Le tour du monde en surf | Causeur

Le tour du monde en surf

“Endless summer” ou la liberté des sixties

Auteur

Vincent Roussel
est cinéphile. Il tient le blog Le journal cinéma du docteur Orlof

Publié le 21 août 2016 / Culture Sport

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(Photo : Bruce Brown Films)

The Endless summer se révèle être une jolie surprise. Sans doute parce qu’en 1966, le surf n’était pas encore devenu le phénomène mondial qu’il est aujourd’hui. Et surtout, il n’avait pas alors cette image de « sport extrême » réservé aux californiens blonds à la mâchoire carrée. Certes, nos deux héros n’hésitent pas à reluquer, de temps en temps, quelques appétissants fessiers mais le ton général est beaucoup plus bon enfant que l’image qu’on peut avoir du surf aujourd’hui (avec ses machos décérébrés et son sens de la compétition à tout crin).

Bruce Brown ne filme ici que des passionnés de la vague. Après un prologue où le cinéaste narrateur n’hésite pas à se montrer pédagogue en donnant quelques détails techniques sur ce sport de glisse, le projet de The Endless summer se dessine doucement. Pour les deux surfeurs californiens, il s’agit de faire un tour du monde des plages afin de prolonger indéfiniment l’été et d’effectuer une quête quasi mystique à la recherche de la « vague parfaite ».

Robert et Mike embarquent d’abord pour l’Afrique puis leur périple se prolonge en Australie et en Nouvelle-Zélande pour se terminer à Tahiti et Hawaï. Au départ, on craint un peu l’attitude du colon américain paternaliste et méprisant l’autochtone comme un vulgaire pilote du Paris-Dakar, notamment lorsque le narrateur se plaint des prix trop élevés au Sénégal. Mais très vite, l’arrogance du touriste blasé se mue en une flânerie voyageuse beaucoup plus sympathique.

Bien sûr, on ne va pas voir The Endless summer en imaginant un essai anthropologique mais lorsque le temps d’une belle séquence, nos surfeurs yankees apprennent à des enfants africains les rudiments de leur art, on réalise que ce documentaire est avant tout placé sous le signe du partage. Partage d’une passion qui n’était pas encore un sport de compétition puisque Brown ne se prive pas de montrer les ratés, les chutes et de souligner les dangers encourus lorsqu’il s’agit d’affronter les plus grosses vagues.

Sorti en 1966, The Endless summer est surtout un document sur une époque et sur une jeunesse éprise de liberté, d’aventures et de voyages. Entre deux séances de surf, nos voyageurs découvrent la faune des différents pays, font des rencontres amicales, flânent tandis que le narrateur nous donne des précisions climatiques et géographiques. Mais il y a surtout cette quête quasi-mystique d’une certaine idée de la perfection : un été sans fin, la vague qui vous portera indéfiniment et une parfaite symbiose entre l’homme et la nature.

Le plus touchant avec ce film, c’est le décalage que l’on ressent en le découvrant aujourd’hui. Seulement 50 ans se sont écoulés mais on a le sentiment d’être propulsé dans un univers lointain où certaines zones du monde n’étaient pas encore envahies par l’industrie du tourisme et où l’on pouvait encore découvrir des endroits quasiment vierges de toute présence humaine. Il plane donc sur ces aventures une sorte d’insouciance en parfaite adéquation avec les aspirations utopiques de cette fin des années 60.

Plus qu’un anecdotique documentaire sur la glisse, The Endless summer révèle alors son véritable visage : un film sur une génération et une jeunesse à jamais révolue…

The Endless summer (1966) de Bruce Brown. Version restaurée en salles depuis le 10 août 2016.

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