Tam-tams dans les Dom-Tom
Guy Sitbon en direct de Pointe-à-Pitre
Publié le 26 février 2009 à 10:26 dans Politique
Quand Elisabeth Lévy ne sait pas, elle ne fait pas semblant de savoir. “Moi, les Antilles, je n’y connais rien”, avoue-t-elle dans Causeur et je la lis à Pointe-à-Pitre, à la porte de la capitainerie du port où se tiennent les négociations entre le LKP (syndicats), les patrons et le préfet. J’attends, avec les autres reporters, les caméras et les radios qu’on nous annonce si c’est fumée blanche ou chou blanc, fin de la grève ou grand chambardement. Je serai peut- être obligé de m’interrompre en milieu de phrase, vous m’en excuserez Elisabeth. Puisqu’on a un peu de temps, je vais vous raconter deux ou trois choses que je sais d’ici.
La capitainerie donne sur une place noire de peuple, noire de Noirs. Ils sont là pour réconforter leurs délégués en musique. Tam-tams, chants, danses, battements de main ne cessent pas une seconde. Dans la salle de délibérations, les pourparleurs reçoivent le vacarme autant que moi. Le militantisme en liesse vous ravit les premières heures, au bout de quinze jours, vous brûlez d’envie de crever tous les tambours. J’imagine le préfet les nerfs en boule. Est-ce un supplice pour obliger les patrons à signer ? Faut voir.
Dans un mauvais jeu de mots, je vous ai décrit une place noire de Noirs, mais est-ce qu’ils sont vraiment noirs ? Tenez cette splendeur de fille, devant moi, à Nice on dirait qu’elle est bronzée. Mulâtresse, métis, quarteronne, il ne lui reste plus grand chose de la peau d’un de ces ancêtres africains. Ici, on la classe, elle s’identifie noire, négresse en somme. D’un Blanc doté d’une goutte de sang noir on dira qu’il est noir. D’un Noir aux ascendants 90 % blancs, on dira aussi qu’il est noir. Je vais vous dire pourquoi cet étrange partage, Elisabeth : les enfants d’une esclave engrossée par un maître blanc, sauf rarissimes exceptions, n’étaient pas affranchis pour aller grossir le nombre des asservis et maintenir la pureté de la race blanche. Aujourd’hui encore, nous conservons précieusement cette règle arrêtée par les marchands de chair humaine. On est comme eux ou quoi ? Il nous reste quelque chose d’eux ? Franchement ? Je le crois.
Je parlais tout à l’heure, sur la place, dans le boucan des bamboulas, avec Jean-Marie, un jeune instituteur. Un de ses grands pères, toujours vivant, est un fonctionnaire corse, ses parents sont métis, lui est assez foncé. Il en a plein les bottes de la race, des races, des racistes et des anti-racistes, Jean-Marie. “Je ne vais pas passer ma vie à m’interroger sur la couleur de ma peau, s’exaspérait-il. Je me fous de ma couleur et de la vôtre. L’esclavage ? Je l’ai étudié dans les livres comme vous, ça a été abject, abominable mais ce n’est pas ma vie. Il n’y a pas un seul souvenir de cette époque dans notre famille. C’est aussi lointain que Charlemagne. Et je vais gâcher mon existence à me définir sur ma pigmentation qui compte moins que votre gros nez ?” Jean-Marie voudrait entrer dans le post-racial. En élisant Obama, les Américains n’ont pas mis fin à la société de races – loin de là – mais ils ont exprimé le désir d’en ouvrir la voie.
Dans la foule, on distingue les tee-shirts bleus du service d’ordre marqués LKP Sécurité. Le LKP c’est un mouvement de libération nationale comme un autre, comme le FLN jadis en Algérie ou le Viet Minh d’Ho Chi Min. Rien de spécial, j’en ai rencontré mille dans ma vie. J’ai parlé des heures avec son chef, Elie Domota. C’est un nationaliste normal, il veut l’indépendance de son pays et puis c’est tout. Les 200 euros et les 200 autres revendications, c’est de l’habillage. Il est soutenu par tous les Guadeloupéens, comme tous les leaders nationalistes des pays colonisés sauf que je jurerais que l’indépendance, il n’en veut pas pour tout l’or du monde. Domota porte deux masques. Le premier c’est de se dire simple syndicaliste alors qu’il est un pur et simple leader indépendantiste. Le second masque c’est son indépendantisme. Il est plus français que vous et moi et il défendra bec et ongles sa véritable identité. Tous les Guadeloupéens, et Domota d’abord, tiennent à la France comme à la prunelle de leurs yeux mais ils voudraient bien devenir des Français à part entière, pas rester des Français entièrement à part, comme ils disent. Et pourquoi à part ? C’est bête comme chou, parce qu’ils sont noirs. La peau. Pas le nez, la peau. (Voilà près de six heures qu’ils négocient à l’étage. Nous, on leur envoie toujours nos coups de tambours).
Quel intérêt pour la France de s’incruster dans ses derniers lambeaux d’empire, “ces points imperceptibles dans le vaste océan” ? Pas le moindre. Si on y décelait un jour du pétrole croyez bien qu’ils nous videront dans le quart d’heure. Collons-leur l’indépendance de gré ou de force et qu’on n’en parle plus. La page des colonies est derrière nous, les dernières miettes ne nous occasionnent que des emmerdes. Bye bye la Guadeloupe, bon vent ! Oui, Elisabeth, on pourrait. Mais serait-ce bien futé ? Il y a quelque chose de grand, de très grand à faire ici et ce serait bien dommage de passer à côté.
La découverte de l’existence des races date de quelques siècles, d’hier. Souvenez-vous, nos grands parents exhibaient un Nègre en spectacle comme une incroyable curiosité. Les Africains pensaient que le Blanc débarquait d’une autre planète. Des gens si différents n’appartenaient sûrement pas à la même espèce. Etant ce que nous sommes, la pire des engeances, jouant de nos mousquetons, nous avons mis les Africains à l’amende dans trois siècles d’Auschwitz. Si les Africains avaient eu les armes, c’aurait été le contraire. Personne ne dira jamais ce que fut l’esclavage et la déportation en Amérique, c’est indicible. Dès lors, la peau noire fut associée au degré zéro de l’humanité. L’abolition a tout changé sauf la valeur de la peau. N’est-il pas venu le temps d’une deuxième abolition ? Les Antilles donnent à la France la chance, non de proclamer, mais d’œuvrer à une nouvelle déclaration des Droits de l’Homme. C’est en train de se faire en douceur. Pas mal de “métropolitaines” viennent ici pour trouver l’homme de leur vie, je les ai vus, ils sont très amoureux, merci, et leurs mouflets sont adorables. La nature a offert à la Guadeloupe le plus beau des cent départements français. Le post-racial, la prochaine étape le plus cruciale dans l’histoire de l’humanité, peut s’accomplir ici, pas encore aux Etats-Unis où il n’est encore qu’un espoir. Plus personne n’obéira au cri, à la politique du sang, ni les Blancs, ni les Arabes, ni les Juifs, ni les Noirs. Aux Antilles, la France peut se donner une mission qui la dépasse : réconcilier l’homme avec lui-même, pour le dire comme les cons. Mettre fin à la connerie humaine, pour le dire en vérité. Belle rupture, non Elisabeth ?
(Bon, on n’a pas que ça à faire, ils vont la finir cette négociation ? Ces tam-tams, j’en peux plus.)
-
L'auteur
-
Plus








La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
75Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous :
Pas encore abonné ? Pour commenter cet article :
1 an : 55 €
1 an : 34,90 €
20 articles verrouillés : 9,90 €
expat dit
je dois dire que la musique de rotil était bien mieux que ce troll ! comme on dit en anglais XP : that’ll teach you !
XP dit
@Malthus
Je n’ai aucune réponse à votre question, si ce n’est qu’en effet, je n’aurais pas dû le faire.
Je dirais pour ma défense un vieux fond Judéo-chrétien….
Mais j’arrête, promis!
Malthus dit
XP => simple question : Pourquoi, Diable, répondez vous à ce troll bas de gamme de JeanD ? Ne vaudrait-il pas mieux l’ignorer et le laisser se vautrer dans sa fange vu qu’il s’y sent si bien ?
Rotil dit
A la demande d’un causeur, j’ai mis en accueil la scène finale du Dom Juan de Mozart…
Il a une meilleure oreille que moi, mais c’est beau !
Jazzman dit
@XP
D’accord, je voulais seulement dire que la compétition est rude à ces sommets…
XP dit
Quoi que… Ca demande une mesure, comme on dit à la pétanque.
“tu m’a rencontrer mais ca ne t’a pas sauter au yeux que j’ai une bite de 20 cm qui a deja servit (certes peu), taille qui n’est pas etrangere a ma virilite un peu exagerer sur le net. mon clavier est bien un qwerty je t’envoi une tof quand tu veut. d’ailleurs je peutr te scanner des dissert a moi tu va baver dessus tellement le niveau de langue et les devellopements sont bons. jai pas besoin de jouer les gros dur : j’en suis un a cote des tapette comme vous. je n’ai peut-etre pas toute votre culture livresque mais moi j’ai les couilles bien attache,”
Ca risque de se finir au tir au but, cette affaire…
XP dit
@Jazzman
Nan!
C’est le notre, le plus fort.
Jazzman dit
Il est très fort, mais il y a d’autres athlètes de son niveau sur la toile, par exemple Monsterleaw sur le CGB.
SK dit
Punaise, je crois qu’on tient là le champion du monde.
JeanD dit
@XP
si vous aviez pris la peine de lire ms propos avant de les contredire et m’insulter, vous vous seriez rendue compte que les clichés grotesques – raciste serait trop fin de votre part : ces lieux communs sont simplement stupides – je les ai rendu aux dits analystes dans mon deuxième post. Vous aimez vous répéter, surtout dans l’éructation primaire de meute, prenant sans cesse à témoin vos “gars”, défendant la culture de vos petits copains, qui par ailleurs ne vous ont rien demandé. Vous aimez vous vautrer dans votre épaisseur. Soit. Permettez-moi en revanche, de ne pas aimer me répéter, surtout si je sais qu’il y a en face quelques difficultés d’assimilation. Je vous renvoie à mon texte, certes riche et aux phrases souvent à rallonge – je vois encore cette note d’une prof de français qui avait noté un “ne vous prenez pas pour Proust!” rageur sur un de mes devoirs, c’est une fâcheuse manie, je le concède – mais comportant l’essentiel des arguments que vous réclamez. S’ils ne vous sont pas bien apparus en première lecture, je vous suggère d’imprimer le texte et de le lire à tête reposée. Voire, pourquoi pas, de le commenter avec vos amis : à plusieurs, en vous le partageant, ça sera sans doute plus facile.
XP dit
Je vois que notre ami JeanD perd ses nerfs. C’est amusant.
“Les séries de clichés les plus grotesques les uns que les autres de vos colistiers, c’est ce que vous appelez “démonter” mes arguments? Eclat de rires.”
D’abord, c’est pathétique de se marrer tout seul, mais je vous propose une chose (de faire ce que vous auriez dû faire tout de suite, du reste):
Prenez ces “clichés” les uns après les autres, et démontrez en quoi ce sont des clichés et des assertions fausses, au lieu de vous répandre en insultes et en attaques personnelles et psychologisantes, c’est à dire faites ce qu’ont commencé par faire ce qui vous ont répondu, et qui ont cessé de faire quand ils ont vu qu’à priori, vous n’avez pas le niveau pour poster sur un site sérieux comme celui-çi. C’est comme ça, qu’on débat.
Dans l’attente de vous lire, donc.
Malthus dit
Plus l’équipe s’accroit, plus le niveau global des articles baisse. On dirait que la charte initiale n’est plus respecté :
“Et ne seront publiés comme auteurs que ceux que nous jugerons à la hauteur (pour les commentaires, nous ferons une entorse à nos principes aristocratiques en les acceptant tous). Car autant l’avouer : nous ne croyons pas à l’égalité de tous devant les idées.”
Ce discours métissagiste aurait pu tout aussi bien passer dans Télérama. Pas d’information, juste un opinion correspondant à la doxa.
Causeur se ramollit et se perd. Dommage, c’était si bien parti…
JeanD dit
voilà, on y est : agression. Violence. Eructation vociférante. Un rat reste un rat. Le vrai visage : admirez. Vous grouinez, si je “fais le singe”, manifestement, vous singez le porc, voire, ce serait plus précis : la truie.
Les séries de clichés les plus grotesques les uns que les autres de vos colistiers, c’est ce que vous appelez “démonter” mes arguments? Eclat de rires. Personne n’a démonté quoique ce soit, vous le savez très bien. Et en plus de vous accrocher sans cesse à votre meute – manifestement, toute seule, vous avez du mal – vous vous fendez d’une pathétique crise d’autoritarisme. “Dehors” vous dites, vous avez les clés du forum? Tiens-donc. Si j’avais le même type de vulgarité que la votre, je qualifierai cet autoritarisme de crise de mal b. Je préfère dire que, vraisemblablement, vous avez un problème avec les hommages, voire, les honneurs. Pas très étonnant vu les fumets que vous dégagez rien que sur un forum, j’imagine ce que ça doit être en face… Ca en est fascinant.
XP dit
On avait dit fin de la conversation, abruti.
Tant que vous aurez recours aux attaques psychologisantes et aux attaques personnelles pour fuir la confrontation des arguments (les votres ont bien été démontés l’un après l’autre), vous aurez toujours des insultes en retour. Non, bien sur, les attaques psycholisantes, c’est à dire la disqualifiquation de l’adversaire décrété comme inapte à l’argumentation pour ne pas avoir à lui répondre sur le fond) n’ont pas leur place dans une conversation.
Il vous a été démontré que vous aviez tort et que vous refusiez toute forme de confrontation, préférant l’insulte, qui, en effet en appelle d’autres en retour..
D’un mot, on ne peut pas confronter ces idées avec quelqu’un qui ne sait pas le faire.
Dehors, le troll!
JeanD dit
Le singe, mmmm, c’est bon ça aussi, rapport au chasseur cueilleurs je suppose : le grand frisson… Ca sent bon ça comme effluve tout ça, tiens donc ! Ca vous excite, manifestement. Grand bien vous fasse. Cela dit vu l’aigreur qui suinte de vos réponses, ça ne doit pas vous arriver souvent. De vous faire du bien.
Vous n’avez toujours pas compris ad hominem, pas grave ; mes références à la psychologie sont des arguments comme les autres, pourquoi les dénoncer plus que ceux se rapportant a l’histoire, à l’anthropologie…? je vous le confirme : psychologisant, historiologisant… j’utilise tant que faire se peut, j’essaye, une variété d’arguments, et alors? Le souligner ne fait que mettre en exergue vos limites, car, certes, je ne me satisfait pas de me répéter de façon creuse comme vous, je ne me contente pas de grossièretés épaisse comme vous, mais même dans ce domaine votre vocabulaire semble limité (“abruti”, sur deux de vos réponses : peut mieux faire, matrone!). Tout cela dégouline d’odeur pas très bonne, de diverses frustrations qui vous rendent vulgaire. Je vous souhaite de les dépasser. Courage.