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Soyons modernes, soyons modérés !

La radicalité n’est plus dans le vent

Publié le 22 janvier 2009 à 8:01 dans Monde

Entre deux râles d’admiration pour le nouveau président des Etats-Unis, les commentateurs habituels ont puisé dans leur sac à clichés quelques adjectifs bien sentis pour définir le style Obama. Modéré, pragmatique, centriste sont les vocables les plus fréquemment employés pour caractériser le discours et le programme du “nouveau locataire de la Maison blanche” comme on dit dans les journaux, à la radio et à la télé. Si nous partons du principe que Barack Obama est perçu comme l’inverse absolu de son prédécesseur George W. Bush (exalté, droitier et idéologue), et que ce dernier incarnait tout ce qui était haïssable dans la gestion américaine des affaires du monde, nous sommes bien partis pour quelques années de moderate attitude.

Dans modéré, il y a “mode”, et cette nouvelle tendance va se traduire dans tous les aspects de la vie, se décliner dans la nourriture, l’habillement, les loisirs, les arts et la culture. Finis le “radical-chic” des bourges à col mao, les expériences gastronomiques extrêmes de la cuisine moléculaire, la déconstruction derridienne et la déstructuration du complet-veston.

Mao (“Feu sur le quartier général !”) sera définitivement remplacé comme icône chinoise par son successeur Deng Xiao Ping (“Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape des souris !”) et le mythe Che Guevara vit ses derniers instants sous les traits de Benicio del Toro filmé par Steven Söderbergh. Les héros populaires de demain ne seront ni tragiques, ni grandioses. Ils auront été prudents, avisés, habiles au compromis et soucieux d’éviter les affrontements inutiles : le prochain blockbuster cinématographique sera la biographie de Tomas Masaryk, tournée en décors naturels dans le vieux Prague. La jeunesse française se précipitera sur les T-shirts à l’effigie de Léon Gambetta et Waldeck-Rousseau, républicains modérés mais pas modérément républicains: ses enseignants, jamais en retard d’une mode idéologique, les auront précédés, comme ils l’avaient fait en adoptant, naguère, le keffieh arafatien comme accessoire de mode branché. L’association des “amitiés Henri Queuille” verra gonfler de manière considérable le nombre de ses adhérents.

Kerensky ressurgira de l’oubli, on exhumera des placards de l’Histoire les martyrs de la modération : Brissot et Vergniaud seront préférés à Danton et Robespierre. On rééditera à des centaines de milliers d’exemplaires la préface de Milan Kundera au roman de Josef Skorecky Miracle en Bohème dans laquelle il définit le printemps de Prague comme une “révolte populaire des modérés au nom du bon sens”, à la différence du Mai 68 français, empreint de lyrisme révolutionnaire et de radicalité rhétorique.

Comme tout phénomène de mode, celui-ci sera victime de la contrefaçon. Ainsi les pays arabes dits “modérés”, comme l’Egypte, la Jordanie ou l’Arabie Saoudite risquent de devenir les vecteurs d’espoirs de nos concitoyens en mal d’exotisme politique, comme le furent jadis l’URSS, la Chine ou Cuba. Il faudra à ces néo-touristes un certain temps pour constater que sur les libertés publiques, les droits de l’homme et le statut de la femme, les différences entre ces “modérés” et les pays arabes classés parmi les extrémistes ne sautent pas aux yeux.

On se heurte à un problème du même ordre lorsqu’on recherche l’incarnation de la modération dans l’éventail politique français : Bayrou ? Trop teigneux. Royal ? Trop évangéliste. Aubry ? Flirte un peu trop avec la radicalité. Strauss-Kahn ? Trop loin. Sarko ? Trop trop. Comme dirait mon garagiste : “Y’a un créneau !”

Enfin, il ne saurait exister de mode sans blague-culte. Modestement, je propose celle-ci, qui doit être lue avec l’accent traînant de nos amis helvétiques. Deux paysans vaudois labourent leurs champs voisins par une belle journée de printemps. A la pause, ils arrêtent leurs tracteurs et commencent à bavarder.

– Tu vois ce soleil magnifique, ces reflets dans le lac et les cimes enneigées au loin, c’est-y pas merveilleux ?, dit le premier.
– Ben, tu vois, répond l’autre, je serais pas autrement étonné que derrière toutes ces beautés il y ait quelque chose comme un créateur.
Son copain devient grave.
– Tu serais pas en train de tourner fanatique, des fois ?

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  • 22 January 2009 à 20h31

    Ludovic Lefebvre dit

    Le problème avec la modération, c’est que ce sont justement d’anciens fans des khmers rouges qui nous l’imposent au forceps et ça donne : “dis tu vas être tolérant, modéré et comme je le souhaite, hein ordure sinon, je te fous ta gueule en tôle et je te pique tes sous.” Donc forcément, ça énerve, ça pousse à la faute un peu comme quelqu’un qui vous observe pendant un travail important et minutieux, vous finissez par faillir où normalement vous auriez réussi et là l’autre vous sort : tu vois, je le savais bien !

    Et puis trier ses déchets, aller bosser trente neuf h payées trente cinq à un rythme de quarante deux h et ne plus pouvoir fumer une tige ou boire un verre en s’étant pris un procès pour avoir roulé à 52km/h, travailler et supporter tout cela afin de payer une pension alimentaire à une connasse accroc à la psychanalyse et l’épanouissement personnel sans aucun exutoire possible ne pousse pas à la modération.

  • 22 January 2009 à 19h54

    L’Ours dit

    A quand la rencontre des 3 barak? (Ehud, Mou…, et Obama?)
    Esperons qu’ils vont enfin la casser!

    Scusez, c’est juste une joke, je viens de lire l’article de Miclo, et je me lance dans l’humour!

  • 22 January 2009 à 18h33

    Antoninus Lucretius dit

    Pour ses débuts, Obama s’en tire plutôt bien en ce qui concerne la modération pragmatique.
    On peut citer en exemple des orientations futures de sa politique le cas de Guantanamo: apparemment il va faire comme Tonton Dieu, il va laisser du temps au temps.
    Premier mouvement: on ferme Guantanamo à grands renforts de tambours et trompettes. C’est toujours un abcès de fixation en moins.
    Deuxième mouvement: on relâche les moins dangereux des détenus de Guantanamo. Ceux qui ne sont plus exploitables, comme on dit chez les spécialistes du penthotal et de la baffe dans la gueule.
    Troisième mouvement: on ventile les autres dans divers établissements pénitentiaires aussi légaux que discrets, en attendant de régler de nombreuses question restées en suspens concernant les droits respectifs des uns et des autres.
    Une connaissance, même sommaire, du système judiciaire américain, permet de prévoir que tout ceci va tout de même prendre un certain temps..
    Suffisamment longtemps pour que nous (lire: les media) ayons oublié Guantanamo et ses prisonniers, à présent sépares les uns des autres et qui auront donc beaucoup de mal à se faire entendre. Par contre, il se pourrait bien qu’ils aient plus de facilités pour parler. L’isolement incite à la confidence.
    Mais ils n’auront vraiment pas à se plaindre puisqu’on leur organisera des procès équitables et tout. Ils n’auront qu’a être patients..
    Très patients parce qu’entre temps, la presse se sera totalement désintéressée de leur sort, aspirée par d’autres crises et entraînée par le temps qui passe.
    Joliment joué..

  • 22 January 2009 à 14h32

    Nina dit

    Pour les politiques français j’imagine que “habilité” est en vogue mais pour les dirigeants craignos on ose depuis un bon moment “pragmatique”…Ca ça me décoiffe !
    Le Hamas par exemple, ben y a des mecs pragmatiques qu’ils nous disent les journaleux et les politologues…
    Rafsandjani (on a pendu encore 10 mecs ce jour en Iran) est un “pragmatique”.
    Quant à Obama, même style : pragmatique le mec ! Compétent ? ça me fout les jetons vu qu’il n’a jamais rien administré avant sa présidence !

    Des millions de dollars pour l’intronisation et le serment de Barak…c’est pas vraiment du pragmatisme mais les ricains ils adorent ça quittes à en chier pour payer les frais !

  • 22 January 2009 à 14h11

    Bibi dit

    Quelle est la couleur la plus trendy printemps/été 2009 pour les œillères?

  • 22 January 2009 à 13h50

    Franklin D. dit

    Effectivement, on a intérêt à ce qu’il réussisse car le matelas pneumatique France est dans le sillage du paquebot US, et en a besoin pour flotter tranquillement. (Wouah, la métaphore, j’suis content de moi)

  • 22 January 2009 à 13h15

    Libéro dit

    S’il est une question qui n’échappera pas au fameux théorème de monsieur Queuille – « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout » – c’est bien cette impressionnante névrose obamienne qui ramène dans le champ du réalisme l’excitation onirique d’un certain 10 mai 1981 ! Le pire n’est jamais sûr ; et il n’y a pas de raison honnête de souhaiter l’échec d’Hussein Obama. Le voir en slip risquerait de nous mettre nous-mêmes culs nus devant l’aggravation du bordel planétaire. Une seule solution : la dissolution ! L’obamania est le seul problème qui s’autodétruira avant la fin de ce message. Mais monsieur Rosenzweig a raison de pisser sur le mur de la bien-pensance (mot à la mode). Ça peut accélérer la dissolution des rêves hypocrites de la mauvaise bonne conscience. Même si la prudence est la mère des vertus, soyons modérément modérés.

  • 22 January 2009 à 12h22

    Franklin D. dit

    Obama n’est pas très funky, il devrait s’habiller dans le style “pimp” et danser le “crunk”. A part ça, trouver Bayrou teigneux et énergique c’est amusant je trouve.

  • 22 January 2009 à 11h29

    Martin P. dit

    le top c’est de poser sarkozy “président de tous les français” comme point neutre, et de dire que ceux qui le critiquent sont des excités:
    http://sauce.over-blog.org/article-26955358.html

  • 22 January 2009 à 11h10

    Pirée dit

    Monsieur Nounours bouli,
    je me suis rendu à “L’Annexe”, où l’on m’a refusé une bistoule, sous prétexte que j’étos ivre à ne plus voir clair. Faut dire que j’avais voulu remplacer, sur le zinc, un sac du Furet par un de l’association Libr’aire.
    Ce n’est pas une raison pour écrire un mot que mon clavier se refuse à reproduire. Si votre religion vous interdit le mot “Pékin”, dites “la capitale du nord”.
    La francophonie vous remercie d’avance.

  • 22 January 2009 à 10h45

    Pirée dit

    C’est carrément l’EFEO. Je passerai au Wade-Giles quand je serai capable d’écrire en anglais.

  • 22 January 2009 à 10h42

    marie dit

    modérée ET fière, évidemment

  • 22 January 2009 à 10h41

    marie dit

    Modérée est fière de l’être !

    A nouveau millénaire, nouvelle facon d’aborder un pbl. Manifestement, foncer ds le tas cause trop de dommages collatéraux. La droite de Sarkozy fait peut, le PS a disparu et ses ruines ne font plus réver personne. L’extreme gauche est utopiste, l’extreme droite est dépassée. J’aime bien le coté “teigneux” de Bayrou, c’est très francais ;)

  • 22 January 2009 à 10h09

    T-Rex dit

    Demain sera alors d’une fadeur et d’une platitude bien ennuyeuses. Limite dépressive et suicidaire.
    Mon Dieu, faites que Obama se plante, qu’on puisse sortir de la torpeur dans laquelle il veut nous plonger!

  • 22 January 2009 à 9h55

    Panda Bourré dit

    @ Pirée : Vous en êtes resté à Wade-Giles ou c’est carrément l’EFEO ?

  • 22 January 2009 à 9h41

    popi soudure dit

    …………. chouette ! ……. Le nouveau “messie” / ;…..Barrack hussein obama est arrivé ! …………. Allélouhya ! ………….. (…… trop content les médias !;..)

  • 22 January 2009 à 9h32

    Shane_Fenton dit

    “sur les libertés publiques, les droits de l’homme et le statut de la femme, les différences entre ces “modérés” et les pays arabes classés parmi les extrémistes ne sautent pas aux yeux. ”

    C’est justement parce que même dans ces domaines, ils font preuve de modération. Ils se doivent d’avoir un respect “modéré” pour les libertés publiques, les droits de l’homme et le statut de la femme.

  • 22 January 2009 à 9h16

    Marek dit

    ‘Un mot l’emporte: habilité’
    Ah! Qu’elle est belle la novlangue de l’humanitude!
    Blague dans le coin, c’est quoi l’habilité, en Français de France?

  • 22 January 2009 à 9h14

    noop dit

    Un mot l’emporte pour décrire les politiques d’aujourd’hui : habilité.
    Plus encore qu’hier. L’important est de suciter l’adhésion la plus large… pour faire ensuite ce que bon vous semble, y compris le contraire de ce que l’on avait dit. C’est la concession à l’opinion publique. Au moins faire semblant que l’on y fait attention.
    Après, l’absence de scrupule semble être aussi une “qualité” indispensable. Etre un gouvernant n’est pas chose facile. Mieux vaut commenter.

  • 22 January 2009 à 8h50

    Pirée dit

    Le petit timonier n’a fait que citer un proverbe. Quant à l’auteur de l’article, il écrira cent fois, et sans rouspétance : Teng Siao-p’ing.