South Park, ça troue le cul !
On aimerait bien y demander l’asile politique
Publié le 06 décembre 2009 à 12:05 dans Culture
Mots-clés : Matt Stone, South Park, Trey Parker

Matt Stone and Trey Parker, créateurs de la série
Dans “South Park”, il y a tout ce que j’aime : la satire la plus pointue qui soit des emballements médiatiques, des “grands débats de société” et de la nature humaine en général ; plus une grossièreté heuristique1 qui donne son charme à l’ensemble. Et le tout depuis quatorze saisons, sans que la série donne le moindre signe d’essoufflement.
Le problème, c’est la France ! On ne peut y voir South Park que sur les chaines adophiles genre NRJ 12, Game One, ou MTV – alors que sa place serait sur le service public2. Encore les épisodes nous y sont-ils présentés avec au moins un an de retard, parfois douze, et dans n’importe quel ordre.
Pas question même pour les fanatiques, dont je m’honore d’être, d’acheter la série en DVD : elle n’est même pas distribuée par chez nous – contrairement à ces satanés “Simpson” dont les rayonnages débordent… Mais quand on a goûté à la cuisine délicieusement pimentée des chefs Matt Stone et Trey Parker, comment ne pas trouver un peu fade la soupe jaune de Matt Groenig ?
C’est aussi ça, l’exception culturelle française ! Elle nous a privés, entre autres, d’un des meilleurs épisodes de la saison passée : la remise de l’Emmy Award 2009 à… “la Crise”.
La petite ville de South Park (Colorado) a ceci de particulier que tous ses habitants sont bêtes et/ou méchants, surtout en groupe –et les adultes encore plus que les enfants. Stone et Parker tirent sur tout ce qui bouge, et chacun en prend pour son grade : les beaufs et les flics, les bobos et les clodos, les Noirs et les juifs, les handicapés et les gays, les écolos et les ONG. Malgré tout, nos deux compères éprouvent visiblement une jouissance toute particulière à ridiculiser l’univers dont ils sont issus : l’intelligentsia contestataire.
À cet égard, l’un de mes épisodes favoris reste “Crève, hippie, crève !” Le pitch, comme on disait il y a cinq ans : Cartman a découvert le plan secret des gauchistes pour envahir la paisible bourgade et en faire “la capitale mondiale de l’altermondialisme.” Hélas, personne ne veut croire notre héros ! C’est donc seul qu’il va entreprendre de bouter ces intrus hors de la ville, au lance-flammes s’il le faut…
C’est qu’il y a urgence : les envahisseurs veulent organiser à South Park le plus grand festival de musique baba de l’Histoire, “afin de faire plier les multinationales.” – “Mais comment ça ?” interroge naïvement Stan. – “Eh bien, lui répond un barbu à lunettes, il suffit d’imaginer une communauté où tout le monde s’entraiderait et où, par exemple, l’un ferait du pain pour tous, tandis que l’autre s’occuperait de la sécurité pour tous… -”Tu veux dire un boulanger et un flic ?”, répond l’enfant.
Ensuite, eh bien, vous savez comment c’est… On commence par tirer sur le fil, et c’est tout le tricot qui vient : l’utopie rousseauiste, la foi en l’Homme et l’idéologie du Progrès – voire l’utilité de la gauche dans le débat politique3.
La série aborde aussi la religion, et Dieu sait qu’elle ne fait pas de concessions à l’athéisme cool en vigueur chez les intellos laid-back de tous les continents surdéveloppés.
Pourtant, Stone et Parker sont loin d’être des bigots. Comme vous le racontait ici même l’ami Marc Cohen (10/11/08), ils ont déjà eu maille à partir, entre tant d’autres, avec le lobby évangéliste américain pour blasphèmes, pornographie et autres gros mots.
C’est d’autant plus injuste qu’ils nous présentent un Jésus tout ce qu’il y a de plus sympa ; même qu’il anime à la télé locale un talk-show intitulé “Jesus and pals” – juste un peu trop lisse, croit-on comprendre, pour faire de l’audience. Il n’est pas jusqu’à ses relations avec son Père qui ne soient abordés d’une manière théologiquement correcte.
Surtout, j’ai eu l’occasion de voir (au hasard de MTV, bordel !) un épisode intitulé “Vas-y, Dieu !” où l’ironie ne visait pas principalement Celui-ci.
Let’s pitch again : Cartman – encore lui –, incapable d’attendre la sortie de la Wii, décide en dernière extrémité de se faire congeler. Las ! Quand il se réveille cinq cent ans plus tard, plus personne ne sait la connecter…
Dès lors, le garnement ne songe plus qu’à retourner dans son époque. Il faut entendre son cri déchirant et furieux : “Je vais crever dans le futur, et sans jamais avoir joué à la Wii !”
Imagine-t-on destin plus cruel ? Surtout qu’en l’occurrence, le futur ne semble guère rieur. Dieu y a disparu, certes ; mais son culte a été remplacé par celui de la Science – sans que la liberté de penser y ait gagné, semble-t-il.
Au début, le changement ne se remarque qu’à travers certaines expressions populaires : dans un demi-millénaire, apprend-on, les gens diront couramment “Thank Science” ou “Science damn it !”
Sera-ce mieux pour autant ? Stone et Parker doutent. Déjà, le monde du futur est dominé par les loutres (plus douées que l’homme en sciences). Mais même quand le “Grand Sage des loutres athées” (sic) appelle à la mansuétude vis-à-vis des croyants résiduels, il est massacré séance tenante par ses propres troupes au cri magnifique de “Tuons le Grand Sage !”
Vous je ne sais pas, mais moi ça me fait irrésistiblement penser à Chesterton : “Quand on cesse de croire en Dieu, ce n’est pas pour ne croire à rien ; c’est pour croire à n’importe quoi.”
Quant aux hooligans auteurs de South Park je les tiens, au pire, pour des agnostiques d’excellente compagnie, d’autant plus que leur scepticisme fait d’eux, en politique, d’excellents anarchistes conservateurs4.
Un dernier exemple pour la route ? Dans “Imaginationland”, à la suite d’une manipulation scientifique, l’imagination des honnêtes citoyens américains est “prise en otage par les islamo-terroristes”… Heureusement, les services secrets ne vont pas tarder à intervenir pour y mettre bon ordre ! Après analyse approfondie de la situation, le chef de la CIA conclut gravement : “Je crains que nous n’ayons pas le choix : il faut atomiser notre imagination !”
Après ça, soit le lecteur n’a rien compris et je me sens bien seul ; soit j’ai intérêt à ne rien ajouter, sous peine de paraître chiant. Et pourtant j’aurais aimé pouvoir dire à quel point, sous couvert de dérision, Stone et Parker nous parlent subtilement d’humanité, de morale, de liberté… Mais ça y est, je suis déjà chiant et c’est à cause de vous, enfoirés de fils de pute !
- Voir ce mot ↩
- Même à la place des “Mots de minuit”, je suis preneur ! ↩
- Comme disait joliment le président Bordaberry (Uruguay), au lendemain du putsch militaire de (date), en réponse à une question de la presse internationale : “Il n’y aura plus d’élections en Uruguay tant que la gauche aura une chance de gagner !” ↩
- Comme Orwell selon Jean-Claude Michéa, et tous les gens bien selon moi. ↩
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L'auteur
Basile de Koch est chroniqueur des nuits parisiennes à "Voici" et du PAF à "Valeurs actuelles". Il est aussi essayiste à 16h.
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Lisa dit
@Pirate
@Jerôme
Pirate, vous dîtes
““Lisa, notre ami Pirate a un avis assure sur tout, meme s’il n’y connait rien, et ca devient franchement comique.”
Un compliment que je vous retourne volontier.”
Pirate, ce n’est pas moi qui disait cela, mais Jérôme, un peu de concentration tout de même ! avant de critiquer ! mais je pense comme lui, qui d’ailleurs me répondait.
Sinon je sais que vous n’avez pas d’enfant par ce que vous avez raconté de votre vie personnelle, et je me dis souvent que si un jour vous en avez un jour vous verrez les choses autrement.
Vous avez parlé du fils de votre amie, de vos neveux et essais d’adoption. Depuis j’en ai peut-être loupé car je ne lis que certains de vos messages, et en diagonale.
Zyva dit
Rackam, il ne vend rien mon capitaine, il audite.. Et ça ne fait pas que des heureux ! Il a l’ouïe fine.
pirate dit
“Lisa, notre ami Pirate a un avis assure sur tout, meme s’il n’y connait rien, et ca devient franchement comique.”
Un compliment que je vous retourne volontier.
Lisa je n’ai pas d’enfant ? Vous me connaissez personnelement et on ne m’a rien dit ? J’ai des neveux, des enfants dans mon entourage, mon amie à un fils, j’ai accueilli des enfants quand j’étais proche de Solensi, mais donc puisque je ne les ai pas fait moi-même je ne peux pas parler… bah voyons.
Grandgil dit
J’ai une petite préférence pour “American Dad”, plus audacieux que les “Simpsons” dont l’âge d’or était en 1992/97. Ensuite ça s’affadit…
Zyva dit
“South Park n’est pas et n’a jamais ete pour les enfants mais pour les adultes. C’est tres francais de croire qu’un dessin anime c’est forcemment pour les enfants. Les Simpsons non plus ne sont pas pour les enfants, ils ne peuvent rien y comprendre.”
Hé ho, Jérôme, c’était un trait d’humour, pas besoin de me faire la leçon, cool man, je n’ai jamais cru que les dessins animés n’étaient réservés qu’aux enfants ! Concernant les Simpsons, par contre vous vous trompez, mes enfants adorent, ils ont plus de dix ans c’est vrai. Pour South Park même si je trouve infiniment plus vulgaires les play boy’s girls et le papy baveux, il y a des disgressions de langage et d’autres plus visuelles qui sont un peu trop crues pour des bambins, bien que “bitte couille gros con etc…” soient largement répandus dans les cours d’école, mais justement, pas la peine de leur en remettre une couche.
Lisa dit
@Jerôme,
Tout à fait, mais si ce genre de personne a un jour du pouvoir, ce ne sera pas comique.
jerome dit
Lisa, notre ami Pirate a un avis assure sur tout, meme s’il n’y connait rien, et ca devient franchement comique.
Lisa dit
@Pirate,
Vous n’avez pas d’enfant, mais vous savez bien sûr ce qui convient aux enfants….on a compris, vous savez tout sur tout. C’est fatiguant pour les gens ordinaires que nous sommes un génie pareil.
pirate dit
Non, c’est beaucoup mieux, Karl Zéro prétend mettre du contenu, les girls de playboy ne prétend même pas à ça, juste la vie de trois barbies et d’un vieux beau (très vieux) dont la vie est censé ressembler à de trèèèèèèès longue vacance particulièrement barbante
André Assiétoi dit
@ pirate
“Allons Zyva les girls de Playboy c’est métaphysiques, vous n’y comprenez rien c’est tout ! Alors qu’il vous ai donné le droit une fois dans votre existence de scruter le néant absolu, le vide insondable, sans vaisseau spatiale. Rien que ce simple sujet démontre le vide de certain discours qui consiste à affirmer connaitre sur le terme d’une prétendument longue observation. Deux minutes face à ce truc suffit à faire comprendre l’immensité abyssale du néant”.
C’est vraiment pire que du Karl Zéro ?
pirate dit
Jérome vous voyez quand je vous décrit comme un personnage péremptoir qui prétend savoir quoique ce soit, vous faites ici même la démonstration. Les enfants que je connais, dès l’âge de 7 ans, comprennent parfaitement les Simpsons. Le “c’est très français de croire que” est très Jérome par exemple. Sur une affirmation de Zyva vous en tirez des généralités. Il y a un moment que le dessin animé en France est sortit du strict consensus “pour les enfants uniquement” de Myasachi à Pixar, de la Princesse Mononoké aux Indestructibles en passant par Là-haut, considérant le succès de ces films ici, la mentalité a largement évolué. Les enfants ne captent pas tout ce qui se passe dans South Park mais “putain fait chier” ça ils captent, j’ai pu le constater. En attendant en effet le public ciblé en priorité par les deux séries était les ados et les adultes, comme Beavies et Butthead.
Jerome dit
” il y a beaucoup trop de gros mots pour les enfants.”
South Park n’est pas et n’a jamais ete pour les enfants mais pour les adultes. C’est tres francais de croire qu’un dessin anime c’est forcemment pour les enfants. Les Simpsons non plus ne sont pas pour les enfants, ils ne peuvent rien y comprendre.
pirate dit
Je parlais des girls de playboy Zyva pas de South Park, j’arrive pas à accrocher. Moi “je vous encule bande de pisse cul” pendant trente minutes ça ne me fait pas rire, pas plus que leur film version Thunderbirds (Team America que j’ai vu Jérome ! Oui ! Je l’ai vu ! Je sais !!! aaaah Jérome est rassuré) il n’y a rien à démontrer là-dedans c’est une affaire de sensibilité. Pour les Simpson c’est très variable, il y a des épisodes sans grand intérêts et puis d’autre qui me font rire (un peu ou beaucoup) comme le dernier que j’ai vu où Marge se met à la musculation à la suite d’une agression, parce que c’est souvent absurde, parfois méchant et que le graphisme enfantin me plait.
Zyva dit
Mais justement Pirate, je crois que c’est un peu le but recherché.. un antidote en quelque sorte, à condition de le prendre au second, voire troisième ou quatrième degré, ce que c’est d’ailleurs. Et même le graphisme, si l’on considère l’oeuvre dans son ensemble, est tout à fait dans le ton, Dans le genre, ça décoiffe et c’est plutôt réussi.
pirate dit
Allons Zyva les girls de Playboy c’est métaphysiques, vous n’y comprenez rien c’est tout ! Alors qu’il vous ai donné le droit une fois dans votre existence de scruter le néant absolu, le vide insondable, sans vaisseau spatiale. Rien que ce simple sujet démontre le vide de certain discours qui consiste à affirmer connaitre sur le terme d’une prétendument longue observation. Deux minutes face à ce truc suffit à faire comprendre l’immensité abyssale du néant.
Zyva dit
L’inconvénient c’est que juste avant, j’ai dû m’enfiler la fin des play-boy’s girls en couettes et en moon-boots qui faisaient un bisou sur la bouche à une espèce de vieux machin dégoulinant, puis trois tonnes et demi de pub pour des jeux videos laserisés et éféspéciosizés, puis enfin un entretien hautement intellectuel et chébran sur l’influence de la musique hip hop sur la mode au Japon entre un Black à bonnet de laine façon jacquard et un Japonais à bonnet de laine, mais point mousse.
Zyva dit
Eh bien, vous n’allez pas le croire ! J’ai vu mon premier South Park en entier sur MTV là maintenant !
Une histoire d’humiliation, de poils pubiens d’ado prépubert, de rouquin, de poney, de vengeance et de chili sanglant.. C’est férocement poilant. Mais tout de même, les dessins.. et il y a beaucoup trop de gros mots pour les enfants.
rackam dit
Planquez les mômes, Zyva, donne à donf dans le torride,
elle a eu une vision érototogène de Bayrou et Ségo,
sa vraie nature prend le dessus, ça va tanguer.
Son captain au long cou doit encore être en Terre-Adélie pour vendre des galcières, alors , évidemment….
Je ne veux pas voir ça, à demain.
pirate dit
C’est vrai quoi, comment faire taire les commentaires, la somme de chose que l’on ne connait mais qu’on crois connaitre et que l’on commente. En fait à ce sujet, contrairement à ce que pense Jérome, même lui devrait se taire et ce site tout simplement fermer. Pour mon compte je me situe au peu que j’ai vu de l’un et de l’autre. Cartman ne me fait pas rire, le graphisme papier découpé ne me plait pas. Homer me fait rire le graphisme me plait. Affaire de goût donc, partit ça des ahuris en tirent des conclusions au fait de vouloir provoquer une énième bataille, frustré de ne pas avoir le dernier mot ailleurs. En effet la télé leur est donc utile, ils peuvent l’engueuler, personne ne répond. Et frustré de venir ici proposer une opinion au fait “qu’ils savent” ce qu’en fait ils ne savent pas vraiment puisque leur “savoir” est strictement bornée à cette même opinion. Et quand on ne la partage pas, de vous expliquer que vous ne savez pas. Bah tiens…
Zyva dit
“ça a l’air” mais il est vrai que je ne connais pas la chanson, donc comme dit Jérôme, quand on sait pas on dit rien, chut. D’ailleurs j’ai moi aussi en horreur les commentateurs qui commentent pour ne rien dire, histoire d’étaler leur prose insipide sur un écran même pas blanc, alors qu’il ne connaissent absolument rien du sujet, vraiment on devrait les faire taire à coups de chlague, et si ça ne suffit pas, les bâillonner puis les pendre par les pieds en leur chatouillant les dessous de bras ce serait rigolo comme dirait Bayrou en regardant d’un oeil attendri mais néanmoins admiratif non sans une pointe de circonspection le soleil couchant se jouer des cheveux de Ségolène en laissant ça et là sur ses mèches rebelles de fugaces reflets rougeoyants. Bref il faudrait vraiment résoudre le problème : comment taire les commentaires ?