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Super plan mais mauvais coup

750 milliards n’empêcheront pas la crise

Publié le 12 mai 2010 à 13:00 dans Économie

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Bourse de Francfort

Bourse de Francfort. Flickr / Tobias Leeger

Les bourses européennes se sont littéralement envolées, ce lundi, après l’accord trouvé dans la nuit sur “un mécanisme de stabilisation destiné à préserver la stabilité financière en Europe” – traduction française : les gouvernements mettraient “jusqu’à 750 milliards d’euros” sur la table afin d’éviter une crise financière généralisée. Message reçu illico par les traders : les indices explosaient, bancaires en tête, assurés du soutien indéfectible des braves contribuables européens. Le hic (et bientôt nunc) est que ce “super plan” pourrait bien ne rien changer si la tempête financière devait se lever sur le Vieux contient.

La tempête financière éclatera. Forcément.

Or, tôt ou tard, elle éclatera. Les “maillons faibles” de l’Union (Grèce, Portugal, Espagne, etc.) ont une croissance nulle, réduisent leurs dépenses budgétaires tandis même que le coût du traitement du chômage augmente considérablement, et incitent à la rigueur salariale, étouffant ainsi la reprise. Un PIB rétréci et une dette au mieux inchangée : leur ratio richesse/dette chutera donc mécaniquement. Et sera donc confirmé leur statut de débiteurs fragiles. Et donc augmenté les taux auxquels ils pourront emprunter sur les marchés, selon la bonne vieille règle : à débiteur dangereux, taux de prêt faramineux. Bis patatra ! Dans un an, sinon dès cet été, ces pays seront de nouveau pris à la gorge. L’abandon provisoire de l’euro par la Grèce, puis le Portugal et le l’Espagne, aurait pourtant été une solution à examiner. Il aurait permis, d’une part, à ces pays à “faible spécialisation” de se refaire en dévaluant massivement, et, d’autre part, aux grandes économies encore à peu près stables de ne pas engouffrer leurs dernières marges financières dans un sauvetage hypothétique. Car si le “super plan” ne fonctionnait pas, Paris et Berlin se retrouveraient dans une situation fort délicate. Leur dette et leur croissance étant ce qu’elles sont, comment les deux “moteurs” de l’Union feraient-ils face à une nouvelle dégradation : par davantage de rigueur ou d’emprunts ?

Qui régale ? La France et l’Allemagne

La Bible l’enseigne, la première question à se poser devant une manne est : ”Qui régale ?”  Ici : qui va financer ce “super plan” ? Londres s’est carapaté d’emblée. L’Italie n’a pas un kopek. Quant aux autres… Concrètement, reste Paris et Berlin1. Car si les termes de l’accord ne sont pas encore connus, il ressort que, pour sa part, la Commission Européenne se contentera d’un fonds de 60 milliards d’euros pour abonder au “super plan”. Super. Et où les trouvera-t-elle ? Sur les marchés. Qui empruntent à la Banque Centrale Européenne à 1%. No Comment ? No comment. Le FMI, lui, a promis de réfléchir à un engagement pouvant aller jusqu’à 250 milliards d’euros – soit, murmure-t-on, ce qui serait tout juste en mesure de stabiliser l’Espagne, au cas où… Pour les 440 milliards d’euros manquant, eh bien… Voyez les membres de la zone euro. C’est-à-dire, une fois encore, Paris et Berlin.

Or, une simple addition suffit à douter de la viabilité de l’opération. Plus de cent milliards affectés d’ores et déjà à la Grèce, pour laquelle on admet à présent qu’une rallonge sera nécessaire. Concernant l’Espagne, on a évoqué une enveloppe de trois cents milliards, hypothèse raisonnable au vu de son endettement, de son chômage (20%) et de sa tragique absence de croissance. Ajoutons le Portugal, l’Irlande, quelques pays d’Europe orientale et voilà notre “super plan” déjà épongé jusqu’au dernier cent. Il était fait pour cela, dira-t-on ? Certes. Mais quid de la troisième économie du continent, quid de l’Italie ? Chômage, endettement, déficit, croissance, démographie : tous les voyants sont au rouge dans ce pays dirigé par un zouave. Qu’adviendra-t-il le jour où Rome verra le loyer de l’argent dont elle a cruellement besoin augmenter, augmenter… Il n’y aura alors plus de “super plan”. Il n’y aura plus d’argent à Paris, et sans doute plus de “volonté de solidarité” à Berlin depuis longtemps. Alors, ce jour-là…

Le super-plan : du spectaculaire

La vérité de ce “super plan” réside avant tout dans le qualificatif ingénument suggéré aux médias pour le décrire : spectaculaire. Et c’est bien cela qu’on nous a offert : du spectaculaire, destiné à frapper les esprits “avant l’ouverture des marchés”. Il n’y avait pourtant d’autres mesures à prendre – et de quelle ampleur ! Dimanche soir, par exemple, les Européens auraient pu décider de nationaliser les banques majeures, afin de les protéger de la dette grecque mais aussi pour les remettre à leur place, les rendre à leur rôle : financer la croissance commune. Et séparer une bonne fois pour toutes les activités de dépôts et celles dites de spéculation !

Dimanche soir, les Européens auraient pu, tout aussi bien, faire montre de courage en laissant la Grèce, et d’autres, sortir de l’euro, sortir la tête de l’eau. De courage ou bien, faisons un rêve, d’audace : n’était-ce pas l’opportunité historique d’appeler aux urnes tous les peuples de l’Union et de leur soumettre enfin un projet de gouvernement économique et de fiscalité communs ? Mais non. Il a été préféré un “super plan”, encore très flou, probablement impossible à financer, et certainement incapable de dissuader des forces déchaînées tant par la paralysie des nations que par l’inexistence de l’Europe.

  1. L’évaluation faite par notre ministre des Finances à “20%, soit 88 milliards d’euros, la quote-part de la France” dans ce Super Plan relève de la plaisanterie : hors l’Allemagne, dont la Chancelière vient de prendre une claque électorale et pourrait donc bourse délier plus chichement qu’annoncé, qui règlera vraiment les 80% restant : l’Italie, la Belgique, la Grèce ?
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  • 17 May 2010 à 17h49

    fatback dit

    Clap^3,
    Même question que Midas.

  • 17 May 2010 à 6h57

    Midas dit

    Clap^3

    Pourriez-vous brievement faire etat des fondements scolastiques des marginalistes (ecole de Vienne?) ainsi que leur refutation?

    Appreciated

    Midas

  • 16 May 2010 à 10h54

    Clapclapclap dit

    Ha les étiquettes… C’est pratique. Vous savez, le modèle de Walras, sans le commissaire priseur, il ne tourne pas. Alors que, la réalité a montré qu’une multitude d’agents étaient plus efficients qu’une autorité centralisée.
    Je constate que critiquer l’économie de marché, vous classe automatiquement comme bolchevique au couteau entre les dents et au regard torve. C’est un peu pavlovien.

    Les nouveaux théoriciens néoclassiques remettent en cause un à un les fondements scolastiques des marginalistes. De plus en plus, on croise l’économie avec d’autres sciences sociales et humaines. Cela débouche sur des outils cognitifs qui font émarger autre chose, par exemple l’économie comportementale.
    Les théories de l’efficience et des anticipations sont fortement contestées. cela n’empêche la construction de modèles qui modélisent tout sauf la réalité. Associé au comportement panurgien des agents sur les marchés, cela n’arrange rien. Alors oui certains révisent l’économie de marché sérieusement sans remettre en cause l’existence des marchés.

    Alors comment me classez-vous maintenant ?

  • 15 May 2010 à 23h25

    rocardo dit

    Il est amusant que les mêmes convaincus qu’un “opérateur bienveillant” centralisant les données(enfin,essayant…) ferait mieux que des millards d’opérateurs échangeant,coopérant,rivalisant ,se moquent bruyamment de ces crétins de créationnistes avec leur “dessein intelligent”.

  • 15 May 2010 à 13h20

    fatback dit

    Clapclapclap,
    Il nous faut comprendre Clapclapclap. Il n’est pas ici question de normes ni de morale. La seule chose qui importe vraiment c’est de comprendre comment fonctionne l’économie de marché, ses failles et limites éventuelles et de chercher les meilleures solutions pour y remédier.

  • 14 May 2010 à 23h39

    Clapclapclap dit

    Il n’est pas interdit de se poser la question de savoir si le prix de ce progrès n’est pas trop élevé.
    Le nœud central de l’économie c’est la rareté. Le système fonctionne sur des bases de croissance infinie alors que nous vivons dans un monde clos. Il y a là comme une forme d’impossibilité. Tout comme l’Église a vu la contestation sortir de son sein, il en est de même chez les néo-classiques (pas mieux pour les keynésiens) où l’on peut parler de post-néoclassiques et qui pour certains font vaciller quelques dogmes. L’interdisciplinarité est aussi mporteuse d’espoir.
    Mais en attendant, la situation est grave. Et ce que je constate, c’est que la situation de l’économie réelle n’est pas florissante. De nombreux agents économiques sont écartés du marché du travail, l’inégalité des revenus atteint des seuils indécents, la marge de manœuvre des États est limitée, etc. Alors que la situation des organismes de crédit ne me semble pas pour l’instant franchement désespérante.
    Ce ne sont pas des ajustements à la marge auxquels il faut penser pour faire tourner vaille que vaille la machine.
    Il me semble qu’une économie de rentiers fait la guerre à l’économie du travail. Nos société sont en partie fondées sur cette valeur travail ce qui rend la situation vraiment malsaine.

  • 14 May 2010 à 23h07

    Clapclapclap dit

    Ce que je sais aussi, c’est qu’on a bien tapé sur ces gros cochons de consommateurs qui se sont bien gavés la panse grâce à l’endettement auprès des institut de crédit. On oublie de dire, maintenant que tout part en quenouille, que cela a permis de maintenir un certain niveau de consommation (il faut bien que la production trouve preneur). Tous les éléments qui font tourner la boutique se tiennent par la barbichette. Mais derrière le comptoir, le pivot, c’est les banques et la finance. Sans liquide pour huiler les rouages et la mécanique ça coince. Trop de liquide (je n’omets pas de préciser que pour la monnaie fiduciaire ce sont les banques centrales et que le système bancaire est régi par des législations différentes selon les États) la machine s’emballe.
    On peut se goberger sur l’efficience naturelle des marchés et pester sur cet empêcheur de tourner en rond qu’est l’État (j’en ai autant pour la proposition inverse). En fait tout ce que l’on sait, c’est que nous sommes en économie de marché, économie qui a permis une élévation du confort matériel au regard des époques antérieures (en s’appuyant sur la Révolution industrielle, mais sans doute d’autres facteurs sont-ils entrés en jeu, non économiques). C’est indéniable. (à suivre)

  • 14 May 2010 à 22h47

    Clapclapclap dit

    Rocardo a tapoté :” C’est fou cette croyance dans le “politique”!Parce que c’est la “volonté du peuple”,c’est ça?Ah,vous pouvez vous moquer de la main invisible!”

    Je suis entré dans la danse, car les commentaires des causeurs mettaient en cause les États. Les blogs libéraux crachent leur mantra anti-État sur toute la toile. je n’ai jamais dit que les puissances publiques n’avait aucune responsabilité. Je répartis les responsabilités entre les différents centres de pouvoir. De voir les pantins politiques, les guignols financiers, les grands manitous de l’économie (il y a des domaines ou des mecs comme Merton et Scholes seraient définitivement brûlés, et ben non, ils pontifient encore et encore) se passer la patate chaude, ça fait pitié. Quand tout allait bien, on se serrait les paluches à tout va, maintenant tout le monde sort les guns.
    (à suivre)

  • 14 May 2010 à 14h52

    fatback dit

    (suite)
    Lequel de ces 2 phénomènes a le plus pesé ? Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, je reste persuadé que nous avons un problème institutionnel dans les relations entre le management des grandes entreprises et leurs actionnaires : nos institutions (commissaires aux comptes etc…) ne sont plus adaptées au monde d’aujourd’hui. Dans le même temps, les états – et particulièrement l’état américain – ont une importante part de responsabilité dans cette crise : les collusions entre sphère publique et privée (lien Goldman Sachs / Fed et statut des GSEs par exemple) on créé l’aléa moral et le fonctionnement même de la politique monétaire de la Fed a probablement permis aux banques de se transformer en bombes financières à retardement.

  • 14 May 2010 à 14h52

    fatback dit

    (suite)
    Les actionnaires ont faillit dans leur rôle de contrôle des dirigeants : des types comme Dick Fuld ont prix des risques gigantesques avec l’argent de leurs actionnaires sans que ces derniers ne les remettent en cause (cf. théorie de l’agence).
    D’autre part, les banques n’auraient jamais du pouvoir se leverager à ce point : le coût de leur financement aurait normalement du être prohibitif. Je pense qu’il y a eut là 2 phénomènes. D’une part, l’aléa moral (Too Big To fail) qui induisait que l’état fédéral ne laisserait pas tomber une banque en situation difficile (d’où la panique après la faillite de Lehman…) et d’autre part, la politique de la Fed elle-même : une banque qui ne pouvait plus se refinancer sur le marché interbancaire avait toujours la possibilité de se retourner vers la Fed (d’où des coûts de financement artificiellement bas).
    (suite)

  • 14 May 2010 à 14h52

    fatback dit

    Rocardo,
    Bulle immobilière il y a eut. On peut l’attribuer au rythme de la croissance US, à la politique de la Fed et à la politique du affordable housing du gouvernement US (via les Government Sponsored Enterprises). Cette bulle s’est transmise au marché des MBS pour 3 raisons : (i) d’une part la règlementation bancaire (Bâle I et II) qui a poussé les banques à accroître leurs réserves et – parallèlement – le risque de leurs investissements, (ii) la demande des GSEs (Freedie Mac, Fannie Mae et tête) et (ii) la demande des investisseurs en général qui – dans un contexte de taux très bas – cherchaient des sources de rendement pour matcher leurs passifs.
    Il est évidents que le management des banques US a pris d’énormes risques (Lehman était leveragé jusqu’à 30x avec des actifs essentiellement investis sur des prêts immobiliers distressed, des tranches juniors de CMOs et autres joyeusetés). Le fait que les conditions de la bulle aient encouragé ce type de comportement n’explique pas pourquoi ça a été possible. En principe, il y aurait du avoir 2 limites à la prise de risque des banques : (i) les actionnaires et (ii) le coût de financement du levier des banques.
    (suite)

  • 14 May 2010 à 14h49

    livia dit

    l’europe sur les gantes” oups.

  • 14 May 2010 à 14h35

    livia dit

    Je me suis trompée de fils , ce que je voulais mettre ici est sur “Europe sur les gentes ”
    Mais mes questions ” aux experts” sont toujours valables .

  • 14 May 2010 à 10h31

    rocardo dit

    ClapClapClap,la crise financière a été provoquée par une crise de surproduction:on a construit beaucoup trop de maisons aux EU pour un marché fictif(les acheteurs à crédit n’avaient pas les moyens de se les payer).
    Une énorme bulle immobilière s’est créé également en Chine(voir le site Objectif Liberté).Une grosse baisse des Bourses asiatiques est donc à prévoir,leurs banques devront boucher leurs trous en vendant massivemebt des actions.
    C’est fou cette croyance dans le “politique”!Parce que c’est la “volonté du peuple”,c’est ça?Ah,vous pouvez vous moquer de la main invisible!