Les Françaises résistent par le nu! | Causeur

Les Françaises résistent par le nu!

Des photos signées Sonia Sieff en guise de manifeste

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
Né en 1974, Thomas Morales est journaliste indépendant et écrivain.

Publié le 15 avril 2017 / Culture

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Exposition à la A. Galerie. Crédit photo : Sonia Sieff.

Dans une France coincée entre pudibonderie religieuse et voyeurisme marchand, le corps des femmes disparaît derrière le rideau des convenances et des peurs. Les discours idéologiques l’emportent dorénavant sur le grain des peaux. La fausse perfection esthétique imposée par l’industrie balaye les infinies variations de la beauté jusqu’à leur nier une quelconque réalité. Nos yeux habitués à cette nudité calibrée dans les rues, dans les magazines, au cinéma ont perdu leur acuité, leur film sensible.

Nous redonner foi dans l’émotion d’une courbe, l’allure d’une épaule, le galbe d’un sein, le profil d’un visage s’apparente, en fait, à une démarche artistique très osée. Sonia Sieff, parisienne de tempérament, fille de Barbara et JeanLoup, élevée dans les secrets de la chambre noire, devait relever deux défis : oublier l’image tutélaire du père, immense styliste de la photo, et renouveler le genre si dévoyé du nu. Accepter son atavisme sans imiter tout en imposant son regard sans tricher. La frontière entre érotisme libidineux et naturalisme froid est parfois ténue. La focale tient à un fil. Il est si facile de tomber dans l’exagération des chairs, dans l’outrance du désir et d’en oublier l’essentiel, c’est-à-dire l’expression d’une liberté sans fard, ni vêtements.

Une exposition sereine et éclatante

 

Sonia le prouve d’une façon éclatante et sereine, en exposant ses photographies à la A. Galerie dans le XVIème arrondissement jusqu’au 29 avril et en publiant son premier livre « Les Françaises » chez Rizzoli New-York. Dans sa préface, Boris Bergmann écrit que « Sonia Sieff ne masque pas, elle laisse les corps à vif, retrace les vies, chuchote leur dialectes intimes ». Cette recherche de l’intimité donc de la singularité de chaque femme en les dénudant totalement n’est pas anodine dans une époque cadenassée. La trentenaire passée par Vogue, Vanity Fair ou le Telegraph fait fi des interdits. Il y a une forme de résistance et d’engagement politique qui démontrent, s’il fallait en douter, de l’audace des Françaises. Insoumises et désirables. Secrètes et impudiques.

Puissantes et graciles. Elles n’abdiquent pas. Elles revendiquent juste le droit de poser sans aucun artifice, c’est leur manière à elles de faire taire les obscurantismes. Tous les modèles anonymes ou célèbres ont fait preuve, à la fois d’un courage et d’un abandon ce qui revient finalement au même. Se montrer nu relève plus de la psychologie que de la sexualité. Mais dans les arts comme ailleurs, entre la volonté du créateur et la réalisation concrète de son œuvre, en l’espèce des clichés, il peut y avoir des zones de friction. Sonia Sieff ne s’est pas laissée submerger par son sujet, sa technique parfaite, notamment son travail très délicat sur les ombres et les lignes de fuite, a fait le reste. Chez elle, la maîtrise n’occulte jamais l’émotion. Ses Françaises s’appellent Alba, Alix, Lubna, Marie, Pauline ou Zoé, elles sont plutôt jeunes et mystérieuses. On reconnait quelques actrices ou chanteuses, Elodie, Cécile ou encore Hélène.

Mise à nu, leur notoriété s’efface, elle n’est qu’un voile de malentendu. Mieux que certains réalisateurs, Sonia Sieff a rendu uniques toutes ces femmes avec un simple appareil. Chaque inconnue qui défile devant son objectif, irradie vraiment comme si la photographe avait su capturer leur moi profond. Boudeuses ou moqueuses, éthérées ou solaires, provocantes ou effacées, toute la palette des caractères et des sentiments se fixe sur le papier. Un rai de lumière dévoile Sara en jouant subtilement sur le quadrillage d’une chaise ajourée. A Porquerolles, Zoé ressemble à la Vénus de Botticelli. A Beaulieu, de dos, Allégria et son chignon font penser à une sculpture de Lorenzo Bartolini. A Paris, Constance déplie ses longues jambes et soutient son regard vers l’objectif. Ophélie suspend le temps tandis qu’en Normandie, sur la Côte d’Albâtre, la silhouette de Charlène se dessine sur les falaises crayeuses. Les Françaises possèdent un charme indéfinissable et Sonia Sieff, beaucoup de talent.

Exposition à la A. Galerie jusqu’au 29 avril – 4, rue Léonce Reynaud 75 116 PARIS

Les Françaises de Sonia Sieff – Editions Rizzoli New-York

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    • 20 Avril 2017 à 11h10

      libre36 dit

      c’est VOTRE regard qui sali… et non le contraire

    • 16 Avril 2017 à 15h16

      L'Ours dit

      Espiègle, mutine, un peu libertine, libre… qu’appellera-t-on encore “une Française” dans de moins en moins d’années?

    • 16 Avril 2017 à 15h04

      Syagrius dit

      Votre parallèle avec la résistance à l’obscurantisme me semble laborieux et je pense qu’il n’a pas traversé l’esprit des charmantes personnes qui ont accepté de poser ainsi.
      Ceci dit ce style de nu académique est devenu un peu sopo, tout ayant été dit sur le sujet par des Richard Avedon (dans un registre certes plus canaille, mais avec des femmes de rêve) et des Jean-Loup Sieff justement… Le génie n’est pas héréditaire….

    • 16 Avril 2017 à 10h48

      keg dit

      Ma femme voulait en être mais elle a préféré laisser la place à d’autres… Elle se voile comme toute musulmane qui respecte l’âge canonique… (mais même non musulmane. Il est des limites à ne pas dépasser, c’est son djihad nudiste face à elle même et à son dieu). Voir photos!

      http://wp.me/p4Im0Q-1Dx

      • 20 Avril 2017 à 11h09

        libre36 dit

        et la bonne “femme libre” fait comme elle veut… dans SA reflexion et son intégrité
        ELLE EST GRANDE MAJEURE LIBRE FRANCAISE§§

    • 15 Avril 2017 à 21h55

      Pepe de la Luna dit

      Arrêtez d’utiliser le mot “résistance” à toutes les sauces, c’est ridicule…

    • 15 Avril 2017 à 21h27

      Specht dit

      Vous en auriez de la belle Elisabeth par hasard ?

    • 15 Avril 2017 à 18h33

      Mitidja dit

      Jaloux….J’en connais plus d’un qui, s’il l’avait dans son lit, n’irait pas dormir dans la baignoire! Une femme, vue comme cela, c’est tout simplement magnifique, bien plus belle à voir qu’un débat à onze pour la présidentielle!

    • 15 Avril 2017 à 18h10

      Tonio dit

      Je me raconte une fois de plus que les mannequins n’ont rien de féminin, la Nature sait mieux faire…

    • 15 Avril 2017 à 17h20

      A mon humble avis dit

      A force d’entendre le message que l’art est n’importe quoi, et surtout ce qui est laid et obscène, on en avait fini par oublier que l’art est exactement le contraire: la beauté et l’élégance.

    • 15 Avril 2017 à 16h49

      Habemousse dit

      Un tableau c’est de l’extrait de beauté à contempler sans modération car il nous donne à imaginer ce qu’il cache derrière sa peinture.

      Une photographie de nu, dans le cas de cette exposition nous montre tout afin d’éteindre notre curiosité, dans des clichés d’une banalité affligeante.

      La beauté féminine est le résumé de toute les autres, à condition d’attiser notre imagination, de l’emporter au delà de la plastique.

      Les modèles sentent la pose et le déodorant. 

      • 15 Avril 2017 à 16h59

        Maringo dit

        Après les sommets dans l’arts qu’on atteint nos ancêtres depuis les grecs (sculptures d’hommes nus), il semble difficile à nos contemporains de faire mieux.
        Il semble difficile de renouveler l’art. Et qu’on ne me parle pas du plug anal ou des boites de merde de Manzoni.
        Peut être que la décadence était inévitable…

      • 15 Avril 2017 à 17h31

        Schlemihl dit

        Hum oui , on devine que ces photographies n’ ont pas été prises par un homme . ca manque un peu de pelage et de transpiration .

        Enfin c’ est mieux que le pleugue .

    • 15 Avril 2017 à 16h47

      IMPERIALYUNAN dit

      Enfin un peu de calme, affirmé. 
      Enfin un peu de vie….