Tarnac, jusqu’où errera-t-on ?

Chronique d’une terreur judiciaire

Publié le 03 décembre 2009 à 16:09 dans Politique

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“On est au-delà du fiasco judiciaire, on est dans le scandale d’Etat.” Ce sont les propos de Me William Bourdon, tenus le 25 novembre dernier au cours de l’énergique conférence de presse des avocats du “groupe de Tarnac” dans les locaux de l’Assemblée nationale, en présence de Noël Mamère et François Hollande. En dépit de la débâcle générale, les neuf membres présumés de la “Cellule invisible” sont toujours sous le coup d’une délirante mise sous contrôle judiciaire, grâce à l’inlassable bienveillance du juge d’instruction Thierry Fragnoli, qui demeure par malchance la dernière personne en France à les tenir encore pour des terroristes.

Les deux principaux piliers qui soutenaient le fameux chapiteau du cirque Fragnoli, pour reprendre la belle expression de Benjamin Rosoux, se sont pourtant écroulés depuis bien longtemps. Et, depuis le 25 novembre, il convient de reconnaître qu’il n’en reste simplement plus rien.

Le premier pilier, le fameux témoin sous X, à qui l’on prêtait une révélation cruciale selon laquelle les neuf de Tarnac auraient été “prêts à tuer” (autre chose que des canards et des lapins, s’entend), remet entièrement en cause ses déclarations. A propos des conditions de ces déclarations, Me Bourdon déclare : “On est dans la présomption très sérieuse de falsification de preuves”, et n’exclue pas la possibilité de pressions policières sur une personnalité très fragile.

Le second pilier du chapiteau, c’est – ou plus exactement, c’était – le procès-verbal D104, féérique “compte-rendu” de la filature d’Yildune Lévy et Julien Coupat durant l’étrange nuit du 7 au 8 novembre 2008, la nuit du sabotage de caténaire de la ligne TGV Est. Les avocats pointent les incalculables incohérences de ce document. Ils contestent point par point le minutage de la filature et relèvent que les traces de pneus et de chaussures analysées par la gendarmerie sur place ne coïncident hélas en rien avec celles du fameux couple criminel. Tout porte à penser que les diaboliques jeunes gens ainsi que leur véhicule étaient enveloppés dans une cape d’invisibilité (la fameuse Tarnkappe !). Les avocats sont extrêmement intrigués en effet par le fait que les policiers n’aient rien vu du sabotage lui-même. La configuration de la voie ferrée à Dhuisy rend la chose hélas strictement impossible. “Les policiers ont inventé, c’est le fruit de leur imagination. Ni les suivis, ni les suiveurs n’étaient présents sur les lieux”, déclare Me Assous. Selon Me Thierry Lévy, “le gouvernement a pris la responsabilité d’ordonner des enquêtes en incitant les policiers et les juges à se montrer peu scrupuleux afin de donner consistance à quelque chose qui n’existe pas”.

En réponse, le juge d’instruction Fragnoli se drape dans sa cape du silence et lance, la veille de la conférence de presse des avocats, un nouveau commando de la SDAT pour une nouvelle calamiteuse arrestation à Tarnac. Le commando fait montre une fois encore de la même délicatesse que lors de la scandaleuse arrestation de Tessa Polak par les mêmes infra-cowboys. Me Jérémie Assous, avocat de la nouvelle victime de Fragnoli, déclare dans La montagne : “Ils ont cassé la porte de l’appartement ce matin à 6 h 30. Ils ont procédé au placement en garde à vue de Christophe Becker. Ils ont procédé à une perquisition lors de laquelle ils ont tout retourné dans l’appartement. Face à la peur et à l’angoisse des enfants, notamment du petit de 4 ans, ils ont eu comme réaction pour le calmer de le braquer. Comme si braquer un enfant de 4 ans pouvait le calmer. C’est la deuxième fois qu’ils procèdent de la sorte alors que les coordonnées de M. Becker, ils les ont dans le dossier depuis de nombreux mois. Une simple convocation aurait permis d’obtenir le même résultat. Quand on pense qu’on en est à auditionner, notamment la jeune fille au pair que Julien Coupat a eu, il y a 22 ans, [...] Si on en est là. Si une instruction antiterroriste ne propose rien d’autre, mieux vaut effectivement la suppression du juge d’instruction.”

Christophe Becker a subi à son tour une scandaleuse garde à vue anti-terroriste de quatre jours, au terme de laquelle il a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, sur la base de prétendus faux-papiers qui avaient déjà été “découverts” depuis plus d’un an.

Une telle pertinacité de l’erreur, un tel entêtement dans la guignolade méritent un nom : je propose celui de fragnolade.

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  • 8 December 2009 à 18h38

    Thalcave dit

    @Saul

    Si je vous suis toujours, l’attentat est condamnable mais la tentative d’attentat ne l’est pas.

  • 6 December 2009 à 19h11

    Cyrano34 dit

    Opinion du juge Philippe Bilger, sur son blog en date du 5 décembre 2009 :

    “Pourquoi Le Monde donne-t-il aussi régulièrement et ostensiblement la parole, dans sa page Débats, aux mis en examen de Tarnac ? Est-il devenu leur auxiliaire ? C’est tellement systématique qu’on est fondé à croire que le quotidien, sous l’apparence de cette page de libres opinions, fait passer un message idéologique de connivence et de solidarité.”

  • 6 December 2009 à 15h11

    Gaétan Brunoy dit

    @Assiétoi

    J’ajoute que juridiquement, je n’en ai rien à secouer des Tarnac, qu’ils se fassent acquitter tant qu’ils veulent si c’est leur droit.

    Ce qui m’exaspère c’est la couverture médiatique dont ils jouissent, parce que leur posture de rebellitude boutonneuse fait bander les journalistes crapoteux de gauche qui ont colonisé les rédactions de France. Dans n’importe quel pays civilisé, on aurait remisé la prose délirante de ces petits cons d’extrémistes sur l’étagère à formol des écrits terroristes des années 70.

    Au contraire, on nous la sert in extenso dans les pages du Monde, entre deux pubs vintage pour Burberry. On en rirait si on n’était en pleine période de libération des Action directe, ou refus d’extradition des brigades rouges. L’appui crasseux de la gauche au terrorisme, ça se traduit par des assassinats.

  • 6 December 2009 à 15h02

    Gaétan Brunoy dit

    @Assiétoi

    Ma grande gueule, je ne la fermerai pas. Vous êtes à côté de la plaque, avec votre présomption d’innocence. C’est à l’abri de ce genre de principe, observé sans nuance, de façon absolutiste, que prospèrent les pires gredins. Ca me rappelle les lords protégeant les prêches haineux d’Abou Hamza à Finsbury Park, jusqu’à ce que des bombes éclatent dans les bus de Londres. Les lords s’en foutent, ils ne prennent pas le bus, mais moi si.

    Alors votre Habéas Corpus, vos droidloms et autres pétitions de principe énamourées pour l’impuissance d’Etat et le désordre public, vous les roulez en cylindre et vous vous les enfoncez dans le cul.

  • 5 December 2009 à 12h26

    Saul dit

    Thalcave,
    exactement, il n’ y a pas eu attentat mais tentative d’ attentat ( ou de sabotage selon certains…). cette tentative avait été revendiquée par un groupuscule par un groupuscule d’ extreme gauche allemand. après l’ arrestation de Coupat et de sa bande, il y eu d’ autres tentatives en Allemagne, avec EXACTEMENT le meme procédé.
    d’ ailleurs le fer à béton utilisé en France lors de cette tentative serait du modèle utilisé en Allemagne….

  • 5 December 2009 à 9h33

    Thalcave dit

    @Saul

    Si je vous comprend bien, les attentats n’ont jamais existé et sont une pure invention des policiers et du juge.

    Dans quel but?

  • 5 December 2009 à 9h30

    Kinowa dit

    Ouh, les vilains policiers qui cassent, et braquent des enfants de 4 ans. Gloire au suspect qui, toujours, n’ a rien à se reprocher. Vive les avocats, qui n’étant pas présents sur les lieux, font comme s’ils y étaient. La routine quoi. On est habitué maintenant,

  • 5 December 2009 à 9h21

    L’Ours dit

    Merci Nadia, c’est bien ce que je craignais!

    Jemerappelle,
    j’aurais préféré une leçon de droit plutôt que d’avoir eu droit à une leçon, même si elle ne m’était pas adressée.

  • 5 December 2009 à 3h11

    André Assiétoi dit

    Il y a vraiment des tordus sur ce forum. Quand on ne sait pas si le suspect est coupable ou innocent, il est innocent à priori, me semble-t-il. Tant que l’état de droit sera celui qu’il est, on est présumé innocent tant que l’on n’a pas démontré la culpabilité. Les maniaques de la sécurité et les fascistoïdes façon Brunoy n’ont plus qu’à fermer leur grande gueule. Jusqu’à preuve du contraire, et quand bien même on n’aime pas leur littérature, les Coupat et Cie sont innocents.
    Brunoy a perdu une fois de plus l’occasion de fermer sa grande gueule en s’en prenant aux “Tarnac”, comme il bave. S’ils vendent des bouquins et si ça le fait chier qu’ils vendent des bouquins, qu’il s’en prenne aux clown Fragnoli, c’est lui leur meilleur attaché de presse.

  • 4 December 2009 à 17h41

    LEMOINE dit

    Je viens de parcourir cette discussion et franchement elle m’étonne. L’origine de l’affaire semble oublié. Il y a eu une grève des agents SNCF en 2007 ; des dégradations d’installation avaient été reprochées aux syndicats. Les anarchistes de Tarnac étaient alors inconnus du public.
    Voilà que se préparez de nouvelles grèves et qu’un sabotage a lieu. La police, dont c’est le métier, surveillait le groupe d’activistes de Tarnac. Les procès verbaux de filatures montrent qu’ils se sont rendus sur les lieux du sabotage, d’abord pour des repérages et puis la nuit où les actes ont été commis. Ces procès verbaux font apparaître également un comportement particulier : s’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence d’une bretelle d’autoroute, faire demi tour pour vérifier qu’on est pas suivi.
    Le problème est que dans ce genre de filatures préventives des RG, on utilise des mouchards posés sur les voitures. Cela ne peut être présenté devant un tribunal ; tout le problème est là : des preuves irrecevab

  • 4 December 2009 à 17h27

    nadia comaneci dit

    Cher l’Ours
    En fait, en ce qui concerne les magistrats du siège, donc les juges d’instruction, les décisions en matière disciplinaires sont prises par décision motivée du CSM. Mais comme il est saisi par le garde des sceaux (MAM !) ou les premiers présidents de cour d’appel, c’est pas gagné. On en est encore très loin, pour le moment c’est plutôt le contraire, il y a encore contrôle judiciaire et avant de démontrer la falsification de preuves par un juge d’instruction…

  • 4 December 2009 à 17h15

    Saul dit

    Thalcave,
    en France non, mais avant leur mise en cause non plus….