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Taux trop bas, prix trop hauts

Bulle immobilière, bravo la BCE!

Publié le 27 mars 2011 à 10:11 dans Économie

photo : immotoo

La chambre des notaires d’Île de France a récemment publié son estimation du prix de vente moyen du mètre carré à Paris au quatrième trimestre 2010 : 7 330 euros soit une hausse de 17,5% sur l’année. Cette nouvelle intervient alors que Benoist Apparu, le responsable social-démocrate-conservateur des problèmes de logements des Français, s’apprête à recevoir les professionnels de l’immobilier pour chercher un moyen de freiner la hausse des loyers et que Martine Aubry et ses amis sociaux-démocrates-progressistes nous promettent une « autre politique du logement » (avec plus de « care » à l’intérieur). Comme tout ce petit monde semble complètement désemparé par la hausse des prix et ne comprend visiblement pas grand-chose aux mécanismes qui la provoquent, une petite explication s’impose.

Si les prix parisiens sont si élevés et montent à une telle vitesse, c’est parce que la demande y est très forte et en augmentation constante alors que les logements à vendre y sont rares et qu’on n’en construit pas assez de nouveaux. Si l’offre ne suit pas, me direz-vous, c’est parce qu’il n’y a plus de place pour construire. Oui, vous rétorquerai-je, mais c’est aussi parce que la réglementation interdit de construire en hauteur (pas plus de 37 mètres). Bertrand Delanoë qui, bien que social-démocrate-progressiste, est capable d’une étincelle de lucidité de temps à autres, l’a bien compris est essaye depuis quelque temps déjà d’assouplir cette règlementation. Il se heurte dans cette entreprise salutaire aux sociaux-démocrates-conservateurs de l’UMP qui s’y opposent parce que Delanoë est « de gauche » et aux écologistes qui avancent l’argument surréaliste selon lequel des tours ne seraient pas « compatibles avec le plan climat » (Denis Baupin ®). En attendant, bien sûr, plus les prix grimpent, plus les franciliens s’éloignent pour acheter des pavillons de banlieue aux bilans énergétiques calamiteux et plus ils passent de temps dans les bouchons.

Voilà pour l’offre, passons à la demande. Elle est, de l’avis des professionnels, tirée par trois facteurs : une génération de retraités « baby-boomers » qui, encouragés par les promesses fiscales des lois Robien et Scellier, investissent massivement dans la pierre ; des dispositifs d’aide à l’accession à la propriété, comme le prêt à taux zéro et le Prêt Paris Logement qui bénéficient aux « primo accédants » ; enfin et surtout, des taux d’intérêt historiquement bas qui décuplent la capacité de financement des acheteurs. Rappelons à toutes fins utiles que si les taux sont bas, ce n’est pas parce que les banques sont subitement devenues des entreprises philanthropiques mais parce que la Banque Centrale Européenne a fait en sorte qu’il en soit ainsi : on appelle ça une « politique monétaire accommodante ».

Résumons donc : nos politiciens ont créé une rareté artificielle sur le marché immobilier parisien. Et cela ne leur suffit pas : voilà qu’on entend reparler d’encadrement du prix des loyers par la loi, mesure maintes fois essayée et qui a toujours fini en catastrophe.

La conclusion qui s’impose, c’est que s’il y a bien une bulle immobilière, elle n’a rien à voir avec un prétendu dysfonctionnement du marché ; au contraire, le marché fonctionne très bien et réagit tout à fait logiquement aux impulsions politiques décrites ci-dessus (c’est ce qu’on appelle des « effets inattendus ») à tel point que si la BCE devait décider de faire remonter les taux, il est plus que vraisemblable que les prix du marché parisien dégonflerait dans les mois qui suivent. C’est là qu’il y a un hic. Si nos banquiers centraux ont compris qu’une politique monétaire trop laxiste ne risque pas seulement de créer de l’inflation mais aussi des bulles, la petite expérience menée par la Fed entre 2004 et 2007 a démontré qu’essayer de dégonfler une bulle en faisant remonter les taux pouvait s’avérer plutôt acrobatique. C’est là tout le dilemme : la BCE devra, tôt ou tard durcir sa politique monétaire. Avec de fortes probabilités de provoquer une nouvelle crise immobilière. Autant dire que nous allons tous en baver.

PS/ Cher Georges, au moment d’envoyer ton texte auquel je n’aurai malheureusement pas le temps de répondre parce qu’il faudrait que je potasse durant des jours, de multiples objections qui me brûlent les lèvres. Je t’en livre deux à l’arrache.
Une ville doit-elle être le résultat d’équations marchandes et de calculs économiques rationnels ? Si je comprends bien, le crime des politiciens est de s’être ligués contre les tours qui sont selon toi la seule solution. « Puisqu’il n’y a pas de place, construisons en hauteur » : avons-nous envie de vivre dans un paysage de tours ? Dans des tours ? Peut-être, d’ailleurs, je n’ai pas de religion à ce sujet, mais je n’ai pas la moindre envie que cela soit décidé par des contrôleurs de gestion.
Quant à la politique accommodante de « nos » banquiers centraux, d’abord, nous en avons un seul et ensuite, je me demande si tu ne te fais pas un peu enfariner par la propagande des euro-technos.
Pardonne-moi d’avoir abusé de mon pouvoir en m’octroyant un droit de réponse. Disons que c’est une façon de lancer la discussion ! EL

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  • 27 March 2011 à 20h58

    grincheux dit

    Oui, mais préparez-vous à tendre le moignon car à Malakoff aussi les prix grimpent et vous en recevrez les fruits quand vous vendrez.

  • 27 March 2011 à 19h47

    Alpheratz51 dit

    Je vis dans une modeste cabane, en arrière-cour, à Malakoff. N’ayant pas les moyens d’acheter plus grand, je me console avec le buste de Napoléon posé sur une petite table. En le regardant, le soir, je me dis que j’ai un “Bonaparte manchot”

  • 27 March 2011 à 19h23

    grincheux dit

    N’oublions pas l’attractivité qu’exerce Paris et plus particulièrement les arrondissements centraux : 1er, 2nd, 3ème, 4ème, 5ème, 6ème, 7ème, sur les riches et nouveaux riches de tous pays qui rêvent de s’accaparer une part de ce rayonnement international en devenant propriétaire ici, ce qui participe à la hausse  des prix (vente et loyer) et par le jeu des cercles concentriques à faire dégager les locataires du privé et les petits propriétaires vers la banlieue.

  • 27 March 2011 à 19h14

    expat dit

    Attendez, il y a quand même un truc à Paris  - ça s’appelle la périphérique. Ce qui fait que les espaces à Paris-même se font rares. Ce n’est pas comme Londres où la ville s’étend.  
    Sinon d’accord avec GK : … ‘Causeur à cet immense mérite que de permettre à mes idées comme à celles de JL, de Laurent Pinsole ou de Cyril Bennasar (…) d’exister et, rien que pour ça, Elisabeth, Gil et le reste de l’équipe méritent d’être remerciés.’

  • 27 March 2011 à 17h48

    Olyvier dit

    Le rôle de la BCE n’est pas de réguler les prix dans le 11ème.

    • 27 March 2011 à 18h27

      steed59 dit

      si vous aviez lu l’article vous verrez que les actions de la BCE , principalement la fixation du taux d’interet de prêt aux banques privés, influent sur le prix de l’immobilier. Sur les prix en général d’ailleurs

      • 28 March 2011 à 19h27

        Olyvier dit

        Si vous aviez compris mon commentaire (pour vous répondre sur le même ton aimable), vous auriez réalisé que l’influence du taux directeur sur l’évolution du prix de l’immobilier ne fait pas de cette évolution le critère premier de fixation de ce taux directeur. L’inflation, le niveau d’activité, l’évolution des agrégats, les mouvements de capitaux, que sais-je ? tout cela pèse autrement plus lourd dans les choix des gouverneurs.