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Thierry Jonquet rattrapé par le Moloch

Rouge, c’est la vie, et parfois noire aussi

Publié le 12 août 2009 à 10:37 dans Culture

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Il semblerait que les auteurs de romans noirs meurent jeunes, ces temps-ci et notamment ceux pratiquant la littérature de combat. Après ADG, après Fajardie, c’est au tour de Thierry Jonquet, à 55 ans, de se faire rattraper par le Moloch, cette monstrueuse figure qui avait donné son titre à l’un de ses plus grands romans.
Moloch, comme le dieu cruel qui réclame des sacrifices humains à l’image de nos sociétés de marché que Jonquet, militant pendant de longues années à “Lutte ouvrière” puis à la “Ligue”, avant qu’elle ne devienne le NPA, cette annexe médiatique de la contestation boboïsée, avait décidé d’explorer avec cette froideur méthodique et discrètement désespérée qui fait les grands écrivains réalistes.

Pour en savoir plus sur l’engagement politique tel que le concevait Jonquet, on pourra lire le beau roman d’apprentissage, Rouge, c’est la vie qu’il a consacré à cette période où la fraternité révolutionnaire était une fête qui sentait bon la clandestinité, l’amitié et l’espoir. Son antistalinisme un rien rabique1 de trotskyste l’amena aussi, au début de sa carrière de romancier, sous le pseudonyme de Ramon Mercader, à écrire Du passé faisons table rase, un roman à clef sur la résistible ascension d’un secrétaire général du PCF et qui se révèle un passionnant whodunit dans les travées du comité central.

Mais l’essentiel de l’œuvre de Jonquet est ailleurs. Ayant travaillé pendant des années comme ergothérapeute en gériatrie et en psychiatrie avant de devenir instituteur spécialisé, il a exploré in vivo les détresses, les folies et les pathologies meurtrières et apporté des thèmes tout à fait nouveaux au roman noir, par exemple avec Mygale où un père venge sa fille violée en séquestrant le coupable et en le transformant en femme par des injections d’hormones, ou encore dans La belle et la bête, réécriture achélémienne du conte de Perrault avec un inoubliable personnage de vieux conservant ses ordures dans son appartement2.

Cette manière de jouer avec le réalisme fantastique trouvera son sommet dans Ad vitam aeternam, un de ses premiers gros succès de librairie. Thierry Jonquet savait néanmoins parfaitement maîtriser les codes du genre et son diptyque, Les Orpailleurs suivi de Moloch, où l’on retrouve les mêmes personnages de flics et de juges, forme une saga unanimiste, à la Mc Bain, qui restera une référence quand on voudra se documenter sur la France des années 1990. De même, Thierry Jonquet est-il, à notre connaissance, le seul écrivain dans Mon vieux à avoir abordé la canicule de 2003 pour ce qu’elle était réellement : le fiasco d’un Etat-providence mis à genoux doublé d’un phénomène pré-apocalyptique.

Thierry Jonquet savait que le métier d’auteur noir comporte des risques, notamment celui de choquer les bonnes consciences en apportant de mauvaises nouvelles, simplement parce qu’on décrit ce qui se passe, ce qui se passe vraiment. Ainsi, n’ayant jamais sombré dans le polar de divertissement anxiolytique ou le catéchisme de la gauche tendance angélique, il avait publié un roman dont le titre emprunté à un vers de Victor Hugo, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte3 décrivait le quotidien d’une enseignante débutante dans une zone sensible en proie aux pulsions communautaristes.

Ecrire que les opprimés pouvaient se conduire comme des salauds, voilà qui n’a évidemment pas plu à tout le monde. Pour certains, Karl Marx n’est qu’un barbu altermondialiste sympa grâce auquel on fait des beaux T-shirts, pour d’autres, comme Jonquet – et nous-mêmes –, la leçon de “La lutte des classes en France” n’est pas de celles qu’on n’oublie : oui, c’est bien le lumpenprolétarariat marionnettisé par les dominants qui a noyé dans le sang la tentative de révolution ouvrière en juin 1848.

Jonquet a su faire preuve du même refus du simplisme sur un autre dossier plus que chaud (mais est-ce vraiment un autre dossier…), le conflit israélo-arabe. Là encore, il a désespéré nombre de ses anciens camarades, ceux pour qui l’ostension d’un keffieh tient lieu d’analyse globale. Et quand, notamment aux côtés de “La Paix Maintenant”, il militait pour une paix juste au Proche Orient, c’est bel est bien d’une vraie paix, donc vraiment juste pour les deux camps qu’il parlait. Sa première prise de conscience politique lui est venue en découvrant la Shoah : il en parlera très explicitement dans les Orpailleurs mais de fait il en parlera toujours.

Ce devoir de déplaire, voire de tirer contre son propre camp dans une tradition toute bernanosienne, Jonquet l’avait assumé jusqu’au bout. C’est pour cela qu’il lui arrivera ce qui arrive assez peu souvent aux écrivains «de genre» ou aux écrivains tout court, d’ailleurs : être relus.


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  1. Nobody is perfect.
  2. Pour l’anecdote, ce roman eut en son temps l’honneur de porter le numéro 2000 de la Série Noire.
  3. Qui lui valut en 2007 la médaille d’honneur de la LICRA.
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  • 13 August 2009 à 11h02

    MLF dit

    Bonjour

    @Zadig
    Votre lien ne marche pas, de quoi s’agit il?
    @la borie,
    j’avais lu ce très bon article, vous pouvez le commenter?

    Deprisa, deprisa qui pourrait être traduit par “Fissa, fissa”, est un film que beaucoup ont certainement adoré, sorti en 1981.
    Saura Carlos avait su filmer cette jeunesse et cette délinquance, de son pays.
    Qui s’en souvient?.
    Nous étions jeunes et “tolérants”.
    De vrais acteurs-délinquants, arrêtés en plein tournage.

    Que s’est-il passé de “Les boucs” de Driss Chraïbi (1976) à Jonquet “Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte” (2006)?.
    Trente ans, un âge pour mourir (Goupil).

  • 13 August 2009 à 10h16

    la borie dit

    Cette tête de con de de facto veut faire entrer “La Banlieue” dans la littérature et le polar en particulier mais l’enflure elle n’en est jamais sortie, la banlieue, depuis Victor Hugo….ou A.D.G dans le Berry…..

    Erik Neveu en dit bien plus long et bien mieux dans cet article …..

    http://www.mouvements.info/La-banlieue-dans-le-neo-polar.html

  • 13 August 2009 à 10h09

    Têtuniçois dit

    Après le MPF et le CPNT , le NPA va adhérer à l’UMP .
    Le NPA est l’idiot utile de l’ump .
    Si le NPA a un trou dans sa caisse , l’umpmedf se fera un plaisir de combler le déficit .
    Pendant ce temps la droite française continue à creuser la dette de la France dans l’indifférence des petits réacs de droite …
    La facture sera pour plus tard , quand sarkozy sera à la retraite .
    Sarkozy c’est le MADOFF français .

  • 13 August 2009 à 3h58

    Zadig dit

    Consommez 0% antisémite avec les produits “Finkie”:
    http://www.youtube.com/watch?v=rmzPrGIkY6g

  • 13 August 2009 à 1h24

    MLF dit

    @Eden
    Je peux vous parler, après tout vous êtes un être humain.
    Mes gosses n’entendent pas de haine, il faut que vous le sachiez, et aucune parole qui blesse ce pays et ce peuple, ne peuvent être dites de ma bouche.
    Cette nuance vous ne la percevez pas.
    Ils ont la “haine”, je veux dire qu’ils ne peuvent vous entendre, et le langage des sarkos-identitaires-décadents, de leur leur rêve d’adolescents…ils ont grandi trop tôt, vous leur avez volé l’innocence.
    Et ils sont colorés Eden, des enfants de gauchistes qui aiment leur pays plus que vous.
    Ils ont une peur de l’avenir que je n’ai pas connu, et ils partagent cela avec leurs amis, jeunes de 20 ans.
    La burqa, ils se marrent, ils ne la voient pas, le racisme les fait rire, vos fantasmes d’islamisation de la France, ils ne savent pas de quoi vous parler.
    Ils ont un sens de la vie que vous ne pouvez imaginer.
    De joyeux lurons, qui s’amusent et ignorent vos délires.
    J’en suis heureuse pour eux.
    Ils grandiront loin de vous.
    Voilà, Eden, ne m’agressez plus s’il vous plait.

  • 13 August 2009 à 1h11

    Eden dit

    Oh putain pas toi de facto !
    Tu vas me vexer ! Je commençais à en pincer pour toi. J’vois que tu sais lire et que tu viens coller à mon derche sur mon site à moi et mes potes…
    Tu mets des doutes à mon amour ?
    Cruel virtuel ! O monde pourrave du web qui me balance des nases au lieu de l’aimé ?

    Trèvons la plaisanterie. Je me fous que tu dénigres bivouac. Parle de notre site, ça me va ! lol

  • 13 August 2009 à 1h02

    De Facto dit

    Eden/Nina, lis Jonquet, tu causeras plus tard, récupératrice obsessionnelle et raciste. On te lit, bien sûr, pour savoir le degré de débilité que les pyromanes peuvent atteindre dans ce pays. Je n’ose même plus émettre un jugement sur ces connards d’intégristes musulmans de peur de passer pour un dingue de Bivouac. Tu vois, tu es dans la contre-performance totale. Abrutie.

  • 13 August 2009 à 0h54

    Saul dit

    MLF :
    ça n’ a rien à voir ( quoique, mon angliche is poor mais on peut y voir un lien )
    pour vous

    http://www.musicme.com/Sufjan-Stevens/titres/The-Avalanche-t1022585.html

    ( j’ ai découvert cet artiste y a quelque temps et c’ est….)

    bonne nuit et très cordialement

  • 13 August 2009 à 0h51

    Eden dit

    hallucinantes c’est mieux.

    Tu n’aides pas tes gosses qui ont la rage : tu cautionnes une rage qui n’a pas lieu de s’exercer contre la France et les Français.

    Ces petits cons qui mettent le feu partout alors qu’ils sont déjà en tort commencent à nous les briser.

    Mais qu’ils se trouvent des vieux et des vieilles gauchistes en mal de FLN pour en plus les absoudre, je dis merde !

  • 13 August 2009 à 0h46

    MLF dit

    @Saul

    Je comprends ce que vous voulez dire.
    Je sais que les choses ont beaucoup changé.Tout est plus difficile par rapport à avant.Je ne permettrais pas de vous contredire sur vos expériences ni sur votre vécu.
    La seule chose qui nous différencie, j’ai un contact permanent avec les “beurs et les beurettes et aussi les blédadrs”.(je mets tout cela entre guillemets).
    Mes enfants me permettent d’avoir un regard sur cette jeunesse que nous avons du mal à comprendre et que nous jugeons avec nos années “nostalgie”.
    Ils ont eu affaire à la BAC et me racontent des choses allucinantes.
    Je ne veux pas dire qu’ils sont impliqués dans des violences(qui existent).
    Des enfants qui travaillent très bien à l’école, de bons étudiants qui vivent chez eux, fréquentent tout le monde, des bandes colorées, des garçons et des filles assez représentatifs de leur génération.
    Et les faits divers ne nous causent pas.
    Ce sont des faits divers, que notre quotidien rencontre peu.
    Je ne vis pas en région parisienne.L’effet zoom, est loin de notre vie et la téloche nous la boudons, nous nous portons assez bien sans elle.

    Je suis sidérée parfois quand j’entends parler de ces choses que je rencontre très très rarement.
    Voilà Saul mais je sais que mes enfants ont plus la haine que moi, il y a 30 ans.
    J’essaie de comprendre pourquoi et d’écouter cette jeunesse.

  • 13 August 2009 à 0h44

    Eden dit

    tsss de facto !
    Tu sais qui je suis non ?
    Vas donc jeter un oeil sur le site de T. Jonquet, tu m’y reconnaîtras. (yep ! gagné Nina)
    C’est moi qui ai signé l’article que tu as dévoré sur bivouac !
    Eh oui…Nina lit !
    Mais je rigole surtout, car toi et l’autre cinglée, vous nous lisez ! mdr !!!

  • 13 August 2009 à 0h15

    Saul dit

    MLF :
    “C’est en partie faux.”
    mais sans doute est ce aussi en partie vraie…
    mais je ne saurais vraiment dire concernant Joncquet, je n’ ai pas lu ce livre, juste 3 romans de lui. Leroy dit que dans celui là il expose les haines communautaires, la montée du communautarisme.
    vous dites ( si j’ ai bien compris ) que ce n’ est pas le cas. mais peut etre que cette distanciation qui est la sienne, ce “dehors de la banlieue” ( pas mal : ) )bien qu’ il y ait travaillé lui donne, j’ allais dire une objectivité mais le mot exact serait lucidité, car moins impliqué émotionnellement.
    perso, j’ ai un peu cette sensation, le quartier où j’ ai vécu une partie de ma jeunesse ( qui n’ est pas en banlieue et est assez tranquille), je ne le reconnais plus. un peu de violence comme partout, mais surtout cette barrière qui n’ existait pas avant. on se cotoie sans se voir.
    ( au fait avec laquelle de vous 3 je devise ? la grand mère musulmane communiste ? )

  • 13 August 2009 à 0h10

    De Facto dit

    Vous feriez mieux de lire Jonquet plutôt que de vous tripoter la nouille sur les sites ethnodifferentialistes analphabètes genre Bivouac ID et faire le gentil modéré sur Causeur.

  • 12 August 2009 à 23h58

    Rotil dit

    Scarlati, Prokofiev et Mendelssohn ce soir!

    J’ai mis les liens en accueil…

  • 12 August 2009 à 23h30

    MLF dit

    @De Facto

    Peut-être que j’exagère un peu, et suis assez sévère involontairement.
    Mais la littérature et la banlieue est une vieille histoire.
    Jonquet est certes une référence.
    Voici un lien sur le sujet.
    On oublie souvent les auteurs maghrébins ou d’origine maghrébine depuis les années cinquante ou peut-être même avant.
    Vous avez là, une bibliographie qui rappelle cette littérature.
    Une question: voyez vous une différence entre ces deux types de littérature?.
    http://www.scribd.com/doc/17004617/Litterature-et-banlieue

    Il y a aussi un ouvrage sur le sujet de Christiane Achour.

    Pas de polémique mais “creuser” un peu le sujet, un de mes pires défauts.

    Bien à vous.

  • 12 August 2009 à 23h16

    De Facto dit

    Bien sévère, MLF, c’est quand même le néo-polar(le bon) qui a fait entrer la banlieue dans la littérature et a posé dès la fin des années 70 les problèmes d’aujourd’hui (et pas seulement l’islamisme à quoi réduit tout l’imbécile Rotil qui comme ses imbéciles amis de Bivouac pleurent sur Jonquet alors qu’ils ne savaient pas qui c’était il a trois jours, ces têtes de morts)

  • 12 August 2009 à 23h07

    MLF dit

    à ses révoltes, ses exactions
    pardon “à ces révoltes et à ces….

  • 12 August 2009 à 23h04

    MLF dit

    Si vous permettez Saul(j’ai un peu bouquiné ce soir), il y a un point que j’aimerais aborder avec vous:ce que l’on fait dire à Jonquet – l’a t-il signifié?-, que, l’on ne comprend pas bien pourquoi,quelques gauchistes tentent de donner du sens à ses révoltes, ses exactions et cette “radicalité” dans la banlieue, face à la police et les discriminations que personne ne peut nier.
    C’est ce qui ressort de l’entretien dont je vous ai parlé et qui sera assez bien exploité par le journaliste.
    Opposant Roman Joël à Jonquet Thierry.
    Le premier décrivant des faits, le second les justifiant.
    Et cela est un peu vicieux.

    Puis dans le néo polar et la banlieue, il y a un imaginaire qui n’est pas fidèle du tout à la vie de ceux qui y vivent.
    On a l’impression que l’on rapporte les clichés les plus médiatisés qui font la Une du journal télévisé.
    On est assez loin du roman populaire des années 60 et 70.
    Vous allez me répondre que les choses ont changées.
    C’est en partie faux.
    Parce que dans le roman parler de “père éboueur à cinq épouses” et tous les clichés sur la sous-culture en banlieue me semble loin du réel.
    Mais encore une fois, vous allez me dire, mais un romancier ne parle pas de réel mais de fiction.
    Et qu’il peut se permettre d’y mettre ce qu’il veut.
    Le lecteur auquel s’adresse le livre semble reconnaître une réalité décrite à la télé et dans certains journaux.

    C’est écrit avec beaucoup de cynisme social, mais pour l’auteur,comme le titre l’indique(Hugo?non): il y a “Ils et Vous”.
    Il sont…vous êtes.
    Alors que l’auteur du poème dont est tiré le titre, me semble dans une posture toute différente.

    C’est écrit un peu du “dehors de la banlieue”, bien qu’il ait travaillé auprès de ces enfants.
    Une distanciation claire.

  • 12 August 2009 à 22h59

    Rotil dit

    De Facto,

    Pleurez, pleurez, si ça vous chante !

    Qui vous dit que je suis de droite ?

  • 12 August 2009 à 22h32

    Saul dit

    MLF, je prends les réferences et je le regarderai..
    pour le silence, peut etre que Joncquet a montré son pessimisme. je crois que c’ est dans votre lien qu’ il dit qu’ il n’ y a sans doute plus de solutions à cette situation, que c’ est trop tard.