Théorie du genre: le pas de clerc du pape François? | Causeur

Théorie du genre: le pas de clerc du pape François?

En refusant la langue de buis, on prend le risque des polémiques

Auteur

René Poujol
est journaliste, ancien directeur de la rédaction de Pèlerin.

Publié le 12 octobre 2016 / Politique

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gender theory

Image: pixabay

Les papes devraient se méfier des «petites phrases» livrées, comme ça, aux journalistes, dans les avions qui les ramènent de voyages à l’étranger. Surtout à l’ère de twitter et des réseaux sociaux. On se souvient du tollé mondial provoqué, en mars 2009, par les propos de Benoît XVI de retour d’Afrique, expliquant à propos du Sida : «on ne peut le résoudre en distribuant des préservatifs. Au contraire, ils augmentent le problème.»1. Patatras, voilà que le pape François tombe dans le même piège. Interpelé le 1e octobre par une mère de famille, dans une église de Tbilissi sur la théorie du genre, il avait répondu y voir «un grand ennemi du mariage.» Dans l‘avion du retour, pressé par les journalistes de faire l’exégèse de ses propos, il pense éclairer son auditoire en citant l’exemple d’un père de famille français rapportant qu’on enseignait la théorie du genre à son jeune garçon, dans un livre scolaire. Et voilà l’hexagone en émoi et la ministre de l’éducation en donneuse de… leçon ! C’est le moins !

Dénoncer des inégalités hommes-femmes injustifiées

Je me garderai bien d’entrer dans la controverse qui, depuis, agite les réseaux sociaux. Je n’ai aucune compétence pour trancher le fait de savoir si théorie du genre il y a ou s’il faut plutôt parler d’études de genre. En revanche, il m’importe de tenter d’y voir plus clair dans ce dialogue de sourds où la société et l’Eglise semblent avoir un message à faire passer l’une à l’autre… sans y parvenir ! Que la notion de genre ne prétende pas se substituer à celle d’identité sexuée, voilà qui est à peu près généralement admis aujourd’hui. Il n’en a pas toujours été ainsi2.  On naît bien, sauf à de très rares exceptions, homme ou femme, même si pour certains se pose la question de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Ce qui peut les conduire à se ressentir et se vivre autrement.

Pour l’essentiel, les études de genre se sont attachées à déconstruire les stéréotypes traditionnellement liés, dans nos sociétés, aux sexes masculin et féminin. Qu’ils s’agisse des préférences en matière de jeux pour les enfants, des études pour les jeunes ou des professions pour les adultes. Mais plus profondément elles entendent dénoncer les inégalités hommes-femmes fondées précisément, et souvent sans réelle raison, sur la différence des sexes.

L’Eglise concernée par la question des femmes dans l’institution

C’est là une critique qui n’épargne pas l’Eglise catholique où les ministères ordonnés (évêque, prêtre, diacre…) sont réservés aux seuls hommes alors même que de plus en plus de femmes y exercent des responsabilités importantes, souvent au terme de formations théologiques diplômantes. On connaît les arguments doctrinaux opposés. Il n’y a pas lieu d’en débattre ici, même s’ils sont loin d’être reçus aujourd’hui de manière unanime, y compris parmi les théologiens. Pour autant la question de la place des femmes dans l’Eglise et de leur accès à certains ministères ordonnés, est désormais posée de l’intérieur même de l’institution.

Dans un ouvrage récent3 l’historienne italienne Lucetta Scaraffia, éditorialiste à l’Osservatore romano, quotidien officiel du Vatican, dénonce l’état de sujétion dans lequel les femmes sont tenues. Faisant un retour sur l’Histoire de l’Eglise, elle souligne qu’autour de l’an 1000, Hildegarde de Bingen prêchait dans la cathédrale de Cologne sans que personne s’en émeuve et qu’au XIVème siècle, Catherine de Sienne s’exprimait librement devant les évêques réunis en synode.

Le pape François sait tout cela. Tout en réaffirmant que «Le sacerdoce réservé aux hommes (…) est une question qui ne se discute pas», il reconnait qu’il peut néanmoins «devenir un motif de conflit particulier si on identifie trop la puissance sacramentelle avec le pouvoir.»4 Or, dans nos pays occidentaux de vieille chrétienté, aujourd’hui sécularisés, le clergé catholique, socialement déclassé, est surchargé de travail et mal rémunéré. Peut-on, en plus, remettre en cause le «pouvoir» traditionnellement attaché à la fonction qui serait désormais à partager avec les laïcs et majoritairement avec des femmes ? On imagine mal les évêques, confrontés à un cruel manque de prêtres, le leur imposer, quoi qu’ils en pensent sur le fond et quel que soit le souhait du pape François. Sauf que la question soulevée ne disparaîtra pas comme par magie.

Une pomme de discorde entre l’Eglise et la société

Sans doute est-ce là l’une des raisons de l’hostilité de l’Eglise à une «théorie du genre» qu’elle perçoit comme une menace pour son organisation interne. Mais il y a plus fondamental. La doctrine catholique reste farouchement attachée à une anthropologie biblique fondée sur la différenciation sexuelle dans laquelle elle voit la volonté même du Dieu créateur. C’est cette anthropologie qui, pour elle, justifie le mariage hétérosexuel comme structurant de toute société. Dans son exhortation apostolique sur la famille, le pape François réaffirme que le seul modèle familial utile à la société est celui qui repose sur le mariage hétérosexuel, indissoluble et fécond. «Aucune union précaire ou excluant la procréation n’assure l’avenir de la société.»5

Il y a donc bien là une pomme de discorde réelle entre l’Eglise et le monde. La révolution pastorale à laquelle invite le pape François, par l’accueil miséricordieux de chacun  -couples non-mariés, divorcés remariés, homosexuels…- ne saurait ébranler la doctrine catholique. Le mariage gay ne peut pas être présenté comme «un modèle parmi d’autres» à proposer à la jeunesse. Or c’est précisément l’opinion qui tend à s’installer au fur et à mesure que la loi Taubira entre dans les mœurs. Et cela n’est pas sans conséquence sur notre système éducatif. Le respect de la différence n’est pas ici en cause. On sait le drame vécu par nombre de jeunes homosexuels qui, par peur du rejet familial ou social, en viennent à envisager le suicide voire, parfois, à passer à l’acte .

Plutôt la polémique que le débat

Le risque est qu’au motif de respecter l’enfant et son ressenti on ne le fige artificiellement dans une identité peut-être provisoire, un «genre» dont, nous dit-on, il pourra de toute manière changer au cours de sa vie s’il le souhaite. Mais à quel prix pour son équilibre psychologique, affectif et relationnel ? Est-on à ce point assuré que ce soit là la voie du bonheur ? L’Eglise n’aurait-elle pas le droit de poser ces questions auxquelles les sciences humaines sont aujourd’hui incapables de répondre ? Est-il juste que celui qui les formule soit aussitôt soupçonné d’être sous influence des intégristes ? Est-il normal que le pape le plus antilibéral au plan économique, soit accusé de conservatisme crasse, dans certains milieux, uniquement parce que, non sans logique, il se refuse à épouser tout autant des idées libertaires ?

C’est dans cette vision globale qu’il faut replacer les propos récents du pape François dénonçant dans la théorie du genre «un grand ennemi du mariage.»

Alors, emporté par sa spontanéité naturelle, le pape François a-t-il fait là un pas de clerc, faute d’avoir mesuré l’écho que ses propos pourraient avoir dans un pays à la couenne laïque sensible ? Et cela dans un contexte politique pré-électoral et à quelques jours d’une nouvelle «manif pour tous» dont les organisateurs doivent se frotter les mains d’une telle aubaine. Chacun se fera son idée. Mais il est vrai que, ces jours derniers, beaucoup se demandaient ouvertement : «Qu’est-ce qui lui a pris ?»

La popularité du pape François tient en partie au fait qu’il ne pratique pas la langue de buis. C’est une attitude toujours risquée. Ceux qui souhaitent, comme lui, que l’Eglise sache «se faire conversation» avec le monde sont prêts à prendre le risque de ces fausses polémiques. Tout en regrettant qu’elles soient, pour certains dans la société – et pour la quasi totalité du monde des médias – une manière facile de refuser le dialogue en vérité qui leur est proposé, au service du bien commun.

  1. Quarante-huit heures plus tard, le Vatican donnait une autre version, plus nuancée, des propos du pape.
  2. Dans ses premiers écrits Judith Butler plaidait ouvertement cette thèse.
  3. Lucetta Scaraffia, Du dernier rang. Les femmes et l’Eglise. Ed. Salvator.
  4. Evangelii Gaudium, 104.
  5. Amoris Laetitia, 52.

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    • 15 Octobre 2016 à 18h09

      Tonio dit

      “la société et l’Eglise semblent avoir un message à faire passer l’une à l’autre… sans y parvenir !..”

      On sollicite là abusivement les déclarations vaticanes: le pape s’adresse d’abord aux catholiques; si d’autres, croyants ou sceptiques, veulent bien l’entendre, grand bien leur fasse, mais qu’ils n’aillent pas se choquer si ces déclarations ne coïncident pas avec leur propre opinion intime; rien ne leur permet pour cela de le critiquer, du moment qu’il s’adresse d’abord à ses ouailles et on ne voit pas pourquoi il devrait tenir autrement compte de l’opinion de tous les bipèdes d’ici-bas.

      • 16 Octobre 2016 à 0h44

        i-diogene dit

        Le message au Vatican est très clair: couché, pas bouger..!^^

    • 15 Octobre 2016 à 9h20

      IMHO dit

      Encore un mot: Bergouille raconte des couilles, et se tire sur la nouille .

    • 14 Octobre 2016 à 19h49

      IMHO dit

      Une dernière remarque: l’adjectif “libéral-libertaire” que l’on trouve dans l’article, est l’équivalent moderne en pertinence et en cohérence de “judéo-bolchévique”.
      A éviter si l’on veut éviter de paraître ringard .

      • 16 Octobre 2016 à 1h10

        Renaud42 dit

        Il n’y a pas le moindre intérêt capitaliste direct ou indirect derrière les merveilleuses émancipations comme le genre, le sexe et l’enfant à la demande?

        • 16 Octobre 2016 à 4h35

          IMHO dit

          Non, aucun .
          Pourriez-vous préciser lesquels, si vous en apercevez ?

        • 16 Octobre 2016 à 17h51

          gigda dit

          Une marchandisation des individus peut être? 

        • 16 Octobre 2016 à 21h05

          Renaud42 dit

          L’émancipation concerne les choses instituées et non les choses données. L’émancipation qui se trompe d’objet détruit les conditions de possibilités de l’existence d’un sujet. La création à la chaine de zombies pulsionnels n’émancipe que le Marché.

        • 17 Octobre 2016 à 8h38

          IMHO dit

          Donc, pas le moindre intérêt capitaliste direct ou indirect . Gigda et Renaud42 le confirme implicitement en étant incapable d’en citer un seul.
          PS marchandisation des individus ? sens ?

    • 13 Octobre 2016 à 23h33

      C. Canse dit

      Oui, bon. La grammaire arrive à quelle heure ?

    • 13 Octobre 2016 à 23h12

      Orwell dit

      Pardonnez moi, un geste malhabile de mon clavier.“Dans son exhortation apostolique sur la famille, le pape François réaffirme que le seul modèle familial utile à la société est celui qui repose sur le mariage hétérosexuel, indissoluble et fécond” (oui, est-il anormal de considérer que seul ce type de couple peut féconder ? Oh je sais bien, nous y arriverons bien à la procréation mercantile, si ce n’est par Hollande, ce sera par Juppé) “Est-il normal que le pape le plus antilibéral au plan économique, soit accusé de conservatisme crasse, dans certains milieux, uniquement parce que, non sans logique, il se refuse à épouser tout autant des idées libertaires ?” (La réponse est dans la question : les libertaires jouisseurs de 68 n’accepteront qu’un pape se pliant à leurs conceptions économiques, mais toujours ils le vomiront lorsqu’il contredira leurs dogmes égoïstes et individualismes. La morale chrétienne est totalement étrangère à l’idéologie de la nouvelle gauche totalitaire qui prétend libérer l’individu afin de mieux l’asservir. “Tout en regrettant qu’elles soient, pour certains dans la société – et pour la quasi totalité du monde des médias – une manière facile de refuser le dialogue en vérité qui leur est proposé” (Si vous n’avez pas encore compris que cette société factice élaborée par des Serge July et des EdWY Plenel est hostile à tout dialogue avec ce qui lui est différent, vous êtes le champion de la candeur !)

      • 15 Octobre 2016 à 4h49

        i-diogene dit

        Tss Tss Tsss..:

        - personne n’ empêche les chrétiens de se cantonner au précepts de leur pape ou de leur bible..

        - de quel droit voudrait-il contraindre toute la société à se soumettre à son dogme..?

        - idem pour les musulmans et leur coran, ou toute autre religion ou secte..

        - les religions s’ appuient sur des dogmes factices, qui se revendiquent de témoignages d’hommes qui ont connu l’ homme qui causait avec un hypothétique dieu..

        - les libertaires s’ appuient sur des désirs humains..!^^

        • 15 Octobre 2016 à 22h02

          Orwell dit

          i-Diogène (“i”, c’est pour “idiot” “de quel droit voudrait-il contraindre toute la société à se soumettre à son dogme..?” (Le pape François n’a jamais voulu contraindre la société à se plier à ses dogmes – il donne seulement des conseils, une autre manière de vivre sa vie. Mais ça, tu es incapable de faire la différence. Si quelqu’un dit quelque chose qui ne va pas dans le sens de tes propres dogmes, tu pousses hypocritement des cris d’orfraie) – “les religions s’ appuient sur des dogmes factices, qui se revendiquent de témoignages d’hommes qui ont connu l’ homme qui causait avec un hypothétique dieu..” (Et qui es tu pour avancer une telle certitude, même le croyant doute, à part les musulmans ? Seuls les imbéciles ne doutent jamais de rien, et sont imbibés de certitudes) – “les libertaires s’ appuient sur des désirs humains..!” (c’est quoi la liberté ? Celle que tu t’autorise au nom de ton petit plaisir personnel ? Tes désirs peuvent autant être les plus condamnables possible, l’essentiel est que toi, tu te sentes bien et merde pour les autres, c’est ça ?)

        • 16 Octobre 2016 à 0h59

          i-diogene dit

          Owell,

          T’as tout compris:

          - les croyants croient, les croyants doutent..Les croyants ont la tête dans leur cul a se poser des questions sur des questions qui posent des questions..:

          - leur dieu existe-t-il..?
          - Je dirais pas moins que ceux des indous, des shintoïstes, des égyptiens antiques, des grecs, des romains, des incas, etc… Dans la tête de leurs adeptes uniquement..!^^

          Quant à la morale religieuse, elle a suffisament engendré de génocides pour être disqualifiée..

          La seule morale qui vaille, c’est celle qui est encadrée par nos lois, car elle n’ a pas été imposée par d’hypothétiques divinités, mais âprement discutée par un système démocratique..

        • 16 Octobre 2016 à 1h09

          i-diogene dit

          Orwell,

          PS: le pape n’ est que le gourou d’ une secte religieuse, de plus, étant abstinent, donc frustré voire castré : “la seule sexualité condamnable, c’ est de ne pas pratiquer..” (Freud).. Car cela engendre de graves névroses..

          Quel conseil valide et sain pourrait-il apporter à la société en matière de sexualité..?

    • 13 Octobre 2016 à 23h03

      Orwell dit

      “Dans son exhortation apostolique sur la famille, le pape François réaffirme que le seul modèle familial utile à la société est celui qui repose sur le mariage hétérosexuel, indissoluble et fécond” (oui, q “Est-il normal que le pape le plus antilibéral au plan économique, soit accusé de conservatisme crasse, dans certains milieux, uniquement parce que, non sans logique, il se refuse à épouser tout autant des idées libertaires ?” “Tout en regrettant qu’elles soient, pour certains dans la société – et pour la quasi totalité du monde des médias – une manière facile de refuser le dialogue en vérité qui leur est proposé, au service du bien

      • 15 Octobre 2016 à 4h31

        i-diogene dit

        Qu’ est-ce qu’ un pape, abstinent peut bien connaître de la vie de couple et de la sexualité..?

        Pour le coup, est-il utile à la société..?

        C’est quoi, le “service du bien”..?

        • 15 Octobre 2016 à 22h06

          Orwell dit

          “Qu’ est-ce qu’ un pape, abstinent peut bien connaître de la vie de couple et de la sexualité..?” (parce que toi, I-Diogène, tu sais mieux que personne ce qu’est la vie de couple et la sexualité ? Si on découvrait ta vie privée, elle serait peut-être aussi minable qu’un chaste dont les filles ne veulent pas). ” Pour le coup, est-il utile à la société..?” -mais toi, c’est sûr, tu es indispensable à la société, il n’y a qu’à te lire…”

        • 16 Octobre 2016 à 2h26

          i-diogene dit

          Qu’ est-ce qu’ un pape, sinon qu’ un clampin endoctriné élu par une bande d’ évêques tout aussi endoctrinés..

          C’est guère plus qu’ un gourou de la secte Moon ou tartempion..!^^

          Quant à moi, je m’ amuse de la connerie des pathos..!^^