En lisant le dernier numéro de Valeurs Actuelles, j’ai appris, grâce à mon avisée (et charmante) consœur Josée Pochat, un truc qui m’a laissé sans voix. Lors de la dernière réunion du Conseil de Paris, une proposition UMP d’attribuer le nom d’Alexandre Soljenitsyne à une rue de la capitale a failli être rejetée à cinq voix près (30 voix pour, 25 contre) ! Le maire de Paris – absent lors du scrutin – avait laissé la liberté de vote aux élus socialistes et il s’est trouvé parmi eux une majorité soit pour voter contre, soit pour s’abstenir, à l’instar des élus communistes et chevènementistes.

Le vote aurait pu ne pas avoir lieu du tout. D’après Jérôme Dubus – l’élu UMP à l’origine de cet hommage au Prix Nobel disparu le 3 août dernier – l’idée d’une place ou d’une rue Soljenitsyne a failli être enterrée par la majorité municipale dès les débats préliminaires en commission. Finalement, il semble que Bertrand Delanoë, plus fin politique que ses séides et peu désireux qu’on lui accroche cette casserole-là au fondement, a « préparé » le scrutin en Conseil de Paris de façon à aboutir à un vote ric-rac, mais positif. Mais avant d’en arriver là, les débats ont été d’une rudesse rare, et Jérôme Dubus raconte qu’il s’est cru téléporté en pleine guerre froide : « J’ai été surpris par la violence des propos tenus par les élus de gauche qui ne voulaient pas honorer l’écrivain. Ils étaient haineux, l’ont traité d’antisémite, d’ultranationaliste, lui ont reproché d’avoir soutenu le régime de Franco. » Renseignement pris, ce sont les élus du PCF qui ont porté l’accusation infâmante d’antisémitisme. La pudeur m’enjoint de ne pas épiloguer sur cette abjection. Par compassion pour ce qui fût autrefois et malgré toutes ses tares un grand parti communiste et français, je me contenterai d’un simple : « Pas ça, pas vous. » Je rappellerai néanmoins aux charlots et faux-culs qui siègent sous l’appellation communiste que, quand on marque au fer – fût-ce sur le front d’un mort – la lettre écarlate de l’antisémitisme, alors on ne s’abstient pas, on a le courage élémentaire de voter contre, sans quoi cela revient à considérer l’antisémitisme comme un point de détail.

Quant aux élus de gauche pour qui le soutien supposé de Soljenitsyne à Franco le disqualifierait pour donner son nom à une voie publique, j’espère qu’ils n’ont pas trop de suite dans les idées. Sans quoi, il va falloir débaptiser la place Charles-De-Gaulle. En juin 1970, quelques mois avant sa mort, le dernier chef d’Etat à qui le général tint à rendre visite n’était autre que Franco. Mais après tout, de Gaulle, n’était-il pas comme Soljenitsyne, un « ultranationaliste » ?

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Marc Cohen
est rédacteur en chef de Causeur.est rédacteur en chef de Causeur. Pilier du Groupe d’Intervention Culturelle Jalons, il a notamment été rédacteur en chef de "L’Idiot International ".
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