Souverainistes de tous les pays… | Causeur

Souverainistes de tous les pays…

Ce que signifie vraiment le Brexit

Auteur

Laetitia Strauch-Bonart

Laetitia Strauch-Bonart
est doctorante en science politique, auteur de "Vous avez dit conservateur?" (Le Cerf, 2016).

Publié le 03 août 2016 / Monde Politique

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En France, on croit que les Britanniques ont voté contre le libéralisme. Être souverainiste, c'est aussi respecter le souverainisme des autres, fussent-ils libre-échangistes...
brexit liberalisme royaume uni

Parlement européen, mars 2016. Photo: Frédéric Florin.

Le « souverainisme » a beau être un concept français qui n’a pas d’équivalent en langue anglaise, le Royaume-Uni vient de nous donner une belle leçon en la matière. Immanquablement, le résultat du référendum a donné des ailes à Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, et à tous ceux qui défendent sans relâche, depuis longtemps, la cause de la souveraineté politique. Car, s’il est difficile d’interpréter encore précisément, aujourd’hui, les raisons du « Brexit », elles convergent toutes vers cet argument principal : la souveraineté. Voter Brexit, ont scandé les Brexiteurs, c’est « take back control » – reprendre le contrôle du pays – face à une Union européenne considérée comme non légitime car non démocratique.

Malgré ce qu’on a pu en dire, ou plutôt ne pas en dire, en France, la campagne pour le Brexit a été menée par des intellectuels autant que par les tabloïds. Les Brexiteurs férus de philosophie se référaient volontiers à John Locke et à son Traité sur le gouvernement civil. Pour Locke, la souveraineté d’un gouvernement repose sur le consentement d’un peuple qui délègue à l’État le pouvoir de le protéger et de régler certaines de ses affaires. Cette délégation est fragile : les représentants du peuple doivent rendre compte de leurs actions – c’est l’accountability ; s’ils viennent à manquer à leur devoir, ils seront remerciés. Tout au long de la campagne, les Brexiteurs ont aussi insisté sur l’importance de la proximité entre un gouvernement et son peuple : dans un espace trop grand, où les dirigeants sont inconnus de leur peuple, le contrôle et la responsabilité ne peuvent pas exister concrètement.

Or l’UE, selon eux, ne répond à aucun de ces critères. Les institutions européennes ne garantissent pas la séparation des pouvoirs, puisque la Commission et le Conseil européens partagent les pouvoirs exécutif et législatif avec le Parlement et le Conseil des ministres. Le résultat est une totale absence de clarté et de transparence, comparé aux systèmes politiques des États membres. Le processus législatif est de fait d’une grande complexité et l’apanage d’organes qui ne sont pas, hormis le Parlement, responsables devant le peuple : le Conseil n’est responsable devant personne, par définition, et la Commission, comme organe exécutif, peut être remerciée par un vote de défiance du Parlement, mais seulement sur des questions de gestion. Pire, nombre des lois produites par l’UE, les directives, prévalent désormais sur la Constitution des États membres. Henry Kissinger se moquait : « L’Europe, quel numéro de téléphone ? » Mais aujourd’hui, c’est presque pire : les numéros de téléphone sont légion.

[...]

  • Brexit : l'étrange victoire

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    publié dans le Magazine Causeur n° 96 - Juillet-aout 2016

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    Brexit : l'étrange victoire
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    • 7 Août 2016 à 9h39

      beornottobe dit

      Louis XIV….. Bonaparte….. avaient “essayé” (entre autres)

    • 5 Août 2016 à 11h49

      beornottobe dit

      il me semble que malgré les simagrées de tout ce qui constitue “Bruxelles” (autrement dit : Parlementaires et fonctionnaires), ce “machin” ne survivra pas au “Brexit”…..
      ça mettra du temps (les lois sont ainsi faites (par eux) ) MAIS ça me semble inéluctable……..
      l’avenir nous le dira !….

    • 4 Août 2016 à 20h13

      guasilas dit

      Enfin un article qui sort de la bouillie intellectuelle paralytique servie jusqu’ici par ce débat en France. Clairement écrit par quelqu’un qui connaît le pays et l’histoire des idées en Angleterre, et ne sent pas obligée d’être émerveillée par la brillance des intervenants français ni intimidée par la nécessité inéluctable du projet européen. .

      Bravo et merci.

    • 4 Août 2016 à 14h14

      beornottobe dit

      “PADAMALGAME” c’est aussi et SOURTOUT valable pour les socialistes !……

    • 4 Août 2016 à 12h20

      nico dit

      L’oligarchie bruxelloise (secondée par ses laquais nationaux, de Sarkozy à Hollande en passant par la quasi-totalité de la classe politique) “construit” l’Europe non pas comme un prolongement, mais comme un substitut des nations.
      L’Union européenne a pour principes fondateurs la négation des nations européennes et la suprématie du marché.
       Son système de décision est exclusivement technocratique, totalement découplé du suffrage universel.
       Son arme ultime est la dette ; comme l’avait bien compris John Adams, “il y a deux façons de conquérir et d’asservir un peuple: l’une est l’épée, l’autre la dette”.
       C’est une machine à détruire qui profite à une infime minorité de riches ; ils en tirent d’immenses profits.
       Pour les peuples en revanche, il n’y a aucune prospérité, aucune liberté, aucun avenir heureux à attendre de cette union soviétoïde.
      http://les-minuscules.blogspot.fr/2013/10/coup-detat.html
      nl
       

    • 4 Août 2016 à 11h26

      Barth1949 dit

      Avant d’être appliquées , les recommandations devraient être débattues aux assemblées parlementaires nationales et renvoyées à Bruxelles pour une éventuelle application .Nous aurions l’impression d’y participer .

    • 4 Août 2016 à 8h53

      radagast dit

      L’actuelle U.E. est un échec patent parce qu’elle reflète la vision d’une élite sur médiatisée et cosmopolite qui a cru bon d’approuver des idées farfelues comme la fin de l’Histoire ou la fin des frontières.
      Elite complice du “grand argent” plus ou moins de son plein gré.
      L’auteur rappelle heureusement que les peuples se définissent par une langue et un territoire , et aussi par des traditions , une esthétique qui finissent par produire une “culture”.
      Il en est sans doute ainsi depuis le néolithique et c’est très bien ainsi.
      Quel dommage que le projet de Georges Brassens et de ses amis de créer “le Parti Préhistorique” n’ai jamais vu le jour!

    • 4 Août 2016 à 8h43

      radagast dit

      “La commission organe d’exécution”???
      Est elle un simple exécutant lorsqu’elle publie des “recommandations”(qui ressemblent plutôt à des injonctions) qui ont par exemple abouti à la genèse de la loi travail ???
      Ce n’est pas l’idée que j’ai d’un organe d’exécution.
      On nous prend pour des ….

    • 4 Août 2016 à 8h42

      radagast dit

      “La commission organe d’exécution”???
      Est elle un simple exécutant lorsqu’elle publie des “recommandations” qui ont par exemple abouti à la genèse de la

    • 3 Août 2016 à 23h24

      kelenborn dit

      Le souverainisme n’a pas d’équivalent en langue anglaise! On lui en donne acte mais le Roi Dagobert non plus. De la à penser que les britanniques font du souverainisme comme monsieur Jourdain faisait de la prose c’est à dire sans le savoir!

      Bon allons à l’essentiel:
      Oh c’est un article d’une toute autre tenue que ce qui nous a été souvent donné en pâtée ces derniers temps. Mais des le second paragraphe une phrase m’interpelle

      “Malgré ce qu’on a pu en dire, ou plutôt ne pas en dire, en France, la campagne pour le Brexit a été menée par des intellectuels autant que par les tabloïds”

      Suit une démonstration fort intéressante et assez juste, je pense, sur le fossé qui sépare la Weltanschauung” des anglais et des français.
      Seulement voila! 52 % des anglais qui ont voté ont choisi de “brexiter”.
      Il y a eu, je crois, un reportage sur une ville appelée Petersborough qui a voté massivement Oui. Je doute que la plupart des électeurs de cette ville, comme les britanniques se soient endormis chaque jour avec sur leur table de nuit les oeuvres de John Locke ou d’Adam Smith!!! Petersborough porte encore en elle la marque sanglante des coups de schlague de Thatcher.L’auteur qui a sans doute lu Adam Smith et Locke semble moins au courant de ce qu’était le Royaume Uni avant Thatcher quand le pouvoir était partagé avec les TUC lesquels avaient quand même une lecture du libéralisme quelque peu différente de celle des intellectuels partisans du Brexit!
      C’est cela la marque de Sciences Po! incorrigibles!!! On a la science infuse sur le peuple et sa volonté mais on évite d’écarter les narines des fois qu’il sentirait des pieds!!
      Eh oui!!! pas plus que l’opinion populaire n’est faite en France par Glücksman, BHL, Attali ou Finkielkraut, elle n’est fait en Angleterre par les intellectuels partisans du Brexit et encore moins par Locke ou Adam Smith!

    • 3 Août 2016 à 21h50

      himavat dit

      pour une fois qu’ il y a un article un peu “out of the box”
      merci et bonne carrière

    • 3 Août 2016 à 18h23

      Rico dit

      “le résultat du référendum a donné des ailes à Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, et à tous ceux qui défendent sans relâche, depuis longtemps, la cause de la souveraineté politique.”

      Vous pourriez au moins respecter un ordre d’importance concernant la souveraineté Nationale et ne pas mettre un intrus en la personne de Melanchon,supporter d’une immigration continue des pays tiers notamment,et qui ne tient pas a sortir du machin de Bruxelles,disqualifié par les Français depuis le référendum populaire.

      Petit Rappel des scores aux élections Européennes: 
       FN 24.86
       FG (PCF+PG+Ens.+et al.) 6.33 
       DLR ont réalisé 3,9% mais il reste estampillé système car parachuté de l’UMP en 2007 comme filtre anti-FN a l’image d’un De Villiers.
        

    • 3 Août 2016 à 16h33

      A mon humble avis dit

      Le Parlement européen a beau être élu par les peuples, il n’en est pas responsable devant eux pour autant.
      Chaque pays envoie ses députés élus sur des critères nationaux, avec pour seuls arguments de campagne: plus d’Europe (très majoritaires) ou pas d’Europe; des groupes parlementaires multi-nationaux se forment sans aucune cohérence ni aucun programme précis; le seul objectif implicite est de poursuivre vers le fédéralisme à tout prix, alors qu’aucun parti n’a fait campagne sur ce thème, et n’a expliqué aux électeurs ce que cela voulait dire : la fin des démocraties nationales, remplacées par une aristocratie technocratique qui ne rend de compte à personne.
      La grande frayeur des politiciens est que l’on va s’apercevoir que le Brexit se passe très bien, malgré tous les signaux d’alarme qu’ils ne cessent d’agiter pour faire croire que “leur” Europe est incontournable. Ils essayeront de faire croire que tout se passe bien grâce à leur bonne gestion du Brexit, mais personne ne sera dupe.
      L’UE a économiquement besoin du Royaume-Uni, tout autant que l’inverse: rien de fondamental ne changera donc dans les échanges. La principale différence sera que Downing Street et la Chambre des Communes ne seront plus soumis aux diktats de Bruxelles.
      Le Parlement et la Commission apparaîtront alors comme des superstructures parasites, qui vivent grassement sur le dos des pays européens en ne leur apportant que des maladies qui finiront par être mortelles.
      Vive le Brexit !

    • 3 Août 2016 à 15h44

      Letchetchene dit

      @Sang Chaud dit:

      “Et si la Commission peut être remerciée par un vote de défiance, que nos députés essaient donc de virer des hauts fonctionnaires de l’administration !
      A bon!
      Si demain un nouveau gvt en France devait désigner à la vindicte tel ou tel Haut fonctionnaires de l’administration je pense j’en suis même sûr ils passeraient royalement à la casserole comme n’importe quel quidam!!!!
      A moins de n’être plus “maitre” chez soi……

    • 3 Août 2016 à 15h37

      Cardinal dit

      @ Laetitia Strauch-Bonart

      Les Britanniques n’ont pas d’équivalent à souverainisme ?
      Comment çà ?
      Que pensez vous qu’Elisabeth 2 soit, sinon la “Souveraine” de la Grande Bretagne !
      Il ont l’ Etre et le Symbole : “Sovereign” et “Right or Wrong, my Country”.

    • 3 Août 2016 à 15h33

      Sancho Pensum dit

      “Les institutions européennes ne garantissent pas la séparation des pouvoirs, puisque la Commission et le Conseil européens partagent les pouvoirs exécutif et législatif avec le Parlement et le Conseil des ministres. Le résultat est une totale absence de clarté et de transparence, comparé aux systèmes politiques des États membres.”

      Ah ? Et en France, que se passe-t-il ? Des propositions de lois par les députés et des projets de lois par le gouvernement. Et surtout, tous les décrets et les arrêtés (le diable se niche dans les détails) sont décidés par la seule puissance administrative. Chez nous aussi, comme dans tous les Etats membres, les pouvoir législatif et exécutif sont parfaitement imbriqués.

      Et si la Commission peut être remerciée par un vote de défiance, que nos députés essaient donc de virer des hauts fonctionnaires de l’administration !
      La vraie question est plutôt que la Commission a actuellement trop de pouvoir, et le Parlement pas assez. Mais les lignes bougent.

      • 3 Août 2016 à 19h48

        IMHO dit

        L’Exécutif étant maître de l’ordre du jour de l’Assemblée, à peu de chose près, c’est-à-dire des lois que l’on proposera aux députés de voter, la France n’est donc pas une démocratie, sans compter tout ce que l’Exécutif décrète autocratiquement.

    • 3 Août 2016 à 14h11

      IMHO dit

      De mortibus nihil nisi bonum: le Brexit étant mort et enterré, n’en parlons plus.

      • 3 Août 2016 à 14h52

        Boomer dit

        Le Brexit n’est ni mort ni enterré, il est bien vivant au contraire.  Et on va en parler pendant plusieurs années à la fois comme sujet d’actualité puisque c’est un processus pour plus de deux années.  Et mieux encore, en parlera comme sujet d’explication sur ses causes. Et n’en doutons point, on en parlera pour ses conséquences.  Sur le R.U. lui-même évidemment et surtout sur les peuples européens. Sinon même pour les autres.
        Bref! le Brexit n’est que le retour du balancier séculaire entre hubris impérial et résistance “hic et nunc”.  C’est aussi la réponse aux deux mondialisations contemporaines : la libérale et l’islamiste… 

        • 3 Août 2016 à 20h04

          varese dit

          Non, le Brexit n’est pas une réponse à la mondialisation libérale – ça, c’est du wishful thinking de la part des Français ; la preuve, le gouvernement de Theresa May est condamné à faire preuve d’encore plus de libéralisme que celui de Cameron à fin de colmater les brèches économiques provoquées par le Brexit.