Terrorisme: Abdel Malik P., l’amour à déraison | Causeur

Terrorisme: Abdel Malik P., l’amour à déraison

Au jeu des identités mixées, il n’y a pas que des gagnants

Auteur

Olivier Prévôt
anime le site et la revue L'Esprit de Narvik et le blog Les Carnets de Betty Poul sur Causeur.

Publié le 04 août 2016 / Religion Société

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On peut comprendre l'aveuglement de la mère d'un des deux terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray. Mais son déni ne doit pas contaminer la société.
adel kermiche saint etienne rouvray

Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean. Sipa. Numéro de reportage : REX40441584_000009 .

Après la fuite de la famille royale à Varennes, les élites furent saisies d’un tremblement. En son for intérieur, chacun sentait bien que l’événement changerait la donne et remettrait en cause la monarchie elle-même. On se fit donc, en réaction, plus royalistes que le roi. On déclara que ce dernier avait été enlevé – mensonge d’état qui rencontra un tel désir que rien ne changeât que certains voulurent y croire. Les révolutionnaires les plus hostiles à la monarchie furent marginalisés, poursuivis ou massacrés (Champs-de-Mars). Tout plutôt que cette vérité dérangeante : Louis XVI avait trahi la nation. Les jours qui suivirent Varennes furent donc un bel exemple de déni collectif.

Il en est de même aujourd’hui où se multiplient les déclarations apaisantes, les manifestations de bonne volonté. Les cathos de gauche, rarement avares de leur seconde joue (heureusement qu’ils n’en ont pas trois) prennent le chemin de la mosquée. De jeunes musulmans se proposent ici ou là de protéger nos églises. Ah qu’il sera doux de communier sous la protection de nos désormais grands frères ! Qu’on se le dise : Rouen n’est pas Beyrouth. Comme le lance, la veille de la Saint-Barthélémy, l’aubergiste du film de Patrice Chéreau, La reine Margot : « Eh bien maintenant on va tous vivre ensemble… puisque c’est ça qu’ils veulent. »

Viendra ensuite le temps des analyses et des explications. Il se prépare déjà. À propos des deux terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray, telle vieille amie, abonnée à l’Obs, s’interrogeait hier devant moi : « Mais qu’est-ce qui a donc bien pu se passer dans la tête de ces deux gamins ? » Parcours chaotique, absence du père, psychose… L’explication individuelle, psychologique, sera certainement l’un des piliers de la résistance idéologique à l’irruption du réel. La gauche qui fit de tout fait divers un symptôme politique, s’apprête à faire d’une situation politique (voire historique) une simple série de faits divers mettant en scène autant de paumés détachés de toute appartenance à une collectivité.

Le camp du déni joue sur du velours. D’abord parce que pas grand monde n’a envie que l’histoire soit tragique et que des mutations démographiques aient un jour un impact autre que marginal et, somme toute, valorisant. La figure de l’étranger toléré célébrera encore longtemps notre génie national – quand bien même serions-nous, nous-mêmes et dans le quotidien de nos vies, « intoléré ». On ne se déprend pas facilement d’un idéal de soi, même cent fois contredit par l’expérience.

On ne se pressera pas non plus pour admettre que la situation sécuritaire est liée à des choix collectifs faits avec légèreté, voire inconscience. Le reconnaître serait donner raison au parti des infâmes. Du sommet de l’état à la plus petite parcelle de pouvoir (le proviseur, le médecin…), on fera bloc.

Enfin, la psychologie explicative permettra à celui qui s’en emparera d’apparaître un peu plus malin que les autres – fût-il aveugle sur ses propres complexités. Déclarer comme je l’ai entendu après Nice, « Tu ne m’enlèveras pas de la tête que ce garçon (le chauffeur) avait des problèmes » ne demande ni sagacité particulière, ni longue pratique du divan. À peu de frais, le locuteur se pose en personne éclairée, bien supérieure à celui qui se contentera d’un vulgaire « ça ne peut plus durer ». Retourner le fiasco dont on est responsable en démonstration éclatante de sa supériorité morale et intellectuelle sera la grande affaire des tenants du « vivre ensemble ».

Ce piège, le parti du sursaut s’apprête à tomber dedans. Entre lois d’exception et refus de toute explication, la posture est martiale. Face à la mollesse de l’intelligence revendiquée, il faut opposer le dessin rassurant de la veine jugulaire. L’intelligence sera ravie de jouer le rôle de la maman-qui-comprend. La fermeté, celui du papa-qui-punit. Entre les deux, on va s’aimer très fort. Les gosses pourront tranquillement continuer à délirer.

Il y a, en effet, une étrange naïveté à croire, plus de cent ans après la découverte de l’inconscient, que la folie se contente de déraisonner et qu’un acte insensé n’a pas de sens. Le délire du psychotique n’émerge pas ex nihilo. Le fantasme des uns, désirant, s’articule aux névroses des autres. On gagnera à s’interroger sur la personnalité des auteurs des attentats, non pour dévitaliser la charge politique de leurs crimes, mais pour mieux saisir que ces actes ne sont que le prolongement d’un dire, une sorte d’étape ultime d’un désir, plus ou moins explicite et conscient, dont l’étendue ne se limite pas aux seules âmes suffisamment malades pour passer à l’acte.

Comme beaucoup, j’ai été bouleversé par l’interview de Jamine, la mère d’Abdel Malik Petitjean. Dans un réflexe de survie, cette femme refuse de croire que son fils était bien l’un des deux terroristes qui ont égorgé un vieillard célébrant une messe. Pas ça, pas lui. Et surtout : pas elle. Le caractère pathétique de ses paroles illustre bien la détresse de celui qui se réfugie dans le déni, ici poussé jusqu’à une forme d’hallucination négative – ça n’a pas eu lieu, ce n’est pas vrai. Face à l’excès d’une réalité qui fait irruption, la conscience se cabre.

Pour appréhender cette figure de l’hallucination négative, on pourra faire un détour par la fiction en se souvenant du film d’Ozon, Sous le sable. Charlotte Rampling ne veut tellement pas croire à la disparition de son mari (Bruno Cremer) qu’elle a l’illusion de continuer à le voir. De quoi se protège-t-elle par ce déni ? De la souffrance de la perte ou de l’irruption d’un fantasme inconscient de meurtre que le réel vient impitoyablement rappeler ? On le sait bien : il n’y a pas plus propice au déni que le retour du refoulé. Quand l’inconscient sonne à la porte, on ferme à clé. Quand il tambourine, on se barricade.

Jamine ne peut avoir élevé un terroriste. L’acte de Saint-Etienne-du-Rouvray ne s’adresse pas à elle. Si son gamin l’a appelée tendrement juste avant, ce n’est pas qu’il lui dédiait par avance quelque chose, c’est qu’il n’est pas celui qu’on a identifié.

On peut avoir pour cette pauvre mère qui n’a évidemment jamais « voulu » cela, une immense compassion – et, pour ma part, une tendresse que je ne m’explique pas tout à fait. Sinon en tant que fils, pris, comme tous les fils, dans le désir de la mère. Le psychotique est celui qui demeure dans ce dialogue exclusif et inconscient, ne sachant sa propre limite, englobé dans l’inconscient maternel et ses possibles démons. Il aurait fallu un père pour détacher le psychotique en devenir de la toute puissance du fantasme maternel et pour entrer en civilisation. Au risque d’une interprétation arbitraire, peut-être non conforme à l’histoire réelle de cette famille, je suis tenté d’entendre dans l’apposition du prénom et du nom ceci : à l’insu d’elle-même, Jamine aurait fait inconsciemment de son fils, un roi « Malik » qui terrasserait ces « petites gens ». Le père, Frank, presque François, petit Jean en tout cas, n’aurait sans doute pas été de taille à s’opposer à pareille géométrie inconsciente. Peut-être a-t-il été le premier terrassé par Abdel Malik, rejeté de ses prérogatives masculines et paternelles ? Tout ceci n’est que conjectures et un jour ces parents raconteront peut-être ce que fut l’histoire de leurs fils. Il ne reste aujourd’hui du garçon qu’un cadavre défiguré par l’ultime (et seule?) rencontre avec la loi. Quelle que soit l’horreur du crime, on ne peut que compatir devant pareille dévastation familiale.

Dans une chanson célèbre, le duo Les Rita Mitsouko le rappelait : « On n’a pas que de l’amour, y a de la haine. » Dans les familles et les couples, le deux se combinent dans ce qu’on nomme désir – et qui parfois délire. Au jeu des identités mixées et confrontées, il n’y a pas que des gagnants, jonglant avec celles-ci, riches de tout ce qui les oppose, allant d’une ville-monde à l’autre, d’une culture, d’une religion à l’autre. Tout métissage n’est pas heureux. Notre tour de Babel s’est effondré comme le corps de ce vieux prêtre égorgé en pleine messe.

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    • 7 Août 2016 à 21h30

      eclair dit

      simple elle a cherché un compagnon qui ne soit pas musulman . Elle a eut un enfant separé du père avant la naissance et en a trouvé un autre qui l’a reconnu mais qui se considère comme son beau père sic..

      Pour ensuite l’élever dans l’islam, religion où c’est l’homme qui commande.

      abandonné par son père biologique et son père adoptif qui ne le considère pas comme son fils.

      ce film est l’illustration parfaite de la destructuration des familles.
      http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19563293&cfilm=241159.html

    • 7 Août 2016 à 20h45

      AGF dit

      @Hannibal.
      Je pense comme vous de la mère qui tombe des nues. Si elle avait un peu moins adhéré aux discours de ces crétins dégénérés qui à pleines colonnes vous dénoncent la France “islamophobe”, si elle avait expliqué à son fils la chance qu’il avait de ne pas vivre en Algérie ou dans un de ces états t…-du-c.. qui font l’admiration des malades de médiapart , de l’AFP ou du “diplo”; si au lieu de s’en remettre aux “grands frères” auxquels des Jospin ou des branquignols de la dimension de Chirac avaient donné le pouvoir, peut-être pourrait-elle encore serrer son fils dans ses bras. Mais un peu de sens critique n’est plus l’apanage des habitants de ce pays (si tant est qu’il l’ait jamais été).

    • 7 Août 2016 à 3h57

      Livio del Quenale dit

      La TV est un média qui s’impose à tous indifféremment considérés, enfants, jeunes ados, personnes âgées ou sensibles.  -
      Aussi un peu de déontologie et d’étique ne sauraient être assimilées à une censure quelconque, quand ces informations images et autres rebuts foisonnent dans la presse papier.  
      -
      Les médias à ce sujet, jouant le profit, trahissent le pays, au prétexte d’informer matraquent comme une publicité, ce que c’est en réalité et on se demande s’il n’y a pas là aussi trahison du gouvernement.  
      -
      Faut-il rappeler que nous sommes en état d’urgence et de guerre, même si l’on pourrait ce demander parfois, si ce n’était pas si sérieux, si ce n’est pas un canular.  
      -
      D’autre part, il est tout a fait déconseillé de faire une telle publicité à ces actes et à ceux qui les commettent souvent par gloriole pour avoir leur photos sur les TV leur assurant un droit de passage dans les rangs de ces voyous qu’ils croient religieux défendant leur culture.
      -
      Culture idéalisée en référence aux lumières ottomanes bien obscurcies aujourd’hui, ne prenant pas, dans ces conditions, le chemin d’une “lueur” d’espoir.
      -
      On aura compris que je suis contre cette surinformation en fait désinformation très néfaste à tout points de vue, y compris pour la mauvaise santé morale du français que l’on dit pessimiste et négatif même si beaucoup savent prendre de la hauteur en sortant du conformisme suiveur ambiant.  
      –  

    • 7 Août 2016 à 3h16

      Livio del Quenale dit

      On ne saura jamais comment cette mère à élevé son gosse. On ne peut que s’en douter.

       Comme ce sont elles-mêmes qui en font des machos misogynes se sont elle aussi qui par maladresse ou insuffisamment de bases et trop d’influences extérieures, quand le mari à déserté le foyer, “ratent” l’éducation, et l’instruction, qu’elle partage avec l’école, de ces enfants.

      Lesquels préfèrent suivre les dérives de leurs copains, de provocations en défis, de soif de gloire en ivresse d’ennuis et/ou de désœuvrement, prospectés et exploitée, sur des réseaux, et des sites web, par une pieuvre pseudo religieuse.
      -
      Quels repaires ont-ils ses jeunes ? La défaillance aux sommets de l’éducation nationale, devrait être sanctionnée, elle qui sait si bien se cacher et cacher son inaptitude derrière de grandes idées farfelues pour les uns, et/ou orientées par une idéologie sectaire déloyale et fourbe, frisant la forfaiture pour les autres.
      –   

      • 7 Août 2016 à 21h06

        durru dit

        Vous faites erreur, la mère maghrébine “standard” ne fait pas à proprement parler de l’éducation, et encore moins aux garçons. Les gosses sont livrés à eux-mêmes à longueur de journée dès le plus jeune âge, et peu importe la présence d’un père à la maison. Sortez un peu, même dans des quartiers “tranquilles”, vous comprendrez ce que je veux dire. Le couvre-feu instauré à Béziers est en rapport direct avec mes propos.
        Et quand on connaît la réussite de l’école sur ce plan… [petite correction à ce propos: les "jeunes" manquent de repères, car des repaires, ils en ont à foison]

    • 5 Août 2016 à 22h06

      Hannibal-lecteur dit

      Cette mère qui n’a ” évidemment jamais voulu celà ” dit l’auteur. Évidemment? Aveugle Prévôt voilà une ēvidence suspecte. Elle a voulu en faire un français, sa mère? Voir son prénom. Et le reste de son ėducation? Elle n’a pas ” voulu celà ” mais elle a voulu quoi? M. Prévôt vous aurez fait du bon journalisme quand vous aurez apporté des rēponses à cette question : elle a voulu quoi et elle a pris quels moyens pour ça.
      Par provocation on pourrait estimer que la mère dont le fils ” en arrive là ” est soit une mère absente soit une mère imbécile. Ce qui ne supprime pas la compassion que l’on peut éprouver pour elle. Mais la dédouaner de toute influence, de toute responsabilité sur son fils c’est vraiment une insanité.

      • 6 Août 2016 à 2h08

        Cosmo dit

        Je n’aurai pas terminé par insanité mais par déni !

        • 9 Août 2016 à 9h26

          Cosmo dit

          Sinon, je suis bien d’accord avec votre propos. Une complicité par défaut en quelque sorte.