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Patrons à l’honneur

Tardi a refusé sa Légion d’Honneur. Par peur d’être en mauvaise compagnie ?

Publié le 09 janvier 2013 à 9:30 dans Politique

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Dans l’habituelle promotion de la légion d’honneur du 1er janvier, on aura surtout retenu le nom de Jacques Tardi pour une raison bien simple, c’est qu’il l’a refusée.

Aurélie Filippetti a certainement cru faire plaisir à un des dessinateurs français les plus connus, créateur d’Adèle Blanc-Sec, héroïne féministe de la Belle-Epoque. Après tout, notre ministre de la culture, fille d’un sidérurgiste lorrain sur lequel jadis, elle avait écrit un beau roman, Les derniers jours de la classe ouvrière (Stock) et qui a battu aux dernières législatives le candidat de droite dans la circonscription historique des Wendel, doit être encore persuadée, malgré Florange, qu’elle siège dans un gouvernement de gauche. Mais Jacques Tardi, viscéralement pacifiste et libertaire, s’est aussi beaucoup penché sur le carnage de la guerre de 14 ou encore, avec  Jean Vautrin comme scénariste, sur l’histoire de la Commune dans Le Cri du Peuple. Et Aurélie Filippetti a sans doute sous-estimé ce qu’un artiste comme lui peut vraiment penser de notre monde tel qu’il ne va pas.

Tardi met fin en même temps à la légende consistant à dire qu’il faudrait directement demander la légion d’honneur pour avoir une chance de l’obtenir. Non, en fait, des excellences haut placées peuvent simplement vouloir vous faire plaisir, en jouant sur la fierté qu’il y aurait à recevoir ce plus célèbre des hochets de la vanité, créé par Napoléon 1er. Vous faire plaisir, ou plus subtilement, vous rendre reconnaissants car on sait bien depuis La Rochefoucauld que les consciences les plus pures se laissent parfois dévorer par l’amour-propre.

Avec Tardi, pour le coup, c’est raté : “Je n’ai cessé de brocarder les institutions. Le jour où l’on reconnaîtra les prisonniers de guerre, les fusillés pour l’exemple, ce sera peut-être autre chose”. Tardi est d’ailleurs toujours marié avec Dominique Grange, ancienne chanteur yéyé devenue dans les années 60, l’égérie du mouvement mao et auteure en 69 de ce qui fut l’hymne de la Gauche Prolétarienne, le groupe qui fut le plus violemment engagé dans les années de poudre du gauchisme. D’ailleurs, les paroles de Dominique Grange ne laissaient aucune ambiguïté  et on pense que ce doit pas être le morceau préféré du Medef pas plus que de la ministre Fleur Pellerin qui, d’après ses récentes déclarations, est non seulement chargée de l’économie numérique mais aussi de l’éradication de la lutte des classes dans les PME : « Vous comptez vos profits, on compte nos mutilés/Regardez nous vieillir au rythme des cadences/Patrons regardez nous, c’est la guerre qui commence/ Nous sommes les nouveaux partisans/ Francs-tireurs de la guerre de classe/ Le camp de peuple est notre camp/ Nous sommes les nouveaux partisans »

En revanche, cette même promotion devrait rassurer, voire consoler le monde des affaires et le patronat, si sensible ces temps-ci à la chasse aux riches. Parmi les heureux récipiendaires, on compte ainsi le président de Casino, Jean-Charles Naouri, dont la filiale logistique Eaysidis était en grève à Noël pour les conditions de travail et l’augmentation des salaires. On retrouve aussi le célèbre Pascal Lamy, directeur général de l’OMC et un des principaux théoriciens de l’Europe austéritaire mais qui pourrait bien, à la fin prochaine de son mandat, succéder à Jérôme Cahuzac,  actuel ministre de budget, un peu ennuyé par les rumeurs sur son éventuel compte en Suisse.

On citera également, mais la liste n’est pas close, l’ancien PDG de Renault Louis Schweitzer, qui a laissé il y a quelques années un beau souvenir chez les ouvriers belges en fermant du jour au lendemain Vilvoorde, un important site de production pour des raisons de pure rentabilité financière. Quant aux plus anciens d’entre nous, ils seront heureux de savoir qu’Yvon Gattaz,  patron des patrons à l’époque où le Medef s’appelait encore le CNPF, a été élevé  à la dignité de Grand-Croix.

C’est tout de même étonnant, quand on y songe, qu’aucun d’entre eux, comme Tardi, n’ait refusé d’être décoré par ce gouvernement bolchévique qui déteste tellement les riches et les chasse jusqu’en Russie poutinienne, là où ils peuvent choisir la liberté, de l’autre côté du Mur de la dictature fiscale. En même temps, si on additionne le nombre de licenciements dont tout ce petit monde est responsable directement ou indirectement, c’est peut-être cela le critère décisif pour obtenir le fameux petit ruban rouge.

Ce que semblerait confirmer un autre refus, moins médiatique, qui date de l’été 2012 celui de la chercheuse Annie Thébaud-Mony, spécialiste des cancers professionnels, qui avait écrit à Cécile Duflot pour dénoncer l’«indifférence» qui touche la santé au travail et l’impunité des «crimes industriels». Du coup, on pourrait peut-être suggérer à Tardi, qui vient de publier un album sur son père prisonnier lors de la seconde guerre mondiale, de se rapprocher d’Annie Thébaud-Mony. Ça ferait une belle BD en perspective. Avec plein de taches rouges.

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  • 21 Mai 2013 à 23h25

    tam-tam-tv dit

    Très belle toile…

  • 10 Janvier 2013 à 19h15

    ACL dit

    “si on additionne le nombre de licenciements dont tout ce petit monde est responsable directement ou indirectement”
    Eh bien on sera bien loin du nombre de création d’emploi dont tout ce monde (pas petit mais courageux) est responsable.
    Mis à part le haut fonctionnaire apparatchik Lamy, qui comme tout bureaucrate n’est responsable que de sa brillante et juteuse carrière perso. 

  • 10 Janvier 2013 à 14h52

    Sophie dit

    “Il la refuse, le fait savoir et met son nez dans le caca à ceux qui avaient cru l’amadouer”

    Pas “son” nez, Jérôme, “leur” nez (au singulier), sinon on dirait que c’est le nez de Tardi. Comme si lui-même fourrait son tarin dans la merde des décorateurs!

    Du caaaalme, je plaisante! ;-)

  • 10 Janvier 2013 à 10h36

    lesgalon dit

    Voilà le deuxième papier que je lis ce matin dans lequel l’auteur cède aux facilités du mélange des analyses pour faire un texte séduisant mais qui manque totalement de rigueur. Fidèle lecteur de Causeur depuis longtemps j’ai été habitué à plus de précision dans l’analyse et pas au laisser-aller, même talentueux, d’une mauvaise discussion de “comptoir”.
    En toute amitié (je suis et je resterai abonné !) 

  • 10 Janvier 2013 à 9h18

    rroseselavy38 dit

    Les élections, Jérôme ? Mais on les a déjà supprimées. C’était en octobre 1917… ce qui fait qu’il n’y eut jamais d’élections en Russie… vu qu’elles ne servaient “à rien”….

  • 10 Janvier 2013 à 6h57

    Jérôme Leroy dit

    Non seulement vous avez Sophie le monopole de ce que pensent les Belges sur FB mais en plus vous êtes l’arbitre des élégances.
    Alors on va mettre les points sur les i de Tardi donc.
    . Tardi est un très grand bonhomme, un libertaire dont l’univers a marqué tout une génération. Il est engagé politiquement tellement à gauche que j’en passerais pour un conservateur.
    Il n’a rien demandé, surtout pas la légion d’honneur.
    On la lui donne.
    Ca l’énerve. Le principe même de la décoration l’énerve.
    Il la refuse, le fait savoir et met son nez dans le caca à ceux qui avaient cru l’amadouer ou même, assez naïvement, lui faire plaisir.
    C’est pas l’astiquage d’argenterie, le savoir-vivre ou l’élégance. C’est de dire merde à qui fait semblant de ne pas comprendre quelles sont vos convictions.
    Je vous fais observer pour finir que ça lui est absolument égal que ce soit un gouvernement de droite ou de gauche puisqu’en bon libertaire, il sait que si les élections servaient à quelque chose, on les aurait depuis longtemps supprimées.

  • 9 Janvier 2013 à 23h26

    Sophie dit

    “et demander une décoration, c’est de la discrétion ????”

    Non. C’est bien pour cela que je dis que, à l’instar d’un titre, ça ne se DEMANDE pas, ça ne se refuse pas, et l’on en parle le moins possible.

    • 10 Janvier 2013 à 9h32

      Eugène Lampiste dit

      et on ne va pas les recevoir sous les ors de la République.

      ça doit sûrement se remettre en cachette, entre deux portes, toutes lumières éteintes. 

  • 9 Janvier 2013 à 22h01

    rroseselavy38 dit

    Cher Jérôme… Je ne vous prends pas pour un antisioniste ni un antisémite, soyons sérieux… Je veux dire que votre évocation de la GP, de Dominique Grange, de Benny Levy sous cette forme plusqu’élogieuse ne me satisfait pas…
    La lutte armée ? oui, on a failli y céder… mais que de bêtises j’ai pu entendre sur l’OLP, le MDPLP et “l’état sioniste”…
    Merci pour le reste… ce bouton, “rouge comme la honte” comme disait Férré…

  • 9 Janvier 2013 à 21h10

    Sophie dit

    “et pourquoi ça ne se refuserait pas ?”

    Parce que c’est une façon d’attirer l’attention sur le fait que l’on a été décoré. C’est un manque de discrétion de mauvais aloi.

    Bon, je vais briquer mon argenterie!

    • 9 Janvier 2013 à 21h49

      Eugène Lampiste dit

      manque de discrétion ?

      et demander une décoration, c’est de la discrétion ????