Et si l’on décrétait que la guerre contre le terrorisme international engagée après le 11 septembre 2001 s’est conclue par une victoire sans appel des démocraties agressées sur Al Qaïda et ses succursales ? Le dirigeant américain ou européen qui oserait proférer cette énormité se verrait immédiatement invité par les commentateurs habituels à ravaler ces paroles sacrilèges, voire à consulter d’urgence un psychiatre. On lui opposerait sur le champ « le bourbier irakien », « l’impasse afghane », « le blocage israélo-palestinien », et les pieds-de-nez audiovisuels réguliers d’Oussama Ben Laden transmis depuis son repaire des zones tribales pakistanaises. S’il objecte qu’aucun attentat de grande ampleur n’a été perpétré hors des zones de conflit depuis celui de Bali, le 1er octobre 2005, on lui rétorquera que « Plus l’on s’éloigne du dernier attentat, plus on se rapproche du suivant… » A l’heure du principe de précaution triomphant, l’optimisme, même relatif, devient une maladie honteuse et se prévaloir d’un réel succès peut vous valoir un procès en obscénité.

Au yeux de certains, les mêmes qui nous invitent lourdement à la repentance pour les abominations commises pendant la période coloniale, l’immoralité même de cette victoire en abolit la réalité: c’est le discours – maintes fois réfuté, mais toujours réitéré – affirmant que le terrorisme est l’arme des faibles, des dominés, qu’il prospère sur le terreau de la misère et de l’oppression. S’il se calme aujourd’hui, c’est pour mieux frapper demain. Sa disparition ne tiendrait qu’à nous, les riches, les nantis, les puissants qui devraient faire une place au soleil et à table pour tous ces miséreux pour qu’ils cessent de venir se faire exploser dans nos métropoles gavées.

Victoire ne signifie pas éradication : il existe bel et bien, dispersées à travers le monde, des cellules terroristes, actives ou dormantes, qui attendent le moment favorable pour commettre leurs méfaits. Les informations qui filtrent des services de lutte anti-terroriste font état régulièrement de démantèlements de réseaux islamistes radicaux, ce qui implique qu’il s’en reconstitue tout aussi régulièrement.

Victoire signifie d’abord que s’est peu à peu imposée une idée aussi simple à exposer que difficile à admettre avant que le traumatisme des twins towers et de leurs trois mille victimes se soit estompé : la guerre totale déclarée à l’Occident impie par Ben Laden et consorts n’a causé que des dommages infinitésimaux à la puissance globale des pays agressés: leur capacité militaire n’en a nullement été affectée, et les dégâts économiques provoqués, principalement dans l’industrie touristique, ont été bien plus rapidement métabolisés que l’éclatement, concomitant, de l’attentat de New York, de la bulle internet.

Les mesures préventives – contrôle accru du trafic aérien, plan Vigipirate, renforcement des services de renseignement – se sont montrées efficaces, même si l’on a dû déplorer les attentats meurtriers de Londres et de Madrid. La crainte de voir se développer des réseaux terroristes « spontanés » parmi les jeunes musulmans fanatisés des métropoles européennes, à l’image des auteurs de l’attentat de Londres, s’est fort heureusement révélée infondée.

Le moral des populations visées n’en a pas été affecté au point de provoquer des mouvements populaires massifs exigeant que l’on cède aux exigences des terroristes, ni que l’on pratique à leur égard et à ceux des pays qui les soutiennent une politique d’apeasement. La seule victoire partielle dont peut se prévaloir Al Qaïda est le retrait précipité du contingent espagnol d’Irak par le gouvernement Zapatero après l’attentat de Madrid.

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