Syrie : Moscou et Téhéran changent de braquet
Lâcher Assad, c’est tout un art
Publié le 26 décembre 2012 à 9:00 dans Monde
Mots-clés : Frères musulmans, Iran, Russie, Syrie

« Je ne suis pas l’avocat du pouvoir syrien. Il convient avant tout de se mettre d’accord sur l’avenir de la Syrie, sur l’intérêt de tous ses citoyens, de toutes ses minorités ethniques et confessionnelles. Toutes les parties doivent s’asseoir à la table de négociations.»
Ce lâchage en rase campagne de Bachar Al-Assad est signé Vladimir Poutine. Après que le vice-ministre russe des Affaires Etrangères a récemment jugé « possible » la victoire finale des insurgés, cette nouvelle déclaration vient officialiser un secret de polichinelle : le soutien de Moscou à Assad ne tient plus qu’à un fil.
Alors que la rébellion contrôle plus de 60% du territoire syrien et que le pouvoir numérote ses abattis à Alep et Damas, les derniers soutiens diplomatiques d’Assad préparent déjà la transition politique en lançant des signaux de moins en moins discrets. Plus l’échéance approche, plus il devient urgent pour Moscou comme pour Téhéran de trouver une monnaie d’échange au lâchage définitif d’Assad, afin de préserver au mieux leurs intérêts politiques, économiques et militaires dans la Syrie post-baathiste.
Du côté de Téhéran, on observe d’un œil de plus en plus critique la répression aveugle qui s’est abattue sur l’insurrection syrienne laquelle, contrairement au mouvement anti-Ahmadinejad de l’été en 2009 en Iran, s’est militarisée et a pris grande ampleur. Depuis plusieurs mois, les hiérarques de la République islamique tente de tempérer la brutalité répressive de l’état-major syrien tout en dépêchant des flopées de conseillers militaires à Damas, histoire de marier la carotte et le bâton. Pour ce qui est de la carotte, les mollahs savent y faire et se sont même trouvé un allié taillé sur mesure en la personne de Haytham Maanar. La soixantaine, cet opposant de longue date à Assad vit exilé à Paris, où il a créé de mystérieux comités de coordination. Au déclenchement de la guerre civile syrienne, il a enfourché un cheval de bataille unique en son genre : préparer une alternative d’un coté, fustiger l’opposition reconnue par l’OTAN de l’autre, en tenant un discours diplomatique proche à s’y méprendre de la propagande officielle syrienne. En visite à Téhéran début décembre, Manaar n’avait pas de mots assez durs contre l’Armée Syrienne Libre et les vassaux syriens du Qatar et de la Turquie, dénonçant au passage le péril salafiste et le terrorisme attisés par les autorités syriennes. Derrière cette prudence de bon aloi, les appels à une transition négociée et les échanges d’amabilités auxquels se livrent Manaar et ses amis iraniens, se cachent un jeu de donnant-donnant : Haytham Manaar pourrait incarner un Assad light, qui poursuivrait la même politique étrangère et prolongerait l’alliance stratégique avec Téhéran, l’image du satrape oriental en moins. Manaar et les dirigeants iraniens, en se légitimant l’un l’autre, appliquent le vieux proverbe russe « tu me grattes le dos, je te gratte le dos ».
La volte-face iranienne trouve d’ailleurs son pendant à Moscou, où l’on a reçu toutes les figures de l’opposition syrienne depuis des mois. À ceci près que Vladimir Poutine a décidé de repenser l’ensemble de sa politique arabe, à la lumière des changements intervenus l’année écoulée. L’inflexion de la position russe à l’égard d’Assad s’inscrit ainsi dans un redéploiement diplomatique de grande ampleur, qui passe notamment par l’ouverture de relations inédites avec les Frères Musulmans, au pouvoir en Egypte. Jusqu’ici classée parmi les organisations terroristes à Moscou, la confrérie qui détient les rênes du pouvoir au Caire, deviendra probablement l’un des interlocuteurs régionaux de la Russie. Sans rompre l’alliance et l’aide américaines, le président Mohamed Morsi aurait tout intérêt à prendre langue avec l’une des rares grandes puissances qui reconnaît et accueille les dirigeants du Hamas depuis 2006 tout en entretenant des relations économiques assez poussées avec Israël. En cas d’escarmouches entre Israël, Gaza, le Sinaï et Le Caire, Moscou pourrait jouer un rôle d’intermédiaire plus acceptable par la rue égyptienne que le grand frère américain, ce levier crucial que tous les gouvernants arabes préfèrent actionner en coulisse.
Mais bien au-delà de la seule Egypte, Poutine cherche à se donner de l’air. Il est évident que l’axe Damas-Téhéran a vécu, quels que soient les efforts conjugués de Manaar et de la direction iranienne pour le perpétuer contre vents et marées. Puisque le Kremlin dit craindre comme la peste la contagion salafiste qui s’abat sur des pans entiers du monde arabe, il n’est pas saugrenu de trouver un terrain d’entente avec la mouvance des Frères, dont les surgeons sont au gouvernement du Maroc à l’Egypte en passant par la Tunisie et sans doute demain la Syrie. Ce faisant, Moscou s’émancipe d’autant mieux de Téhéran que la théocratie chiite ne peut décemment se résigner à abandonner son projet de guidance spirituelle et politique du monde musulman, a fortiori au profit d’une organisation considérant les chiites en « apostats ».
Entre un Iran néo-khomeiniste qui ne sait pas renoncer à ses mythes révolutionnaire et une ploutocratie syrienne en pleine décomposition, on comprend que la Russie prenne le large. En politique étrangère aussi, les mariages se font de plus en plus précaires…
*Photo : FreedomHouse.
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L'auteur
Daoud Boughezala est rédacteur en chef adjoint de Causeur.
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25Ratuma dit
http://www.infosyrie.fr/actualite/bachar-2/#comment-166505
Ratuma dit
http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=90906&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1
un autre son de cloche ……….
Ratuma dit
Allez sur : info syrie.com
et vive NATO, le qatar et l’arabie saoudite
Fiorino dit
@ perso
“On ne peut nier une entreprise de désinformation primaire et bestiale sur les dossiers Irak, Afghanistan, Lybie et Syrie.”
Beh si, moi je nie avoir été desinformé par la presse officielle sur l’Irak qui était majoritaitement contre l’intervention en tout cas en France et plus généralement en Europe. Sur la Syrie, je vous signale que les médias officiels n’ont pas hésité (y compris causeur) à reprendre l’intox “attentat suicide” quand parfois il ne s’agissait même pas d’actions des rebelles mais des reglèments de comptes au sein du régime. La Syrie ce n’est pas la Libye qui n’est pas l’Irak. Je dirai même que sur l’Irak les médias français ont exageré sur la presumée opposition du “peuple” irakien à une guerre. En realité les seuls opposants étaient la minorité sunnite au pouvoir depuis l’empire ottoman. Pour ma part je crois qu’il a jamais été question pour les USA d’intervenir en Syrie (même Kissinger a écrit un papier contre l’intervention en Syrie).
eclair dit
@fiorino
axe du mal selon bush afghanistan, irak, syrie, lybie, iran corée du nord.
De cet axe combien en reste-t-il?
Fiorino dit
Je ne savais pas que bush était un média. Justement il me semble que les médias européens ont largement critiqué ce genre de discours. Après pour la libye l’axe du mal a fonctionné car Khadafi a eu très peur de faire la fin de saddam sous bush et a commencé à collaborer avec les américains. On n’est pas aux USA. La désinformation c’était la bas. Nous on a eu droit a des exces de l’autre côté. Vous savez qu’en Italie le complot plus populaire sur cette guerre c’est que c’était une guerre contre l’euro parce que saddam voulait vendre son petrole en euro ce qui aurait déstabilisé le dollar?
eclair dit
@fiorino
Cela n’as rien d’un complot.
Si les échange mondiaux ne se font plus en dollar alors de facto le dollar devient une monnaie de singe s’ils continuent à imprimer à tout vas du dollar.
Fiorino dit
Et bien c’est justement sur cela que la presse européenne a été pas très clair. Car on nous a bassiné avec la guerre de bush contre les musulmans, l’islamophobie, le racisme tue les irakiens… peut-être au fond qu’il y avait une communauté d’interêt entre les proaméricains et les antiaméricains mais aussi anti-ue à voir exploser l’euro. De toutes les explications celle-ci me paraît la plus plausible. D’ailleurs d’autres pays était intéressé à vendre le petrole en euro.
Bibi dit
Pierre,
Les armes chimiques ne sont ni poétiques ni drôles.
Et ce n’est pas parce que vous êtes à qq milliers de Km que vous êtes plus ou mieux protégé.
Pierre Jolibert dit
Je le sais parfaitement.
panpan2017 dit
Merci Daoud. Difficile de connaître tous les ressorts de la situation en Syrie. Et encore plus de prévoir où va la Russie dans ce dossier où ses intérêts ne sont pas forcément liés à Assad lui-même. Mais votre éclairage est pertinent et apprécié.
MONCHERETBEAUPAYS dit
En prendre et en laisser…intéressant
http://www.realpolitik.tv/2012/11/aymeric-chauprade-ou-vont-la-syrie-et-le-moyen-orient/
Fiorino dit
La Turquie et la Russie fort de leur cohésion idéntitaires???
“Enfin il ne faudrait pas oublier les inquiétantes évolutions dans certains pays d’Europe de l’Ouest comme la France, le Royaume-Uni, la Belgique, pays ou des minorités musulmanes sunnites de plus en plus structurées sur le plan identitaire, de plus en plus revendicatives sur le plan de l’islam, de plus en plus financées par les monarchies sunnites”
Ah oui parce qu’en Russie il n’y a pas de minorité sunnite idéntitaire… en Inde et en Chine non plus d’ailleurs. D’ailleurs l’auteur soutient que la France aide les djihadistes en Syrie, mais avec quels preuves? Pour l’instant il y a eu bien des djihadistes français qui ont été arrêtés avant de partir en Syrie. Reduire la rebellion syrienne à uniquement des terroristes ne me paraît pas très sérieux. D’autant plus que les attentats suicides sont limités voir inexistants (pour l’instant le régime syrien n’a pas été foutu de nous communiquer un seul nom d’un attentateur suicide).
MONCHERETBEAUPAYS dit
Le fait est que la désinformation règne partout et tout le temps, c’est un vrai sport cérébral d’arriver à séparer le vrai du faux…
Certes, il reste encore le bon-sens…même si ça n’est pas toujours suffisant…
Bibi dit
http://www.israelhayom.com/site/newsletter_car.php?id=477&print=1
Bibi dit
Pour qui se souvient, en juin un pilote syrien a déserté avec son MiG-21 en Jordanie. L’avion soviétique a subi qq modifications:
http://www.israelhayom.com/site/newsletter_article.php?id=6845
Et puis, il y a les saoudiens
http://asharq-e.com/news.asp?section=2&id=32254
Pierre Jolibert dit
Un avion programmé par la Russie nouvelle pour être sans pilote, ce courageux pilote syrien était le dernier… si je comprends bien, maintenant, si on se trouve sur un esquif en mer Rouge et qu’un avion est abattu, il n’y a plus aucune chance d’en voir sortir un pilote estonien borgne… Ah, Szut, Szut, où doit-on maintenant chercher la poésie dans ce monde ?
perso dit
je ne suis pas aussi sur que vous de cette inflexion politique qui tient plus de la méthode Coue et de l’alignement sur les schemas de pensees dominants que sur une analyse serieuse de la situation. Cela fait deux ans qu’on nous dit que le regime syrien est a bout de souffle, peut-etre devriez-vous interroger le peuple syrien lui meme au lieu de parler a sa place. Vous seriez surpris de savoir a qul point la majorite du peuple soutient le regime en place qui, que vous le vouliez ou non, est un regime legitime represente a l’ONU. Faut-il vous soumettre quelques sources d’information que visiblement vous en semblez pas avoir? Quant a la Russie, elle n’est pas prete du tout a abandonner le regime en place, contrairement a vos souhait, la mise ne place de missiles Iskander en replique aux Patriots est un exemple frappant de l’implication sans complexe de Moscou dans le conflit. Les dernieres declarations du ministres des affaires etrangeres russe ur le fait qu les occidentaux s’accommodent tres bien du niet au conseil de securite sur une intervention OTAN n’ont d’ailleurs ete l’objet d’aucun commentaires des chancelleries concernees. Le coup et les consequences d’une interventions seraient disproportionnes voire incalculables, cela conforte Moscou dans sa postue.
Fiorino dit
DB ne souhaite pas particulièrement la chutte d’Assad, moi j’en ai un peu marre des soutiens de Assad qui croient être les seules à detenir la verité face un complot occidental qui voudrait le faire chuter. Vous tenez avec la Russie très bien, mais on n’est pas dans une partie d’échec.
perso dit
Bonjour, je tiens surtout avec la verite – fut-elle russe sur l dossier syrien – et les jugements hatifs et orientes des medias m’insupportent ca ils sont une insulte a l’intelligence du citoyen. Les grands medias devrient se mefier de e pas prendre le lecteur moyen pour un gogo, la blogosphere prend une importance enorme et pourrait avoir raison d’eux. Les gouvernement subventionnent ces medias en pertes de vitesse et allegent les impots des journalistes, mais pour combien de temps? Les journalistes n’ont-ils pas des problemes de conscience? Je sais que soutenir une these inverse de la doxa vous ferme les portes et vous condamne comme un pestiféré…. c’est un choix.
Fiorino dit
La blogosphère a mis en circulation tellement des bobards sur le dossier syriens (réprises par les grands médias)…
1) Les officiers français arrêtés en Syrie, info d’un site russe, dès 100 sont tombés à 7 ou 8 et toujours pas leur nom.
2) Le bobard sur la présence des troupes anglaises et françaises en Syrie attribué au Guardian.
3) Soeur Delacroix une pro assad source officielle du Figaro et de La Croix
4) Les victimes de Houla tous alaouites (intox totale de Cattori réprise par un quotidien allemand)
perso dit
Je suis d’accord… Mais aussi beaucoup de vérités passées sous silence par les grands médias! On ne peut nier une entreprise de désinformation primaire et bestiale sur les dossiers Irak, Afghanistan, Lybie et Syrie. La blogosphere a ouvert les yeux sur ces machinations, c’est tout a son honneur. N’en déplaise aux politiques et journalistes officiels.
Fiorino dit
@ Daoud
L’hypothèse d’un Etat alaouite sur la côte est desormais ecartée?
Bibi dit
Buongiorno, extrait du premier lien ci-dessus:
Fiorino dit
Merci bibi!