tour d'Internet. Entretien sur le fond et la forme avec cet héritier du Front homosexuel d'action révolutionnaire.
schaffauser eelv prostitution

Thierry Schaffauser (à droite). DR.

Daoud Boughezala. Vous vous présentez comme suppléant Europe-Ecologie Les Verts (EELV) à la députation dans la XVIIe circonscription de Paris. Depuis quelques heures, une affiche vous présentant travesti en compagnie d’un bouledogue fait grand bruit sur Internet mais votre colistière Douchka Markovic l’a récusée. Est-ce un faux ?

Thierry Schaffauser1. Non, je la revendique. La photo a été prise par Xavier Cantat, le père des enfants de Cécile Duflot, avec ma titulaire Douchka Markovic vendredi dernier. Elle était accessible sur le site d’EELV ici donc validée par EELV à l’échelle nationale. Je l’ai donc utilisée sur ma page Facebook et Twitter. Entre-temps, Douchka m’informe hier qu’elle a reçu de nombreuses pressions de personnes dont je ne connais pas l’identité lui expliquant que nous devons refaire l’affiche. Je suis actuellement à Amsterdam pour travailler car nous avons moins de clients en France.

Je réponds à ma colistière que je ne suis pas d’accord avec les arguments avancés selon lesquels une élection n’est pas le moment de faire de la pédagogie sur les questions de genre et que par ailleurs, n’étant pas à Paris, je ne peux pas refaire une photo tout de suite. Depuis, la photo a été retirée du site EELV et Douchka a fait savoir qu’elle s’opposait à ce que je sois son suppléant. Or, la Commission permanente électorale réunie hier soir aurait validé ma suppléance, donc je ne sais pas du tout ce qu’il en est. J’espère encore les convaincre d’utiliser l’affiche pour la campagne.

« Défense des animaux, autodétermination de genre, droits des minorités » est votre credo. En quoi la liberté de se prostituer est-elle un combat écologiste ?

Je ne parle pas de “liberté de se prostituer” mais plutôt d’amélioration de nos conditions de travail dans un contexte décriminalisé et d’autodétermination. L’écologie politique est un ensemble idéologique qui regroupe de nombreuses luttes qui s’articulent entre elles. Les droits des minorités et le féminisme en sont une composante essentielle. Être écologiste c’est a priori tenter de trouver des solutions humaines respectueuses des individus aux problèmes sociaux et sociétaux plutôt que des solutions policières, carcérales et paternalistes. Mon combat pour les droits des travailleurSEs du sexe m’apparaît donc comme parfaitement logique d’un point de vue écologiste.

Quelles sont vos références idéologiques ? Situez-vous votre lutte dans la continuité du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire et des Gazolines ? 

J’ai en effet beaucoup de respect et d’admiration pour les luttes des années 1970, pas seulement homosexuelles et féministes, et je m’inspire de toutes les luttes des minorités en général, (minorités au sens deleuzien, et pas seulement numériques) car les positions en marges permettent souvent un prisme d’observation plus pertinent, en particulier lorsqu’on souhaite combattre les rapports de domination, qui à mon sens, sont une des causes centrales du fonctionnement productiviste et capitaliste de notre société moderne. Sans système patriarcal reposant sur l’extorsion du travail dit de reproduction sociale des femmes, il aurait été impossible de développer une économie capitaliste reposant sur le travail dit productif des hommes.

Questionner les rapports de genre, notamment dans les systèmes économiques, me parait donc une évidence lorsqu’on touche par exemple aux causes des catastrophes environnementales liées au productivisme, et à l’accumulation des richesses. Les gazolines utilisaient comme moi le travestissement comme arme politique. Je trouve dommage qu’avec le mariage pour tous la communauté “LGBT” ait rétréci son agenda politique. Les possibilités d’expression de genre me semblent moins fortes qu’il y a quelques années et je pense que cette homonormalisation est liée à des choix politique axés uniquement sur l’égalité des droits.

Sans adopter votre phraséologie,Causeur avait lancé la pétition des 343 salauds il y a quelques années pour protester contre la pénalisation de la prostitution. Bien mal nous en avait pris : certaines féministes, notamment à gauche, contestent qu’on puisse faire de son corps une marchandise, fût-ce de son plein gré. Ont-elles entièrement tort? 

La prostitution est un travail, pas comme un autre, mais un travail digne et noble qu’il faut respecter. Tout travail est aliénant donc je suis d’accord pour ne pas parler de liberté dans le travail. Sauf que la gauche est toujours imprégnée de principes religieux issus de la mythologie chrétienne, notamment le concept de Paul de Tarse concernant l’indisponibilité de son corps. Cela a été gauchisé en “marchandisation du corps” depuis environ quinze ans, alors que les premiers marxistes parlaient d’exploitation du travail et n’étaient pas sur le corps.

Je ne considère pas mon corps comme une marchandise et je ne vois pas pourquoi il y aurait d’un côté des vrais travailleurs qui vendent leur force de travail et de l’autre des putes qui ne seraient qu’un lumpenprolétariat ne sachant pas prendre des décisions pour vivre ou survivre. C’est selon moi du mépris de classe et du sexisme. La gauche n’a pas de problème pour taper sur les musulmans lorsqu’il s’agit de défendre la laïcité mais subventionne en millions d’euros des associations catholiques pour organiser la réinsertion des putes en France, donc je trouve ça très hypocrite de leur part. Si nous ne payons pas des cotisations sociales et impôts nous sommes condamnéEs pour travail dissimulé donc c’est bien un travail quand ça arrange l’Etat.

  1. Militant EELV et travailleur du sexe, Thierry Schaffauser est un militant pro-prostitution au sein du Strass.

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    • 14 Mai 2017 à 16h48

      Renaud42 dit

      “La prostitution est un travail digne et noble”.
      Cette formule résume admirablement la barbarie de notre époque où la conjonction de opposés se réalise par la pensée au lieu que ce soit par l’Esprit.
      Quand tout se vaut dans la transcendance de l’Esprit cela donne un sens à ce qui est dans le monde mais quand tout se vaut dans le monde monde plus rien n’a de sens et seule l’agitation peut encore donner l’illusion de la vie.

    • 13 Mai 2017 à 23h27

      Eyes dit

      Si vous chercher les solutions il y en a pas la nature humaine n’a pas de limites et restera sans solution.
      L’argent et la tache du buvard ????????

    • 13 Mai 2017 à 23h25

      Eyes dit

      Si vous chercher les solutions il y en a pas la nature humaine n’a pas de limites et restera sans solution.
      L’argent et la tache du buvard ????????

    • 13 Mai 2017 à 21h02

      Robinson dit

      Le code du travail, pourtant plantureux, ni l’arsenal des conventions collectives, n’évoquent ce travail digne et noble ; il ressort plutôt du code pénal ; après le mariage homo, l’adultère homo (même mercenaire) ne devrait-il pas être permis ?

    • 13 Mai 2017 à 13h01

      Habemousse dit

      Je n’ai ni inventé la roue ni le fil à couper le beurre, je mourrais sans avoir compris un maximum de choses dont l’essentiel, mais tout de même, quelle est le rapport entre le cul et l’écologie ?

      Parce que, depuis que ces derniers militent au grand jour, on entend plus parler de sexe que d’éolienne ou encore de Monsanto.

      Je pensais que l’écologie avait un avenir : si celui-ci s’arrête à la ceinture, ses membres nous berlurent depuis le début.

      Mais on s’en doutait un peu. 

      • 14 Mai 2017 à 20h22

        adadaf dit

        Je dirai même plus : ses membres vigoureux

    • 12 Mai 2017 à 19h07

      adadaf dit

      C’est noble de se prendre des bites dans le cul ?

      • 12 Mai 2017 à 19h35

        Kebra dit

        Pas moins noble que de se prendre des bites dans la chatte…

        Et puis oui, la prostitution devrait être un travail digne et noble car c’est avant tout la perversion du regard que l’on pose sur cette profession certes particulière qui la rends sale.

      • 13 Mai 2017 à 11h04

        Hannibal-lecteur dit

        C’est surtout une question qui devrait rester celle que chacun peut se poser dans son cadre particulier et y répondre à sa façon à lui sans se soucier des avis des autres: un des plus grands philosophes de notre époque l’a dit avec justesse : chacun fait ce qu’il veut avec son cul : Thierry Le Luron.

    • 12 Mai 2017 à 18h31

      Geraldine dit

      Seul le capitalisme, dit de droite pourrait régler le difficile problème de survie des prostituées… en autorisant l’ouverture de sex-center… tout simplement ! 

      Mais à droite trop d’hypocrisie sur le sexe… Les français trop coincés avec leur problème de nudité… et fausse pudeur.

      Et ici des intellectuels pas pris au sérieux qui ont un discours super pointu, au milieu de leur faune LGBT aux adhérents illettrés et incultes… emprunt d’un égoïsme maladif qui se refuse à toute solidarité…

      Seul le fric et son gain de rentabilité donne de l’ordre au désordre….  

      • 13 Mai 2017 à 11h14

        Hannibal-lecteur dit

        Voilà un avis très sensé. 
        Le problème principal tient surtout au fait que nombreux sont ceux qui veulent imposer leur morale à autrui. Je les considère comme les pires dictateurs possibles. Leur indécence à mes yeux, à prétendre se mêler de l’intimité d’autrui est pire, parce que morale, que quelqu’agissement que ce soit, pourvu qu’il soit entouré de la discrétion nécessaire pour ne pas choquer autrui. 

    • 12 Mai 2017 à 16h39

      castor27 dit

      J’ai eu peur, j’ai cru que l’article parlait des politiques…quoi que…

    • 12 Mai 2017 à 15h03

      Prince Murat dit

      La chanteuse (ou la cantatrice) gagne sa vie avec son larynx, la prostituée avec son vagin : pouvez-vous me dire quelle est la différence, si vous refusez de vous laisser obnubiler les tabous stupides de votre religion favorite ?

      • 12 Mai 2017 à 16h09

        accenteur dit

        La chanteuse peut recevoir des tomates, des œufs, des tartes, des fleurs, des compliments, des bis, la prostituée des sous, coups. La 1° a plus de réceptions variées.

        • 12 Mai 2017 à 16h09

          accenteur dit

          correction, des sous, des coups.

      • 12 Mai 2017 à 17h04

        accenteur dit

        Autre différence le larynx peut faire varier à l’infini les sons,d mais le vagin reste un con. On reconnait une cantatrice à la première note, mais le vagin reste un trou anonyme. Mais vous avez raison avec un con et trou anonyme, on peut largement gagné sa vie. D’autant qu’on peut casse sa voix, mais on ne peut pas casser son con, un concasse, ça n’existe pas.

        • 12 Mai 2017 à 17h35

          Prince Murat dit

          Effectivement, le larynx est un organe beaucoup plus fragile que le vagin !

      • 12 Mai 2017 à 17h38

        Prince Murat dit

        Vous me semblez surtout parler des prostituées de façon très théorique !
        Moi qui les ai beaucoup fréquentées, surtout en Asie et en Afrique, j’ai ressenti beaucoup plus d’humanité auprès de ces femmes ”vénales”, que chez les ”honorables” européennes… J’ai, aussi, divorcé deux fois !

        La vraie prostitution, c’est le ”mariage bourgeois”, la ”famille chrétienne” !
        La femme y négocie son désir d’enfants et la nécessité d’un soutien matériel pour les élever, en échange de la satisfaction des appétits sexuels de l’homme.

        Comme le disait la reine Victoria, la femme accepte les relations sexuelles pour pouvoir avoir des enfants. L’homme accepte les enfants pour pouvoir baiser !

        • 12 Mai 2017 à 17h57

          accenteur dit

          Prince Murat
          Oui l’intérêt, la survie priment partout. Bourgeoise, prostituée = mâles exploités.
          Mais Prince, vos remarques sont vieilles comme mes robes. Et j’en sais quelques chose, parfois, en pantalon, je me demande si je ne suis pas travestie, moi aussi.

    • 12 Mai 2017 à 13h53

      Brice Briselances dit

      Je ne voudrais pas me donner des airs d’avant-garde sur le front des luttes pour les nouvelles avancées sociétales en plaidant pour la libération des mœurs zoophiles, mais à mon goût le bouledogue est le plus mignon des trois. Par ailleurs, qui pourrait me dire lequel des deux autres est le travelo ?

    • 12 Mai 2017 à 13h12

      David Dom 972 dit

      “La prostitution est un travail, pas comme un autre, mais un travail digne et noble qu’il faut respecter” ???
      Nous sommes sérieux là ??? Cet homme est vraiment inquiétant dans son idéologie, et dans ses raisonnements. Si nous retrouvons dirigés par des hommes de cet acabit, et bien, il ne nous reste plus qu’à pleurer. Tous ceux qui font la promotion de l’homosexualité, de la pornographie, de la prostitution, sont vraiment à plaindre. Il ne peut y avoir aucune fierté à défendre ces dérives et ces perversions sexuelles. Un examen de soi-même suivie d’une thérapie devient plus qu’urgente pour ces individus. L’addiction au sexe, est à traiter comme celle liée aux drogues ou à l’alcool.

      • 13 Mai 2017 à 11h18

        Hannibal-lecteur dit

        Le vice de votre raisonnement se révèle dans votre vocabulaire: vous dites ” addiction” et toute addiction peut devenir néfaste en effet. Mais un usage modéré reste toujours bon.

    • 12 Mai 2017 à 11h55

      Terminator dit

      Il a raison : il faut abroger la loi Marthe Richard et rouvrir les bobinards de grand-papa, qu’on se remette à rigoler un peu dans cette France devenue tristounette à force de restrictions et d’interdits hypocrites quand le porno fait rage sur Internet…

    • 12 Mai 2017 à 11h08

      jcm dit

      le féminisme occidental contemporain est une récupération de la france moisie, le féminisme et ses revendications économiques ont cédé le pas depuis longtemps au baratin sur la sexualité masculine condamnable.
      Un gay authentique ne peut aujourd’hui être qu’anti-féministe.
      Dès qu’elles voient un bite les rombières hurlent, mais pour ce qui est de dénoncer l’islam, ya plus personne.
      Les écolos , les femen : des réacs qui s’ignorent….

      Un travailleur du sexe qui milite avec Duflot , ça me fait un peu rire.

    • 12 Mai 2017 à 10h04

      Villars71 dit

      On dirait une photo de Charlie Hebdo du temps du professeur Choron et de Reiser.

    • 11 Mai 2017 à 23h56

      lustucru dit

      La prostitution vénale ne représente pas 5% de toute la prostitution qui n’étant pas choisie , mais le seul moyen pour survivre, est de l’esclavage. Quant à faire commerce de cette activité au lieu qu’elle soit libre des deux côtés, s’apparente à du viol. Cette question de la respectabilité de la prostitution, ne remonte à la surface que parce que le capitalisme pourrit tous les rapports de travail, qui, du coup, perd son sens: l’homme doit travailler, parce que les conditions de sa survie, à l’état naturel, exigent un grand effort. Nous avons été soufflés de voir le banquier Maquereau ou Macron, traiter Marine Le Pen qui portait la voix du peuple
      qui, lui, doit travailler pour survivre, de parasite de tout ce qui ne marche pas ou plus…ce qui est un aveu d’échec personnel en politique.Il est si impossible de justifier l’activité rémunérée d’utile au groupe, dans bien des cas, aujourd’hui, que la prostitution qui ne sert qu’à celui qui paye, peut aussi passer pour du travail. Le capitalisme est précisément le système qui, au lieu de brancher l’effort sur la satisfaction des besoins universels, l’a connecté aux désirs illimités en asservissant la multitude, et en enrichissant à l’infini, une minorité. Le capitalisme révèle le peu d’affinité de l’être humain pour la liberté, et l’incommensurabilité de sa bêtise qui vont jusqu’à menacer sa survie. Le capitalisme révèle une étrange affinité de l’espèce pour sa propre mort….d’où l’importance des travaux de Freud sur l’inconscient.