Soigner et punir
Ni juges, ni voyantes : psys
Publié le 02 janvier 2012 à 14:30 dans Société
Mots-clés : Chambon-sur-Lignon, juges, psys

Freud. Image : Ross Burton.
Les attaques dont fait l’objet la corporation « psy » à l’occasion de la dramatique affaire du Chambon-sur-Lignon ne sont pas sans fondement. La prétention ubiquitaire du « savoir psy » se heurte encore une fois à une réalité violente et sordide. À force d’intervenir partout et tout le temps, depuis l’éducation de nos enfants jusqu’aux comportements des hommes et des femmes « publiques » en passant par le devenir des familles homoparentales, les psys sont devenus des oracles. Mais le plus problématique est peut-être qu’ils soient de plus en plus souvent conviés à jouer le rôle d’auxiliaires de justice, puisqu’ils interviennent comme experts, soit pour se prononcer sur le degré de « folie » − donc de responsabilité − d’un criminel présumé, contribuant ainsi à peser sur la sanction, soit, quand un criminel a purgé sa peine, pour statuer sur sa « dangerosité ». C’est ainsi qu’ils ont accepté, certains avec enthousiasme, d’autres avec réticence, que leur compétence diagnostique soit utilisée comme un outil prédictif. Les premières victimes de cette prétendue omniscience, ce sont les experts-psychiatres qui interviennent auprès des tribunaux : conseillers, ils se sont mués en décideurs ; médecins, ils sont devenus juges. Or, si la mission du juge est de protéger la société, celle du médecin est de traiter son patient.
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 42Décembre 2011

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L'auteur
Michel Topaloff est psychiatre et psychanalyste
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4busy dit
Qu’il est irritant de vous lire, Monsieur. Parce que vous énoncez quelques vérités, notamment sur la toute-puissance des psy. Mais l’ensemble est tendancieux et propice à troubler le lecteur. D’abord cette confusion insidieuse entre psychiatrie et psychanalyse. Entre clinique psychiatrique et clinique expertale. Le magistrat, le législateur en a décidé ainsi, requiert l’éclairage de techniciens, qualifiés experts, en psy, en mécanique, en balistique lésionnelle… La dangerosité psychiatrique, prédiction ou probabilité? Les résultats des échelles actuarielles du risque combinés aux jugements cliniques : une régression? Peut-être, mais peut-être pas. Si c’était si simple!
Mouche dit
Je n’ai rien à ajouter sinon: – qu’il est doux de vous lire…
Toutefois, ce n’est pas seulement une quête de gloriole qui saisit ainsi le corps des psys mais bien le goût du pouvoir. Voir ainsi le champ de leurs compétences s’étendre jusqu’à peser sur la justice et démettre le juge de ses responsabilités, a de quoi enivrer les plus réticents. Et nous assistons impuissants à la résurgence de cette vieille idée populaire mais tenace tendant à prouver que les psys n’y entendent rien. Chaque erreur est relevée, dénigrée et c’est toute cette spécialité qui perd de sa crédibilité. Au jeu du pouvoir, le soignant finit par perdre la confiance de ses patients leur permettant ainsi de s’affranchir de l’éventualité d’une nécessité de soin.
isa dit
Tout à fait d’accord avec l’auteur du billet et avec Mouche.
a vouloir judiciariser la psychiatrie, on en oublie ce à quoi elle est vraiment destinée, c’est à dire à guérir des malades.
kravi dit
J’en reste abasourdi : ainsi les psychistes ne seraient pas devins ? Il est temps que cette imposture soit dénoncée ; l’étonnant est qu’elle ne le fut pas plus tôt.
L’ennui est que les juges ne connaissent rien au psychisme humain et s’appuient donc sur l’avis de ceux censés y comprendre quelque chose. Et, vous avez raison, la quête de gloriole et d’illusion d’omnipotence (toute deux défenses contre les failles narcissiques…) ont perverti la mission soignante. Il est vrai qu’on peut leur trouver des circonstances atténuantes : comme vous le dîtes, le socius les presse d’être à la fois Cassandre et Athéna.
Une autre absurdité que je voudrais dénoncer : la fameuse “injonction thérapeutique”, oxymore s’il en fut.
Bon, c’est pas tout ça : je dois aller écouter mes patients. Merci pour votre papier.