Snowden: Ego en bandoulière | Causeur

Snowden: Ego en bandoulière

Tant qu’il y aura des films

Auteur

Olivier Prévôt
anime le site et la revue L'Esprit de Narvik et le blog Les Carnets de Betty Poul sur Causeur.

Publié le 09 novembre 2016 / Culture

Mots-clés : , , , ,

Snowden Oliver Stone

Joseph Gordon-Levitt dans le rôle d'Edward Snowden (photo : pathefilms.com)

Ego en bandoulière

Vorace, intarissable, mégalo comme tous les grands réalisateurs hollywoodiens, Oliver Stone devait tôt ou tard s’emparer de l’affaire Snowden – un sujet à la mesure de cette « grande conscience de gauche ». C’est chose faite avec ce long film (2 h 14) dont la sobriété se limite au titre : Snowden.

S’il se laisse volontiers regarder, comme toutes ces productions américaines à la qualité technique irréprochable, on ne peut que sourire en observant la manière dont Oliver Stone a tordu la biographie du jeune informaticien, afin d’en faire un héros à l’image de ce qu’il prétend avoir lui-même été : un jeune patriote idéaliste, tombé à gauche par révolte face au cynisme de la droite (et surtout pas un geek sorti de l’anonymat sur un regrettable coup de sang). Pareil travestissement serait anecdotique (après tout, Snowden, quoi qu’on en dise, n’est qu’un divertissement) si le film, hanté de bout en bout par l’ego de Stone, ne passait pas à côté, juste à côté, de ce qu’il aurait pu être : un récit palpitant sur le journalisme d’investigation et l’un des plus grands scoops de l’histoire. Les courtes scènes pendant lesquelles on voit Edward Snowden se confier aux deux journalistes, Glenn Greenwald (interprété par l’épatant Zachary Quinto) et Laura Poitras (l’impayable Melissa Leo) sont incontestablement les meilleures. Mais elles sont noyées dans une sorte de récit d’initiation, narcissique, interminable, où Edward Snowden découvre, stupéfait, l’univers impitoyable de l’espionnage. Dommage !

Snowden, d’Oliver Stone, en salles à partir du 1er novembre.

À cœur et sans cri

À sa sortie, le roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, a rencontré plus que le succès. Autour de cette histoire – de vie, de mort, de peine et d’espoir –, autour de ce cœur encore palpitant, transplanté du corps du Simon Limbres, jeune surfeur en état de mort cérébrale, à celui de Claire, quinquagénaire souffrant d’une grave insuffisance cardiaque, il s’était passé quelque chose. On s’offrait le livre, avec un « Lis ça, c’est formidable ! », chuchoté, encore ému. Oui, ce roman fit événement.

Il fallait donc être taraudé par un sacré désir de cinéma pour oser le porter à l’écran. Non que Réparer les vivants soit difficile à transposer en tant que tel : le roman est factuel ; lieux, personnages et situations s’y enchaînent, comme au cinéma, ou presque – c’est d’ailleurs l’une des forces du livre. À deux ou trois pièges près, bien repérés par la cinéaste Katell Quillévéré (à qui l’on devait déjà l’excellent Suzanne), l’adaptation pouvait être à la fois fidèle et cinématographiquement juste. Mais il y avait d’autres écueils : confronter le langage du cinéma à la puissance littéraire de Maylis de Kerangal, au risque du KO ; proposer des images, un souffle, un univers mental à des spectateurs qui, à la lecture du livre, avaient déjà construit leur propre film.

La réalisatrice a compris que, dans cette entreprise, les acteurs ne devraient pas se contenter d’interpréter un rôle, avec ce rien de décalage qui fait partie du jeu. Ils devraient l’incarner, totalement – c’est-à-dire être tellement investis par leurs personnages, de l’intérieur, qu’ils en deviendraient, extérieurement, parfois méconnaissables. Parmi la pléiade de comédiens présents dans le film, citons Tahar Rahim (Thomas) et Anne Dorval (Claire), stupéfiants de retenue et dont l’intériorité affleure si délicatement à la surface de leurs visages qu’elle se transforme, à l’écran, en émotion pure.

[...]

  • causeur.#40.bd.couv

    Article réservé aux abonnés

    publié dans le Magazine Causeur n° 40 - Novembre 2016

  • X

    Article réservé aux abonnés

    Déjà abonné, connectez-vous


    mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
     

    PAS ENCORE ABONNÉ ?

    causeur.#40.bd.couv
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article