Steve Bannon: le vrai président? | Causeur

Steve Bannon: le vrai président?

Donald Trump a son Dark Vador

Auteur

Jeremy Stubbs
Président des Conservateurs britanniques de Paris.

Publié le 28 mars 2017 / Monde

Mots-clés : , ,

Partisan enthousiaste du choc des civilisations, contempteur obsessionnel des élites, manipulateur surdoué: celui que la presse décrit comme le Dark Vador de la Maison-Blanche n'est pas très rassurant. Mais Trump est sans doute trop rusé pour le suivre aveuglément.

Steve Bannon, février 2017. SIPA. REX40489673_000017

De quoi Steve Bannon est-il le nom ? Je m’excuse d’entrée de jeu d’utiliser cette formule créée par le plus venimeux et le plus futile des « penseurs » français. Il s’avère qu’elle est commode pour faire une distinction entre un individu désigné, individu qui obsède momentanément les médias, et le phénomène qu’il incarne, phénomène que ladite obsession empêche de voir.

Une tête de Turc bien faite

Ces derniers temps, nous avons assisté, dans la presse internationale, à une prolifération de portraits biographiques de Steve Bannon, le stratège en chef de Donald Trump, celui-là même que les médias qualifient désormais de « vrai président ». Tous ces articles se ressemblent. Le projecteur est braqué tour à tour sur les origines de Bannon dans la classe ouvrière catholique et ses carrières successives dans l’US Navy, chez Goldman Sachs et à Hollywood. On passe ensuite à ses activités plus récentes dans les milieux de la droite américaine anti-establishment : la création de documentaires polémiques ; la direction du très influent site d’actualités Breitbart News ; et enfin, la gestion efficace de la campagne électorale du nouvel occupant du bureau ovale. Le point d’orgue de ces articles est toujours l’imagerie apocalyptique par laquelle leur sujet serait hanté. Apparemment, pour Bannon, nous serions à la veille d’un grand combat final entre un monde « judéo-chrétien », tombé aujourd’hui dans un état de décadence morale, et un ennemi aussi vague que composite qui inclut le « fascisme djihadiste » et une Chine de plus en plus hégémonique. En comparaison avec cette vision inspirée autant par la Bible ou le Bhagavad-Gita que par les théories fumeuses de deux historiens amateurs, William Strauss et Neil Howe, le « choc des civilisations » de Samuel P. Huntington fait figure de pique-nique de boy-scouts (je ne résiste pas à cet anglicisme).


Steve Bannon : qui est le nouveau conseiller stratégique de Donald Trump ?

Voilà donc l’homme instable et indigne, nous laisse-t-on croire, qui est l’éminence grise du POTUS ! Au mois de novembre, un éditorial dans Le Monde, avec le ton docte et pharisien qui caractérise ce journal, a demandé que sa nomination soit annulée, ni plus ni moins. Après la signature par M. Trump le 27 janvier de l’ordre exécutif créant un moratoire sur l’entrée aux États-Unis des immigrés et réfugiés de sept pays à majorité musulmane, les commentateurs se sont jetés sur le lien de causalité évident entre, d’un côté, les scènes de chaos dans les aéroports et les protestations autour du monde, et, de l’autre, l’influence de ce Machiavel qui se compare lui-même à Dark Vador. La conclusion paraissait simple : un président narcissique, inexpérimenté et paresseux serait manipulé par un mauvais génie irresponsable en proie à des visions de fin des temps.

Ce lien de causalité est insuffisant. Nous ne savons pas encore si les actions pratiques de Bannon sont – ou seront – dictées par ses rêveries apocalyptiques. Nous ne savons pas non plus si M. Trump est entièrement sous l’influence de son stratège. Ses autres nominations, notamment celle de Reince Priebus, qui serait le rival de Bannon à la Maison-Blanche, indiquent une approche plus terre à terre, moins

[...]

  1. Voir Philippe-Joseph Salazar, Blabla République. Au verbe, citoyens !, Lemieux éditeur, 2017.
  2. Voir Jan-Werner Müller, Qu’est-ce que le populisme ? Définir enfin la menace, éditions Premier Parallèle.
  3. Le Style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique, éditions François Bourin, 2012.

  • causeur.#44.bd.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 103 - Mars 2017

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    • 29 Mars 2017 à 16h21

      rolberg dit

      Au Canada, Justin Trudeau, Monsieur Selfie, s’est fait élire en promettant de soutenir la classe moyenne. Ses dernières mesures empirent son sort. Mais quel sourire !

    • 29 Mars 2017 à 15h38

      frederic dit

      Monsieur Stubbs ferait bien de lire l’article du 27 mars paru dans le New Yorker ”The Reclusive Hedge-Fund Tycoon Behind the Trump Presidency”. Il apprendrait ainsi que Steve Bannon n’est qu’une petite piece dans une grosse et puissante machine qui detient le pouvoir derriere le trone.    

      • 29 Mars 2017 à 16h23

        rolberg dit

        Le trône du pouvoir est occupé par un pantin. Ceux qui gouvernent s’épargnent le salissant contact avec le bon peuple. 

        • 29 Mars 2017 à 17h51

          Schlemihl dit

          Il est vrai qu’ il existe un gouvernement occulte ( qui le connaît ? ) et aux pouvoirs énormes .

          Il a plusieurs noms , le genre humain , l’ humanité , tout le monde

          Les migrants sont en train de bouleverser l’ histoire mondiale , comme les fugitifs qui envahissaient les empires ou émigraient dans le Nouveau monde .

          La marche des gueux est le grand branle du monde .

    • 29 Mars 2017 à 15h16

      jean51 dit

      Article un peu caricatural.

      En fait, Steve Bannon est quelqu’un de fort intelligent et bien plus cultivé que la moyenne des politiciens US (et même Français!). L’appel au peuple en court-circuitant les élites n’est effectivement pas sans risque.

      Curieusement, quand c’est la gauche qui le fait, personne ne parle de populisme et de risques sous-jacents alors que les exemples de dérives révolutionnaires (avec l’immense cortège des goulags) sont pourtant légions !

    • 28 Mars 2017 à 21h37

      Schlemihl dit

      Joseph de Maistre voulait peut être dire qu’ à force de souffrir de la révolution les Français préféreraient retrouver la royauté . Mais ici on ne parle pas de ce que fait le peuple .

      On demande à ceux qui dirigent de gouverner dans l’ intérêt de tout le monde et pas seulement dans l’ intérêt de leurs amis . Tenir compte des intérêts des populations serait , en effet , un remède contre le populisme . Je ne suis pas sur qu’il réussisse mais il vaudrait la peine de l’ essayer .

      Il est vrai qu’ on peut gouverner contre l’ intérêt général , et c’ est une pratique fort courante . Dans les états démocratiques les institutions permettent de limiter les catastrophes , ailleurs on peut tout simplement massacrer le peuple . Les grands exemples de Staline Mao Menguistu Pol Pot Macias Nguema méritent toute notre attention .

      Comme je ne suis pas sur que les gouvernements démocratiques se résignent à tenir compte de l’ intérêt général , la prudence est donc de conserver des institutions démocratiques .  

    • 28 Mars 2017 à 16h35

      Moumine dit

      Article passionnant, lucide conclusion. Merci.