La chair de leur chair… | Causeur

La chair de leur chair…

Dans “La fabrique des pervers”, le combustible des pères ce sont leurs filles

Auteur

Benoît Rayski

Benoît Rayski
est journaliste et essayiste

Publié le 03 juillet 2016 / Culture

Mots-clés : , ,

(Photo : tamaralvarez - Flickr - cc)

La bidoche, c’est la bidoche… Et ça commence par une orgie de bidoche. Une viandée a nulle autre pareille. Des steaks de chameaux et de zèbres, du consommé d’éléphant, des galantines d’hippopotame, du saucisson de lion. Des galantines de phoque. Nous sommes au début de l’hiver 1871 et Paris, assiégé par les Prussiens, a faim de viande.

Le ventre de Paris est creux. Alors pour Paris, tout fait ventre. On se presse chez Arthur et Alfred. La boucherie affiche : « Viande de fantaisie ». Une à une, ils sont allés chercher les bêtes de la ménagerie du Jardin des plantes. Clandestinement d’abord, puis avec l’accord de la mairie de Paris, qui sait que de toutes façons, les bêtes sont condamnées à mort pour cause de famine. Les découpeurs, les charcuteurs se feront, avec toute cette viandée animale, des panses en or. De quoi fonder une dynastie bourgeoise comme l’époque, qui sera bientôt belle, les aime.

« La maudite molécule paternelle »

Le temps passe, les années, et les viandards, les bidochards, se feront plus raffinés. Ils jetteront leur dévolu sur une bidoche plus délicate, plus tendre. La chair de leur chair : leurs filles. Au nom de la sacro-sainte propriété bourgeoise, avec un zeste de nostalgie pour l’aristocratique droit de cuissage, les mâles de la famille se serviront dans le cheptel qu’ils ont fabriqué. « La maudite molécule paternelle » dit Sophie Chauveau, l’auteur du livre, empruntant cette formule à Diderot.

Et elle a la vie dure cette « maudite molécule ». Elle se transmet de générations en générations, de mâles en mâles. Jusqu’aujourd’hui. Puisque, on l’aura deviné, c’est aussi sa propre histoire que Sophie Chauveau raconte. Elle dit qu’elle ne peut pas appeler ça un roman. Peut-on faire un roman sur l’inceste une des souillures les plus glauques qui soit ? Eh bien si, elle en a fait un roman. Au sens le plus noble de ce terme. Un fleuve immense et généreux. Une mer dont les lames viennent se fracasser sur les rives déchiquetées de l’enfance.

Robert Merle écrivit autrefois un très grand roman : La mort est mon métier. L’histoire du commandant du camp d’Auschwitz. Un homme assez ordinaire, plutôt simple dans sa vie quotidienne. Tout comme les pères de La fabrique des pervers. Le livre de Sophie Chauveau aurait pu s’appeler : L’inceste est mon métier… Le rapprochement avec Auschwitz ne doit rien au hasard. Voyez ou revoyez Le ruban blanc d’Haneke et vous comprendrez.

Dans ce film, comme dans ce livre, les racines du mal s’étalent dans leur affreuse nudité. Oui, il s’agit bien du ventre fécond dont la bête immonde est sortie. Une phrase de Sophie Chauveau pour laver toutes les saletés du temps. « Jamais je n’ai laissé mes filles pleurer ». C’est beau une mère.

La fabrique des pervers, Sophie Chauveau, Ed. Gallimard.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 7 Juillet 2016 à 13h00

      Alex Z dit

      Dans l’esprit de l’auteur, sans doute végétarien ou végétalien, manger un bon steack, un hamburger, ou même une saucisse de Strasbourg avec de la moutarde, est un péché aussi mortel que l’inceste. On le voit bien dans les termes employés : “bidoche”, rien qu’à l’audition de ce mot on en a la nausée. L’auteur certes, n’emploiera pas les termes de “bœuf bourguignon, tournedos Rossini”, ou autres appellations plus attrayantes. Non, le bougre sait ce qu’il fait.
      Mais quand on est dans l’outrance, on en devient insignifiant, et avec, la cause qu’on prétend défendre.

    • 5 Juillet 2016 à 10h37

      Vert Gallois dit

      Aucun rapport.

    • 4 Juillet 2016 à 18h25

      zelectron dit

      la copulation pour tous de Taubira n’arrange pas les choses …

    • 4 Juillet 2016 à 13h22

      tum’interesse dit

      des rapports entre viande et inceste (si je puis dire)il n’avait rien d’autres sans doute ,bite qui bande n’a pas de conscience,pouah!!!

    • 3 Juillet 2016 à 21h59

      i-diogene dit

      Il faut être salement voyeur et pervers pour aimer ce genre de roman..!^^

    • 3 Juillet 2016 à 21h38

      isa dit

      Sérieusement c’est quoi le rapport entre bouffer de la viande et violer sa fille????

      • 3 Juillet 2016 à 21h49

        Patrick dit

        Je me posais la même question.

      • 4 Juillet 2016 à 16h36

        Sancho Pensum dit

        Aucun. Mais, pour les besoins de la cause, il fallait bien trouver un “pervers zéro” (comme il y a un patient zéro, dans la propagation des épidémies).
        Cependant, s’il y a bien une transmission possible de la pédophilie – les enfants abusés risquant d’abuser à leur tour – la “transformation” de l’escroquerie (voler, tuer et découper des animaux de zoo) en pédophilie ne va pas de soi.
        PS : je ne vois pas bien non plus, le rapport avec Auschwitz. D’autant moins que Hitler était végétarien…

        • 5 Juillet 2016 à 7h02

          isa dit

          Le ruban blanc lie pratiques pedophiles et montée du nazisme.
           

        • 5 Juillet 2016 à 12h05

          Sancho Pensum dit

          Pourquoi pas Isa…
          Mais, dans ce cas, je ne vois pas le rapport entre le braconnage au Jardin des Plantes et le nazisme.
          D’un autre côté, on peut aussi relier la pédérastie et la démocratie (Grèce).
          Bref, tout ça donne l’impression de justifications “après-coup”. La pédophilie étant considérée aujourd’hui comme l’apogée de la déviance, la crème du crime, on s’efforcera, pour noircir volontairement le tableau, et selon le dicton populaire, de trouver dans le passé des individus, le vol de l’oeuf qui aurait signé l’amorce la pente fatale aboutissant au vol du boeuf.
          Ces implications (ou équivalences ?): braconnage => pédophilie ou pédophilie => nazisme sont parfaitement ridicules.
          Tous les braconneurs ne finissent pas pédophiles. Et tous les pédophiles ne finissent pas par tuer des Juifs.

        • 5 Juillet 2016 à 12h07

          Sancho Pensum dit

          Et à la vérité, Isa, je crois que je perds de plus en plus mon temps à commenter les articles délirants de Rayski.

    • 3 Juillet 2016 à 21h26

      Aristote dit

      Ah mais, le “Souffle au coeur”, rien à redire…

    • 3 Juillet 2016 à 21h10

      Patrick dit

      Une fois de plus est mis en cause le mâle, synonyme du mal, qui ne pense qu’à assouvir ses pulsions sexuelles et ses instincts les plus bas.
      Cela doit bien plaire à certaines féministes !

      • 3 Juillet 2016 à 21h23

        Parseval dit

        Les féministes adorent les viols, ça les fait BANDER.

        • 3 Juillet 2016 à 21h48

          Patrick dit

          Vous parlez d’expérience ?

    • 3 Juillet 2016 à 17h30

      L'Ours dit

      Sans préjuger de ce ce roman qui est peut-être un chef d’oeuvre, je n’en sais rien, mais depuis au bas mot 50 ans et à part quelques rares, existe-t-il encore des écrivains qui inventent des histoires?
      J’en ai un peu ras le bol de tous ces romanciers – surtout des romancières d’ailleurs – qui n’écrivent que sur eux, leur vécu si possible glauque, leur nombril.

      • 3 Juillet 2016 à 21h23

        Parseval dit

        Essayez la BD : Le Codex angélique, 3 tomes.

    • 3 Juillet 2016 à 17h22

      IMHO dit

      Franchement, je n’aime pas le pathos. C’est aussi une perversion.
      Et le roman de Merle n’est pas irréprochable, il prend trop de libertés avec la vérité sur le vrai Rudolf Hoess, qui était beaucoup plus anormal et plus médiocre que le dit le roman.

    • 3 Juillet 2016 à 17h08

      isa dit

      Quel est le rapport entre manger de la vuande( en plus quand on meurt de faim) et le fait d’être incestueux????

      Parce que la deuxième comparaison se comprend parfaitement mais celle- ci ce serait pas mal de l’expliquer.