Tchao, Ingrid !

On est contents. Mais Bétancourt n’est ni Mandela, ni Sakharov

Publié le 03 juillet 2008 à 10:14 dans Médias

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Tout d’abord on est content. Pour elle, pour sa famille, pour ses proches.
Ensuite on est admiratif : techniquement, l’opération militaire était spectaculaire et pour tout dire réjouissante.
Et puis… et puis c’est tout, ou presque. Parce que, franchement, on voit mal de quoi cette libération est le symbole…

S’agit-il d’une victoire pour les droits de l’Homme ? Pas vraiment, et pour une raison simple : la capture, la détention, et la libération de Mme Betancourt sont de fait des événements essentiellement colombo-colombiens, sans aucune portée universelle. Si Ingrid n’avait pas, dans sa jeunesse, tissé un puissant réseau d’amitiés dans les élites parisiennes, si La rage au cœur, son recueil de banalités édité par XO n’avait pas fait un carton sur les plages à l’été 2001, je ne pense pas que les autorités françaises auraient fait le moindre effort pour la libérer, et je ne suis même pas sûr que les FARC se seraient donné la peine de la kidnapper. M’est avis que si Marulanda avait eu le choix, il aurait mille fois préféré capturer Madonna ou Brad Pitt… L’abominable calvaire qu’a vécu Ingrid Betancourt lui a été imposé par son statut de micro-vedette des médias, pas par ses idéaux. Certes il est possible que son exfiltration ait un impact sur les affaires intérieures colombiennes (mais, en vrai, qu’est-ce qu’on s’en fiche ?) ; en revanche, il est certain qu’à l’échelle planétaire, cet heureux dénouement c’est peanuts. Pardonnez-moi de gâcher la fête, mais cette libération-là n’est pas celle de Sakharov ou de Mandela. Il est vrai que, dans ces deux cas, TF1 n’avait pas jugé impératif d’interrompre ses programmes.

S’agit-il d’une victoire de la démocratie ? Bof. C’est, me semble-t-il, une mauvaise plaisanterie dans le cas d’Uribe, de son régime largement adossé aux milices paramilitaires, aux conseillers spéciaux américains et – autant, et peut-être plus que les FARC ne l’ont jamais été – aux narcotrafiquants. Parler dans cette affaire de victoire de la démocratie, c’est a minima avoir une piètre opinion de celle-ci – opinion respectable, même si Bernard Kouchner la défend trop rarement en public.

Victoire contre le terrorisme ? A la rigueur, je veux bien… Mais faut-il combattre le terrorisme ? A mon avis, non. Pas en tant que tel en tout cas. Personnellement, je ne regrette absolument pas d’avoir passé une bonne partie de ma jeunesse à défendre l’ANC de Nelson Mandela – y compris en collectant ouvertement de l’argent destiné à l’achat d’armes. Or l’ANC était bel et bien un mouvement terroriste. Pas seulement ça, certes, mais aussi ça. D’autres, plus vieux que moi, ont porté les valises du FLN mais, à leur décharge, le FLN, lui, ne s’encombrait pas d’otages. D’autres encore, aujourd’hui, témoignent vis-à-vis du terrorisme tchétchène ou gazaouï d’une mansuétude teintée de sidération enthousiaste. Faut-il rappeler qu’en 1943, une large partie de l’opinion française considérait Jean Moulin et ses camarades comme des terroristes ? Et que le Terrorisme avec un T majuscule, celui de Robespierre et Saint-Just est, que cela plaise ou non, la matrice de nos institutions ? Certes, tout cela ne nous dit pas si les guérilleros des FARC sont de courageux insurgés anti-impérialistes, genre Che Guevara-Robin des Bois ou d’odieux criminels marxistes façon Pol Pot-Savonarole. Pour être sûr de connaître la bonne réponse à cette question, il faut être abonné au Monde Diplo et au Meilleur de mondes. Et moi, je ne suis abonné qu’à Rock & Folk, à la Gazette de l’Hôtel Drouot et à Causeur version papier…

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  • 7 July 2008 à 10h55

    Antoine Brea dit

    Ouf ! un peu d’air, un peu de recul, merci, ça fait du bien…

    sinon, savonarole marxiste, l’idée n’est pas pour me déplaire, mais elle est étonnante !

  • 4 July 2008 à 16h05

    Tibo dit

    Que pour la famille, les proches et la principale concernée (bien sûr) cette libération soit un fait majeur c’est évident, C’est même sûrement formidable, fantastique, c’est tout ce que vous voulez.

    Par contre, la mobilisation politico-médiatique ahurissante depuis 6 ans pour un évènement (l’enlèvement d’une colombienne accessoirement française) avait quelque chose d’indécent au regard du nombre de sujets de politique française et internationale qui mériteraient une couverture médiatique bien plus importante.

    Cependant, on imagine très bien que ce type de mobilisation “citoyenne” a au moins l’avantage d’occuper la télé et les ondes, de jouer le rôle d’écran de fumée et de laisser au second plan nombre de thèmes de société autrement plus brûlants.

    Mais je dois reconnaître que voir Bétancourt, aussitôt descendue de l’avion, remercier en premier lieu “Dieu, la Vierge et sa patrie” (cf : la Colombie) a quelque chose de jubilatoire et d’une grande profondeur rare aujourd’hui quand on sait que l’immense majorité des “pipoleus” qui se sont mobilisés pour sa libération sont des individus de la république du Boboland athées ou agnostiques, bouffeurs de curés, mondialistes, cheguevaristes et droitdelhommistes jusqu’au trognon.

    Rien que pour imaginer leur tronche déconfite à l’écoute des remerciements de Bétencourt, je suis heureux de la couverture médiatique de cet évènement, au fond, assez secondaire (sauf pour l’intéressée et ses proches).

  • 4 July 2008 à 11h18

    montalte dit

    Bonjour à tous !

    Je suis sans doute une victime de la société du spectacle, un lacrymal de l’idéologie médiacratique, un corrompu de la manipulation capitalo-démocratichiante, un rigolo dont Philippe Muray se serait inévitablement foutu, mais j’ai été très ému, avant hier soir, par la libération d’Ingrid Betancourt. On a remercié Sarko ? Carla ? Chirac ? Villepin ? La femme à Villepin ? La France ? Le Mont-Blanc ? Tant pis, pour une fois, pour les inévitables récupérations. Tant pis pour les conneries. Cette famille retrouvée avait des airs de sainte famille – et cela suffit pour le symbole universel ! Et j’ai trouvé suprêmement émouvants, et tellement significatifs, car sincères ceux-là, ses remerciements à Dieu, à la Vierge Marie. Et son geste à elle, consolant sa propre mère. Ridicule, dites-vous ?

    Ce qui est frappant dans cette histoire de libération est qu’à la “majorité” apparente de ceux qui ont pleuré les malheurs, puis le sauvetage, de la belle Ingrid, répond, et avec un acharnement qui me glace, une minorité disparate (que l’on trouve notamment sur les blogs et les forums, et de plus en plus sur le haut pavé parisien) mais tellement agressive qu’elle en devient presque majoritaire. Si dans les campagnes, on se réjouit de la libération de la plus célèbre otage de France, dans les colonnes germano-pratines, on s’indigne de la médiatisation de celle-ci. Au défaut de sens critique des manants répond l’excès de sens critique des intello – chaque communauté d’esprit, si j’ose dire, constituant une minorité dans l’autre, et s’en vantant. Car le jeu reste toujours le même : prouver à tous prix que l’on est minoritaire face à la majorité abjecte que l’on a le courage de contester.

    Abjectes, en tous cas, certaines des critiques que l’on entend ou que l’on lit depuis hier : que la Betancourt ait l’air finalement plus en forme que sur la photo, pas assez auschwitzienne au goût de certains ; ou que sa médiatisation, sans doute extrême, ait fait oublier les autres otages – alors que c’est juste le contraire qui est vrai : un otage célèbre contient tous les autres otages, alors qu’un otage anonyme ne sert à rien. “Il est obscène d’avoir choisi celle-ci contre ceux-là”, éructent alors les tristes sires, “qui plus est, une catho friquée qui a des réseaux dans le monde entier”. Mais, les mecs, on choisit toujours une personne pour se rappeler le bon souvenir de tous – et plus celle-ci est connue, plus sa cause sera reconnue. Ce qui aurait été obscène aurait été de ne pas choisir – et de rester dans une sorte d’égalitarisme anonyme qui n’aurait servi à rien, sauf à préserver son ressentiment. Car il y a aussi de ça dans les réactions des gens qui font la fine bouche à la libération d’Ingrid. Qui se réjouissaient de son malheur (“ça lui apprendra à cette pauvre petite fille riche ce que c’est que de ne pas prendre ses responsabilités”) et qui ne supportent pas son bonheur (“et maintenant, elle veut être présidente, la mère courage !”) Alors, certes, tout cela est une histoire colombo-colombienne, mais qui a un aspect héroïque et glamour tellement parfait qu’elle en devient universelle. Il faut vraiment être un intellectuel de gauche pour ne pas y être sensible – comme il faut d’ailleurs l’être aussi pour ne pas vouloir remarquer ce que signifie la férocité des méthodes de révolutionnaire communiste. Et que l’on ait piégé ces ordures de FARC grâce à des tee-shirt à l’effigie de cette ordure de Che Guevara, voilà qui est tordant !

  • 3 July 2008 à 23h24

    Tendil dit

    A la mémoire d’Aïda Duvaltier.
    N’ayant pas la télé, je n’ose imaginer le flot de sensiblerie qui doit s’y déverser depuis ce matin. En ces moments d’effusion hystérique, il me vient en mémoire le sort d’une autre franco-colombienne capturée par la guérilla en 2001. Aïda Duvaltier. Une femme de beaucoup de courage. Les guérilleros s’étaient rendus chez elle pour capturer son mari, un dessinateur industriel français. Invoquant la santé fragile de son époux, elle s’était alors livrée aux mains des ravisseurs. Pendant des années, on n’a su ce qu’elle était devenue. Il ne s’est pas trouvé un chanteur pour pleurer son absence, pas un Verdi pour faire sonner les trompettes médiatiques. Et la pauvre Aïda est morte au bout de dix mois passés dans la jungle. Ce n’est que cinq ans plus tard, en 2006, en pleine Ingridolâtrie, que l’on a retrouvé sa dépouille. Le quai d’Orsay, que l’on a connu plus grandiloquent depuis, s’est alors contenté d’un laconique communiqué. Qu’une famille puisse se retrouver ce soir, on peut en être « content » comme vous dîtes. Mais la mémoire d’Aïda Duvaltier eut exigé un peu de pudeur. Un pensée au moins. « L’abominable calvaire qu’a vécu Ingrid Betancourt lui a été imposé par son statut de micro-vedette des médias », ajoutez-vous. A voir. On comprend la logique mais c’est plutôt ce statut qui l’a sauvée. Quant à votre critique d’Uribe, elle est très partagée dans les « réseaux d’amitiés des élites parisiennes ». Sans doute la douce nostalgie de ceux qui se sont un jour rêvés révolutionnaires.

  • 3 July 2008 à 21h57

    william spiro dit

    En voilà un qui n’est pas un gratte-papier suiveur !

    Ils sont forts ces Bétancourt, transformer un drame familial en cause nationale, il s’agit là d’une véritable prouesse; toutes ces belles âmes généreuses qui n’ hésitent pas par un beau soleil d’été à fêter le bonheur d’ingrid.

    J’espère, vous l’avez compris, que le 2 juillet soit institué fête nationale car les français ont besoin de bonheur et de liberté.

    Vive la France, vive ingrid et vive la famille Bétancourt pour tout ce bonheur partagé. Avouons qu’après nous avoir pompé 6 ans durant ils nous devaient bien ça.

  • 3 July 2008 à 21h10

    Ludovic-Lefebvre dit

    Maintenant ce sont les produits dérivés qui vont devoir se vendre: livres, articles, entrevues, émissions, récupération politicienne, chansons, un film nous avons pour des mois. J’ai envie de me faire farc tant ça m’énerve par avance.

  • 3 July 2008 à 21h03

    Ludovic-Lefebvre dit

    J’ai moi aussi sauvé Ingrid puisque nous nous permettons tous de l’appeler par son prénom. Les comités de soutien de célébrités comme d’anonymes vont se sentir bien vides, bien déprimés. Etrange, ces vampires de la cause qui se nourrissent du suplément d’âme, de la détresse d’autrui. Que vont faire tous ces gens ? elle n’est même pas morte en martyre, le soufflé va donc retomber. Vers quelle nouvelle injustice vont-ils courir pour se sentir en vie ?

  • 3 July 2008 à 19h23

    Florent dit

    Je suis sûr que ça va lui faire plaisir, à Renaud. Ah, sacré Sarkozy, il sait titiller là où il faut :-)

  • 3 July 2008 à 18h56

    schneider dit

    @Florian

    Sur Renaud, vous avez raté le meilleur. Il a été salué par Sarkozy dans son intervention tardive hier. Renaud salué par le petit frère français de Thatcher, c’est d’une douce ironie.

  • 3 July 2008 à 18h42

    apelbaum dit

    Merci
    mais maintenant j’attend
    “Ingrid chez les Picaros” “Ingrid au Tibet”
    “Ingrid au Congo” “Ingrid contre Carolis”
    sur mon autel je vais pouvoir rajouter à la vierge de Lourde et Ségolène notre chère Ingrid
    et vive la liberté

  • 3 July 2008 à 18h23

    Florian dit

    M’est avis qu’ “Ingrid” va rapidement s’aliéner la totalité de l’opinion publique si elle continue à évoquer Chirac comme “un phare”, Villepin son “grand ami”, et Sarkozy dont elle admire tant l’action qui apporte de “l’air frais”.
    (C’est Renaud qui va avoir l’air fin d’avoir écrit une chanson pour soutenir une femme de droite… en qui plus, horresco referens, prie ! Et ne s’en cache même pas !)

  • 3 July 2008 à 17h28

    Sam Ménerv dit

    De source bien informée, je sais qu’un certain N.S va divorcer et qu’il épousera bientôt Ingrid.
    Chavez sera témoin à ce mariage, et pendant ce temps, le baril de pétrole vaut $146.
    Au fait, Domenech est reconduit!!
    Endormez vous, endormez vous, on fait le reste.