Sous les pavés, le roc

Parole de pierre

Publié le 23 août 2010 à 17:00 dans Société

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Ruines d'une chapelle dans le Finistère

Ruines d'une chapelle dans le Finistère.

N’entendant rien ni à la politique ni à l’économie ni à l’histoire, je ne puis évoquer l’état présent de la France que par le biais de mon autopsie. La France est une nation en ruines. Ma voix ne peut être que celle de l’une de ses pierres éparses, charnellement revêches à l’appartenance.

Je suis né en France, mes ancêtres sont français, je suis de nationalité française. Mais je n’ai jamais eu le sentiment d’être un Français. Je n’ai jamais entendu, dans mon enfance, les légendes de la France, les histoires de la France. Je n’ai jamais entendu parler de la France comme d’une entité à laquelle il eût été possible d’appartenir et moins encore comme d’une entité à laquelle j’appartenais.

[...]

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  • 27 August 2010 à 12h54

    pjolibert dit

    @ M. Maillé,
    Monsieur,
    votre texte est très beau, et je n’en comprends pas tous les approfondissements,
    je crois avoir ressenti un peu de votre désarroi sans être allé aussi loin,
    et je me suis sans doute réfugié derrière une conception trop simple, qui a nourri en moi l’illusion de comprendre pourquoi ma fille était muette.
    Voilà : la France est un empire, mais pour des raisons géopolitiques (situation au milieu des autres empires européens), elle a eu besoin de se croire une nation et de développer une idéologie nationale et anti impériale qu’elle a fait partager à ses membres selon diverses moutures successives. Ceci a des limites, et comme dans tout empire, sa phase de déclin se traduit par un mode de vie de plus en plus civilisé, axé sur le bonheur individuel (voir Le déclin de l’empire américain de Denys Arcand), qui est pour le coup en exacte contradiction avec toute idéologie nationale.
    Les Français sont plus que jamais des Romains du temps de Gallien qui pour certains se croient dans la Sparte de Tyrtée.
    Peut-etre est-ce là aussi pourquoi votre fille est muette.
    Votre serviteur, P. Jolibert.

  • 26 August 2010 à 11h34

    Benjamin dit

    Je sais pourquoi je lis Causeur. Après avoir apprécié grandement un article -comme icelui, il m’arrive d’être tout aussi ravi de lire les commentateurs.

    CauseurS, y’a bon.

  • 24 August 2010 à 0h07

    Loulou dit

    La guerre froide est terminée, mais les deux blocs ont réussi leur oeuvre délétère, nous en sommes les preuves vivantes.
    Au nom de ces deux idéologies, parfois liée dans un interêt commun, il fallait tuer la famille car elle portait la tradition, la transmission, la liberté d’apprendre à penser autrement. C’est chose faite.
    Il fallait tuer la notion de patrie, car en donnant aux peuples la conscience d’eux mêmes, elle était un frein à l’expansion de chacun des deux empires. C’est chose faite.
    Il fallait tuer les peuples, car leur homogéneité et leur communauté de destin les poussait à l’unité et en faisait un danger face aux empires. Surtout les peuples européens, ceux qui ont inventé la liberté, qui ont revendiqués et obtenus leurs droits de peuples face aux puissants, face à l’argent.
    C’est chose faite. leur mort est annoncée. On les a transformés en rassemblement d’individus sans liens entre eux, sans sentiment d’appartenance, à qui on a donné honte d’eux même, à qui on prône le métissage pour ne pas risquer de les voir renaitre, pour être sûr qu’ils ne viendront pas un jour demander des comptes en se souvenant de ce qu’ils sont. Tous les moyens ont été bons, et les plus anodins les plus efficaces. Les modes ont été plus mortifères que des révolutions, la “ringardisation” plus efficace qu’une exécution.
    Je suis devenue réac en vieillisant ? non, simplement lucide sur la façon dont je me suis fait voler mon identité et ma liberté.

  • 23 August 2010 à 19h57

    laborie dit

    Le titre exact est “Du Sens”…excuses acceptées….

  • 23 August 2010 à 19h36

    expat dit

    Jolie papier ! mais je dirais que le commentaire de l’Ours est aussi jolie que le papier. Merci l’Ours !

  • 23 August 2010 à 19h25

    laborie dit

    A propos du livre de Renaud CAMUS “Le sens”….

    Emprisonnée dans l’inappartenance devenue la plus despotique des appartenances, la flamme du Sens éteinte, et oubliée les ombres colorées, l’espèce humaine rendue aux seuls utilités de la petite-bourgeoisie, sous les sinistres atours du “pareil au même”, sera définitivement là où elle est, suprêmement sédentaire dans un partout, exact équivalent du nulle part.

  • 23 August 2010 à 18h07

    L'Ours dit

    Oui il faut appartenir, mais sans se menotter les poignets au douillet radiateur de la chambre, aussi anodine soi-t-elle, dans laquelle on est entré. Il faut garder les fenêtres et la porte grandes ouvertes et sortir souvent, prêts à tout quitter si on réalise soudain que sous la tapisserie était le vrai et peut-être sale décor. J’ai toujours eu, par exemple, envie de faire de la politique et pourtant, je n’ai jamais réussi à adhérer à un parti de peur qu’on exigeât de moi un discours convenu et dans la ligne.
    Comme je me suis reconnu dans votre vécu de ne pas puis d’”être Français”. Malgré des parents qui m’ont élevé dans un amour d’une France qui a pourtant passé son temps à les trahir, je me sentais bien plus naïvement citoyen du monde. C’était avant ma paranoia. L’impression d’être agressé, fait qu’on se recroqueville dans ce qu’autrefois on négligeait, une vision du monde, des frontières, un pays, une maison!

  • 23 August 2010 à 18h07

    L'Ours dit

    Quel texte magnifique!
    J’ai assez gueulé pour un gachis de l’intelligence chez Maillé dans ses premiers textes causeuriens, par trop idéologiques sous une maestria dialectique, pour me permettre de dire qu’un grand est en train de naître car il casse sa carapace et laisse entrer en lui son propre regard certes, mais ébroué de tout faux semblant. A ce jeune âge, et s’il garde sa simplicité, c’est l’occasion pour nous de dire: nous y étions.

  • 23 August 2010 à 17h45

    Impat1 dit

    L’art d’appartenir, il faut le cultiver, le faire grandir en nous. Il et le contraire de l’art de posséder, qui n’est pas un art.
    L’appartenance fait de nous un roc. En regardant sous les pavés vous avez vu juste.