Standard and Poor’s, Lautréamont et Fukushima
Experts en liquidités contre liquidateurs
Publié le 30 avril 2011 à 8:01 dans Monde
Mots-clés : Fukushima, liquidateurs, Standard & Poor's, Tchernobyl

photo : TEPCO
Il faut essayer de les imaginer. Leurs bureaux climatisés, les photos de famille posées près de l’ordinateur, leurs voitures haute-sécurité, leurs costumes bien coupés. Ou alors leurs tailleurs et talons-aiguilles : sauf à faire preuve de machisme inconscient, il n’y a aucune raison de croire que, dans ce domaine, les femmes ne sont pas des hommes comme les autres.
Imaginer ce qu’ils vont manger à la pause déjeuner, les blagues qu’ils vont se raconter entre deux réunions. Ou les soucis qu’ils partagent devant la machine à café : la scolarité du petit dernier, la tendance à l’anorexie de l’ainée, le nettoyeur de la piscine qui avait promis de passer la veille.
Oui, il faut essayer, vraiment, d’imaginer qui sont les êtres de chair et de sang qui se cachent derrière les employés de l’agence de notation financière Standard and Poor’s pour se persuader, encore, de notre commune humanité.
Mercredi 27 avril, alors que les liquidateurs continuent à travailler sur le site de la catastrophe dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’elle est au moins aussi grave que Tchernobyl, Standard and Poor’s a abaissé la note de la dette à long terme du Japon.
Mercredi 27 avril, alors que des hommes savent qu’ils vont mourir de tous les cancers imaginables et hypothéquer la bonne santé de leur progéniture en tentant de sauver le plus de monde possible comme autant de Sisyphe dans des ruines radioactives, d’autres hommes publient ce communiqué : « Standard & Poor’s s’attend à ce que les coûts liés au séisme et au tsunami du 11 mars et à la catastrophe à la centrale nucléaire creusent le déficit public du Japon. »
Alors, il faut imaginer aussi le travailleur précaire payé par Tepco, l’opérateur de Fukushima, qui à supposer qu’il ne soit pas trop fatigué par l’ingestion quotidienne de sa dose massive de sieverts, rentre chez lui et entend ça.
Evidemment, après une telle annonce, le yen a plongé. On pourrait penser que le travailleur précaire s’en moque un peu, que le yen baisse par rapport au dollar. Lui, de toute façon, il sait qu’il n’aura pas le temps de dépenser son salaire, dévalué ou pas. Pourtant s’il a accepté ce genre de boulot, c’est qu’il a ses raisons. On ne sait pas au juste combien ils sont, les liquidateurs. Tepco n’est pas très transparent. Beaucoup moins qu’une agence de notation quand elle donne son verdict. On pense qu’ils sont entre 200 et 700. C’est vague. Quand ils ont entendu le diagnostic de Standard and Poor’s, ils se sont peut-être demandé si ça valait le coup de se sacrifier, sans même être sûrs d’assurer un avenir décent à leur propre famille, ce qui, même avant les catastrophes, était de plus en plus compliqué dans un pays où le dogme de l’emploi à vie a disparu et où il les inégalités se sont creusées de manière spectaculaire ces dernières années.
Le contrat diabolique et implicite passé entre Tepco et ses liquidateurs kamikazes, « Je vous donne plus d’argent qu’aux autres mais vous allez mourir en le gagnant », peut rappeler, en plus brutal, le contrat passé jadis en France entre les patrons des mines de charbon et les mineurs. Ceux-ci pouvaient toucher leur pension entre l’âge de quarante et cinquante ans : son montait était calculé en fonction du degré de silicose. Ils survivaient rarement au-delà de la soixantaine comme le prouve, plus sûrement que toutes les statistiques, une promenade dans un cimetière du bassin minier autour de Lens ou de Valenciennes. À défaut de mourir heureux entre deux crachats noirâtres, le mineur mourait rassuré : il savait qu’une pension de réversion digne de ce nom assurait l’avenir de sa veuve et à ses enfants.
Je ne sais pas si les agences de notation existaient déjà à cette époque, sans doute, mais il devait y avoir dans la formation de leurs agents un module « décence » qui a disparu depuis. Ou alors les politiques étaient plus courageux. Ou simplement plus politiques. À Fukushima, le liquidateur promis à la leucémie peut encore entendre cela de la part de Standard and Poor’s : « Au vu de l’évolution de la situation à la centrale nucléaire de Tepco, nous estimons que les projections sont incertaines. Beaucoup dépendra de la capacité du gouvernement japonais à créer un consensus politique sur la manière de prendre des mesures d’ajustement budgétaire à l’avenir. »
Le liquidateur de Tepco apprend ainsi que son sacrifice n’aura pas été inutile puisque Standard and Poor’s parle d’avenir. D’un avenir dont les financiers ont déjà décrété qu’il serait placé sous le signe des « ajustements budgétaires », ce qui, traduit en langage humain, signifie des coupes claires, dans le social, les salaires, l’éducation. Bref, d’un avenir post-apocalyptique. Au sens propre et figuré.
Le patron de Tepco avait déjà brièvement donné l’exemple avant de se reprendre. Il avait décidé de baisser les rémunérations de ses salariés de 20 à 25% pour payer une partie de la note de la catastrophe et aider l’entreprise à repartir. Il y a tout de même eu un léger mouvement d’indignation quand on s’est aperçu que les cadres dirigeants et lui-même s’étaient exclus de la mesure. Il va donc payer aussi de sa poche et de celle de ses actionnaires, privés de dividendes pour 2010 et 2011. On compatit.
Pendant ce temps, le liquidateur de Tepco se regarde dans la glace avant de reprendre le boulot en enfer. Jusqu’au jour où il se mettra à saigner du nez sur la faïence blanche de son lavabo. Peut-être, alors, pensera-t-il aux hommes et aux femmes de Standard and Poor’s. Il serait bien, ce jour-là, que quelqu’un lui traduise cette phrase de Lautréamont (Poésies I) : « Toute l’eau de la mer ne suffirait pas à laver une tâche de sang intellectuelle. » À défaut d’avoir une belle mort, il aura une belle épitaphe.
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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skardanelli dit
Les malheurs de l’Ours nous ayant entraînés loin du sujet initial, je me permets de digresser plus encore, je vous relate ma visite de l’exposition Van Dongen :
Exposition Van Dongen, musée d’art moderne, je n’y suis pas venu depuis des années, depuis le temps où l’on pouvait admirer des Seurat et des Signac au Palais de Tokyo, plus de trente ans certainement.
L’exposition est superbe, mais parfois l’éclairage renvoie des reflets désagréables surtout si l’on déambule dans un fauteuil comme mon amie, mon âme. L’ordre est chronologique, ce qui est bien, on sent ou l’on imagine des influences, Toulouse Lautrec en particulier dans la buveuse à l’absinthe. Plus on avance plus le caractère de l’artiste s’affirme, les saltimbanques et je ne sais quoi encore font penser à Apollinaire. La période orientaliste est superbe, le doigt sur le joue bien sûr, mais un autre tableau surtout dont le nom m’échappe ; très grand, il représente une mauresque, une ombre joue étrangement sur son visage. On arrive enfin dans la salle du trésor selon moi, on l’aperçoit tout de suite au fond, le reste semble sans importance ; je suis obligé de suivre le flot car il y a beaucoup de monde et que je ne peux pas planter là ma douce amie, mais mon regard reste accroché à cette femme et à cet ange qui flottent sur le mur. Ses ailes semblent avoir été empruntées à Chagall, comme l’apesanteur de la composition d’ailleurs, le fond me rappelle celui du Christ en croix du Greco. Le costume moderne de l’ange est incongru, comme sa façon de vampiriser sa partenaire dont on ne sait si elle s’abandonne ou se dérobe, le tout me laisse une impression profonde, un peu dérangeante.
Pas de coquelicot sinon, mais une superbe femme au bas noir, le nègre blanc me laisse froid et le joueur de jazz semble sorti d’une réclame pour du cacao.
nadia comaneci dit
Voilà qui ira droit au coeur de l’ami Patrick !
nadia comaneci dit
Quitter Schengen Senatus ? Sûrement pas !
Juste respecter les traités internationaux, si ce n’est pas trop demander au “pouvoir actuel”….
Impat1 dit
Mais, Marie, par “pouvoir actuel” Nadia faisait forcément allusion à la mairie de la banlieue concernée.-:)
Marie dit
Bien évidement :)
nadia comaneci dit
Mon cher Ours, tu t’es pris dans la figure le paradoxe abominable du pouvoir actuel. Lâcheté au quotidien, zéro vague (confère la réaction de Jouanno sur l’étrange affaire dite des quotas dans le foot) et démonstration de biscottos, roulage de mécaniques quand les risques sont minimes. C’est à dire quand il s’agit de faire de la surenchère à peu de frais avec MLP et le FN qui ne sont pas plus sur le terrain ou de fermer la frontière italienne en contradiction flagrante avec Schengen. A l’évidence, c’est plus difficile de maîtriser la circulation en face d’un commissariat. C’est navrant et lamentable. Hormis un massage de lumbago, je ne sais que te proposer, mais j’imagine que tu as tout ce qu’il te faut de ce côté là. Je t’embrasse.
Marie dit
Demandez donc à Vedrine si “de fermer la frontière italienne en contradiction flagrante avec Schengen.”. Il ne partage pas votre avis .
nadia comaneci dit
Hubert Védrine peut dire ce qu’il veut, les faits sont têtus et Schengen limpide… On ne revient pas sur une clause d’un traité international quand ça vous arrange.
SPQR dit
Est-ce à dire que vous recommandez d’en sortir carrément, Nadia?
Marie dit
Ne pas oublier que le commissariat est en lein direct avec la mairie et non pas la Présidence de la République. J’ai entendu la m^me chose de la part des policiers il y a 15 ans dans ma banlieue d’alors! Le maire ne veut pas de vagues…
eclair dit
faux marie,
le maire n’a auxcun pouvoir sur un commissariat.
S’ils reçoivent des ordres cela viens soit du commissaire qui n’a pas envie de voir son indice chuté et donc sa prime.
soit du ministère. mais aucunement de la mairie.
Impat1 dit
Bonsoir L’Ours, reçois de ma part approbation et sympathie.
L'Ours dit
Que JL veuille bien me pardonner de pourrir son fil, mais je réponds à Nadia en espérant que ça m’apaisera.
Voici les faits : Aujourd’hui, aux environs de 14 heures trente plein centre de la ville de périphérie lyonnaise, devant la mairie. Tous les samedi, lors des mariages où on voit tous les drapeaux sauf le Français, on a droit au ramdam habituel lors des mariages. Mais là il semblait que ça dépassait le stade habituel. Je descends de chez ma mère et je vois que la belle jeunesse des invités avaient fermé la circulation au carrefour et avaient lancé des rodéos de voitures, motos et squads. Mais comme cela ne semblait pas leur suffire, ils s’étaient mis à rouler comme des dératés autour de la mairie, manquant de renverser des gosses. Croyez-vous que parmi les plus âgés des invités sur le parvis de la mairie, quelqu’un serait aller leur dire de se calmer ? Wallou ! Le con qui s’y est collé, c’est moi. Voyant une voiture coincée, je m’approche d’eux et je leur dis gentiment : « et les gars, faîtes la fête mais roulez doucement, il y a plein de gosses. Le petit con est à moitié sorti par la fenêtre de sa bagnole et m’a agoni de conneries, m’affirmant qu’aujourd’hui la ville étaient à eux et qu’ils allaient en faire ce qu’ils voulaient… en termes moins convenables. La rage m’est montée au ventre, sauf que, le commissariat est seulement à cent mètres et je crois que c’est de voir l’inaction des élus et de la police qui m’a le plus rendu dingue. Fou furieux je suis entré au commissariat en leur hurlant dessus et en demandant ce qu’ils foutaient. Ca ne leur a pas plu et ils m’ont demandé de me calmer. Je leur ai dit que s’ils voulaient me calmer, ils n’avaient qu’à aller à cent mètres. Mais non ils m’ont menacé de me mettre en cellule. Je suis sorti tellement furibard que j’ai claqué la porte du commissariat si violemment qu’elle s’est disloqué. Un flic est sorti et m’a ordonné de revenir. Comme je n’obtempérais pas, il m’a couru après et m’a rattrapé facilement puisque je ne me sauvais pas. Je ne frappai pas, mais ne me laissai pas faire. Comme il n’arrivait pas à me maîtriser, un deuxième policier est arrivé puis un troisième puis un quatrième puis un cinquième. Un me donnait des coups à l’arrière du genou pour me faire tomber et celui derrière moi me faisait un étranglement avec l’avant bras. A ce moment là seulement ils m’ont mis à terre et ont fini par me lâcher. Comme j’avais mal au dos, ils m’ont aidé gentiment à me relever et je sentais qu’ils étaient plus gêné qu’autre chose. Ils m’ont fait rentrer à nouveau dans le commissariat et m’ont servi un verre d’eau. Là, une (jolie) fliquette a lancé qu’ils avaient reçu un appel d’une dame disant que les petits voyous du départ avaient failli renverser un type. A 100 mètres, on croit rêver. Ils ont envoyé deux voitures. Oh ! ils n’ont arrêté personne, juste acte de présence. Ils ont essayé de me parler. M’ont dit qu’ils ne savaient plus quoi faire, qu’ils étaient pieds et poings liés, qu’ils avaient affaire à cette engeance tous le jours, etc. Ils ont pris mon nom et m’ont laissé partir. Non ! Ils ne m’ont pas menacé de payer les réparations. Si des petits cons pouvaient bafouer la loi en mettant en danger la vie d’autrui sans être appréhendés, j’avais bien le droit moi, de casser du bien public, en l’occurrence : la porte du commissariat ! Ecœuré ! Pas par les flics, ils me faisaient plus pitié qu’autre chose. Beaucoup par cette racaille bien sûr. Mais peut-être surtout par les élus de la mairie qui ne réagissent jamais. Peut-on imaginer que ce ne sont même pas eux qui ont prévenu les flics ? Oui ! En centre ville ! En plein jour !
eclair dit
Normal l’ours,
ils ont des ordres à un an des présidentielles pas de vague faut surtout pas d’émeutes.
Dernièrement dans une fille de province il y a un voyou qui se fait descendre lors d’un reglement de compte.
Il y a une marche silencieuse organisé pour lui par le maire.
Et il faut surtout pas stigmatiser provoquer des troubles sinon cela risquerais de faire monter marine le pen.
Voilà la réalité l’ours. Tant qu’il y aura des personnes qui ne comprendront pas que le pouvoir politique actuel est complètement depassé rien ne changera
La plupart des gens ne le comprennent que quand il est trop tard et c’est dommage. Il y a 15 ans il aurait suffit d’un peu de fermeté il y a 10 de punir plus severement .
Amintenant les mesures à prendre seront beaucoup plus forte. Et à ce rythme dans 5 à 10 ans c’est le couvre feu qu’il faudra.
skardanelli dit
Ah ! L’Ours, je ne sais que vous dire. Vous êtes bien bon pour notre police qui se venge sur vous de son impuissance car elle sait que c’est sans risque. J’enrage à lire votre récit. J’enrage bêtement assis sur mon fauteuil, et je ne sais que dire, et je ne sais que faire.
Pierre Jolibert dit
Approbation et admiration la plus vive.
red benjamin dit
Approbation totale cher plantigrade. Bon rétablissement.
L'Ours dit
Cher Nadia,
il n’est pas impossible qu’il y ait un article sur Causeur ayant trait aux agissements d’une certaine population dite “jeune” par une grande pudeur devant les mots.
A cette occasion, je te raconterai ce qui s’est passé dans en centre ville d’une banlieue lyonnaise, devant une mairie socialiste, et comment la rage a fini par me prendre!
L'Ours dit
Je ne me corrige habituellement pas mais là, c’est un minimum:
“chère Nadia
nadia comaneci dit
Aux dernières nouvelles, j’ai effectivement tout d’une fille ! Raconte vite, j’ai hâte de savoir ce qui a rendu furieux notre Ours. Devant une mairie socialiste… je crains le pire, tout est possible.
L'Ours dit
Cher JL,
les faits sont avérés, c’est leur mise en relation qui me heurte.
Mais à la relecture, sans-doute ai-je été trop coupant, ce n’était pas mon intention, mes excuses.
Je dois être énervé en ce moment, je sors il n’y a pas 1 heure du poste après avoir été maîtrisé par 5 policiers malgré un lombago pas encore guéri, c’est dire!
Alpheratz51 dit
Très bel article.
La vie des “petits” est standard et pauvre…
nadia comaneci dit
Bigre, 5 policiers pour te maîtriser, que t’avaient-ils dit pour te transformer en Zidane un soir de finale de coupe du Monde ?!
Sinon, il est des mises en perspectives qui font mal et apprendre en même temps que des hommes partent à la mort pendant qu’on dégrade la note de leur pays a quelque chose d’indécent. Inévitable sans doute, mais humainement difficile à avaler. Amer pour tout dire.
Jérôme Leroy dit
L’Ours, je n’arrose pas les mariages princiers et je trouve le sous-entendu méprisant et blessant. Je n’y étais pas habitué de votre part, tout tout dire
Il n’y a pas dans cette article un fait qui ne soit avéré (déclarations, chiffres).`C’est le rapprochement que j’en fais qui en montre la monstruosité
Si vous ne voyez pas l’indécence de la situation, je n’y peux rien.
Moi elle me met en colère et cette colère jusqu’à preuve du contraire est légitime.
Les agences de notation ne sont pas des monsieur météo dans une telle situation. Ce sont des charognards.
eclair dit
les agences de notations sont certes des charognard
mais dans la réalité cela n’aura que peu d’impact sur le japon.
La note actuelle du japon était à AA- avec des taux d’interêt à 10 à 1,25%
à comparer avec la note AAA de la france 3,5%
La différence c’est que la dette japonaise est détenue principalement au japon. Faire monter le taux provoquerais une crise au japon.
ne vous inquiétez pas pour le japon sa note se dégrade mais son taux ne bougera pas ou quasiment pas.
L'Ours dit
Certainement un papier de lendemain de mariage princier trop arrosé. Cela a fait faire à notre ami JL un bond dans les temps de la pire propagande soviétique, mélangeant trémolos, démagogie, récupération et coupables désignés dans un procès où les messagers sont à abattre. Ce n’est même pas une magnifique leroyade, c’est un ersatz de leroyade.
Standards and poors, quand ils font leur métier (il serait temps), font de la prospective. Pardonnez de ne pas dire que le soleil sera radieux quand un ouragan approche. Ce qui est plus significatif du ridicule de la situation, c’est que les spéculateurs aient attendu leur avis avant de se dire qu’il pouvait advenir des problèmes économiques au Japon.
Mais tirons sur monsieur météo, c’est injuste mais ça calme les nerfs, et faire de la récup est toujours profitable. Pourtant ce genre de profit est à mes yeux moins moral que du bon argent sonnant et trébuchant.
PS
je condamne l’article, certainement pas son auteur dont j’admire le talent et dont je n’ai jamais douté de la probité.
skardanelli dit
Rapidement avant d’aller faire un peu de Taï Chi, Thorez haranguant les ouvriers après-guerre : “produisez ! produisez ! produisez !”, il était patron des mines ? Les mineurs étaient fiers d’être mineurs. Ne vous manque-t-il pas un mode décence à vous aussi lorsque vous laissez entendre que les héros de Fukushima, se sacrifient pour de l’argent ? Ils goûteraient fort les vers de Lautréamont, j’en suis sûr, ce serait assez japonais ! Ils goûteraient l’insulte…
skardanelli dit
ils goûteraient moins l’insulte, voulais-je dire.
Jérôme Leroy dit
Vous avez eu d’anciens mineurs dans votre famille? Moi, oui. Ils sont morts.On a eu néanmoins le temps de parler. N’importe lequel vous aurait parlé de ce contrat tacite. La fierté n’empêche pas la lucidité. C’est vrai qu’ils étaient communistes
Quant aux salaires supérieurs donnés aux liquidateurs et les petites annonces demandant des célibataires ou des plus de cinquante ans pour intervenir, tous les journaux en ont parlé.
skardanelli dit
Chez moi c’étaient des maçons siciliens et de la petite noblesse bretonne qui crevait dans la terre, ils ne vivaient pas bien vieux non plus. Peu importe que les liquidateurs aient été indemnisés et que l’on ait cherché des quinquagénaires, ils se sont sacrifiés pour une raison plus haute, vous le savez bien. Vous ne pouvez pas rabaisser la hauteur d’âme, rapporter l’héroïsme au trivial, trainer votre talent dans une partialité indigne parce que l’obscénité du monde s’expose parfois trop crûment.
Comme l’Ours le fait remarquer on ne peut tout de même pas couper la tête du messager, même si elle vous déplait.
Je pars me préparer pour visiter l’exposition Van Dongen.
Jérôme Leroy dit
N’est-ce pas vous, ici, qui me coupez la tête, finalement, de votre propre aveu?
skardanelli dit
Votre tête ne me déplait pas…
Marie dit
D’autant que les japonnais sont culturellement attacher à l’honneur et c’est un honneur que de faire ce boulot .