Surenchère droitière ? Chouette alors !

Être Français n’est pas un droit acquis

Publié le 06 août 2010 à 10:00 dans Société

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Le discours prononcé par Sarkozy à Grenoble a provoqué comme on pouvait s’y attendre de nombreuses réactions. Peu variées mais nombreuses. Ce n’était pas le premier sur ce thème et sur ce ton mais on ne peut pas dire que les critiques aient brillé par leur originalité. Comme d’habitude, comme pour les peines-plancher ou l’interdiction de la burqa, les propositions avancées sont inacceptables et inapplicables, scandaleuses et anticonstitutionnelles, contraires à notre histoire et à nos valeurs.

Le braillomètre s’affole : c’est bon signe !

Même si ces réponses au gouvernement prennent des airs pavloviens, quand le braillomètre s’affole, on ne boude pas son plaisir et quand la Ligue des Droits de l’Homme nous met en garde, quand la LICRA contacte le MRAP pour envisager une action en justice concertée (après les propos tenus sur les roms), on peut espérer que la répression qui suivra sera à la hauteur de nos besoins.

Nos vœux pourraient être bientôt exaucés car les 537 camps de « gens du voyage » illégaux, connus depuis longtemps des pouvoirs publics et dans lesquels la police n’entre pas vont être évacués. Est-ce le début d’une reconquête de nos territoires perdus ?

On dénonce partout une surenchère droitière. Je m’en réjouis parce que, dans l’épreuve de force engagée entre le pouvoir et le crime, la surenchère reste la bonne solution à moins de lui préférer l’attentisme ou la défaite, ou de chercher une autre voie mais pas trop longtemps.
On peut aussi regretter que les choses n’aillent pas plus vite et déclarer avec le Front national « Assez de bavardages ! », mais en démocratie, le rouleau-compresseur de la loi avance très lentement, respecte la signalisation des contre-pouvoirs, et son carburant, c’est l’opinion. Il faut donc commencer par la gagner. Ce qu’on peut espérer, c’est, qu’une fois lancé, rien ne l’arrête. Sur ce plan-là, les images récentes d’une expulsion de clandestins à la Courneuve, visibles sur le site du DAL, peuvent nous rassurer.

J’ose espérer que ces discours sécuritaires ne visent pas seulement la réélection mais qu’ils tâtent le terrain et préparent l’action. On lance une idée, puis des sondages et on sait (à la louche) de combien de divisions électorales on dispose avant de lancer une offensive. Ça peut sembler vulgairement populiste et on pourrait se contenter de demander son avis à Robert Badinter, ce qui serait beaucoup plus distingué et assurément constitutionnel. Moi, je ne suis pas fâché qu’on se soucie de mon opinion, et même de mes bas instincts de survie.

Quand les propositions présidentielles désacralisent le droit du sol ou l’irrévocabilité de la nationalité française, la plupart des analystes ont mal à la Constitution. À les entendre, c’est l’âme de la nation qui est menacée. J’ai peut-être l’âme bien accrochée, mais je ne crains pas de la voir tomber à la première secousse, au premier coup rendu ni même à la première révision des principes généreux et fondateurs de notre République comme le droit du sol.

Séparer le bon grain de l’ivraie

Les révolutionnaires qui ont pensé notre Constitution ont voulu faire de la République naissante la terre promise de tous les amants passionnés de la liberté. Ce phare de la civilisation occidentale qu’était notre nation a attiré des étrangers qui sont venus donner un peu de cœur contre de l’égalité, du courage contre de la liberté et de la reconnaissance contre de la fraternité.

Aujourd’hui, parce que nous avons manqué d’exigence selon les uns, parce que nous avons cessé de briller selon les autres, la France n’a plus l’immigration qu’elle mérite et nous avons un problème d’intégration qui ne cessera de s’aggraver du fait de la démographie des arrivants du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne, comme on dit pudiquement au CNRS. Il faut être aveugle ou journaliste à France Inter pour ne pas voir le rapport entre délinquance et immigration. Veut-on que le pays entier ressemble un jour aux quartiers nord de Marseille parce que nous aurons tenu à rester fidèles à une Constitution faite en d’autres temps et pour d’autres mœurs ?

Alors on fait quoi ? On ne change rien et on se laisse submerger par une criminalité et une hostilité grandissante à la culture française parce qu’on est les Lumières ou on cherche des solutions ?

Il n’est pas envisageable de renvoyer dans leurs pays d’origine des générations de Français d’origine étrangère mais il ne me paraît pas indigne de commencer à pratiquer une discrimination salutaire. Pourquoi ne pas séparer le bon grain de l’ivraie sur les critères de l’honnêteté des intentions et des pratiques et expulser les mauvais Français d’origine étrangère pour épargner aux bons enfants d’immigrés toute stigmatisation et les préserver du racisme dont ils sont victimes ?

Non au passeport à points ? Et pourquoi pas ? Français à l’essai ? Et alors ? Si nés de parents étrangers, vous devenez criminel multirécidiviste, si vous voulez pratiquez l’excision, la polygamie ou porter la burqa, ou rester membre, même passif, d’Al Qaïda, la France devrait pouvoir vous dire que « Non, désolés, il y a eu méprise, vous vous êtes trompés de pays, sans rancune, le monde est vaste et bon vent ».

Où irez-vous ? Ce n’est plus un problème français, il fallait y penser avant.
Cette solution qui aurait l’avantage de nous débarrasser des individus irrécupérables pour la France et d’inviter les autres à plus de respect et de zèle dans l’effort d’intégration pose d’autres problèmes, j’en suis conscient mais il va bien falloir les affronter ou chercher d’autres pistes si on ne veut pas disparaître en tant que peuple.

« On ne naît pas forcément Français, on peut le devenir. Mais quand on l’est, sauf exception rarissime, c’est pour toujours », nous rappelle notre causeuse en chef. Ce n’est pas une loi naturelle, c’est une loi française que la France peut défaire et doit revoir si elle veut sauver sa peau.

Un accommodement raisonnable : couper la main des voleurs…

Elle en perdrait son âme, nous dit-on. C’est à croire que l’âme de la France, ce n’est pas son peuple en voie de colonisation on ne peut plus constitutionnelle, ce ne sont pas ses vieux contraints dans les quartiers de leur enfance de descendre du trottoir pour ne pas être bousculés, ce sont les principes gravés dans le marbre de sa Constitution.

Un droit du sol relatif, sous conditions, une terre d’accueil qui n’accueillerait pas de façon automatique et irrévocable, ce n’est ni indigne ni contraire à notre histoire. Ce qui l’est en revanche, c’est de se laisser envahir et de disparaître sans le moindre esprit de résistance, sans la moindre envie de Jeanne ou de Charles.

Pour ceux qui se livrent au gendarmicide, c’est autre chose. L’idée a été avancée par Sarkozy qu’on pourrait déchoir de sa nationalité un Français d’origine étrangère qui n’aimerait pas la France au point d’avoir attenté à la vie d’un de ses représentants. Je ne suis pas opposé à cet aménagement de la loi par principe mais je doute qu’en réalité, la réponse soit bien adaptée. D’abord, parce que si on prend le cas de Karim ou de Luigi, je ne vois pas bien l’intérêt de les défranciser et que les tueurs de flics, je les préfère français et morts qu’apatrides et vivants.
Ensuite parce que pour ceux qui se laissent arrêter, la perpétuité est prévue et que les prisons étant plus étanches que nos frontières, ils sont mieux à l’ombre qu’au soleil. Par contre, la mesure pourrait s’appliquer à ceux de leur communauté qui ont mis quartier et village à sac et sont venus par centaines les enterrer, affichant une nette préférence pour des tueurs de leur ethnie que pour les lois de leur pays d’accueil.

Cela dit, je doute que cette proposition soit très dissuasive car en réalité, être Français, ceux qui tirent sur la police s’en fichent.

On pourrait d’une seule mesure combattre la délinquance et faciliter l’intégration en s’inspirant de l’exemple de Martin Hirsch qui, en déclarant que l’intégration serait réussie le jour où « des catholiques appelleraient leur enfant Mohammed » , a fait progresser l’idée « d’accommodement raisonnable ». Allons plus loin et intégrons à notre système pénal une loi issue des cultures d’origine des derniers arrivés. Nous pourrions par exemple couper les mains des voleurs multirécidivistes.

Mais ça, vous verrez que ce n’est pas constitutionnel. Décidément, on ne peut rien faire !

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  • 12 August 2010 à 9h25

    Alpin dit

    @D.H,

    C’est l’absence de réalisme et de prise en compte des problèmes de cohésion sociale
    et nationale,le refus de débattre publiquement et de manière contradictoirement
    informée la question migratoire,cette non-politique du chien crevé au fil de l’eau,
    combinée avec le désastre pédagogiste qui nous ont amené à ce qui menace
    de se transformer en crispation xénophobe par inertie politique.

    La crise économique n’aura fait qu’amplifier ce syndrome plus ancien.

  • 12 August 2010 à 9h18

    Alpin dit

    @D.H,

    Vous inversez encore les rôles,il n’est pas question de discours”moral”,même si
    la question morale est bien incluse dans le problème,mais d’une critique politique
    et méta-politique(toujours dans le registre de celui-ci) de ce qui nous a amené ou
    nous en sommes,la mention du travail de M Tribalat en étant la claire expression.

    De plus,le registre économique, mais pas plus spécialement social ,car ce qui a été
    approché ressort aussi de la vie sociale et de la culture,n’est pas écarté,ce qui ramènerait à une forme étroite de libéralisme oublieux de “l’économie politique”,est complémentaire de tout cela interagissant avec,comme les différents versants d’une montagne désigne tous, celle-ci et non la planète mars ou un diplodocus égaré dans une discussion politique.

    Enfin,”expliquer n’est pas légitimer”,et comme les humains sont des sujets conscients
    et non des bûches ou autres objets ,les problèmes politiques ,sociaux et économiques
    ressortent aussi du choix,de la décision et des responsabilité pour tous(tes).

    La réduction aux “causes” des comportements est impossible.

  • 12 August 2010 à 9h03

    D.H. dit

    Je vous laisserai le dernier mot, Alpin, si vous revenez par ici, le fil se fermant bientôt, mais encore une fois (je vais le dire différemment), vos considérations sociologiques (sur la perte du sentiment de la « Loi », ou sur l’ « inceste ») sont comme un vêtement beaucoup trop large ici (s’appliquant à tous), dans lequel se noie le caractère simplement ethnique des annonces gouvernementales.
    … Vêtement qui, en même temps, ne recouvre qu’une partie de la question, puisque seulement taillé dans de l’éthique (laissant de côté l’aspect économique et social).
    En d’autres termes encore, ce discours politiquement ne peut que cautionner un autoritarisme xénophobe.

    Pour ce qui est de Muray, il me semble qu’il y a une contradiction dans son discours (à explorer).

  • 12 August 2010 à 8h16

    Alpin dit

    Suite:

    Encore,donc,un cadre légal inadapté et hypertrophié qui mérite d”être refondu,dans le
    droit de la nationalité.

  • 12 August 2010 à 8h10

    Alpin dit

    Mais voila une aberration qui me rappelle le cas d’une proche:
    Les mésaventures de Jeanne Favret-Saada anthropologue et critique lucide des manigances des états autoritaires en matière de “blasphèmes”, à la recherche d’un certificat de nationalité:

    http://www.liberation.fr/societe/0101651377-obtenir-un-certificat-de-nationalite-francaise-un-cauchemar

  • 12 August 2010 à 4h53

    Alpin dit

    “…aussi bien dans les déballages de linge sale et les levées de l’intimité qu’opèrent
    inlassablement les médias qu’à travers toutes les mythologies de “libération”,de
    “transgression”,de”subversion”,et de “décrispation “qui représentent ses ultimes valeurs.” P Muray:”Moderne contre moderne” .

    Et ceci n’a pas grand chose à voir avec l’analogie sur la famille faite par MUICHKINE,
    ,car si vous lui reprochez la clôture par cette analogie,vous ne la pensez elle, intuitivement et implicitement que sur le mode de l’inceste et non sur celui de l’ALLIANCE ,qui cependant (et toute la sociologie le montre ,fonctionne majoritairement sur l’adjonction des semblables,sociaux, nationaux ou ethniques,ceci quand les sujets sont libres autant qu’on puisse l’être) est celui qu’il sous entend.

    C’est cette perte du “sentiment” de la LOI,qui fournit le terreau de la prolifération
    transgressive,recherche éperdue de limite,adolescence quasi généralisée,
    complétée inéluctablement ,car il faut bien un peu de stabilité ne fusse que sous
    forme d’espoir ,par DES” lois”,écritures sur un palimpseste ,vite recouvertes par
    d’autres gribouillis à prétention légales.

    Et enfin,si vous vous attaquez à N.S,figure temporaire du désarroi,vous ne voyez
    pas que vous partagez sa course à l’abîme en toute fraternité inconsciente
    de l’être.Mais ce monde nous est commun et vous le défaites avec beaucoup
    d’autres.

  • 12 August 2010 à 4h29

    Alpin dit

    @D.H,

    Bon,

    Inutile d’essayer de produire un texte avec la précision d’argumentaire adéquate en 1400 signes,voir 2×1400,surtout dans le domaine politique ou l’opposition
    d’une partie ou des 2 se résout en manque de rigueur et mauvaise foi.

    Pour Muray et ses insuffisances de “littéraire”,il est curieux de souligner auparavant
    la qualité inégalée de finesse dans la compréhension de l’humain avec Bérénice,et puis de dévaloriser avec mépris cette capacité quand on a affaire à un adversaire politique.
    Encore un double standard .

    Pour une fois,cependant on peut être d’accord avec vous,mais pas sur Muray, en général les qualités du littéraire complétant les disciplines de connaissances sans pouvoir les égaler sur certains terrains ,notamment ceux de la rigueur méthodique et empirique.
    Là ,les sciences (les vraies) et le droit font avancer les choses,quand le travers
    artiste menace d’arbitraire le jugement.W Benjamin avait raison il n’y a pas plus
    inquiétant que la politique artiste.

    En citant Muray,vous oubliez sa réflexion sur l’inceste ,qui sur un mode lapidaire
    recoupe celles de P Legendre et d’A Suppiot,et qui est bien un révélateur moderne de la perte de la Loi:

    “L’Occident est profondément travaillé par la question de l’inceste:il l’est à tous les niveaux aussi bien dans les déballages de linge sale et les levées de l’intimité …”