Syrie: Donald Trump applaudi par les droits-de-l’hommistes! | Causeur

Syrie: Donald Trump applaudi par les droits-de-l’hommistes!

Quand la gauche française rejette l’héritage d’Obama

Auteur

Hadrien Desuin
est expert en géo-stratégie, sécurité et défense.

Publié le 10 avril 2017 / Monde

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Donald Trump. Sipa. Numéro de reportage : AP22038369_000021.

«C’était le premier grand test international pour Donald Trump et il a choisi d’y répondre avec célérité et  fermeté (…) Le visage grave, la voix très posée, le milliardaire a ensuite appelé toutes les «nations civilisées» à se joindre aux Etats-Unis «pour chercher à mettre fin au massacre et au bain de sang en Syrie». » Lorsqu’il écrit sur Donald Trump, le correspondant à New York de Libération peine à dissimuler son admiration. Et c’est peu dire que le ton a changé à gauche lorsqu’on parle du Président des Etats-Unis.

Le nouvel espoir de la gauche atlantiste

Accusé d’être un agent du Kremlin et une marionnette téléguidée par Poutine il y a encore quelques jours, Donald Trump est devenu le justicier que la gauche atlantiste attendait depuis l’élection de Barack Obama. On se pince quand on entend Benoît Hamon rendre hommage au nouveau président: « L’administration Trump a montré la nuit dernière qu’il y avait un coût à franchir certaines limites. Bachar al-Assad est directement responsable des frappes américaines ». On peine à reconnaître celui qui accusait Facebook d’être coresponsable de la victoire de Trump au lendemain de son élection: « Nous sommes entrés dans une ère de postvérité, de démago-politique, où la parole coup de poing et la posture télévisée comptent plus que l’examen raisonné de leur bien-fondé. » Une expertise digne des meilleurs décodeurs médiatiques !

Il faut toutefois reconnaître que Donald Trump a lui aussi changé de discours. Pour justifier ses frappes, il n’a pas su retenir son émotion: «Par le biais d’un agent neurotoxique mortel, Assad a arraché la vie à des hommes, des femmes et des enfants sans défense (…) les petits enfants et même de beaux petits bébés (…) Leur mort fut un affront à l’humanité. Ces actes odieux commis par le régime Assad ne peuvent pas être tolérés“. Les images brandies par Nikkie Halley, la nouvelle ambassadrice américaine à l’ONU, étaient en effet insoutenables au regard. De tels sentiments de la part du président américain qui a fait preuve d’une telle rapidité à frapper (sans attendre l’aval du Conseil de Sécurité des Nations Unies), il n’en fallait pas plus pour séduire les partisans d’une vision morale des affaires étrangères. Même Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, a salué «un coup d’éclat américain».

 

Obama savait raison garder…

Les images tournées par les fameux “casques blancs” et relayées par le très contestable Observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres ont suffi à retourner la situation internationale. Hier parangon du réalisme en politique étrangère, défenseur égoïste des intérêts américains, Trump est aujourd’hui au diapason des wilsoniens les plus agressifs. John McCain et Lindsey Graham se sont joints à Marco Rubio pour saluer l’initiative.  À croire qu’il fallait un lâcher de missiles Tomahawk pour asseoir son autorité présidentielle. La presse est paradoxalement rassurée: les Américains n’ont pas élu un fou à la Maison Blanche mais au contraire un “commandant en chef” responsable. Elle en redemande et craint que l’intervention du 7 avril ne soit qu’un coup de semonce ponctuel. ”Le raid sur Shayrat est un coup de semonce qui ne peut rester sans lendemain diplomatique.conclut Daniel Vernet pour Slate.

Que la caution humanitaire soit apportée par des alliés d’Al-Qaïda en Syrie importe peu au regard des souffrances et des victimes. Dans la décision américaine, il n’y a pas eu de prise de distance, ni de calcul rationnel comme le fit Obama en 2013. L’ancien président avait confié, dans un entretien à la revue The Atlantic, s’être isolé à la Maison Blanche pour prendre une décision qui allait à l’encontre de sa propre administration. Avec le recul, Obama avait jugé avoir pris la meilleure décision de sa présidence. Trump, lui, n’a pas hésité. Il a été touché personnellement par les images. Et ça plaît aux néo-conservateurs des deux rives de l’Atlantique. Sur Twitter,  Hillary Clinton avait enjoint la veille de l’attaque le nouveau Président d’attaquer les bases aériennes syriennes. François Hollande demandait une telle action depuis près de quatre ans. Benoît Hamon peut se féliciter : avec Trump, l’Amérique est à nouveau le gendarme du monde.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 13 Avril 2017 à 0h01

      buddy dit

      Je n’ai pas réussi à trouver l’info : le bombardement chimique a-t-il été fait à partir d’avions ou par des bombardement sol-sol.

      Ce qui est sûr, c’est que les rebelles islamistes savent maintenant qu’il suffit de gazer quelques enfants et de faire parvenir les photos à l’ONU pour que les Américains se retournent aussitôt contre ASSAD…

    • 12 Avril 2017 à 3h50

      lumièr dit

      Trump rend la démocratie inopérante. Il trahit ses promesses de candidat. Il a succombé au pouvoir pour le pouvoir ou son semblant de pouvoir personnel du fait de l’État profond.

      Par ailleurs, ne faisons pas d’Obama ce qu’il n’est pas. Il a permis par l’Arabie saoudite, le financement de rebelles islamistes contre le régime Assad, permettant une atroce guerre civile. Les islamistes d’Al Nostra sont plus barbares que la répression politique d’Assad et avec L’état islamique promettent le totalitarisme.

      Obama a permis la guerre de Lybie et avec les Français et britanniques a fait renverser un régime stable avec Khadafi.

      Un président américain n’a pas la vocation d’être un grand président ou d’être un président juste.

    • 10 Avril 2017 à 22h01

      Pol&Mic dit

      à partir du moment où l’on tape sur une Droite hypothétique, sur Bachar al Assad, les ONG et/ou les socialistes sont forcément contents….

    • 10 Avril 2017 à 18h24

      clark gable dit

      Toujours le pouce levé le Trump , comme ces piétons qui vous remercient de les laisser traverser
      C`est dire si ce président est simple et direct dans ses attitudes !

      • 11 Avril 2017 à 10h30

        Cervières dit

        Pouvez vous nous prouver que cette attitude correspond au problème et au moment évoqué?

    • 10 Avril 2017 à 17h42

      Dark Horse dit

      On peut trouver horrible de tuer des enfants, et c’est normal. Mais que penser quand on voit des enfants de 5 ans, tuer des otages ? Ou des enfants envoyés dans une foule, avec une ceinture d’explosifs ? De plus, l’attitude irréfléchie de Trump, va conforter les jihadistes dans leur idée que les enfants constituent un excellent bouclier humain. Ces mêmes enfants, qui dans quelques années prendront les armes. 

    • 10 Avril 2017 à 17h03

      Fioretto dit

      J’avoue que j’ai vraiment du mal à comprendre le sens de l’intervention de Trump, à part exciter les néocons qui croient voir le signe du retour de l’Amérique ça rime à quoi ? Le soir la base bombardé était déjà opérationnelle.

    • 10 Avril 2017 à 16h57

      ERVEFEL dit

      Vite sortir de l’Otan! Ça urge!
      On l’a déjà échappé belle avec l’affaire du sukoï abattu.
      Si ça continu, on va bien finir par gagner le cocotier que certains souhaitent décrocher ardemment.  

    • 10 Avril 2017 à 16h41

      steed59 dit

      et à part ça y-a-t-il eu une enquête indépendante (si cela est encore possible) pour déterminer les circonstances de cette attaque “chimique” ? Pour la prise de décision, ça aurait pu se révéler utile.

    • 10 Avril 2017 à 16h39

      IMHO dit

      Quel calcul rationnel ? Il faut cogner , c’est tout . Et continuer à cogner .

      Il y six ans , il fallait tuer El Assad dans son palais , qui est à sept cent mètres des plus proches habitations , avec un missile de croisière armé de ça :
      https://en.wikipedia.org/wiki/B61_nuclear_bomb

      Ni vu ni connu , on sauvait la vie à cinq-cents mille êtres humains .

      • 10 Avril 2017 à 19h13

        saintex dit

        Et l’avantage est que pour le même prix on donnait à notre allié Turc le passage d’un gazoduc déjà caduc.
        Surtout avec tout l’argent dépensé pour tenter d’éloigner un peuple de son tyran. Parce qu’un tyran non soutenu par son peuple et attaqué par trois bords ne peut tenir plus de quelques mois.
        Et c’est pas tout. Il avait déjà employé des gaz selon une “enquête indépendante”. L’histoire a bien montré qu’il ne faut surtout pas attendre qu’il y ait des complotistes pour dire que, comme les armes de destruction massive…
        Trump a réagi au sentiment ? Superbe analyse au réalisme confondant !!! Mais alors dîtes-nous M. le rieur, quel est son moteur ? Et bien je n’en sais rien, mais ça au moins j’en suis sur. Un des plus grands défauts de l’homme est d’avoir besoin de savoir et de croire y parvenir.
        Et comme nous le dit la compable, foin de calcul rationnel, cognons !

    • 10 Avril 2017 à 16h11

      A mon humble avis dit

      Moralement compréhensible, politiquement illégal et géopolitiquement désastreux.
      Une nouvelle fois les États-Unis se sont assis sur le droit international (un gendarme qui viole les lois pour imposer la sienne!), et ont réduit le Conseil de Sécurité de l’ONU au rang de machin bavard et inutile: faut-il applaudir?
      La résolution des conflits au Moyen-Orient, incluant la lutte contre Daech et donc contre le terrorisme, passe obligatoirement par un dialogue constant et des accords avec la Russie. Trump fait le contraire d’Obama militairement, mais en réalité s’aligne sur sa politique d’opposition avec Poutine, ce qui rend illusoire tout espoir de paix.
      En bombardant le régime syrien, Trump devient l’allié objectif des djihadistes: Assad est un tyran sanguinaire, mais qu’est donc Al-Qaïda, allié des opposants au régime?
      Il confirme aussi par ce volte-face inattendu qu’il est vraiment totalement imprévisible: lui-même ne sait certainement pas ce qu’il va faire demain et encore moins avec quelles conséquences: rassurant?
      En bref, une politique de cow-boy, le doigt sur la détente prêt à défourailler à tout-va sans se poser une seule question, et la gauche se pâme…
      D’Obama à Trump, de la faiblesse à la stupidité: croyez-vous que le monde y ait gagné?

      • 11 Avril 2017 à 11h41

        Ex Abrupto dit

        Ayant fréquenté nos amis américains pendant plus de trente ans, j’ai bien compris qu’ils étaient profondément “libéraux”. Façon cow boy : j’ai un plus gros revolver que le tien, alors j’ai forcément raison.

        Ils s’en servent avec une analyse de la situation très “rustique” (pour être gentil). Car semble-t-il ils n’ont pas vu que, ce faisant, ils aidaient les islamistes.

    • 10 Avril 2017 à 16h06

      pgrand dit

      Ouf!
      Nos belles âmes.
      peuvent être soulagées.
      Elles étaient horrifiées à l’idée que Trump serait peu interventionniste, et l’ont d’ailleurs vomi jusqu’à maintenant, pour cela entre-autres.
      Fausse alerte donc, il va continuer le job de ses prédécesseurs et mettre le monde à feu et à sang, on respire!!!

    • 10 Avril 2017 à 15h11

      Aristote dit

      Cette décision est un pur calcul politique. Elle est destinée à son opinion domestique, ni à Vladimir ni à Bachar qui n’en sont pas à un tir de missile près.